• charles de gaulle refusait de commémorer le débarquement des anglo-saxons

    Depuis plusieurs jours, tous les médias de grande diffusion de notre pays consacrent une place considérable à la commémoration du 70ème anniversaire du débarquement anglo-américain en Normandie le 6 juin 2014. Cet événement n’est pas seulement l’occasion d’une intense activité diplomatique ; il est également utilisé comme une commémoration omniprésente et sans nuance à la gloire des Alliés, et plus spécialement des Américains.

    Bien entendu, nul n’ignore que des milliers de soldats sont morts lors du débarquement de Normandie, essentiellement américains, anglais et canadiens, mais aussi, en plus petit nombre, quelques autres nationalités dont quelques dizaines de soldats français. Ils ont joué un rôle décisif dans la fin de l’Occupation allemande en France et ils méritent à ce titre toute notre gratitude et tout notre respect.

    Mais il n’échappe à personne que cet éloge permanent des États-Unis revêt une dimension politique et géopolitique marquée. Affirmer à longueur d’antenne que les États-Unis ont « libéré la France » en 1944 ne peut avoir pour effet que d’assourdir, et même de faire taire, les critiques contre la politique actuelle de Washington. La commémoration avec un tel faste du débarquement du 6 juin 1944 ne peut inciter au contraire qu’à soutenir l’actuelle politique américaine tous azimuts, qu’il s’agisse par exemple des événements en Ukraine ou des négociations sur le Grand Marché Transatlantique.

    C’est pourquoi cette opération à grand spectacle – dont les enjeux implicites en terme de propagande sont énormes – doit être examinée sans complaisance. Et nous avons d’autant plus de raisons d’être vigilants que, lorsque Charles de Gaulle était à l’Élysée, il ne fut jamais question de célébrer en grandes pompes cette date du 6 juin.

    Le Chef de la France Libre avait même obstinément refusé de commémorer le 20e anniversaire du débarquement, le 6 juin 1964, ce qui avait contraint le président américain Johnson et le Premier ministre britannique Harold Wilson à renoncer à leur venue en France.

    En fait, l’Homme du 18 juin refusa toujours de commémorer cette date, que ce fût son 5e, son 10e, son 15e ou son 20e anniversaire. Et s’il avait une position aussi intransigeante – ce qui est a priori incompréhensible pour les jeunes générations – c’est qu’il avait de bien solides raisons pour cela.

    Puisque personne, ni sur la scène politique ni dans les médias, n’explique cette attitude, c’est une raison supplémentaire pour que l’UPR le fasse.

    Pourquoi Charles de Gaulle refusa-t-il toujours de commémorer le débarquement du 6 juin ?

    En réalité, nous savons très exactement les raisons pour lesquelles Charles de Gaulle refusait systématiquement de commémorer le débarquement de Normandie le 6 juin. Il s’en est longuement expliqué devant Alain Peyrefitte, en 1963 et en 1964, alors que celui-ci était son ministre de l’information et qu’il le voyait en tête-à-tête plusieurs fois par semaine.

    Il suffit donc de relire les passages pertinents de l’ouvrage de Peyrefitte C’était de Gaulle, tome 2, paru en 1997.

     

    —— EXTRAIT DE L’OUVRAGE « C’ÉTAIT DE GAULLE » D’ALAIN PEYREFITTE ——

    ———– – Tome 2, Édition de Fallois Fayard 1997 – pages 84 à 87 ————-

    • 30 octobre 1963

    En nommant Jean Sainteny ministre des Anciens combattants en décembre 1962, le Général lui avait demandé de consacrer son énergie à l’année 1964. Elle était propice à raviver le souvenir de deux des années glorieuses : cinquantenaire de 1914 et vingtième anniversaire de 1944.

    À la fin du Conseil du 30 octobre 1963 au Jean Sainteny a évoqué les cérémonies prévues pour la commémoration de la libération, Pompidou me prend à part : « Tâchez de faire revenir le Général sur son refus d’aller sur les plages de Normandie… » Je suis stupéfait et de l’information et de la demande. « Enfin, reprend Pompidou, prenez des précautions… Je m’y suis cassé les dents. »

    Sainteny m’apprend ensuite qu’il se les était déjà lui-même cassées. Naturellement, je vais me les casser aussi.

     

    « La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m'a convoqué comme un châtelain sonne son maître d'hôtel. » Salon doré

    « La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. » 

    Alain Peyrefitte (l’air candide) : « Croyez-vous, mon Général, que les Français comprendront que vous ne soyez pas présents aux cérémonies de Normandie ?

    Charles-de-Gaulle (sévèrement) : – C’est Pompidou qui vous a demandé de revenir à la charge ? (Je ne cille pas). Eh bien, non ! Ma décision est prise ! La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement.

    Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volontéeuropéenne (il appuie).

    Il m’a crié de toute la force de ses poumons : « De Gaulle, dites-vous bien que quand j’aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ! » (Il me l’a déjà dit. Ce souvenir est indélébile.)

    Winston Churchill choisir entre francaise et americain de gaulle

     « De Gaulle, dites-vous bien que quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! »
    (Winston Churchill)

    « Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! »

    Charles-de-Gaulle : « Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne !

    Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.

    NOTE : AMGOT = « Allied  military government for occupied territories », gouvernement militaire allié pour les territoires occupés

    billets americains france

    billets americains france 2

    Comme le révèlent leurs coloris et leur graphisme – très voisins de ceux du dollar – ces billets libellés en francs furent imprimés aux États-Unis, de février à mai 1944, par le Bureau of Engraving and Printing, qui est normalement chargé d’imprimer les dollars américains et les autres documents officiels du gouvernement fédéral. Étant fabriqués aux États-Unis, c’est le papier, l’encre, la matière, la présentation et le format des dollars américains qui servirent de référence.

     Dès les premiers jours suivant le débarquement du 6 juin 1944, les armées américaines commencèrent à distribuer ces billets de banque pour remplacer les billets français émis durant l’Occupation.

    Dès le 14 juin 1944, le Commissaire de la République François Coulet, présent en Normandie, fut confronté à cette circulation de monnaie, qui était d’ailleurs mal accueillie par la population. Il recommanda aux banques de les encaisser et de ne pas les remettre en circulation.   

    Dès le 27 juin 1944, le général de Gaulle – arrivé entretemps sur le sol français – tapa du poing sur la table en dénonçant cette « fausse monnaie », et en en interdisant la circulation, dès son installation au pouvoir au sein du Gouvernement provisoire de la République française. Cette interdiction alla de pair avec l’effondrement du projet de commandement militaire imposé à la France(AMGOT).

    Charles-de-Gaulle : « C’est exactement ce qui se serait passé si je n’avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous-préfets, mes comités de libération !

    Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n’est pas là !

    « Et puis, ça contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu’aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n’a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder !

    • « M’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non ! »

    Charles-de-Gaulle : « En revanche, ma place sera au mont Faron le 15 août, puisque les troupes françaises ont été prépondérantes dans le débarquement en Provence, que notre première armée y a été associée dès la première minute, que sa remontée fulgurante par la vallée du Rhône a obligé les Allemands à évacuer tout le midi et tout le Massif central sous la pression de la Résistance.

    charles de gaulle débarquement de Provence

    Charles de Gaulle commémore le débarquement de Provence le 15 août 1964 : cf. extrait d’actualités disponible sur le site de l’INA : http://www.ina.fr/video/CAF94058797


    Charles-de-Gaulle : – Et je commémorerai la libération de Paris, puis celle de Strasbourg, puisque ce sont des prouesses françaises, puisque les Français de l’intérieur et de l’extérieur s’y sont unis, autour de leur drapeau, de leurs hymnes, de leur patrie ! Mais m’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non !

    « Les Français sont déjà trop portés à croire qu’ils peuvent dormir tranquille, qu’ils n’ont qu’à s’en remettre à d’autres du soin de défendre leur indépendance ! Il ne faut pas les encourager dans cette confiance naïve, qu’ils paient ensuite par des ruines et par des massacres ! Il faut les encourager à compter sur eux-mêmes !

    Allons, allons, Peyrefitte ! Il faut avoir plus de mémoire que ça ! Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! Je n’ai aucune raison de célébrer ça avec éclat. Dites-le à vos journalistes. »

    Il reprend : « Ceux qui ont donné leur vie à leur patrie sur notre terre, les Anglais, les Canadiens, les Américains, les Polonais, Sainteny et Triboulet seront là pour les honorer dignement. »

    NOTE : Sainteny et Triboulet étaient respectivement Ministre des anciens combattants et Ministre de la coopération en 1964.

    • 13 mai 1964

    Espérant que le général aura oublié sa vive réplique, ou en tout cas aura oublié que c’est à moi qu’il l’a adressée, je remets la question sur le tapis, 10 mois et demi plus tard, le 13 mai 1964.

    • « Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »

    Alain Peyrefitte : « Ne craignez-vous pas, si nous ne devons pas du moins quelques explications, que votre absence du 6 juin en Normandie soit mal interprétée ?

    Charles-de-Gaulle : – Mais je vous l’ai déjà dit ! Il n’a jamais été question que j’y aille ! Je ne suis pas allé pour le cinquième anniversaire ; ni pour le dixième ; ni pour le quinzième. Pourquoi voulez-vous que j’y aille pour le vingtième ? Et j’ai demandé au Premier ministre de ne pas y aller non plus. D’ailleurs, le Premier ministre anglais n’y va pas. Johnson ira pas non plus. Pourquoi irions-nous ?

    (Évidemment, Wilson et Johnson n’y vont pas, parce que De Gaulle n’y va pas.)

    Alain Peyrefitte : – Eisenhower et Montgomery doivent y aller.

    Charles-de-Gaulle : – Ce sont des acteurs, qui se font payer cher à la télévision. »

    Finalement, Eisenhower et Montgomery, après avoir annoncé leur participation, ne sont pas venus.

    • 10 juin 1964

    Après le Conseil du 10 juin 1964, le Général laisse percer encore son agacement : « Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? S’étaient-ils battus pour que la France recouvre sa liberté, pour qu’elle contribue à sa délivrance ? Que faisaient-ils pendant la guerre ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »

    Et lui, il a dû se battre pour que le débarquement ne se passe pas complètement de la France libre. S’il a prononcé son discours de Bayeux le 16 juin 1946, ce ne fut pas pour commémorer le débarquement du 6 juin, mais son débarquement sur les talons des Américains, le 16 juin 1944 à Bayeux.

    Il recule son fauteuil, cale son dos. Il a envie de parler.

    Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir

    « Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? »

    Charles-de-Gaulle : « Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? Ce qu’ils voulaient, c’était glisser vers le nord le long de la mer, pour détruire les bases des V1 et des V2, prendre Anvers et, de là, donner l’assaut à l’Allemagne. Paris et la France ne les intéressaient pas. Leur stratégie, c’était d’atteindre la Ruhr, qui était l’arsenal, et de ne pas perdre un jour en chemin.

    Churchill avait demandé à Eisenhower d’essayer de libérer Paris pour Noël. Il lui avait dit : « Personne ne pourra vous en demander davantage. »

    Eh bien si, nous étions décidés à demander davantage ! Le peuple de Paris s’est soulevé spontanément et il aurait été probablement écrasé sous les décombres, comme le peuple de Varsovie, s’il n’avait pas été soutenu. Mais il y avait des hommes qui, trois ans plus tôt, à Koufra, s’étaient juré de libérer Paris, puis Strasbourg. Ce sont eux qui ont libéré Paris avec son peuple.

    NOTE  : Leclerc et sa colonne, qui venaient du Tchad pour rejoindre la Tunisie en guerroyant, avaient fait, dans l’oasis de Koufra, le serment de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Paris et Strasbourg.

    • « Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. »

    Charles-de-Gaulle : « Mais nous n’avions pas l’accord des Américains. Quand j’ai vu que l’insurrection parisienne allait être écrasée par une division allemande intacte qui arrivait de Boulogne-sur-Mer, j’ai donné l’ordre à Leclerc de foncer. C’est ainsi que nous avons évité à Paris le sort de Varsovie. Nous avons obligé les Anglo-Saxons à changer de stratégie. Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. Ce qu’ils voulaient, c’était en finir avec Hitler, en essuyant le moins de pertes possibles. Ce qu’ils voulaient épargner, c’était le sang des boys, ce n’était pas le sang, les souffrances et l’honneur des Français.

    « Effectivement, si les Anglo-Saxons avaient pu mener leur stratégie jusqu’au bout, ils auraient peut-être réussi à frapper l’Allemagne au cœur plus vite. De toute façon, Hitler aurait fini par être battu, et la France aurait fini par être libérée. Mais si les Français étaient restés passifs, et si nous n’avions pas eu de part à la défaite d’Hitler, c’est au bout du compte lui qui aurait vaincu la France. »

    — FIN DE L’EXTRAIT DE L’OUVRAGE « C’ÉTAIT DE GAULLE » D’ALAIN PEYREFITTE —

    ————– Tome 2, Édition de Fallois Fayard 1997 – pages 84 à 87 —————-

     

    Ce que Roosevelt et les américains voulaient vraiment faire de la France en 1944

    de gaulle-ROOSEVELT

    « Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »
    (Franklin Roosevelt, Président des États-Unis, le 23 novembre 1942, devant les émissaires de Charles de Gaulle à la Maison Blanche)

    Pour comprendre quels étaient les objectifs de Franklin Roosevelt, et des cercles dirigeants américains, quant à l’avenir de la France après le débarquement, il est utile de relire un passage essentiel des Mémoires de Guerre.

    Nous sommes en novembre 1942. Les Anglo-Américains viennent de réaliser le débarquement en Afrique du nord française (Opération Torch), d’ailleurs sans en avoir prévenu le chef de la France Libre. L’affaire a été un succès militaire éclatant puisque les troupes françaises (pétainistes) d’Afrique du nord se sont rendues au bout de 48 heures, après avoir fait seulement semblant de se battre.

    En revanche, une décision fait scandale, aussi bien au sein des Français Libres réfugiés à Londres que parmi l’opinion publique britannique : le général américain Eisenhower, bien entendu avec le plein accord du président Roosevelt, a décidé de maintenir l’Amiral Darlan, l’un des dauphins de Pétain, au pouvoir à Alger. En somme, Darlan a retourné sa veste et les Américains l’en récompensent en le maintenant dans ses fonctions à la tête de l’Afrique du nord française !

    Sitôt la nouvelle connue, Charles de Gaulle décide d’envoyer deux émissaires à Washington pour protester avec la dernière énergie auprès du président Roosevelt. Lequel les reçoit et leur livre une vision de la France d’après-guerre proprement scandaleuse.

     

    C’est ce célèbre passage des Mémoires de Guerre :

    Il n’en faut pas davantage pour que le Président Roosevelt surmonte, à l’égard de Darlan, les scrupules démocratiques et juridiques que, depuis plus de deux années, il opposait au général de Gaulle. Par son ordre, Clark reconnaît le haut-commissaire et entame avec lui des négociations qui aboutissent, le 22 novembre, à un accord en vertu duquel Darlan gouverne et commande, pourvu qu’il donne satisfaction à ses vainqueurs anglo-saxons.

    Sans doute, le Président fait-il publier une déclaration affirmant que les arrangements politiques conclus entre Eisenhower et Darlan ne sont « qu’un expédient temporaire. » Mais recevant, le 23, André Philip et Tixier et s’irritant de leurs protestations, il leur crie : « Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »

    Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, Tome 2, l’Unité, 1942-1944, chapitre « Tragédie »

    Page 48 (édition Plon)

    On voit donc bien la collusion qu’il y avait entre les autorités américaines et les autorités du régime de Vichy. Le président Roosevelt et les cercles dirigeants américains voulaient disposer, au sortir de la guerre, d’une France aussi domestiquée que celle qu’avait souhaitée Hitler. C’était finalement un conflit d’impérialisme entre les Américains et les Allemands, rien d’autre.

    Et Roosevelt souhaitait promouvoir les pétainistes contre de Gaulle parce qu’il savait parfaitement qu’ils seraient infiniment plus dociles, pour obéir à Washington comme ils obéissaient à Berlin, plutôt que le Fondateur de la France Libre, dont l’intransigeance sur l’indépendance de la France était déjà légendaire.

    Cette vision stratégique de ce que devait devenir la France d’après-guerre selon Washington a été confirmée et précisée par Charles de Gaulle, vingt ans après les événements. Toujours à Alain Peyrefitte, dans un autre passage capital de l’ouvrage C’était de Gaulle. Passage que voici  :

    —- EXTRAIT DE L’OUVRAGE « C’ÉTAIT DE GAULLE » D’ALAIN PEYREFITTE —-

    ———————— Palais de l’Élysée, 17 juin 1964 —————————

    ————– Tome 2, Édition de Fallois Fayard 1997 – page 52 —————-

    de gaulle roosevelt était un type qui voulait dominer univers

    « Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. »

    Charles-de-Gaulle : « Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. Il pensait que le jour où les Américains auraient débarqué en France, si le Maréchal était encore là, il n’aurait rien à leur refuser ; ce qui était bien vrai.

    Ensuite, Vichy étant devenu vraiment impossible, il a laissé tomber Vichy. Il a essayé de se rattraper sur Giraud.

    Puis, voyant que ça ne donnait rien, il a essayé de se rabattre sur Herriot. Il a même tenté de fabriquer un gouvernement à Paris au moment où j’allais y entrer, avec Laval, Herriot. Tout ça été manigancé avec Otto Abetz [Représentant de Hitler à Paris sous l’Occupation] et avec Allen Dulles, qui était à Genève pour le compte de la CIA. »

    Alain Peyrefitte : – Allen Dulles

    Charles de Gaulle : – Oui, c’est ça. D’abord moi, en arrivant à Paris, j’aurais foutu ce gouvernement au [trou][…]. Vous pensez, à l’époque, Herriot, Laval et Abetz ça ne pesait pas lourd. Mais Roosevelt se figurait qu’Herriot assurerait la continuité avec la IIIe et Laval avec Vichy, et que tout ça allait apparaître comme la République.

    Seulement, Hitler, ça l’a exaspéré quand il a su ça. Il a dit : « De quoi, de quoi ? Laval, Herriot, et tout ceux-là ? » Alors, il a fait savoir à Laval de s’en aller à Sigmaringen, il l’a fait dire aussi au Maréchal, il a désavoué Abetz, il a fait remettre Herriot dans sa prison. Il a tout nettoyé.

    Roosevelt voulait imposer aux Français Pierre Laval et Édouard Herriot

    Le gouvernement que Roosevelt (ci-dessus) voulait imposer aux Français en 1944 : Pierre Laval et Édouard Herriot (ci-dessous)  !

    CIA Allen Dulles et l'ambassadeur d'Hitler à Paris Otto Abetz

    L’opération avait été préparée en concertation avec le chef de la CIA Allen Dulles et l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz…  

    Le Président Roosevelt refusa toujours de reconnaître la légitimité de la France Libre, préférant maintenir une ambassade auprès de Pétain et du régime de Vichy jusqu’en novembre 1942, puis usant des manœuvres les plus tortueuses pour tenter d’écarter Charles de Gaulle du pouvoir et installer, à sa place, des dirigeants plus malléables.

    Ainsi, en août 1944, soit plus de deux mois après le débarquement de Normandie, le Président Roosevelt espérait encore installer au pouvoir à Paris Édouard Herriot – homme politique radical de la IIIe République – et Pierre Laval – la figure la plus honnie de la Collaboration, avec lequel il avait d’ailleurs des liens de parenté par alliance. Ce projet scandaleux, minutieusement décrit par de Gaulle dans ses Mémoires de guerre, avait été ourdi par une étroite concertation entre le chef de la CIA Allen Dulles, l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz et le dauphin de Pétain.

    Allen Dulles (1893 – 1969) fut le premier directeur civil de la Central Intelligence Agency (CIA), du 26 février 1953 au 29 novembre 1961, et l’un des sept membres de la commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

    Il était également le frère cadet de John Foster Dulles, Secrétaire d’État des États-Unis du gouvernement Dwight Eisenhower, de 1953 à 1959, et actionnaire principal de la United Fruit Company, société bananière influente dans les républiques bananières d’Amérique latine.

    Allen Dulles est un personnage des plus controversés : sa carrière au sein de l’État américain ne cessant d’être émaillée de conflits d’intérêts personnels et familiaux plus ou moins importants, dus à sa participation à la vie de grands groupes industriels internationaux ainsi qu’à la carrière de son frère John Foster Dulles qui travailla lui aussi pour ces grands groupes.

    Otto Abetz (1903 – 1958), francophone et francophile, représenta l’Allemagne en France en 1938 et en 1939, d’où il fut expulsé le 30 juin 1939 comme présumé espion. Le 8 juillet 1940, à la suite de l’armistice entre la France et l’Allemagne, il fut de nouveau envoyé en France. Nommé ambassadeur de l’Allemagne le 3 août 1940, il conserva ce poste jusqu’en 1944 et travailla à mettre en place une politique de collaboration. En juillet 1949, le tribunal militaire de Paris le condamna à 20 ans de travaux forcés pour crimes de guerre, en particulier pour son rôle dans l’organisation de la déportation des juifs de France vers les camps de la mort. Il fut libéré en avril 1954.

    Charles de Gaulle : « Bohlen [L’ambassadeur des États-Unis en France] se comporte envers moi comme Roosevelt il y a vingt ans. Il reçoit en permanence des députés, des sénateurs, des journalistes, et il les monte contre nous. Je n’en ignore rien. Ils font tous ça, les Américains.

    Bohlen ambassadeur des États-Unis en France

    Charles E. Bohlen (1904 – 1974) fut ambassadeur des États-Unis en France de 1962 à 1968.

    NOTE :Charles E. Bohlen (1904 – 1974) fut ambassadeur des États-Unis en France de 1962 à 1968. Très hostile à de Gaulle, Charles E. Bohlen avait des liens de parenté proches avec Alfried Krupp von Bohlen und Halbach, héritier des aciéries Krupp, l’un des principaux fabricants d’armes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, criminel nazi reconnu coupable de pillage et de crime contre l’humanité le 31 juillet 1948, et condamné à douze ans d’emprisonnement et à la confiscation de ses biens.

    Charles de Gaulle : « Roosevelt, c’était pareil, il ne traitait qu’avec des gens qui étaient mes ennemis. Il avait autour de lui, à Washington, des types comme Chautemps.

    Alain Peyrefitte : – Et Saint John Perse.

    Charles-de-Gaulle : – Oui, Léger qui avait été limogé par Paul Reynaud. Et d’autres du même tonneau, avec qui Roosevelt prenait le thé. Ils le montaient contre moi, en remâchant leurs échecs. Seulement, ça continue. Alors, Bohlen ne voit que nos adversaires, les Mitterrand et les Maurice Faure.

    Camille Chautemps, ministre d'État du Front populaire, successeur de Léon Blum

    Camille Chautemps, ministre d’État du Front populaire

     NOTE : Camille Chautemps, ministre d’État du Front populaire, successeur de Léon Blum de juin 1937 à mars 1938 à la tête du gouvernement, fut vice-président du Conseil des gouvernements Édouard Daladier, puis du gouvernement Paul Reynaud. Ardent partisan de l’Armistice et très hostile à de Gaulle, il fit partie du gouvernement de Philippe Pétain jusqu’au 12 juillet 1940. En novembre 1940, chargé d’une mission officieuse, il partit pour Washington, et choisit d’y demeurer jusqu’en 1944.

     

    Alexis Léger, secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940

    Alexis Léger, secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940

    NOTE : Alexis Léger, secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940, artisan de la rencontre de Munich (et grand poète sous le pseudonyme de Saint-John-Perse) avait été mis en disponibilité par Paul Reynaud, Président du Conseil, le 20 mai 1940. Il s’était ensuite réfugié aux États-Unis.

    Charles de Gaulle : « Churchill, lui non plus, n’admettait pas qu’on ne plie pas. Au lieu de trouver des gens de caractère qui lui auraient tenu tête, il s’entourait de gens qui étaient couchés par terre.

    « Je me rappelle un soir, quand j’ai rencontré Roosevelt pour la première fois, au Maroc. Roosevelt voulait m’obliger à me soumettre à Giraud. J’ai envoyé Roosevelt faire foutre, poliment mais fermement. Alors, Churchill m’a fait une scène invraisemblable. Je l’ai mal pris, et je lui ai dit : « Qu’est-ce que ça veut dire : On ne vous comprend pas ? Vous n’êtes pas digne de votre charge ! » Je l’ai très mal traité.

    Alors, le dernier jour, on s’est réuni autour de Roosevelt pour se dire adieu. Churchill, devant tout le monde, a commencé à me refaire une scène en me disant : « Vous n’avez pas suivi le Président. » Il piquait une lèche éhontée à Roosevelt, et c’est Roosevelt qui, à la fin, a trouvé que ça suffisait et lui a imposé silence. Il a dit : « Maintenant, il faut que ces deux généraux se serrent la main devant les photographes. »

    « La politique de Roosevelt, c’était exactement celle qu’ont aujourd’hui les Américains dans le Sud-Est asiatique. Ils ne peuvent pas en imaginer d’autre. Des marionnettes, c’est ça qu’ils veulent en face d’eux. »

     

    — FIN DE L’EXTRAIT DE L’OUVRAGE « C’ÉTAIT DE GAULLE » D’ALAIN PEYREFITTE

    ————————–Palais de l’Élysée, 17 juin 1964 —————————

    ————– Tome 2, Édition de Fallois Fayard 1997 – page 52 —————-

    Général Giraud promue par Roosevelt pour tenter de contrer Charles de Gaulle

    La marionnette nommée Général Giraud, promue par Roosevelt pour tenter de contrer Charles de Gaulle.

    Cette célèbre et hypocrite poignée de mains entre de Gaulle et le général Giraud, pétainiste passé au service des Américains, fut exigée par Roosevelt lors de l’entrevue des quatre hommes au Maroc en 1942. On distingue Roosevelt (à gauche) et Churchill (à droite) assis à l’arrière-plan, en train de contempler avec satisfaction cette scène de théâtre organisée devant les appareils photos des journalistes de la presse anglo-saxonne.

    Le président américain voulait absolument promouvoir Giraud, personnage falot, peu intelligent et sans tempérament, pour empêcher Charles de Gaulle d’accéder au pouvoir. Car le patron de la Maison Blanche, qui était intelligent et sournois, avait parfaitement compris que de Gaulle était le seul homme d’État français, le seul capable de faire échec au projet des États-Unis de vassaliser la France après la fin de la guerre.

    Conclusion

    La commémoration du 6 juin 1944 en très grandes pompes, avec les plus hautes autorités de l’État, semble parfaitement légitime et nécessaire à nos compatriotes, tellement des pans entiers de l’Histoire réelle ont été occultés depuis 70 ans.

    Il est donc plus que temps que les Français fassent pour de bon le « travail de mémoire » qu’on leur demande, à condition de le faire dans son intégralité, sans biais ni a priori, et sans passer sous silence les actions précises des Alliés, et tout spécialement des Américains à l’encontre de la souveraineté et de l’indépendance de la France.

    S’il y a certes toutes les raisons pour s’incliner devant la mémoire des soldats anglais, canadiens et américains morts sur le sol de France, qui ont contribué de façon décisive à la fin de l’Occupation nazie, il n’y a en revanche aucune raison de permettre aux États-Unis d’Amérique de camoufler les objectifs politiques peu reluisants qui étaient ceux de leur gouvernement à l’époque des faits.

    Il est important que les Français, et notamment les jeunes générations, sachent que Roosevelt avait décidé :

    • de placer la France « libérée » sous son occupation militaire américaine,
    • de lui imposer une « fausse monnaie » imprimée aux États-Unis,
    • et de maintenir Pierre Laval au pouvoir, figure hideuse et honnie de la Collaboration et de l’intelligence avec l’ennemi, et tout cela avec la complicité de l’ambassadeur d’Hitler en France.

    Par la même occasion, il serait utile de rappeler le soutien financier considérable qu’apporta l’oligarchie industrielle et financière américaine à Adolf Hitler et à son régime pendant toute les années 30 ,et pendant encore une grande partie de la guerre. Les travaux d’Anthony Sutton, désormais de plus en plus connus, permettent notamment de jeter une lumière crue sur cette coopération secrète entre les États-Unis et l’Allemagne hitlérienne.

    Tous ces rappels historiques permettraient à Washington de faire à son tour, et utilement, son « travail de mémoire » et sa « repentance ». Cela permettrait aussi d’inviter Washington à abandonner ses prétentions à l’hégémonie mondiale.

    Au lieu de se plier servilement à l’opération de communication voulue par Washington afin de légitimer son hégémonie actuelle sur l’Europe et la France – par Union européenne et Otan interposées –, le président Hollande devrait ainsi garder à l’esprit que son rôle est d’enseigner la vérité historique aux jeunes générations et d’être « le garant de l’indépendance nationale », comme le lui en fait obligation l’article 5 de notre Constitution.

     

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    Femmes dans la Résistance intérieure française

     

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     Madeleine RIFFAUD 

     

    Les femmes dans la Résistance intérieure française ont joué un rôle important dans le contexte de l'occupation du pays pendant la

    Seconde Guerre mondiale.

      

      http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/pages_fantomes/fiches_thematiques/?aIndex=12

    Effectifs et positions hiérarchiques

    Moins nombreuses que les hommes, les femmes représentent 15 à 20 % des résistants et environ 15 % des déportés politiques

     

    Danielle Casanova,

     

      

    Lise London,

     

      

    Marie-Claude Vaillant-Couturier,

     

      

      

    Laure DIEBOLD

     

    Charlotte Delbo,

    Germaine Tillion,

    Touty Hiltermann,

    Geneviève de Gaulle-Anthonioz,

    Yvonne Pagniez,

     

    Denise Vernay,

    Anise Postel-Vinay,

    Jacqueline Pery d'Alincourt,

    Gilberte Brossolette,

    Jeanne Goupille (Indre-et-Loire), Ginette Lion-Clément, etc.).

      

    Elles sont le plus souvent cantonnées à des rôles subalternes.

      

    Lucie Aubrac, résistante emblématique, cofondatrice de Libération-Sud, n'a en fait jamais eu de rôle défini dans la hiérarchie du mouvement. Hélène Viannay, davantage diplômée que son mari Philippe Viannay, le fondateur de Défense de la France, n'écrit jamais un seul article pour le journal clandestin du même nom, pas plus que les autres compagnes des chefs de DF, alors qu'elles assistent à toutes les réunions de rédaction.

      

    Quoique officiers, les agentes du Special Operations Executive sont formées et employées comme sans-filistes et secrétaires de circuits dirigés par des hommes.

     

      

      • Lors de la réorganisation de ce mouvement, plusieurs d'entre elles sont au comité directeur:

     

     

     

     

      

      

    • ancienne de l'école des surintendantes.
    • Les employées du commissariat au chômage de Lyon dont Berty est directrice jouent un rôle-clef dans le développement de Combat (résistance) en zone Sud.

     

     

     

     

     

      • ville annexée au Troisième Reich, monte son « réseau d'évasions ».

      

      • Des milliers de prisonniers, de réfractaires
      • lui doivent leur « liberté ».

      

    • Elle organise l'évasion de François Mitterrand, de Boris Holban fondateur du réseau des FTP-MOI en mars 1942 et aide à celle du général Giraud, le 17 avril 1942.

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      • fait la liaison entre les différents chefs des nombreux réseaux d'Alliance dont elle est l'égérie.

      

      • Après la guerre, elle préside l'association des anciens.

     

      • Elle est la seule femme à avoir été chef d’un grand réseau de résistance.
      • L'Organisation civile et militaire (OCM) a une section féminine, présidée par

      

    • Marie-Hélène Lefaucheux, qui est également membre du comité parisien de Libération et sera à la libération député puis sénateur.

     

     

    • joue un rôle décisif dans la fondation et le fonctionnement
    • du mouvement Dutch-Paris.

     

     

      • devient l'un des chefs de la filière d'évasion de Paul Hauet dont elle prendra la suite.
      • Après la guerre, elle est chargée de la liquidation administrative de la nébuleuse Hauet-Vildé qu'elle baptise alors

     

    Rôle

    Seule une minorité très restreinte prend part à la lutte armée. Alors que les résistantes sont des figures emblématiques et nombreuses dans les mouvements de partisans en Italie, en Grèce, en Yougoslavie et en URSS occupées, elles sont peu nombreuses dans les maquis de France - peut-être parce qu'elles ne sont pas soumises au STO et n'ont pas besoin de le fuir (elles n'ont pas non plus de formation ni de vocation militaire). Elles ne sont pas désignées comme otages par les occupants.

     

    Des femmes organisent des manifestations de ménagères dès 1940, sont actives dans les comités populaires du PCF clandestin, omniprésentes dans les encouragements et l'aide matérielle aux grévistes (ainsi dans le Nord-Pas-de-Calais en mai 1941) ainsi qu'aux réfractaires des maquis (H.R. Kedward, A la recherche du maquis, 1999).

     

    Elles sont indispensables comme dactylos, comme boites aux lettres, comme hébergeuses, et surtout comme agents de liaison - en partie parce que les Allemands se méfiaient moins des femmes, et que les innombrables contrôles d'identité dirigés contre les réfractaires au STO ne les concernent pas. Olivier Wieviorka souligne que la stratégie des mouvements était souvent, en fait, de mettre en avant les femmes parce qu'elles sont moins exposées à la répression : Vichy et les Allemands ne peuvent quand même pas tirer sur des ménagères réclamant à manger pour leurs enfants. Certaines prennent les armes, telle Germaine Lemaire qui abat un sous-officier allemand  le 17 juin 1940, jour où Philippe Pétain appelle à cesser le combat et annonce son intention de demander l'armistice.

    Résistance et vie privée

    Il faut aussi mentionner que d'innombrables combattants de l'ombre vivent toute la guerre en couple, et que leur résistance serait impossible et invivable sans la présence de leur compagne à leur côté : Cécile et Henri Rol-Tanguy, Raymond et Lucie Aubrac, Gilberte et Pierre Brossolette, Paulette et Maurice Kriegel-Valrimont, Henri Frenay et Berty Albrecht, Reine Joly et Robert Guédon, Hélène et Philippe Viannay, Marie-Hélène Lefaucheux et Pierre Lefaucheux, Clara et Daniel Mayer, Antoinette Feuerwerker et David Feuerwerker etc. forment des couples indissociables.

     

    D'autres idylles sont brisées par la guerre: Pierre Le Rolland et Georgette Dion. D'autres couples sont formés après la Libération : Henri Frenay et Chilina Ciosi, Henri Ingrand et Elizabeth Dussauze, etc.

    Nombreuses sont les résistantes qui se marient et qui ont des enfants en pleine clandestinité, sans interrompre pour autant leur combat. Certaines sauvent la vie de leur mari (Lucie Aubrac, Marie-Hélène Lefaucheux). D'autres feront de la politique après la guerre, comme Gilberte Brossolette qui sera élue sénateur socialiste et la première femme vice-président du Sénat.

     

    D'autres partagent leur sort jusqu'à la torture, à la déportation et à la mort. Le convoi du 24 janvier 1943 emporte à Auschwitz des politiques et des otages (non-juives et en majorité communistes fichées avant-guerre) parmi lesquelles de nombreuses veuves de fusillés, ainsi Maï Politzer, épouse de Georges Politzer, ou encore Hélène Solomon, fille de Paul Langevin et femme de l'écrivain Jacques Solomon.

    Répression

    Les résistantes et les politiques font l'objet de mesures d'internement (en France) et de déportation (en Allemagne ou en Pologne), dans des prisons, des bagnes ou des camps de concentration. Les prisons françaises et allemandes

     

    (Cologne, Sarrebruck, Deux-Ponts, Neuenkirchen, Saint-Wendel, etc.) reçoivent nombre de résistantes et de politiques en détention préventive (Schutzhaft).

     

    En Allemagne, les déportées sous statut Nacht und Nebel sont gardées au secret, sans courrier ni colis, les demandes des familles et les investigations de la Croix-Rouge sont vaines.

     

    Les prévenues contre qui ont été réunies des preuves suffisantes sont jugées par des tribunaux d'exception, Sondergerichte ou Volksgerichtshof.

     

    Les condamnées à mort sont guillotinées.

     

    Les condamnées à mort dont l'exécution a été suspendue et les condamnées aux travaux forcés sont détenues dans des bagnes pour femmes (Frauenzuchthaus), tels Lubeck, Jauer, Anrath, Aichach ou Cottbus, en compagnie de prisonnières allemandes de droit commun.

     

    Quand le régime NN tombe en désuétude, les condamnées et les prévenues sont mises au camp où elles rejoignent les camarades qui avaient purgé leur peine de prison.

     

    En particulier, Ravensbrück compte un effectif entretenu d'environ 5000 Françaises, dont, d'après G. Tillion, un tiers de résistantes. D'autres sont transportées dans des satellites, des kommandos d'usines, des camps de travail où les conditions sont les mêmes.

     

    Mais trois trains de déportées ont été envoyés directement de Compiègne à Ravensbrück.

     

    De plus, quand le Sipo-SD vide les prisons françaises, à la mi-1944, les internées (politiques, résistantes, otages, droit-commun) sont déportées dans les camps de concentration.

     

    Mémoire

    Dès la libération de Ravensbrück, Germaine Tillion entreprend, « à chaud », un travail d'historienne méthodiquement poursuivi pendant plusieurs années, avec l'aide de plusieurs compagnes de résistance et de déportation[3].

    Les survivantes des camps témoignent aux procès de criminels de guerre, comme Marie-Claude Vaillant-Couturier aux procès de Nuremberg.

    La légende dorée de la Résistance est illustrée par les récits épiques de Lucie Aubrac et de Marie-Madeleine Fourcade qui sont de grands succès de librairie, comme les mémoires de Brigitte Friang. Lucie Aubrac fait la tournée des écoles afin d'expliquer l'Occupation aux enfants.

    Danielle Darrieux et Nathalie Baye ont prêté leur talent à Marie-Octobre. Carole Bouquet interprète le rôle de Lucie dans le film de Claude Berri. Simone Signoret tient le rôle d'une résistante dans L'Armée des ombres, que Melville tire du roman de Kessel. Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain ont illustré Les femmes de l'ombre. Miou-Miou a interprété le personnage d'une militante communiste dans Blanche et Marie, Irina Demick joue de la Sten dans Le jour le plus long, etc.

    Hommage

    Le CNR néglige de mentionner le vote des femmes dans son programme de renouveau en mars 1944. Néanmoins, par le choix du général de Gaulle ainsi que leur implication dans la Résistance, elles ouvrent à la voix au droit de vote et l'éligibilité des femmes en France, dès 1944 (par l'ordonnance du 21 avril 1944).

    Des timbres ont été créés à l'effigie de Mère Elizabeth, Simone Michel-Levy, Yvonne Le Roux, Danielle Casanova, Renée Lévy, Berty Albrecht et Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

    Lucienne Guézennec (Marie-Antoinette Morat) est l'un des six personnages des Volontaires de la Nuit d'Henri Frenay.

    Après la guerre, de nombreuses militantes ont reçu la croix du combattant volontaire de la Résistance ou la médaille de la résistance[4] , mais aussi des distinctions (médaille militaire, croix de guerre, légion d'honneur) en général attribuées à des hommes. Cependant, six femmes seulement (sur 1038 titulaires) ont été faites Compagnons de la Libération: Berty Albrecht, Laure Diebold, Marie Hackin, Simone Michel-Levy, Émilienne Moreau-Évrard et Marcelle Henry.

    Des personnalités comme Marie-Madeleine Fourcade, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Lucie Aubrac et quelques autres ont été célébrées de leur vivant.

    Monuments

    À l'occasion d'une émission de France Culture consacrée aux femmes dans la résistance[Quand ?], l'historienne Annette Wieviorka remarque que peu de monuments honorent l'action de ces femmes.

    La ville de Riom (63) honore deux de ses citoyennes, Marinette Menut, lieutenant-pharmacien des MURs d'Auverne et Claude Rodier-Virlogeux, sergent-chef des MURs d'Auvergne, d'une stèle spécifique.

    Le Mémorial de Valençay (Indre) porte le nom de 13 agentes du SOE (Section F) mortes au pouvoir de l'ennemi[5].

    Le Mémorial de Ramatuelle (Var) porte le nom de 26 agentes des services spéciaux français mortes aux mains de l'ennemi[6].

    De nombreuses plaques commémoratives ont été posées. De nombreuses rues, places, écoles, dispensaires portent le nom de résistantes, telle Anne Noury. Les pierres tombales de résistantes mentionnent souvent la qualité ou les états de service, les distinctions.

    Tirées au sort, Renée Lévy (réseau Hector) et Berty Albrecht (Combat) sont enterrées au Mémorial de la France combattante du Mont-Valérien.

    Le 3 décembre 2013, le prince Charles de Galles inaugure à Tempsford, près de Cambridge, sur le lieu du terrain d'aviation d’où elles décollaient pour la France ou l'Afrique du Nord, un monument aux espionnes envoyées d'Angleterre (travaillant alors pour le SOE). Au total, 75 femmes en sont parties (notamment Violette Szabo, Noor Inayat Khan et Eileen Nearne), dont 22 sont mortes en mission. Si la convention de Genève interdisait à l'époque aux femmes de combattre, celles-ci ont souvent joué un rôle décisif dans la Résistance, notamment comme courriers ou opératrices radio. Charles de Gaule, qui pour sa part voulait montrer que la Résistance n'était pas organisée de l'étranger, désapprouvait le SOE, ce qui explique encore sa faible notoriété en France. Lors de l'inauguration du monument, la France n'était représentée que par un employé de l'ambassade de France au Royaume-Uni[7].

    L'ADIR

    L'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) tente après la guerre de fédérer les résistantes et les politiques qui ont survécu aux prisons et aux camps.

    Bibliographie

    Histoire

    • Margaret Collin Weitz, Sisters in the Resistance : How Women Fought to Free France, 1940-1945 (en français : Les combattantes de l'ombre. Histoire des femmes dans la Résistance, préface de Lucie Aubrac ([1] ).
    • Mechtild Gilzmer, Christine Levisse-Touze et Stefan Martens [dir.], Les femmes dans la Résistance en France, Paris, Tallandier, 2003 ([2]).
    • Christiane Goldenstedt, Les femmes dans la Résistance, in : Annette Kuhn, Valentine Rothe (Hrsg.), Frauen in Geschichte und Gesellschaft, Band 43, Herbolzheim 2006, (ISBN 3-8255-0649-5)
    • Antoine Porcu. « Héroïques », Femmes résistantes Tome I et II. Préface Pierre. Outteryck. Éditions Geai Bleu, Lille, 2007. Environ 250 portraits monographiques et des analyses par régions.
    • Catherine Varlin, Une ville engloutie : la résistance des femmes juives, in RHICOJ, Les Juifs dans la Résistance et la Libération, Paris, éd. du Scribe, 1985.
    • Marie-Louise Coudert, Elles la résistance, Paris, Messidor, 1983.
    • Hélène Eck, Les Françaises sous Vichy, in Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes, t. 5, Le XXe siècle (sous la direction de Françoise Thébaud), Plon, 1992, p. 185-211.
    • Sylvie Lalario, Retour en France et réadaptation des femmes juives déportées, Mémoire de maîtrise d'histoire, Université Paris 7-Denis Diderot, 1993.
    • Ania Francos, Il était des femmes dans la Résistance, Paris, Stock, 1978.
    • Paula Schwartz, Résistance et différence des sexes, in Clio, Histoire, Femmes et Sociétés, sous direction de Fr. Thébaud 1, 1995.
    • Claire Andrieu, Les résistantes, perspectives de recherche, dans Antoine Prost (dir.), La Résistance, une histoire sociale, Paris, Les Éditions de l'atelier, coll. Mouvement social, 1997, 250 pages.

    Témoignages et monographies

     

     

     

    Sources

    WIKIPEDIA

     

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_dans_la_R%C3%A9sistance

    _int%C3%A9rieure_fran%C3%A7aise

     

     

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  • La VIE QUOTIDIENNE la VIE A PARIS, sous l'OCCUPTION, particulièrement BRILLANTE pour les parisiens,, acteurs, écrivains, ..

     

     

     

     

     

    BREST  

    Synagogue transformée en maison close pour les ALLEMANDS

     

    La vie parisienne sous l'occupation allemande fut particulièrement brillante malgré les contraintes, les angoisses et les périls du moment. Il ne s'agissait pas nécessairement de frivolités mais du besoin de s'évader de la dure réalité quotidienne et de maintenir le prestige de l'ex-Ville Lumière.

     

     

     

    Des soldats allemands devant le MoulinRouge juin 1940

     

     

    Il ne faut pas oublier, en effet, qu'entre 1940 et 1944, le cinéma, le théâtre, les lettres, la musique, les ballets et la chanson brillèrent de feux d'autant plus étincelants qu'ils avaient l'éclat de la fierté, de l'insolence et parfois de la révolte.

     

     

     

     

    Est-il nécessaire de rappeler que ce fut durant cette période que le cinéma français poursuit les Visiteurs du soir, le Corbeau, L'Eternel Retour, Les Enfants du Paradis et que le théâtre révéla Eurydice et Antigone de Jean Anouilh, La Reine Morte de Montherlant, Huis Clos de Sartre, Le Soulier de satin de Claudel et le premier drame de Camus ? 

     

     

     

     

     

    En même temps les ballets de Serge Lifar triomphaient à l'Opéra, Braque et Matisse exposaient au Salon d'Automne et le Requiem de Berlioz était interprété, sous la direction de Charles Münch, pour la première fois, par six cents musiciens selon le voeu exprimé par son auteur.

     

    Certains autres aspects du Paris occupé sont aussi évoqués.

     

     

     

    Ceux qui ont trait aux salons mondains, aux cabarets, à la prostitution et à la grande bouffe des profiteurs du marché noir.

     

     

    D'autres, enfin, restituent le panorama artistique constitué par le cirque, la peinture, les lettres, la radio et même la télévision, alors au berceau.

     

     

     

     

     

    Il est surprenant de constater, par exemple, que l'appétit de lecture ait doublé de 1938 à 1941 et qu'en 1943 la France ait figuré en tête des pays producteurs de livres par le nombre des titres publiés. 

     

     Sortie de la messe, église de la Madeleine.

     

     

    La peur, la faim, le désir de briller, de vivre et surtout de survivre, éprouvés par les uns, n'excluaient pourtant pas chez les autres le sens de la dignité, de la retraite et d'une opposition plus ou moins apparente. 

     

     

     

     

    C'est cet univers pittoresque et parfois ahurissant que reflète La Vie parisienne sous l'Occupation, conçu par Hervé Le Boterf comme un reportage vécu dans le passé de sa jeunesse.

     

     

     

     

    Agrémenté de mille anecdotes cocasses ou dramatiques, mais aussi de jugements critiques, ce livre constitue un document objectif du plus grand intérêt sur un aspect insolite et pratiquement méconnu de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.

     

     Café Le Pam-Pam, angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Monsieur Le Prince.

     Angle Boulevard Saint Michel Paris

    Café “Le Pam-Pam”, angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Monsieur Le Prince. Photographie André Zucca. Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

     

     

     

     

     

    http://embruns.net/carnet/autres-sujets/paris-sous-loccupation.html

     

     

     

     

     

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  • Image n° 96288

    Louise de Landsheere

    - De la Résistance à la Marche de la Mort -

     

     

    Louise de Landsheere grandit dans un milieu d'intellectuels catholiques.

     


    Son père, Paul de Landsheere, est un journaliste connu qui deviendra président de l'Association générale de la Presse belge et finira sa carrière comme directeur du Compte rendu analytique du Sénat.

     

     

    Il fréquente les milieux politiques et les hautes sphères de l'administration. Pendant la Première Guerre mondiale, il fait de la résistance et publie peu après une chronique de l'occupation, Cinquante mois d'occupation allemande.

    Après des humanités classiques, la jeune Louise suit les cours de l'Ecole supérieure de Jeunes Filles à Bruxelles, école créée sous les auspices de l'Université catholique de Louvain (UCL).

     Image n° 96292

    En 1939, elle s'inscrit également au cours de l'Ecole supérieure de Commerce de l'UCL.

    Survient la deuxième occupation allemande.

     

    Très rapidement, un désir fou de faire quelque chose contre «eux» la poursuit.


    Déjà des tracts et journaux clandestins sont passés d'une étudiante à l'autre, mais Louise - Loulou pour les amis - ne parvient pas à remonter la filière.

     

     


    Jusqu'à ce jour de septembre où un ancien camarade de l'Académie des Beaux-Arts la contacte et lui demande son aide pour héberger des soldats britanniques cachés.

     

    Le père de Louise qui jusqu'ici s'était contenté de dire :

     

    «ce n'est pas l'affaire des femmes, elles ne peuvent pas se taire», finit par lui passer une adresse d'hébergement.


    La jeune femme veut davantage et force son père à lui donner le nom de quelqu'un qui, déjà, organise un «réseau» :

     

    William Ugeux, avocat, directeur au XXe Siècle avant-guerre (journal auquel Paul de Landsheere collaborait comme informateur politique).

    Louise de Landsheere entre en Résistance où elle devient «Martine», indicatif 015 du Service Zéro.

     

    À partir de ce moment, son activité augmente de jour en jour.

     

    Elle prend contact avec d'autres membres du réseau de «Walter» (Ugeux), se met à distribuer La Libre Belgique clandestine, travaille dans le renseignement proprement dit, mais surtout s'occupe du passage de Belges ou d'Anglais vers la Grande-Bretagne.

     

     

    Afficher l'image d'origine

    Elle est accaparée par «Walter», commence à le remplacer quand il ne peut effectuer lui-même une mission.

     

    Elle fait ainsi connaissance de Marcel Kerkhofs, François Kinder, Charles Claser, Thérèse de Radiguès, Jean Fosty.


    Début 1941, Louise de Landsheere est l'adjointe en titre de «Walter».

    Mais en juillet 1941, après une dénonciation, la Geheime Feldpolizei fait irruption chez les de Landsheere.

     

    Par miracle - 500 Libre Belgique et d'autres papiers compromettants sont cachés dans la maison -, rien n'est découvert. !

     Image n° 96294


    Malgré plusieurs autres alertes, les activités se développent encore : Louise réceptionne des agents parachutés de Londres, transporte des armes, aide à la rédaction de la Libre Belgique,

    C'est le 5 mai 1942, en portant chez l'imprimeur Lielens la copie d'un numéro du clandestin qu'elle est arrêtée par la Gestapo ...

     

    Après des interrogatoires avenue Louise, elle est emprisonnée à Saint-Gilles.

     

    Suivent d'autres interrogatoires au cours desquels elle ne lâche rien !!!

     

    Elle restera à Saint-Gilles jusqu'à la fin l'année.

     

    Le 25 novembre 1942 débute devant un conseil de guerre allemand le procès de l'affaire de la Libre Belgique.

     

    Les séances se tiennent dans la salle de la Cour d'assises du Palais Justice de Bruxelles.

     

    Les imprimeurs sont condamnés à quinze ans de travaux forcés,

    Louise de Landsheere à sept ans.

    Dans la nuit du 7 janvier 1943 elle est transférée avec d'autres prisonnières vers le Zuchthaus (bagne, forteresse) d'Anrath, tout près de Krefeld. Anrath, surnommé le « château de la mort lente » est utilisé par l'industrie allemande.

     


    Parce que de Landsheere «a travaillé pour l'ennemi», on la met au régime des condamnés à mort.

     

    Avec d'autres condamnées, y compris des prisonnières de droit commun allemandes, elle devra travailler à découdre de vieux uniformes pour en récupérer ce qui peut encore servir.


    La nourriture est débilitante, l'atmosphère mauvaise.

     

    Il y a des délateurs. Louise de Landsheere est mise aux arrêts.


    Elle travaillera ensuite en kommando.

     

    Au début de l'hiver 1943, elle est envoyée dans d'autres prisons pour revenir à Anrath vers Pâques 1944.


    Quelques jours après, c'est le départ définitif pour la forteresse de Jauer en Silésie où le petit groupe de Französinnen (prisonnières autres que Allemandes) arrive début mai 1944.

    Sous le couvert d'une petite fabrique de réchauds à gaz, il s'agit de faire travailler des prisonnières à la fabrication de glissières d'obus.

     

    Dans la prison, la résistance s'organise.

     

    Les femmes refusent de s'installer aux machines.

     


    Après quelques semaines de «grève», c'est au tour de de Landsheere d'être mise aux arrêts, Elle refuse de fabriquer des munitions. Après un mois de sévices, elle peut retourner à l'atelier de couture. Mais pas pour longtemps.

    L'Armée rouge approche. Le 28 janvier 1945, par 25 degrés sous zéro, l'évacuation des prisonnières de Jauer commence.


    Ainsi, comme des milliers d'autres, Louise de Landsheere va connaître sa marche de la mort. Après des semaines d'horreur le convoi arrive en Bavière, à la forteresse d'Aichach, tout près de Dachau.



    Le typhus se déclare. Mais l'espoir grandit et le 29 avril, enfin, la prison est libérée par les Américains.


    Quelques heures plus tard, Paul Lévy, correspondant de guerre ayant assisté à la libération de Dachau et dont, en 1942, de Landsheere avait organisé l'évasion vers l'Angleterre, la ramène au pays après trente-six mois de captivité.


     

    Louise de Landsheere lors de sa libération avec à sa droite
    Ginette Pevtchin (Résistante également),
    Paul Lévy en Battle Dress et un officier américain

     

     








    Triste retour : à Bruxelles, elle apprend que son frère Henry, en mission pour l'Armée Secrète, a été écrasé accidentellement par un char anglais le jour de la Libération.

    Le rôle essentiel de Louise de Landsheere dans des organismes importants de la lutte clandestine à un moment où étaient rares les véritables résistants la fait reconnaître capitaine ARA (Agents de Renseignement et d'Action), résistante par la presse clandestine, prisonnière politique et invalide de guerre.

    Source bibliographique:
    "Les mémoires de Louise de Landsheere" paru aux Editions J.M. Collet 1990
    Source Internet:
    http://louisedelandsheere.blogspot.com/
    Crédit photographique:
    Ouvrage cité ci-dessus.

     

     

     

     

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  •  

     

    Louis Roussel est né le 22 décembre 1897 à Abscon (Nord). Il exerce à Paris la profession de fabricant de produits pharmaceutiques.

     

    Engagé volontaire en 1939 dans l'Armée de l'air, il est affecté à la base aérienne de Saint-Cyr-l'Ecole avec le grade de sergent. Révolté par le discours défaitiste de Pétain en juin 1940, il commence à sonder son entourage ainsi qu'une multitude d'officiers, sous-officiers et soldats avec une sorte de "programme de résistance" qu'il a lui-même rédigé.

     

    En juin 1940, il franchit la frontière et passe en Espagne avec l'espoir de soumettre son programme au général de Gaulle.

    Arrêté le 27 juin, il est interné mais parvient à s'évader le 24 ou 26 août. Il part alors en Afrique occidentale française (AOF) et contracte un engagement dans les Forces françaises Libres le 12 octobre 1940 à Ado au Nigeria.

     

    Le 12 novembre 1940, au cours d'une mission, il est arrêté, par la police française

    à Porto-Novo (Dahomey) et transféré à la prison de Cotonou puis à celle de Dakar

    le 23 décembre 1940.

    Ramené à la prison militaire de Clermont-Ferrand le 24 avril 1941, il est condamné à 4 ans de prison et à la confiscation de ses biens le 30 mai 1941 par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand.

     

    Louis Roussel est interné au camp de Mauzac (Dordogne) le 30 mai 1941 puis transféré à la prison militaire de Bergerac, d'où il s'évade le 18 octobre 1942.

     

    Le 1er novembre, il est de retour à Paris.

    Il entre alors en contact avec Médéric par l'intermédiaire de cheminots et entreprend pour lui un travail de renseignements et de repérage de terrains de parachutage. Au sein de CDLL, il est connu sous le pseudonyme de "L'Ours du Sahara".

     

    Maurice Vannier et Roger Coquoin lui confient la responsabilité d'un gros secteur au Nord de Paris. Il perd ce contact en avril 1943 à la suite d'une vague d'arrestations qui touche CDLL.

     

    En mai 1943, il établit le contact avec Gérard Kaisin, chef du sous-réseau Paris de Zéro-France, et est enrôlé par celui-ci. Son travail consiste en premier lieu à recruter des agents et à centraliser les informations.

     

    Parallèlement, il affilie ses groupes paramilitaires à Libération-Nord. Lorsque Joly, successeur de Kaisin à la tête du sous-réseau Paris, est arrêté en juillet 1943, la direction du sous-réseau Paris est confiée à Louis Roussel.

     

    Ce dernier confie alors le service action qu'il avait créé à Robert Fouré, alias "Le Targui".

     

    Tout en dirigeant le sous-réseau Paris, Louis Roussel devient chef des corps-francs de Libération-Nord pour l'Ile-de-France.

    Arrêté par la Gestapo le 9 février 1944 au café du Delta, boulevard de Rochechouart à Paris, il s'évade le jour même grâce à la complicité d'un inspecteur de la Brigade spéciale.

     

    Appréhendé de nouveau le 8 mars 1944 par la Gestapo, il s'évade de nouveau. Il demande alors à se faire remplacer à la tête du sous-réseau Paris de Zéro-France afin de se consacrer uniquement à l'action paramilitaire.

    Lors de la libération de Paris, il participe aux combats du carrefour de Châteaudun

    le 23 août et à la prise de la Kommandantur, place de l'opéra, le 25 août.

     

    Louis Roussel est décédé le 2 décembre 1976 à Paris (5ème).

     



    Décorations :

     

    Officier de la Légion d'Honneur, Croix de guerre 1939-45 avec palme (7 citations), Médaille de la Résistance, Croix du Combattant volontaire de la Résistance, Médaille des services volontaires dans la France Libre, Médaille des internés résistants.

     

     

    SOURCES

    http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?expo=49&theme=111&stheme=233asstheme=505&media=2200&ordre=17

     

     

    Le service de renseignement Zéro est un réseau de la résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale. Actif de 1940 à la libération du pays, il est notamment en contact avec le Special Operations Executive britannique.

     

     

     

     

     

     

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  • LA RESISTANCE

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    Réseau ZÉRO-FRANCE

     

     

    Zéro-France est une antenne en France d'un réseau d'origine belge,

    le réseau Zéro, fondé en juillet 1940 par Fernand Kerkhofs, directeur du service information du holding financier belge Brufina,  

    avec William Ugeux, Louise de Landsheere et quelques amis.

     

     

    Le réseau Zéro-France est cofondé en juin 1942 dans le Nord de la France par un capitaine de la Première Armée belge membre du SIS, Gérard Kaisin, et par un industriel français Paul Joly .

     

    Le service de renseignement Zéro est un réseau de la résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Actif de 1940 à la libération du pays, il est notamment en contact avec le Special Operations Executive britannique.

     

     

    Zéro-France se développe logiquement sur le Nord de la France puis s'émancipe sur la Normandie, la Région parisienne et les Pays de Loire.

     

    Le réseau est divisé en sous-réseaux et en secteurs :

     

    Joly  prend la direction du sous-réseau Nord et Kaisin celle du sous-réseau Paris qui comprend douze secteurs dont le secteur Calvados.

     

    Après l'arrestation de Joly en juillet 1943; Kaisin prend le commandement de l'ensemble du réseau et confie celui du sous-réseau Paris

    à Louis Roussel dit "Sahara".

     

    LOUIS ROUSSEL

    Légende :

    Louis Roussel, chef du sous-réseau Paris de Zéro-France et chef des corps-francs de Libération-Nord pour l'Ile-de-France

     

    Source : © Bureau Résistance Droits réservés

    Détails techniques :

    Photographie analogique en noir et blanc.

     

    Date document : Vers 1946

    Lieu : France - Ile-de-France

     

    Le secteur du Calvados est créé à partir d'octobre 1943 par Aimable Lepeu (41 ans en 1940), pharmacien à Dives-sur-Mer, qui en devient le chef; suite à sa rencontre avec Roussel .

     

    Il se développe considérablement dans la région Dives-Cabourg et devient le principal réseau de Résistance implanté dans cette région durant la Seconde Guerre mondiale.

     

    Aimable Lepeu a sous ses ordres directs quatre lieutenants. chacun responsable d'un petit nombre de résistants :

    le garagiste Pierre Dupont ((35 ans en 1940, mécanicien garagiste - Domicile : Cabourg);

    Marius Tréfouel (26 ans en 1940, cheminot - Domicile : Deauville);

    Fernand Fanneau (37 ans en 1940, menuisier -Domicile : Villers-sur-Mer) et Pierre Thieulle (59 ans en 1940), ancien receveur des postes de Cabourg.

     

    L'activité essentielle des résistants du réseau est l'observation et la collecte de renseignements sur le Mur de l'Atlantique et les mouvements de troupes allemandes, renseignements précieux transmis à l'IS. Le réseau est en parallèle un réseau d'évasion au service des aviateurs alliés abattus et de jeunes réfractaires au STO.

     

     

    Le réseau est contraint de cesser ses activités quelques semaines avant le Jour J car il est démantelé au printemps 1944 par la Gestapo, efficacement secondée par des collaborateurs locaux.

     

    Le démantèlement du réseau Zéro-France (Mars et avril 1944)

     

    Le réseau Zéro-France connut une fin tragique dans le Calvados, la plupart de ses membres furent arrêtés. puis torturés et déportés en Allemagne ou en Autriche, principalement dans les camps de Sachsenhausen, Mauthausen et Neuengamme.

    Dans la région de Dives-Cabourg. le réseau fut démantelé par les Allemands peu avant le Débarquement. dans des conditions qui restent obscures encore aujourd'hui. Ce démantèlement eut lieu à la suite d'arrestations opérées surtout aux mois de mars et avril 1944.

    La capture de Raymond Romy, mécanicien automobile, vers le 22 mars 1944. semble être à l'origine du démantèlement. Il est arrêté pour vol de cartes d'alimentation et emprisonné sans que les Allemands ne soupçonnent son appartenance au réseau. Cependant. ces derniers font le rapprochement entre ce vol et l'existence probable d'un réseau de Résistance dans la région. Suite à une enquête. les Allemands apprennent l'existence d'Aimable Lepeu , chef du réseau. et se rendent à son domicile le 25 mars 1944. Après une fouille minutieuse de son appartement. les policiers trouvent la cachette où Lepeu dissimule ses documents.

     

    Or. parmi ces papiers se trouve la liste des noms des membres du réseau. Aimable Lepeu l'avait constituée afin de pouvoir témoigner de l'engagement de ses hommes dans la Résistance Tombée entre les mains des Allemands. cette liste provoque une véritable hécatombe De nombreuses arrestations sont opérées en quelques jours.

     

    Seize membres de Zéro-France sont arrêtés lors de la première vague dont Marius Tréfouel , Pierre Dupont et Léon Tardy (40 ans en 1940, cultivateur - Domicile : Grangues), bras droits d'Aimable Lepeu.

    Une seconde vague d'arrestations est menée à partir du 12 avril 1944 et concerne treize autres résistants du réseau. Quelques arrestations plus tardives ont lieu, notamment au mois de juillet 1944.

     

    Le réseau Zéro-France est implanté essentiellement au Nord-Ouest du département, le long de la côte fleurie

     

    Les deux groupes importants sont implantés à Dives-sur-Mer et Cabourg. Des groupes de moindre importance existent à Deauville et Villers-sur-Mer ainsi que vers l'intérieur du Pays d'Auge.

    Le nombre de résistants caennais est aussi important car Caen.

    chef-lieu du département, est un relais incontournable pour la transmission de renseignements

     

    :

    Sources :

    SÉNÉGAL Christophe. Zéro-France. Vie et mort d'un réseau de Résistance à Dives-Cabourg, Cabourg, Collège de la Divette, 1995; 96 pages.

    Archives de Jean Quellien.

    Mathieu Gourdain et Cédric Neveu

     

     

     

     

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  •  LA RESISTANCE

     

    SOURCES: Collection Résistance et Mémoire.

    Jean-Pierre VOIDIES  (1926-1996)

     

        Cette frêle silhouette à l'allure de vieillard appuyé sur sa canne est un jeune homme de 19 ans, rentré depuis peu de temps du camp de Neuengamme.

     

    Alors qu'il est élève au lycée Malherbe, à Caen, Jean-Pierre Voidies qui habite rue Laumonnier fonde avec quelques jeunes de son âge:

     

     

    Roger Câtel

    (27 ans en 1940, ouvrier dans une cartoucherie

    - Organisation : Isolé

     

    - Domicile :

    Cormelles-le-Royal), Bernard Duval ,

    Bernard Boulot ,

    Claude Lunois et Jean-Paul Mérouze, un petit groupe de Résistance rattaché au Front national.

     

     

    RESISTANCE

    Le sabotage du RNP par les jeunes du Front national

     

        Dans le courant de l'année 1943 se constitue à Caen, autour de Roger Câtel (16 ans en 1940, étudiant en EPS - Organisation : Front national - Domicile : Caen) et Jean-Pierre Voidies ,, un petit groupe de Résistance, en grande partie composé de jeunes.

     

    Parmi eux, des camarades de leur quartier comme Bernard Boulot et Bernard Duval , des lycéens tels que Claude Lunois et Jean-Paul Mérouze.

     

    Agissant d'abord de façon autonome, le groupe sera plus tard rattaché au Front national. Sa première activité consistera à faire des relevés des défenses allemandes sur la côte, entre Ouistreham et Arromanches, et à distribuer des tracts.

        Au début de l'année 1944, Jean-Pierre Voidies , qui brûle de faire un coup d'éclat, décide de saboter l'action du RNP , parti de collaboration bien implanté sur la place de Caen.

     

    Pour ce faire, il adhère à la section jeunes du RNP , les  Jeunesses Nationales Populaires (JNP) ; ce qui lui permet de fréquenter le local de cette organisation et notamment le bureau du chef départemental,

     

    Marceau Degardin .

     

    Il y repère une volumineuse serviette qu'il décide de subtiliser; ce qu'il fera un dimanche de janvier après avoir dérobé la clé du local au 14 bis rue Ecuyère (à la place d'un magasin de bonneterie précédemment tenu par un israélite).

        La fameuse serviette contient la liste des adhérents du RNP, des bulletins d'engagement dans la milice du RNP , des notes confidentielles sur des personnes suspectées de gaullisme, divers papiers et enfin le tampon de Degardin . Dès lors, Voidies et ses amis passent à l'action.

     

    Des lettres, pompeusement signées"Mouvements Unis de la Résistance", sont adressées aux personnes suspectées pour les mettre en garde. D'autres sont envoyées aux membres du RNP avec des menaces de châtiment pour trahison.

        Jean-Pierre Voidies se débarrasse de la serviette dans un égout et disperse les dossiers chez deux lycéens de sa classe: le fils de la surveillante générale du lycée de filles et le fils d'un professeur de lettres du lycée Malherbe.

        Le 25 janvier 1944, une séance de cinéma devant être organisée au cinéma Eden, au cours de laquelle était prévue la projection

    du film anti-anglais: "Le président Krüger"  ; Jean-Pierre Voidies fait parvenir la veille au directeur de l'établissement,

     

    M. Le Boyteux, une lettre lui demandant d'annuler la séance, signéeDegardin et revêtue de son tampon.

     

    Sans méfiance, l'homme renverra les bobines à Paris, au grand dam des responsables du RNP.

     

        Là ne s'arrêtent pas les canulars.

     

    Toujours avec la signature et le cachet de Degardin, des avis sont envoyés à la presse, invitant à venir assister à la messe en mémoire de miliciens du RNP décédés... et en fait toujours bien vivants.

     

        Mais ces facéties n'auront qu'un temps.

     

    Alertée, la Gestapo porte ses soupçons sur un membre des Jeunesses nationales populaires , totalement étranger à l'affaire, mais qui malheureusement fréquentait certains des membres du groupe dont il connaissait les idées.

     

    Le 23 février 1944, Mérouze, Lunois et Voidies sont arrêtés, conduits au siège de la Gestapo où ils sont sauvagement battus et tortures plusieurs jours durant par la bande à Hervé.

     

     

    Bien qu'étrangers à l'affaire du vol des documents de Degardin , Boulot et Duval sont à leur tour appréhendés dans les jours suivants.

     

    Tous seront déportés.

     

     Sources:

     Archives de Jean Quellien

     

     

    -------------------------------------------

     

     

        Avec beaucoup de culot, il feint d'adhérer aux Jeunesses nationales populaires en se présentant comme un partisan de la collaboration. Il en profite pour dérober d'importants dossiers et semer une totale perturbation dans les rangs de cette organisation en propageant une série de fausses nouvelles.

     

     

    Ce coup d'éclat lui vaut d'être arrêté par la Gestapo,

    (dont Xavier Vetter dit " Walter") le 23 février 1944 avec plusieurs de ses camarades. Il est longuement torturé au 44 rue  des Jacobins avant d'être déporté en Allemagne.

     

     

    Après son retour de déportation, Jean-Pierre Voidies deviendra la poétesse transsexuelle Ovida Delect.

    Dans ce livre   Jean-Marie Girault, rend hommage au courage de son camarade aujourd'hui disparu.

    "En 1942-1943, l'un des camarades de 3e et de seconde de Jean-Marie Girault, Jean-Pierre Voidies, « résistant d'instinct » avait décidé de réunir quelques camarades de classe pour envisager comment ces très jeunes gens pourraient contrarier la machine de guerre allemande et la gêner.

     

    À six ou sept reprises le groupe se réunit au Jardin des Plantes. Dans ce groupe, Jean-Marie Girault se servait d'une canne-épée de la guerre de 1914-1918, pour crever les pneus de quelques véhicules ennemis garés devant les services de l'Intendance allemande  (Heeresunterkunftsverwaltung), située rue Élie-de-Beaumont, près de son domicile.

     

    Le groupe se disloque et les rencontres clandestines cessent après l'arrestation de Jean-Pierre Voidies, qui, revenu de déportation, put s'engager dans une carrière d'enseignant, notamment à la Guérinière."

     Sources:

    Archives de Jean Quellien

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  •  

     

    À l'ouest de Caen, juin 1944

    La bataille de Tilly-sur-Seulles, 8-18 juin

     

    En dix journées de combats acharnés, le bourg de Tilly-sur-Seulles, totalement ruiné, tomba finalement aux mains des Anglais.

    À partir de Gold, la progression de la 50e DI britannique avait été presque conforme au plan initial.

    Le 7 juin, ses éléments avancés avaient atteint Sainte-Croix-Grand-Tonne, sur la route nationale 13, entre Caen et Bayeux.

     

    Dans la matinée du 8 juin, la 8e brigade blindée et le 1er bataillon du Dorset Regiment avaient atteint la cote 103 au nord de Tilly-sur-Seulles, mais l'offensive fut ralentie devant Saint-Pierre,

    enlevée seulement le 9 au soir.

     

    C'en était fini de la conquête rapide.

     

    Armored infantry of the German Wehrmacht are pictured during the Battle for Caen near Tilly-sur-Seulles in France in June 1944.

    Photo: Berliner Verlag/Archiv



    Devant les forces anglaises, pourtant complétées par la 7e DB, se dressait désormais une des plus redoutables formations de la Wehrmacht : la Panzer Lehr, ancienne unité d'instruction, devenue combattante et équipée de matériels performants.

     

    Elle était commandée par le général Fritz Bayerlein.

     

    Avec ses 184 chars et ses 600 véhicules blindés, la division utilisa tous les accidents de terrain, mena une guerre dans laquelle l'effet de surprise, le camouflage, le raid limité mais dévastateur allaient être le lot quotidien.

    Arrêt, donc, de l'offensive anglaise, devant le mur d'acier et de feu déployé entre Fontenay-le-Pesnel et Hottot-les-Bagues.

     

    Mais, de son côté, la Wehrmacht n'est plus en état, temporairement, de mener une offensive : l'état-major du général Geyr von Schweppenburg s'était installé imprudemment en terrain découvert à La Caine, près de Thury-Harcourt.

     

    Commandant le Panzergruppe West, il préparait une offensive pour la nuit du 10 au 11 juin. Repéré, identifié par la Résistance, il fut bombardé par l'aviation alliée. On releva 17 morts, dont 12 officiers.

     

    Le général Ritter, chef d'état-major, faisait partie des victimes ; von Schweppenburg fut blessé.

     

    L'offensive fut annulée.

     

    À l'ouest de Caen, on s'enfonça donc dans une guerre d'infanterie, les chars jouant le rôle d'appuis défensifs ou accompagnant des coups de main limités.

    Le château de Boislonde fut pris et repris plusieurs fois. L'artillerie de marine intervenait depuis la côte.

     

    Les obus de 380 retournaient les chars Panther ou Tiger

    comme des fétus ; pour leur part, les Sherman ou Cromwell étaient détruits à plus de 1 500 m de distance par les chars allemands ou les canons de 88 embusqués.

    Tilly-sur-Seulles était sans doute un des premiers villages totalement détruits lorsque, le 18 juin, les fantassins de la 56e brigade emportèrent définitivement la position.

     

    Le combat allait continuer, dans des conditions aussi terribles, sur la ligne Lingèvres/Hottot/les-Bagues/Fontenay-le-Pesnel.

    Villers-Bocage - L'échec du mouvement tournant - 13 juin

    Après avoir perdu 3 000 hommes à Omaha, le Ve corps américain avait brillamment rétabli la situation. Les défenses allemandes s'étaient pratiquement effondrées dans le Calvados ; elles cherchaient surtout à protéger Carentan.

     

    Le général Bucknall, commandant le XXXe corps britannique, décida d'exploiter la situation.

    Puisque, le 11 juin, les Américains étaient aux portes de Caumont, il organisa un vaste mouvement tournant qui avait pour objectif de contourner les forces allemandes et, surtout, de passer au sud de Caen qui serait ainsi enfin encerclée.

     

    C'est à la 7e DB du général Erskine que fut confiée la mission. Les chars Cromwell des “Rats du désert”, qui s'étaient illustrés à El-Alamein déboîtèrent de Tilly, franchirent l'Aure et pénétrèrent dans Villers-Bocage, le 13 juin. En tête, la 22e brigade remontait la route à la sortie de Villers-Bocage, en direction de Caen.

     

    Soudain, le char de tête explosa.

     

    Un énorme char Tiger, 45 tonnes, 10 cm de blindage à l'avant, venait de surgir d'un petit bois, le long de la route.

     

    Aux commandes, le lieutenant Michaël Wittmann, l'as des blindés allemands, qui totalisait déjà 120 victoires sur le front est.

    Il remonta toute la colonne, tirant à bout portant au canon ou à la mitrailleuse.

     

    Touché à la chenille, son char finit par s'arrêter, mais d'autres Panzer étaient venus en renfort.

    La 22e brigade a perdu 200 hommes ;

     

    25 chars, 14 automitrailleuses, 14 half-tracks sont autant de ferrailles calcinées le long de la route.

    Quelques heures plus tard, des éléments de la 2e Panzer, qui venait d'arriver sur le front, occupèrent Villers-Bocage, après un violent combat de rue.

     

    Les “Rats du désert” se retirèrent à l'ouest du bourg, résistèrent aux attaques allemandes puis reçurent l'ordre de se replier dans le secteur de Livry.

     

     

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    Dans la nuit du 14 au 15, ils firent mouvement.

     

    Afin de protéger cette retraite, le général Dempsey donna l'ordre aux forces aériennes de détruire, outre Villers, deux carrefours routiers : Évrecy et Aunay-sur-Odon.

     

    Dans ce secteur, le front allait également se stabiliser. Il n'y aurait pas, dans un proche avenir, d'encerclement de Caen par l'ouest.

    L'opération Epsom et la bataille de l'Odon - 25 juin-1er juillet

    La bataille de Caen s'enlisait en ces premières semaines de juin.

     

    À l'est de l'Orne, les parachutistes menaient une guerre qu'ils n'avaient pas imaginée.

     

    De l'autre côté, autour de Carpiquet, Rots, Buron, Saint-Contest, les Canadiens et la 12e SS menaient une lutte sans merci.

    C'est ainsi que des prisonniers du North Nova Scotia furent abattus dans l'abbaye d'Ardenne, alors QG de Kurt Meyer, dit Panzer Meyer.

    La 21e Panzer et la 12e SS verrouillaient Caen. Sous le soleil ou dans la boue, on creusait des tranchées, des abris individuels : Dig or die.

     

     

    Il fallait donc rompre le front, en montant la première grande offensive depuis le 6 juin.

     

     

     

    L'opération Epsom avait pour objectif la plaine de Caen.

     

    À partir d'une ligne Cristot-Norrey-en-Bessin, on franchirait l'Odon, puis l'Orne, pour encercler Caen par le sud. L'attaque se ferait à la jonction de la Panzer Lehr et de la Hitlerjugend.

    Les Britanniques réunirent 90 000 hommes, 600 chars et 700 canons. Comme dans la bataille de Tilly, l'artillerie de marine soutenait l'offensive. L'attaque avait été fixée primitivement au 18 juin.

     



    Mais les conditions météorologiques se dégradaient et la tempête sur la Manche (19-22 juin) risquait de compromettre les approvisionnements.

     

    Il fallut attendre le 25 juin : une première offensive fut lancée sur Fontenay-le-Pesnel et Rauray.

    C'est le 26 au matin, après une nuit pluvieuse, que l'opération Epsom proprement dite fut lancée, dans la brume et sous les nuages.

     

    Seuls, les appareils basés en Normandie pouvaient assurer une médiocre protection aérienne.

     

     

    Saint-Manvieu et Cheux furent enlevées, au prix de terribles corps à corps avec les grenadiers de la 12e SS.

     



    Image
    Colonne de Panzer Grenadiers SS montant en ligne dans un village près de Caen. 25-30 juin 1944.

    Image
    Char Panzer recouvert de branchages à l'arrêt dans un village en ruines. Il s'agit du char n°200 de la 2e compagnie, 6e régiment, division Panzer Lehr. Juillet 1944.

    Le 27, les Écossais de la 15e division atteignirent la vallée de l'Odon. Déjà difficile dans les blés hauts, le combat devint âpre dans les bosquets, les haies, les minuscules prairies. Dans l'après-midi, un détachement avancé des Argyll and Sutherland Highlanders réussit à enlever, intact, le pont de Tourmauville. Ils le défendirent jusqu'à l'arrivée des blindés de la 11e DB britannique qui se ruaient sur l'autre rive pour créer une tête de pont. La division avança jusqu'à la cote 112, point culminant dans la plaine de Caen, à proximité d'Esquay-Notre-Dame.

    Le 28, un autre pont a été capturé par la même unité qui a progressé au fond de la vallée de l'Odon jusqu'à Gavrus. Le terrain conquis au-delà de l'Odon forme un petit saillant appelé “couloir (ou corridor) des Écossais”. II allait être l'objet de contre-attaques meurtrières, le 29 juin et le 1er juillet. Profitant du mauvais temps, les Allemands avaient pu regrouper des unités prélevées sur tout le front.

    Mais ce 29 juin, le temps s'est éclairci. À peine la formation d'attaque s'est-elle constituée que les Jabos (“chasseurs bombardiers”, en allemand) interviennent. La contre-offensive allemande reprit à 14 h 30. L'artillerie de marine, les canons de campagne britanniques, puis les canons antichars la brisèrent.

    L'opération Epsom avait tourné court. Ni l'Orne, ni la plaine de Caen, ni même la cote 112 n'étaient atteintes. Mais ce demi-succès britannique fut peut-être la bataille décisive dans la campagne de Normandie. Les pertes en chars des Allemands allaient désormais les contraindre à une guerre défensive. À défaut d'une belle manœuvre d'encerclement, dont rêve tout général en chef, Montgomery avait atteint un des buts de sa stratégie : fixer le plus grand nombre de forces allemandes autour de Caen, épuiser les ressources adverses en hommes et en matériel. Début juillet, 7 des 9 divisions blindées allemandes engagées en Normandie faisaient face à l'armée du général Dempsey.

    Mais la ville de Caen n'était toujours pas libérée.


    Image
    Soldats britanniques blessés au cours de l'opération Epsom sur le point d'être évacués. Juillet 1944.

    Le 28 juin 1944, la chasse canadienne partie d'un des 20 aérodrome de campagne britannique remporte un beau succès sur l'une des rares sorties de la chasse allemande

    A l'ouest de Caen, les soldats de la 8e brigade canadienne lance l'attaque, le 4 juillet, contre Carpiquet et son aérodrome.

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  • Juno beach 

    la 3ème division d'infanterie canadienne,

    la 2ème division blindée canadienne

     

     

     

    The Lance Corporal ER Sandie, talks to civilians in front of the butcher's of E. Hore at 17, Rue de  Bayeux. (Caen):

    Juno beach est une plage de près de 10 km qui se situe entre la plage de Gold (à l'ouest) et la plage de Sword (à l'est).

     

    Elle s'étend des villages de Gray-sur-mer jusqu'à St Aubin-sur-mer, au milieu se trouve le petit port de pêche de Courseulles-sur-mer.

     

    L'assaut de la plage est confié à la 3ème division d'infanterie Canadienne (soucieux de venger leurs camarades tombés à Dieppe) ainsi que la 2ème division blindée canadienne sous les ordres du Général R.F.L. Keller.



    Les objectifs de la journée sont les suivants :


    1.Couper la Nationale qui relie Caen à Bayeux


    2.Réaliser la jonction avec les troupes débarquées sur Gold beach
    3.Réaliser la jonction avec les troupes débarquées sur Sword beach
    1.Prendre l'aéoroport de Caen-Carpiquet

     

    Image
    Général R.F.L. Keller

    Image
    Général Crerar


    Forces alliés:

    La plage est divisée en deux parties: le secteur "MIKE" (à l'ouest de Courseulles) et le secteur "NAN" (à l'est de Courseulles jusqu'à St Aubin-sur-mer).

     

    Le secteur "MIKE" est confié à la 7ème brigade sous les ordres du Brigadier H.W. Foster, tandis que le secteur "NAN" est confié à la 8ème brigade sous les ordres du Brigadier K.G. Blackader.


    Image


    Forces de l'Axe:

    La défense de la plage est tenue par la 716ème division d'infanterie composé du 726ème Régiment et du 736ème Régiment sous les ordres du Commandant :

    General leutnant Ludwig Richter. Son PC est installé au nord de Caen, à la Folie-Couvrechef


    L'assaut:

    La plage de Juno est en grande partie constituée de sable et de rochers.

     

    C'est pour cette raison que l'assaut de la plage commence à 7h55 soit 30mn plus tard que sur les plages voisines.


    Malgré les 14000 mines, des canons et des mitrailleuses, la défense Allemande est peu puissante.


    En effet les spécialistes Allemands de la Kriegsmarine estimaient que les rochers du Calvados empêcheraient à eux seuls toute tentative de débarquement.


     

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    Grayes-sur-mer

    A 9h00, la Royal Winnipeg Rifles libère le village.

     

    C'est à cet endroit que le Général de Gaulle débarque le 14 juin et retrouve le sol Francais.

    Churchill et le roi Georges VI en firent

    de même le 12 et 16 juillet.


    Courseulles-sur-mer.

    Ce petit port de pêche est la cible des Canadiens First Hussars, Régina Rifles et des royals Winnipeg Rifles.


    Le débarquement est difficile et les combats se font au corps à corps , maisons par maisons.

     

    Le Régiment Centaure perd 34 chars DD sur les 40 débarqués.

     

    A 8h30 le Sergent Léo Gariépy occupe la Kommandatur

    et à 10h00 le village est libéré.

     

    L'embouchure de la Seulles devient le 1er port de ravitaillement des alliés (2000 tonnes par jour), en attendant la construction d'Arromanches.

     

     

     

    Bernières-sur-mer.

    Cette plage de 2,5 kms fait l'objet d'intenses bombardements depuis 4h00 le 6 juin 1944.

     

    Les péniches débarquent à 8h10 en faisant face au nombreux obstacles qui jonchent la plage. Au total 90 embarcations seront coulées et s'échouent sur les îles Bernières.

    Les hommes du Queen's Own Rifles et de la Chaudière sont pris sous un déluge d'obus lors de la traversée de la plage(100m). A 9h30, le village est libéré et le général R.F.L. Keller installe son PC de commandement.

    Image

    St Aubin-sur-mer.

    Les nombreuses mitrailleuses et les canons de 50mm donnent de grosses difficultés aux hommes du Régiment North Shore.

    Après le nettoyage de la plage, les chars amphibies du Fort Garry affrontent les diverses casemates.


    La 48 Royal Commando est la 2ème vague qui débarque à cet endroit avec comme objectif la prise de Langrume-sur-mer.



    Langrune-sur-mer.


    Sur cette plage de sable fin la 48ème Royal Marine Commando fait l'objet de très violents combats. Les Allemands avaient équipé les pâtés de maisons avec des canons antichars de 50mm et fortifié les villas sur la plage.


    La résistance Allemande tient bon malgré les tirs navals et ceux des chars Centaures. Le village est libéré le 7 juin à 15h30, par les hommes du Lieutenant Colonel Moulton qui perd la moitié de ses hommes.

     

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    Douvres la délivrande 

    A 2 Km à l'intérieur des terres se trouve la station de

    radar Allemande nommée "Distelfrik" (Chardonneret).

     

    Cette station est équipée de 2 radars "FREYA", 2 radars "Wurzburg",

    et 1 radar "Wassermann" (portée 300km).

    Femmes de Imperial Military Nursing service de la reine Alexandra (QAIMS) posent pour une photo de groupe au n ° 88 à l'Hôpital général de Douvres-la-Délivrande, le 22 Juin 1944.

     

     


    Elle abrite également une centrale téléphonique, une station radio,

    une usine électrique et des soutes à munitions.

     


    Protégée par une DCA et des canons antichars, la station résiste 11 jours, le 17 juin les 238 hommes de la station signe la rédition.

     


    A partir de cette date, elle devient le quartier général du Général Major Canadien Georges Francoeur.


    Beny-Reviers

    La batterie des Moulineaux qui protège le village est détruite par les tirs navals des croiseurs Belfast et Diadem avant 6h00.

     

     

    Le village est libéré le 6 juin par le Régiment de la Chaudière.

    Un aérodrome de campagne t est construit.

     

    Sur la route de Bernières à Beny se trouve le château de Hettier de Boislambert.

     

    Libéré par les hommes de la 8ème brigade Canadienne, le château devient un lieu de repos pour les soldats Canadiens.

    Creully

    Le village de Creully sert de jonction avec les troupes débarquées à Gold et Juno.


    Fin de journée:


    Le soir du 6 juin, la 3ème division a débarqué 24000 hommes et plus de 3000 véhicules.
    A Creully la jonction est effectuée avec les troupes britanniques débarquées à Gold.

     

    Cependant la jonction avec les britanniques de Sword n'est pas possible suite à une contre-attaque Allemande de la 21ème Panzer Division.

     


    L'avancée sur l'aérodrome Caen-Carpiquet est stoppée et cet objectif fixé au 6 juin ne sera pas réalisé.

     


    Le débarquement à Juno est très satisfaisant, la plupart des objectifs ont été réalisés et une solide tête de pont a été réalisée (jusqu'à Creully). Les pertes humaines s'élèvent à 1150 tués et blessés sur un effectif de 15000 hommes.


    Merci à http://sites.estvideo.net

    A Suivre....

     

    Juno injustement oublié de l'histoire ?

    10 ans après, je suis retourné faire un séjour d'une semaine sur les plages du débarquement, et si beaucoup de choses ont changé, il y a notamment eu un gros travail sur les musées, neufs ou bien améliorés, j'ai eu envie de reprendre ce très long article pour ajouter une page : Celle sur Juno Beach.

    En effet, quand on parle débarquement de 1994, les gens oublient celui de Provence (pourtant tout aussi décisif) et le débarquement de Normandie se résume à Omaha Beach, Sainte Mère l'église, voir Pégasus Bridge pour les plus érudits, et Sword pour les franchouillards.

     

     

    dday-juno beach-bernières sur mer 1944

    Le sergent R. Gagnon du Régiment de la Chaudière avec un prisonnier allemand ... souriant. (Archives Nationales Canadiennes/Frank L. Dubervill)

     

     

     

    Dans l'imaginaire collectif, on pense avant tout aux sacrifices des soldats américains, puis celui des Anglais oubliant trop souvent les Canadiens...

     

     

    Et pourtant, Juno Beach était la seconde plage la plus fortifiée après celle d'Omaha, et ce fut également la seconde plus sanglante (340 tués, 739 blessés ou disparus), à l’instar de la première vague à Omaha, la première vague de Juno subit environ 50% de pertes !

     

     

    rgt la chaudière-juno beach-dday

    6 juin 1944 dans la Manche : les fantassins quittent le HMCS Prince David pour gagner le secteur Juno.

    (Archives Nationales Canadiennes)

     

    De  nombreux obstacles barrent l’accès à cette plage et dès 8h05, les membres du Queen’s Own Rifles of Canada puis de La Chaudière progressent difficilement sous une pluie d’obus et à travers les champs de mines. En effet, entre Courseulles-sur-mer et Bernières, les défenseurs ont posé plus de 14 000 engins explosifs et aucun char n’est présent pour soutenir les hommes. Dès les premières minutes, entre la plage et la digue, la compagnie B du Queen's Own Rifles perd 65 de ses soldats. Ces derniers font face au point fort de la Cassine, empêchement munit de 2 canons de 50 mm et 7 mitrailleuses. 3 canadiens, appuyés par la Royal Navy, s’en approchent et réduisent en 15 minutes le point de résistance.

     

     

    Résultats Google Recherche d'images correspondant à http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1d/Caen_gare_1944.jpg:

    Membres des "Green Howards" parlant à des civils français, le 23 août 1944.:
    Read more at http://www.plagesdu6juin1944.com/accueil/juno/itineraire-n-3/bernieres-sur-mer.html#uXoxLfy42YQhDAZj.99

    HMCS Prince david-juno beach-1944

    L'histoire :

    Le secteur de Juno était divisé en Love à l'ouest, Mike (Green et Red) au centre et Nan (Green, White et Red) à l’est. La météo défavorable a rendu la mer extrêmement houleuse. De ce fait, le pilonnage de la marine a été très peu efficace, puisque seulement 14% de fortifications ont été touchées.

     

    Toujours à cause houle, mais aussi à cause de dangereux récifs côtiers, le débarquement a prit du retard : 30 minutes (comme pour Omaha) durant lesquels les Allemands ont pu se réorganiser.


    Le débarquement commence donc à 8h, la marée montante a déjà recouvert bons nombre d'obstacles du mur de l'Atlantique, de nombreuses embarcations sautent sur les mines : sur les 306 embarcations de débarquement, 90 sont détruites avant même de toucher le sol !


    Pire encore, toujours à cause de la mer, les chars amphibies ne peuvent pas accompagner les premières vagues, ce qui laisse ces dernières sans appui, bloquées face à une digue de protection contre la mer haute de deux mètres. Il faudra attendre l'arrivée des char et le courage des canadiens, et notamment le régiment francophone de la Chaudière, pour percer le dispositif.

     

    Le soir du 6 juin, 21 000 hommes et 3 200 véhicules ont débarqué, et les troupes ont avancé d'une quinzaine de kilomètres, et la jonction est faite avec Gold, il faudra néanmoins attendre le lendemain pour faire la jonction avec Sword.

    Ce qui me frappe toujours lorsque je vais sur les plages du débarquement, c'est la différence de mise en valeur de la mémoire entre les plages de débarquement US (Omaha, Utah) et les autres, pour s'en convaincre il suffit de visiter le cimetière de Colleville-sur-Mer pour s'en convaincre.

     

    Ainsi, les plages de Sword, Gold sont beaucoup moins mises en valeur que leur homologues américaines.

     

    A Juno, le musée est relativement récent,

    puisqu'il a été inauguré le 6 juin 2003.

     

    Le Centre Juno Beach est plutôt bien fait, avec pas mal d'interactivité, tout en étant très personnel. Ainsi, à l'entrée on retrouve une série de croix correspondant à un soldat tombé le jour J, avec un flash code pour découvrir la vie du soldat.

     

    Tout le long de la visite, on apprend le rôle du Canada durant la Seconde Guerre mondiale, l'histoire du Canada avant et pendant la guerre. J'ai été franchement bluffée, je pensais plutôt bien connaitre l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, et pourtant j'ai vraiment appris pas mal de choses dans ce musée (d'où l'ajout de cette page d'ailleurs, d'où également le paragraphe suivant).

     

     

     

    Le rôle des Canadiens durant la Seconde Guerre mondiale :

    Je ne referai pas mieux que ce qui se trouve sur internet, ainsi je vous invite à lire les pages suivantes :

    Néanmoins, j'aimerai attirer votre attention sur les points suivants :

     

     

    Néanmoins, j'aimerai attirer votre attention sur les points suivants :

    • Le Canada est entré en guerre contre l'Allemagne dès le 10 septembre 1939, néanmoins, les soldats canadiens n'ont pu prendre part aux combats de la bataille de France que de manière anecdotique (1re brigade d’infanterie), au travers la visite du musée, on peut ressentir cette frustration.

     

    • En 1939, les force armées canadiennes partent du néant, en effet, durant l'entre deux guerres l'armée a été négligée.
    • Afficher l'image d'origine
    • Néanmoins, l'effort de guerre considérable permit de renverser la situation.

     

    • Le Canada eu un rôle primordial aux premières années de la guerre en ravitaillant l’Angleterre en besoin urgent(nourriture, armes, matériel)
    • 50 000 aviateurs alliés furent formés au Canada.

     

     

    • Lors du débarquement de Dieppe en 1942, l'armée canadienne fournit le contingent le plus important : 5 000 hommes canadiens sur les 6 000 engagés alliés, environ 900 moururent et presque 2 000 furent prisonniers.
    • Plus d'un million de Canadiens prirent part au conflit, 45 000 perdirent la vie, 55 000 revenir blessé. Ce chiffre est à mettre en perspective avec la taille du pays à l'époque: en effet, en 1940, le Canada comptait 11 millions de citoyens, le nombre de soldat engagé représentait 1/4 de la population active.

     

     

    https://www.team-azerty.com/html/articles/article-11-page-5-normandie1944-2004.html

     

     

    http://monde-elodie.heberg-forum.net/ftopic9690-0-asc-0.html

     

     

     

     

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  • Le plus jeune Compagnon de la Libération

    Mathurin Henrio, né le 16 avril 1929 au lieu-dit Tallen Crann à Baud dans le Morbihan et tué d'une balle dans le dos le10 février 1944 également à Baud, était un jeune français devenu, à quatorze ans, le plus jeune Compagnon de la Libération

     

    Lors de la Seconde Guerre mondiale, le lieu-dit Poulmein, situé à environ deux kilomètres au nord de Baud, est choisi pour servir de base au maquis de la zone.

     

    Le 10 février 1944, dénoncés, des membres du maquis sont sur le point d'être arrêtés alors qu'ils sont en route vers Hennebont

     

    Une fusillade éclate et les maquisards se replient vers Poulmein pour alerter leurs camarades qui décident de fuir en effaçant les traces de leur passage dans la ferme qui leur sert de camp de base.

     

    La carte d'identité d'un des résistants est retrouvée sur les lieux du combat par un ouvrier ; un jeune homme nommé Louis Le Gal, connaissant la personne titulaire de cette carte, décide de la lui rapporter.

     

     

    Ce dernier en route rencontre à Tallen un jeune fils de cultivateurs, Mathurin Henrio, qui décide de l'accompagner.

     

    Arrivés à la ferme, les deux jeunes aident les maquisards à charger leurs affaires et leur armement mais ils sont surpris par les Allemands.

    La plupart des résistants parviennent à s'enfuir, mais deux sont faits prisonniers et deux autres abattus. Mathurin Henrio, lui aussi s'enfuyant à travers champ est abattu d'une balle dans le dos avant d'être achevé.

    Son corps est exposé le lendemain dans la mairie de Baud.

     

    Le surlendemain, près de 3 000 personnes participent à son enterrement.

    Il est fait compagnon de la Libération à titre posthume, par décret du 20 novembre 1944.

     

    C'est le plus jeune des 1038 résistants à avoir reçu cette décoration.

    Il est également décoré de la Croix de guerre 1939-1945

     

     

     

     

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  • « UN EPISODE MECONNU »

    « J’étais l’idole sauvage dont Paris avait besoin.

     

    Après quatre années de violence (la guerre 14-18), j’ai symbolisé la liberté retrouvée, la découverte de l’art nègre, du jazz. J’ai représenté la liberté de me couper les cheveux, de me promener nue, d’envoyer tous les carcans au diable, y compris le corset ».

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    Surnommée à l’époque, la « Vénus d’ébène », on ne retient souvent que son apparition fracassante au Théâtre des Champs Elysées, dans la revue nègre, en octobre 1925. Tout le monde connaît sa fameuse ceinture de bananes et sa chanson fétiche « J’ai deux amours », mais Joséphine Baker c’est aussi une légende aussi extraordinaire qu’attachante. Quel destin pour cette petite américaine née le 3 juin 1906 à Saint-Louis dans le Missouri, d’une noire pauvre et célibataire et d’un blanc inconnu ! 

     

    Subversive, rebelle, visionnaire, elle croisera Jean Cocteau, Pablo Picasso, Georges Simenon et Colette, condamnera le racisme et l’antisémitisme.

     

    Excessive et généreuse sur scène comme dans la vie, elle fondera sa tribu « arc-en-ciel », composée d’enfants qu’elle adoptera sur les cinq continents, malgré de sérieux revers de fortune.

     

    Mais il y a une époque de sa vie qui reste encore méconnu aujourd’hui : son engagement dans la Résistance Française …

    Maurice Chevalier et Joséphine Baker.

    Dès 1939, elle entre dans le contre-espionnage et devient, plus tard au péril de sa vie, l’agent de propagande du Général de Gaulle. Lors de son recrutement en 1939 elle dira :

     

    « C’est la France qui m’a faite ce que je suis. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie ». Naturalisée Française en 1936, Joséphine Baker donne de nombreux concerts pour récolter des fonds au profit de l’Armée Française. Elle parcourt le front et se produit devant les soldats qui souvent la préfèrent à Maurice Chevalier. Ses déplacements n’ont rien de discret : c’est ce qui attire Jacques Abtey, du 2ème bureau. Il prend contact sur « recommandation » et la recrute comme agent d’information.

     

    Cotoyant chaque soir Chefs d’Etat, ministres et diplomates étrangers, elle devient rapidement une source importante de renseignements pour le 2ème bureau.

     

     

    Afin d’obtenir des informations précieuses sur les intentions de Mussolini, la célèbre vedette de music-hall interroge l’attaché militaire italien qui lui voue une admiration sans bornes. Le 2ème bureau veut-il savoir ce que pense le gouvernement japonais de l’Indochine Française ?

     

    Joséphine Baker le demande négligemment à son ami Renzo Sawada, ambassadeur du Japon à Paris.

     

    Elle s’y prend de la même façon, concernant les projets secrets des allemands, détestant l’idéologie raciste des nazis. Ainsi elle recueille les petites confidences des diplomates, qui veulent parader devant elle et qu’elle manipule avec adresse …


    En juin 1940, Abtey et Baker veulent rallier le Général De Gaulle à Londres.

     

    Ce n’est pas une mince entreprise, car le 2ème bureau a encore besoin d’elle …

     

    En dépit de l’interdiction allemande, un service clandestin de contre-espionnage sous la couverture d’une organisation agricole, les « Travaux ruraux » est mis en place.

     

    Le capitaine Paillole ancien chef d’Abtey leur procure de faux passeports et trouve judicieux l’idée de Joséphine Baker : elle servira de couverture à Abtey, qui devient son « secrétaire » et organisera ses tournées au Portugal puis en Amérique du Sud.

     


    Sous l’identité de Jacques-François Hébert, Abtey reçoit des mains de Paillole, des informations secrètes.

     

    A la fin de novembre 1940, Joséphine Baker et Abtey munis de visas franchissent sans encombre la frontière Pyérénéenne avec les fameux documents (notamment la photo des péniches que les Allemands pensent utiliser pour envahir l’Angleterre).

     

    Les douaniers n’ont d’yeux que pour la vedette se fichant de l’homme qui la suit avec déférence.

     

    Arrivés à Lisbonne, ils tranmettent les documents à un agent de l’Intelligence Service.

     

    Mais Joséphine et son « secrétaire », qui voulaient rejoindre les Français Libres de Londres, reçoivent une nouvelle mission. ils doivent s’installer au Maroc et servir d’intermédiaire entre Paillole et l’Intelligence Service. Joséphine part à Marseille chercher un nouveau visa pour traverser l’Espagne.

     

    Elle l’obtient directement de l’ambassadeur d’Espagne au Portugal, qui n’est autre que Nicola Franco, le propre frère du Caudillo …

    Joséphine Baker reçoit la médaille de la résisance.

    En juin 1941, elle tombe gravement malade.

     

    Luttant contre la mort, elle demeure hospitalisée jusqu’à la fin 1942. A peine remise, Joséphine reprend ses activités de music-hall au profit des unités alliées. Tunis, Le Caire, Beyrouth, Tel-Aviv, Jaffa, Damas : partout, elle défend la cause du Général De Gaulle.

     

    La voici agent d’influence de la France Libre.

     

    Sillonnant le Maroc, la France, le Portugal et l’Espagne, Joséphine Baker donne de nombreux spectacles, glane des informations et transporte régulièrement des documents secrets cachés dans ses partitions avec un aplomb, une décontraction et une insouciance extraordinaire.

     

    En 1946, elle reçoit la médaille de la résistance.

     

    De Gaulle la félicite personnellement. La Légion d’honneur sera plus longue à venir récompenser ses services, mais grâce à l’insistance de ses anciens chefs, elle finira par l’obtenir en 1956. Joséphine Baker une espionne ? Elle sera au service de la France et des alliés dès 1939 et signera à Alger, le 23 mai 1943 « un engagement définitif pour la durée de la guerre » au sein de l’armée de l’air. Fermées jusqu’alors, les archives du renseignement français ont été ouvertes pour la première fois à un éditeur qui a travaillé en toute indépendance, il y a peu. 

     


    Cette descendante d’une humble famille d’esclaves noirs, devenue d’abord un phénomène du Tout-Paris, puis une véritable légende : la première star noire de l’Histoire des arts, fut pour un temps un agent de charme pour la France libre, ce que beaucoup de Français ignorent encore aujourd’hui …

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    Je suis Joséphine Baker, née Freda Josephine McDonald,

    fille d'Eddie Carson, métis espagnol inconnu de moi, et de Carrie McDonald, Noire américaine.

    On m'appelait « Tumpie ». Je viens d'être expulsée de mon château des Milandes, à Castelnaud-la-Chapelle, en Dordogne, ce 15 mars 1969. Je m'étais barricadée dans la cuisine depuis plusieurs jours avec mon chat. Les ouvriers du nouveau propriétaire m'ont poussée à l'extérieur.

     

    . Hé, Tumpie, tu as la Légion d'honneur mais elle ne pèse pas lourd.

     

    Je suis assise sur le perron, pieds nus, un bonnet de bain sur la tête.

     

    J'ai l'air d'une vieille esclave.

     

    Je pense à « Shuffle Along », la comédie musicale qui m'a fait connaître aux États-Unis.

    Il est si loin, mon quartier misérable de Saint Louis, Missouri.

     

    À 10 ans je faisais le ménage chez des Blancs racistes.

     

    J'ai encore dans les veines les émeutes

    raciales du 3 juillet 1917.

    J'entends les hurlements des Noirs

    que les Blancs voulaient tuer.

    Je les vois courir.

     

    « Elle gonfle ses joues à la mode des guenons

    qui cachent des noisettes »

     

    Une femme enceinte à qui on avait ouvert le ventre… C'était sur la terre. Depuis, je n'ai jamais cessé de courir.

     

    La danse m'a sortie du chaos.

    Un jour, j'ai réalisé que j'habitais dans un pays où

    j'avais peur de ma peau.

     

    D'ailleurs, j'étais trop noire pour les Blancs et trop claire pour les Noirs.

    « La Revue nègre », en France, m'a inventée. Pendant sept semaines, au Théâtre des Champs-Élysées, les critiques se sont déchaînés. Celui du « Figaro », membre de l'Académie française, y a vu « un lamentable exhibitionnisme transatlantique qui semble nous faire remonter au singe en beaucoup moins de temps que nous en avons mis à en descendre ». Et il ajoutait :

    « Elle gonfle ses joues à la mode  

    cachent des noisettes. »

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    La guerre aussi a changé ma vie.

     

    Quand le capitaine Abtey, chef du contre-espionnage militaire, est venu me solliciter, en 1939, je lui ai dit :

     

    « La France a fait de moi ce que je suis. Les Parisiens

    m'ont offert leur coeœur. Je suis prête à leur donner ma vie. »

     

    Il s'agissait d'utiliser ma notoriété pour récupérer des informations. Depuis 1936, je louais le château des Milandes, une merveille, à 16 kilomètres de Sarlat.

     

    Je m'y étais réfugiée quand les services de Goebbels à Paris me jugeaient décadente et proche des juifs.

     

    Nous avions caché aux Milandes du matériel radio et des armes. J'avais adhéré à la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme depuis la Nuit de cristal, en novembre 1938.

     

    Je n'ai jamais rien refusé à la Licra.

     

    J'en ai transporté, des messages secrets, sur mes partitions musicales ou à l'intérieur de mes robes.

    Personne n'a osé

    fouiller au corps Joséphine Baker.

     

    Pour alimenter les ressources des Forces françaises libres,

    j'ai même vendu aux enchères la croix de Lorraine en or

    que m'avait remise lui-même le général de Gaulle.

    La Terre peut s'arrêter de tourner.

     

    Assise sur ce perron où l'on a souillé mon âme, je sais que je porterai jusqu'à ma tombe l'ovation que m'a réservée Paris, le 15 août 1944, lorsque je suis revenue sous-lieutenant des filles de l'air.

     

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    Nous avions caché aux Milandes du matériel radio et des armes.

     

    J'avais adhéré à la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme depuis la Nuit de cristal, en novembre 1938.

     

    Je n'ai jamais rien refusé à la Licra.

     

    J'en ai transporté, des messages secrets, sur mes partitions musicales ou à l'intérieur de mes robes.

     

    Personne n'a osé fouiller au corps Joséphine Baker.

     

     

    Pour alimenter les ressources des Forces françaises libres, j'ai même vendu aux enchères la croix de Lorraine en or que m'avait remise lui-même le général de Gaulle.

     

    J'ai longtemps hésité à reposer le pied chez moi, en Amérique. À Broadway, en 1936, j'ai retrouvé tout ce que l'on pouvait infliger à un citoyen noir. Pour entrer dans un hôtel, je devais prendre la porte de service. Pendant que les Noirs de Harlem me reprochaient de jouer dans un théâtre de Blancs…

     

    J'étais très seule quand j'ai commencé à imaginer un monde sans couleur de peau. Le « Time », à cette époque, expliquait que je n'étais qu'une jeune négresse aux dents de lapin. J'ai gagné un premier combat en 1951 au Copa City de Miami, en conditionnant mon spectacle à la présence de Noirs dans le public. Cette clause de mixité m'a enlevé beaucoup de contrats. Quelle importance… Lorsque mon visa a été refusé en 1963, Bob Kennedy est intervenu en ma faveur. Ainsi ai-je pu accompagner Martin Luther King à la marche de Washington en uniforme de l'armée française.

     

    « Personne n'a empêché les vautours de détruire l'œuvre de ma vie »

     

    'ai acquis le château des Milandes en 1947 pour la somme de deux millions cinq cent mille francs, payés cash. Et avec lui la quasi-totalité du village de Castelnaud.

     

    Avec Jo Bouillon, mon mari, nous avons entrepris de créer un complexe touristique. Il y avait même une ferme modèle, une fabrique de foie gras, une station d'essence. Et un bureau de poste. Nous y avions installé des dizaines de familles. Il a fallu dix ans pour sortir tout cela de terre, goudronner, amener l'eau et l'électricité. J'ai fourni des éviers à ceux qui n'avaient pas les moyens.

     

    Dans les années 1950, les Milandes recevaient 300 000 visiteurs par an. C'était « le village du monde, capitale de la fraternité », ma conviction absolue. J'y ai fondé la tribu arc-en-ciel avec mes 12 enfants adoptés. Akio et Janot au Japon, Jari en Finlande, Luis en Colombie, Jean-Claude, Moïse et Noël en France, Brahim et Marianne en Algérie, Mara au Venezuela, Kofi en Côte d'Ivoire, Stelina au Maroc.

     

    Chacun a été élevé dans sa religion, avec son propre précepteur. Nous vivions dans un endroit perdu.

     

    Le tourisme n'existait pas. Ma première conférence antiraciste, le dimanche 13 janvier 1957, a fait sensation au pays. J'étais impliquée partout localement et je ne pense pas que l'on m'ait regardée seulement comme une négresse qui avait du fric. Peut-être l'ont-ils oublié, mais j'étais aux ventes de charité à Bergerac, dans toutes les kermesses que j'organisais au profit des écoles. Je donnais aux hôpitaux. J'achetais des tables, des chaises, des livres. J'ai même réussi en 1957 à placer le banquet annuel de l'Amicale du Périgord à Bordeaux, avec Chaban, sous le signe du « village du monde ».

     

    Dans les années 1950, les Milandes recevaient 300 000 visiteurs par an. C'était « le village du monde, capitale de la fraternité », ma conviction absolue. J'y ai fondé la tribu arc-en-ciel avec mes 12 enfants adoptés. Akio et Janot au Japon, Jari en Finlande, Luis en Colombie, Jean-Claude, Moïse et Noël en France, Brahim et Marianne en Algérie, Mara au Venezuela, Kofi en Côte d'Ivoire, Stelina au Maroc.

     

    Chacun a été élevé dans sa religion, avec son propre précepteur.

     

    Nous vivions dans un endroit perdu. Le tourisme n'existait pas. Ma première conférence antiraciste, le dimanche 13 janvier 1957, a fait sensation au pays.

     

    J'étais impliquée partout localement et je ne pense pas que l'on m'ait regardée seulement comme une négresse qui avait du fric.

     

    Peut-être l'ont-ils oublié, mais j'étais aux ventes de charité à Bergerac, dans toutes les kermesses que j'organisais au profit des écoles.

     

    Je donnais aux hôpitaux. J'achetais des tables, des chaises, des livres. J'ai même réussi en 1957 à placer le banquet annuel de l'Amicale du Périgord à Bordeaux, avec Chaban, sous le signe du « village du monde ».

    Jo m'a souvent reproché de mal compter.

     

    En 1954, nous avions 118 employés, dont 18 jardiniers.

     

    On me dit que j'ai payé plusieurs fois les mêmes factures.

     

    J'ai engagé trop de travaux. Je suis écrasée par les dettes.

     

    J'ai couru les cachets pour rembourser deux cents millions de centimes.

     

    Le Général avait suggéré qu'il était possible de m'aider. J'ai répondu que ce n'était pas à la France de payer mes bêtises.

     

    'ai perdu. Mon château a été vendu aux enchères un dixième de sa valeur. Ils m'ont tout arraché, mon parc, mes meubles. Personne n'a empêché les vautours de détruire l'œuvre de ma vie.

     

    Les gens du Périgord m'ont tourné le dos, mais je ne leur en veux pas. Ici, ils ont découvert avec moi une idée folle. Un village du monde, capitale de la fraternité, créé par une femme noire

    à Castelnaud-la-Chapelle, 500 habitants !

     

     

    Je ne reviendrai jamais aux Milandes, ni en Dordogne. Mais je demeure fidèle à ceux qui m'ont émue. Je suis devenue française et citoyenne du monde, ici, au cœur du Périgord noir.

     

    Jo m'a souvent reproché de mal compter.

     

    En 1954, nous avions 118 employés, dont 18 jardiniers. On me dit que j'ai payé plusieurs fois les mêmes factures. J'ai engagé trop de travaux. Je suis écrasée par les dettes. J'ai couru les cachets pour rembourser deux cents millions de centimes. Le Général avait suggéré qu'il était possible de m'aider. J'ai répondu que ce n'était pas à la France de payer mes bêtises.

    J'ai perdu. Mon château a été vendu aux enchères un dixième de sa valeur. Ils m'ont tout arraché, mon parc, mes meubles. Personne n'a empêché les vautours de détruire l'œuvre de ma vie. Les gens du Périgord m'ont tourné le dos, mais je ne leur en veux pas. Ici, ils ont découvert avec moi une idée folle. Un village du monde, capitale de la fraternité, créé par une femme noire à Castelnaud-la-Chapelle, 500 habitants !

    Je ne reviendrai jamais aux Milandes, ni en Dordogne. Mais je demeure fidèle à ceux qui m'ont émue. Je suis devenue française et citoyenne du monde, ici, au cœur du Périgord noir.

    Hé, Tumpie, tu as beaucoup combattu pour ne rien garder, mais cela valait le coup. Ton village témoignera un jour de la négresse inguérissable, qui n'écoutait qu'un seul battement

     

     

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  • Témoignage de Maurice Chauvet

    Caporal, 1er Bataillon Fusilier Marin, N°4 Commando

     

    Maurice Chauvet est l'un des 177 Français du Commando Kieffer, qui débarque le 6 juin 1944 à Sword Beach. Il appartenait alors à la section de renseignement et il devait effectuer la liaison entre L'état-major et les troupes. (Pour en savoir plus sur le 1er Bataillon Fusilier Marin, cliquez ici.) Blessé, il est évacué en Angleterre cinq jours plus tard. A Londres, le Quartier Général des Opérations Combinées le mandate pour réaliser un reportage sur son expérience personnelle et ses souvenirs du Jour J.

    Image : Témoignage de Maurice Chauvet - Caporal, 1er Bataillon Fusiller Marin, N°4 Commando

     

    Avec un excellent souci de réalisme, il réalise ainsi un article en commentant des images prises par des cinéastes militaires le 6 juin sur les lieux où Maurice Chauvet a combattu.

    Cet article que le site DDay-Overlord.com vous propose est publié le 14 juillet 1944 dans le premier numéro de la revue "Ensemble", un magazine destiné à être distribué aux Français tout juste libérés par les forces alliées.

    Après la guerre, Maurice Chauvet a été l'un des conseillers militaires du film Le Jour le Plus Long et a décidé, constatant que les réalisateurs prenaient trop de libertés vis-à-vis de l'Histoire du Débarquement, de quitter l'équipe du film lors du tournage. Pour Maurice, l'Histoire ne doit pas être mal réécrite et c'est son combat actuel de faire respecter la vérité des faits.

    Maurice Chauvet est le créateur de l'insigne des commandos français qui est aujourd'hui porté sur les bérets des Fusiliers Marins Commandos de la Marine Nationale française - cliquez ici pour voir l'insigne.

    Maurice Chauvet se rendait chaque année en Normandie afin de commémorer la mémoire de ses amis, une mémoire qu'il voulait véritable et sans modification dans le futur. Pour lui, le devoir de mémoire représentait le devoir de la véritable Histoire. Il est décédé le 21 mai 2010 à l'Hôtel des Invalides.

    Maurice Chauvet a écrit des ouvrages sur cette période : cliquez ici pour consulter ses livres.


    "Nous avons vécu un moment qui sera certainement en bonne place dans l'histoire, mais nous ne nous en sommes aperçus qu'après. Nous, ce sont les commandos français du capitaine Kieffer, lui-même intégré à la brigade de Lord Lovat. Nous avons débarqué à Ouistreham faisant ainsi l'extrême gauche de tout le débarquement.

    A notre camp, un mois avant l'ouverture du second front, nous avions étudié des photos aériennes et des plans détaillés en relief de l'endroit où nous devions débarquer. Nous ne savions rien de son emplacement sinon qu'il était sur la côte française. Très vite nous avons connu le terrain par coeur, et ce plan très incomplet, que nous savons depuis être un plan de Ouistreham, n'était destiné qu'à rappeler la position des points particulièrement importants.

    J'ai ajouté les noms au plan, ainsi que des chiffres pour situer les photos qui suivent et vous permettre de comprendre l'action. Les défenses allemandes ne sont pas indiquées, nous les connaissons si bien. Elles consistaient en blockhaus et pille-box le long du boulevard Aristide Briand, avec un point fort au casino (x). Entre le casino et l'avant-port, une fosse anti-char et sur cette pointe des lance-flammes. La mission des deux troupes françaises consistait à nettoyer les pilles-box à partir de B, de boulevard Aristide Briand sur le plan jusqu'au point fort du Casino, soit une douzaine d'ouvrages répartis sur cinq cent mètres environ.

    Image : Des LCIS en route vers Sword Beach Des LCIs en route vers Sword Beach.

    Voici les trois L.C.I.S (embarcations d'infanterie) dont deux étaient occupées par les troupes françaises. Partis à 21H d'Angleterre, nous avons passé une nuit très dure entassés dans les trois cales, avec tout le matériel. Le temps était gris. A perte de vue, la mer était couverte de bateaux. Au loin dans la brume, la côte française. Les coups sourds du bombardement de la R.A.F., sur la gauche des flammes rouge cerise et de la fumée, sans doute des lance-flammes. Des obus de la défense allemande coulèrent quelques barges. C'est l'heure H moins 20 environ. Le colonel du commando nous a fait bonjour de la main en passant le long du bord ; il a pris place dans une très petite barge d'assaut plus rapide que la nôtre avec à l'avant le drapeau blanc à croix rouge de la Marine de Guerre anglaise.

    Image : Débarquement des soldats Français Débarquement des soldats français.

    Je ne sais pas comment se sont passées les dernières minutes, les barges ont touché le sol, et les deux coupées ont été poussées, quatre matelots sont blessés sur le pont, des balles de mitrailleuses sifflent de tous côtés, venant de la gauche. Les garçons debout sur la deuxième barge sont Français. La barge a perdu ses deux coupées par un obus de 75 et je passe sur celle d'à côté, la 528. Il est 7H50. Je vois encore les trois piliers en faisceaux, enfoncés dans le sable, avec une mine accrochée dessus, qui ont effleuré la barge : reste des défenses allemandes, assez abîmées par le bombardement.
    Le commando au premier plan est un camarade anglais. Il porte une échelle. Il a sans doute été blessé, quelques secondes plus tard en mettant pied sur le sol. J'ai entendu dire qu'il était mort.

    Haut de page

     

     

    SOURCES : http://www.dday-overlord.com/maurice_chauvet.htm

     

    La planche du débarquement de la barge du second plan est en train de tomber ; une douzaine d'hommes seulement l'ont empruntée, dont les deux officiers de la première troupe française, ils ont tous été blessés en mettant le pied à terre, par une seule bombe de mortier tombée au milieu d'eux. Si la coupée n'était pas tombée, j'aurais été avec eux.

    Image : Les Royal Engineers débarquent sur Sword Beach Les Royal Engineers débarquent sur Sword Beach.

    Des Royal Engineers, avec leur casque cerclé de blanc, étaient avec nous, et j'ai perçu un tank à cinquante mètres à droite, en débarquant, qui est sans doute celui qui est arrêté sur la droite de la photo. Après 25 ou 30 mètres dans l'eau jusqu'à la ceinture, il nous fallait traverser le plus vite possible le sable et les flaques d'eau pour atteindre le sable sec. Toute cette partie était balayée par un feu de mitrailleuse venant de gauche. Certains des hommes qu'on aperçoit couchés, se sont jetés à terre par un réflexe parce que'une balle les a effleurés ; d'autres sont déjà blessés ou morts. Pour moi, aussitôt touché le sol, je me suis mis en marche le plus vite possible, avec de l'eau jusqu'à la ceinture, mais je ne me souviens pas d'avoir eu l'impression d'être mouillé. Il y avait déjà beaucoup de blessés, et tout le monde se rendait vers son emplacement de ralliement.
    C'est à ce moment que j'ai aperçu le Capitaine Kieffer, commandant le détachement français, blessé à la cuisse ; un de nos infirmiers lui faisait un pansement d'urgence, et nous sommes repartis ensemble. Au passage, j'ai vu les gars de notre commando couchés là. A l'endroit où le sable commençait à être recouvert de végétation, il y avait un réseau de barbelés. Une brèche de 2 mètres y avait été faite. Il fallait se mettre en file pour passer. Je suis resté quelques secondes là à attendre mon tour. Un camarade m'a dépassé à ce moment, et me dit deux ou trois noms de ceux qui venaient d'être blessés.

    Image : Les commandos progressent dans Ouistreham sous les tirs Allemands Les commandos progressent dans Ouistreham sous les tirs allemands.

    Debout dans un champ de mines, face aux mitrailleuses, c'est ainsi que le cinéaste a pris cette photo. Il lui a fallu un fier courage. La ligne de fond à gauche donne sur la mer, et à droite on devine les postes des petits baraquements. Au fond à entre les deux pignons de la maison, on devine le château, où étaient installées les mitrailleuses lourdes qui nous génèrent au débarquement. Au moment précis où cette photo fut prise les balles se croisaient en tous sens. La portion de terrain que les commandos traversent, au sortir de la brèche est minée. Juste au-dessus du sac du commando de droite, on aperçoit une tache noire, formée de quatre ou cinq hommes d'une troupe qui se regroupe. Chaque troupe de notre commando avait un bâtiment de rendez-vous, et ne devait repartir qu'après ce premier regroupement. Certaines troupes y laissèrent leurs sacs, avant de partir vers la route qui conduit à Ouistreham, en file indienne à travers les dunes.
    Le château est enlevé. En passant les barbelés qui défendent la route, je croise le lieutenant Mazéas, de la première troupe, qui regagne la plage, une balle lui a labouré tout l'avant-bras. Le château tire toujours du toit et je traverse le parc en employant au mieux les couverts. A l'entrée du parc le premier allemand mort, à côté de son trou individuel.

     

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  • l'Or nazi sous l' Heure d'été en 1940....l'Or nazi sous l' Heure d'été en 1940....

     

     

    A partir de 1940, sous l'Heure d’été pour nourrir l'effort de guerre, le IIIe Reich pille les banques des pays occupés et les victimes de l'Holocauste.

    Un butin colossal, mais dont une bonne partie n'a toujours pas été retrouvée.

     

    La Banque centrale du Reich réceptionne donc l'or et les devises des juifs, mais aussi celui des adversaires du régime en fuite ou assassinés.

    Les bijoux à faible teneur en or ainsi que les pierres précieuses sont écoulés sur le marché parallèle des pays neutres comme en France par le zèle de la collaboration et surtout en Suisse par des «collaborateurs».

    Ceux-ci encaissent des francs suisses et des dollars utiles pour le commerce extérieur allemand. L'or de meilleure qualité est refondu pour être transformé en lingots, exporté et masqué ainsi de sa véritable origine.

    Le rapport Eizenstat (du nom du sous-secrétaire d'Etat américain au Commerce) demandé par Bill Clinton et publié en 1996 note:

    «Une partie au moins de l'or vendu à l'étranger avait été arraché aux victimes des camps de concentration ainsi qu'à d'autres civils.»

    Quand les soldats de la 9e division d'infanterie américaine entrent en Allemagne au printemps 1945, ils mettent la main sur 100 tonnes de lingots d'or cachés par les nazis dans les mines de sel de Merkers, et trouvent en même temps des valises entières de couronnes, de montres, et de bijoux en or volés aux juifs.

    La Reichsbank avait ouvert un compte intitulé «Melmer», du nom d'un responsable SS, sur lequel était déposé l'or volé.

    Un câble de l'ambassade des Etats-Unis à Paris informe début 1946 le département d'Etat que 8 307 des lingots récupérés à Merkers «ont peut-être été fondus à partir de couronnes dentaires récupérées sur des cadavres».

    Des voix s'élèvent alors pour proposer de procéder à l'analyse de l'or récupéré, celui de Merkers comme celui que la Suisse va restituer conformément à l'accord de Washington, afin de déterminer ce qui provient des banques centrales européennes, et ce qui provient des victimes de l'Holocauste.

    Mais la proposition est écartée.

    «Nous ne savions pas qu'on pouvait déterminer si cet or provenait de dents, de bracelets ou d'autres sources», a expliqué dans une interview au Los Angeles Times Seymour Rubin, un diplomate américain à la retraite (d'origine juive), qui avait négocié avec les Suisses en 1945/46.

     

    Une annonce de la découverte d'une vieille rame d'un train blindé dans le sud-ouest de la Pologne a ressuscité dans les médias la légende detrains fourrés d'or et de bijoux volés par les nazis et disparus dans les Sudètes à la fin de la Seconde guerre mondiale.

    "Nous avons reçu une lettre d'un bureau d'avocat représentant deux hommes qui déclarent avoir identifié l'endroit où gît une rame d'un train, probablement blindé", a indiqué Arkadiusz Grudzien, le porte-parole de la mairie de Walbrzych,

    le chef-lieu de la région.

     

     

    "Le texte n'apportait aucune précision sur le lieu exact de la découverte.

    Les deux hommes ont demandé de nous rencontrer", a précisé Arkadiusz Grudzien.

    Sur le même sujet : Une immense chasse au trésor dans la ville

     

     

    Il s'agit d'un Allemand et d'un Polonais, selon l'avocat représentant les auteurs de la découverte présumée.

     

     

    "Ce sont des gens sérieux (...). Ce qu'ils ont présenté lors de notre entretien m'encourage à considérer cette affaire comme très crédible", a déclaré Me Jaroslaw Chmielewski dans un entretien avec le site Onet.pl, sans dévoiler l'identité de ses clients.

     

    Légende ou réalité ?

     

    L'information porte sur la découverte d'une rame blindée, longue de 120 à 150 m. "Mes clients sont toutefois sceptiques quant à la question de savoir s'il s'agit effectivement du célèbre train" nazi avec de l'or et d'autres objets précieux, "sans qu'on puisse l'exclure complétement", a-t-il affirmé.

     

    Différentes légendes autour de galeries souterraines secrètes près de Walbrzych, où seraient dissimulés des trésors du Troisième Reich, prennent source dans l'histoire d'un énorme chantier nazi allemand deconstructions souterraines, connues sous le nom de code "Riese (Géant)".

     

    Ces installations impressionnantes, construites par des travailleurs forcés et prisonniers de camps de concentration, devaient initialement accueillir dans les Sudètes des ateliers de production d'armesstratégiques allemandes, bien à l'abri des raids aériens alliés.

     

    Une partie des galeries souterraines sont aujourd'hui ouvertes aux touristes. La région attire aussi des "chercheurs de trésors" motivés par les vieilles légendes locales.

     

    En 1933, s’ouvre le premier des camps de concentration de l’Etat SS : Dachau22. Avec lui, commence un monde de bestialité où l’horreur sera le seul maître mot.

    Alors, dans un contexte si tragique, si dur, où la moindre lueur d’espoir est aussitôt réprimée, pourquoi la pratique dentaire ?

     

     

    En fait, celle-ci exista sous trois formes :

    • les expérimentations médico-dentaires dans la bouche des détenus
    • la récupération de l’or dentaire et son devenir
    • les soins dentaires aux déportés

    Les expérimentations médico-dentaires

     

    Elles sont :

    histologiques

     

     

    A l’arrivée des convois, le Dr Mengele1,2,3,11, médecin SS, faisait mettre à l’écart les enfants tziganes atteints de Noma (= stomatite gangreneuse).

    Ceux-ci étaient exécutés, décapités et leurs têtes étaient envoyées à l’Hygien Institute SS proche d’Auschwitz où des lames histologiques étaient réalisées et la maladie étudiée.

    anthropologiques

     

    Le Professeur August Hirt de la Faculté de Médecine de Strasbourg fit venir 115 détenus juifs en bonne santé d’Auschwitz, au camp du Struthof-Natzweiler.

    Il les fit gazer et commença letravail de traitement des cadavres pour en récupérer les squelettes et tout particulièrement les crânes. Son objectif avoué dans sa correspondance avec le Reichsführer Himmler était la création d’un musée du particularisme morphologique et anatomique juif.

     

     

    A Dachau23, des commandes de crânes étaient régulièrement passées pour la même destination.

    A Buchenwald5, enfin, les nazis se livrèrent à des expériences de réduction de têtes.

    pharmacologiques

     

     

    Le Dr Rascher médecin nazi, mit au point à Dachau, un anticoagulant, le Polygal 10, qui fut testé au cabinet dentaire des détenus de Dachau, notamment. Les tests ne le satisfaisant pas, il se livra à des essais sur des blessures provoquées par balles.

    chirurgicales

     

    Le Dr Munch, médecin SS à Auschwitz, était convaincu que les rhumatismes avaient pour origine les granulômes dentaires.

    A ce titre, il pratiqua de nombreuses avulsions dentaires chez les déportés. Il colonisa les alvéoles et s’en servit comme foyer de cultures. Il réussit à en extraire un filtrat qu’il injecta aux détenus.

    Cette expérience n’obtint pas le succès escompté, mais elle présenta des conséquences dramatiques pour les cobayes.

     

    La récupération de l’or dentaire

     

    Elle fut ordonnée par Himmler9,16, le Reichsführer SS, le 23 septembre 1940 et fut vraiment mise en application suite à l’ordonnance du 23 décembre 1942 :

     

    Il sera systématiquement procédé à la récupération de l’or et des alliages dentaires précieux dans la bouche des cadavres et dans celles des vivants, pour les dents ne pouvant être réparées.

     

    L’or dentaire était récupéré dans la bouche des morts, à la sortie des chambres à gaz par des détenus7,8.

    A la fonderie d’or des crématoires12,13, il passait dans un seau d’acide sulfurique pour éliminer les chairs.

    Il y était recoulé en lingots artisanaux (cylindriques de 140grs ou en demi-pamplemousse de 500grs).

    Une fois par semaine, un officier SS venait chercher cet or pour le stocker à la kommandantur du camp.

    Une fois par mois ou par an, en fonction des camps, l’or était acheminé au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, près de Berlin.

    Toutes les valeurs issues des pillages SS y étaient centralisées.

    Cet or était ensuite dirigé vers l’administration centrale de la SS, à Berlin, où de nuit, il était convoyé dans les caves de la Reichsbank.

    L’or était recoulé en lingots conventionnels, estampillés avec des tampons périmés de 1935-1937 pour laisser croire à une origine d’avant-guerre.

    Ces valeurs étaient ensuite placées sur un compte de la Reichsbank, au nom fictif de Max Heiliger. Régulièrement, ces trésors partaient pour la Suisse où le passage d'une pièce à une autre dans les caves des banques suisses, justifiait l’émission de monnaies permettant aux nazis d’acheter les matières premières destinées à l’effort de guerre.

    Il fut récupéré ainsi 500 kgs à 1 tonne d’or dentaire.

    C’est une estimation pour laquelle les victimes de l’Holocauste reçurent une indemnisation de 750.000 $.

    C’est une estimation qui ne tient pas compte des trocs entre détenus pour survivre et des vols à tous les échelons de la hiérarchie administrative des camps.

    Seule certitude : 25 kgs et de 100 à 500 grs d’or dentaire seront collectés respectivement à Mauthausen et Buchenwald, sur toute la période de la guerre.

     

    La circulaire Pohl

     

    Certains documents d'archives nazis révèlent la manière dont sont réparties et distribués les biens récupérés sur les victimes, dans la mesure où ils sont livrées au « service économique » de la SS.

    Un long rapport fait état de la distribution de 825 wagons de vêtements usagés :

     

    B/Ch. 186

    Secret

    Le 6 février 1944

     

    « Compte rendu sur l'utilisation faite à ce jour des matières textiles usagées, récupérées lors du transfert des Juifs.

     

    La liste ci-jointe indique les quantités de vieilles matières récupérées dans les camps d'Auschwitz et de Lublin, à la suite des transferts des Juifs.

    La quantité de chiffons est évidemment fort élevée.

    C'est ce qui diminue d'autant les vêtements usagés utilisables, notamment en ce qui concerne les vêtements pour hommes. Il nous a donc été impossible de satisfaire pleinement la demande de vêtements pour hommes.

     

    Les plus grandes difficultés furent causés par les transports par voie ferrée.

    Les interruptions continuelles de transports gênèrent l'évacuation des marchandises, qui s'accumulèrent parfois dans les différents camps.

     

    L'arrêt des transports à destination de l'Ukraine, depuis le mois de décembre 1942, s'est fait le plus durement sentir. Il empêcha, en effet, la livraison de vêtements usagés destinés aux Allemands établis là-bas.

    C'est pourquoi toute la livraison a été détournée par la VOMI

    (Volksdeutsche Mittelstelle) et déposé dans un grand camp de Lodz.

    La VOMI en effectuera la livraison dès que la situation des transports sera rétablie quelque peu.

     

    Jusqu'ici, le ministère de l'Economie du Reich a pu mettre à notre disposition le grand nombre de wagons dont nous avons besoin.

     

    Ce ministère continuera à intervenir auprès du Ministère des Transports du Reich, et fera valoir la mauvaise situation du secteur textile pour obtenir les wagons nécessaires au transport des matières usagées. »

     

    Signé : Pohl, SS-Obergruppenführer et général des Waffen-SS

     

    Signé : Kersten, SS-Hauptsturmführer.

     

    En annexe à ce document, figurait une liste indiquant la quantité de matières textiles usagées, livrées par les camps de Lublin et d'Auschwitz, sur l'ordre de l'Office central de l'économie SS, comprenant 825 wagons de vêtements usagés, chaussures et chiffons livrés au ministère de l'économie du Reich, au ministère de la Jeunesse, à la VOMI et à d'autres administrations allemandes.

    Le plus gros client était le Ministère de l'Economie (570 wagons), qui était chargé de la récupération industrielle des chiffons et vêtements hors d'usage, tandis que les autres destinataires distribuaient aux Allemands indigents les vêtements en meilleur état.

    La circulaire Glücks

     

    L'utilisation industrielle des cheveux humains avait été ordonnée par la circulaire suivante :

    Office central SS pour l'Economie et l'Administration

    Groupe de Service D

    Camps de concentration

    Oranienburg, le 6 août 1942

    Secret

    Objet : Utilisation des cheveux

     

    « Le chef de l'Office Central SS pour l'Economie et l'Administration a ordonné de récupérer les cheveux humains dans tous les camps de concentration.

    Les cheveux humains seront transformés en feutre industriel, après avoir été bobinés en fils.

    Afficher l'image d'origine

    Dépeignés et coupés, les cheveux de femmes permettent de fabriquer des pantoufles pour les équipages des sous-marins, et des bas en feutre pour la Reichsbahn.

    Il est ordonné par conséquent de conserver, après les avoir désinfectés, les cheveux coupés des détenues femmes.

     

     

    Les cheveux coupés des détenus hommes ne peuvent être utilisés qu'à partir d'une longueur de 20 mm.

     

    18375 

    Brosses à cheveux de victimes, trouvées peu après la libération d'Auschwitz. Pologne, après le 27 janvier 1945.

    C'est pourquoi le SS-Gruppenführer Pohl est d'accord pour qu'à titre expérimental les cheveux des détenus hommes ne soient coupés que lorsqu'ils ont atteint, après coupe, une longueur de 20 mm.

    Afficher l'image d'origine

    Afin de prévenir les facilités d'évasion offertes par une chevelure plus longue, les détenus doivent être marqués, lorsque le commandant l'estime nécessaire, à l'aide d'une piste de cheveux (« Haarbahn »), découpée dans la chevelure à l'aide d'une tondeuse étroite.

     

    On a l'intention d'utiliser les cheveux rassemblés dans tous les camps de concentration dans une entrepriseinstallée dans l'un des camps.

    Des instructions plus détaillées sur la livraison des cheveux rassemblés vont suivre.

     

    La quantité de cheveux rassemblés mensuellement (cheveux de femmes et d'hommes séparément), doit m'être communiqué avant le 5 septembre 1942.

    Signé :

    Glücks, SS-Brigadeführer et General-Major de la Waffen-SS.

     

     

     L’or dentaire

     

    La collecte des métaux précieux sur les cadavres est effectuée par les Sonderkommandos qui travaillent en collaboration forcée avec les SS : ces Sonderkommandos sont gazés et renouvelés tous les quatre mois.

    Provisoirement épargnés, ces esclaves sont chargés de transporter les cadavres des chambres à gaz aux locaux de combustion, de les fouiller et de les détrousser ;

    ces opérations leur permettent de s'approprier une partie de l'or d'Auschwitz, de corrompre leurs gardiens, de fraterniser avec eux, et de vivre dans l'opulence… mais tous les quatre mois, les Maîtres assassinent les membres du Sonderkommando et en constituent un autre.

    Le docteur Nyiszli donne une description saisissante de ce cycle :

     

    « Les dents et objets en or fournis chaque jour par les quatre crématoires produisent, après la fonte, entre trente et trente-cinq kilos d'or purs.

    La fonte s'effectue dans un creuset en graphite d'un diamètre d'environ cinq centimètres.

    Le poids d'un cylindre en or est de cent quarante grammes.

    Je le sais exactement pour l'avoir pesé sur la balance de précision de la salle de dissection.

     

    Les médecins qui enlèvent les dents des cadavres avant l'incinération ne jettent pas tous les bridges dans le sceau d'acide sulfurique : une partie, plus ou moins importante, selon la surveillance des SS, va dans la poche des arracheurs de dents.

    Il en est de même pour les bijoux ou les pierres précieuses cousus dans les vêtements, ainsi que pour les monnaies en or laissées dans la salle de déshabillage.

    Là, ce sont les membres du Sonderkommando chargés de dépouiller les bagages à main qui en profitent.

    Afficher l'image d'origine

    C'est une opération excessivement dangereuse, il y va de leur vie, car les gardes SS sont présents partout, et surveillent sévèrement les valeurs qui, désormais, appartiennent au IIIè Reich.

     

     

    Ils surveillent particulièrement l'or et les pierres précieuses.

     

    Les hommes du Sonderkommando remettent également à la fonderie l'or qu'ils se sont ainsi procuré.

    Ils trouvent le moyen de l'y faire parvenir malgré la plus stricte surveillance, et de le reprendre ensuite sous forme de cylindre de cent quarante grammes.

    L'utilisation de l'or, c'est-à-dire son échange contre les marchandises utiles, est une opération encore plus difficile.

    Personne ne songe ici à conserver l'or, car chacun sait qu'il est un mort vivant, avec un sursis de quatre mois. Mais dans la situation où se trouvent les membres du Sonderkommando, quatre mois excessivement longs.

    Etre condamné à mort et effectuer un travail tel que celui qu'ils accomplissent est une épreuve qui broie le corps et l'âme et qui pousse plusieurs d'entre eux dans les abîmes de la folie. Il faut rendre la vie plus facile et plus supportable, même pour ce bref délai.

    C'est avec l'or qu'on y parvient.

     

    Le cylindre en or de cent quarante grammes devint donc une unité d'échange.

    Dans la fonderie, il n'y a pas de creuset en graphite plus petit ; par conséquent, il n'y a pas de cylindre en or plus petit non plus. Ici la valeur des objets achetés n'a aucune signification.

    Celui qui donne l'or a déjà donné sa vie en entrant ici, tandis que celui qui donne quelque chose en échange de l'or joue deux fois sa vie.

     

     

    Une première fois en traversant les barrages de SS qui entourent le camp, et qui comportent quatre contrôles successifs, il introduit des articles difficiles à se procurer en Allemagne, même avec des titres de ravitaillement ; la deuxième fois, lorsque, à travers ce même barrage, il faut sortir l'or donné en échange.

    Car, aussi bien dans un sens que dans l'autre, il y a une fouille.

     

    L'or s'en va dans la poche d'un homme du Sonderkommando, jusqu'à la porte du crématoire.

     

     

    Afficher l'image d'origine

    Là un temps d'arrêt.

    L'homme du Sonderkommando s'approche du SS et échange quelques mots avec lui.

    Ce dernier lui tourne le dos et s'éloigne de la porte.

    Sur la voie ferrée qui passe devant le crématoire travaille une équipe de vingt à vingt-cinq ouvriers polonais, sous la conduite d'un chef.

     

     

    Sur un signe, ce chef d'équipe arrive avec un sac plié et en échange prend l'or enveloppé de papier.

    Le sac a franchi la porte, et se trouve à présent à l'intérieur du crématoire.

    Le lendemain, le chef d'équipe prend une nouvelle commande.

     

    L'homme du Sonderkommando entre dans la salle de garde qui se trouve près de la porte. Il sort du sac une centaine de cigarettes et une bouteille d'eau-de-vie.

    Le SS entre également dans la salle de garde.

     

     

    Il empoche rapidement le flacon ainsi que les cigarettes.

    Il est content, cela va de soi, car le SS ne reçoit que deux cigarettes par jour et pas d'eau-de-vie du tout. Ici pourtant les cigarettes et l'eau-de-vie sont indispensables, aussi bien comme stimulant que comme narcotique.

     

     

    Les SS boivent, fument et les hommes du Sonderkommando en font de même.

    Par ce chemin parviennent ici les denrées les plus précieuses et les plus rares, telles que le beurre, le jambon, les oignons et oeufs.

     

    L'or est procuré par un travail collectif, et la répartition des denrées obtenues en échange se fait sur les même bases.

    Les SS et les hommes du Sonderkommando sont largement approvisionnés en cigarettes, en eau-de-vie et en denrées de toute sorte.

    Tout le monde fait comme s'il ne savait rien, et personne ne veut rien savoir, car chacun y trouve son avantage.

     

     

    Pris à part, chaque gardien SS est très coopératif et maniable.

    Ils ne se méfient que les uns des autres.

    Par contre, ils savent que les hommes du Sonderkommando ne les trahiront pas. C'est pour cela que les cigarettes, l'eau-de-vie et la nourriture destinées aux SS sont remises en tête-à-tête à chacun d'eux par un homme du Sonderkommando.

     

     

    C'est par la même voie qu'arrive chaque matin le « Völkischer Beobachter », l'organe gouvernemental du IIIè Reich.

    Prix mensuel de l'abonnement : un cylindre d'or.

    Celui qui apporte à un détenu d'Auschwitz tous les jours son journal durant trente jours mérite cette paye.

     

    Depuis que je suis dans le crématoire, je suis le premier à le recevoir. Je le lis dans une cachette sûre, puis-je raconte les nouvelles du jour à un détenu préposé aux écritures.

    Ce dernier les transmet à ses compagnons.

    Au bout de quelques minutes, tout le monde connaît les derniers événements.

    Le Sonderkommando est une formation d'élite dans le camp.

    Les détenus qui le constituent dorment dans une petite pièce chauffée, aérée et propre.

    Leurs lits sont propres et moelleux.

     

     

    Les couvertures sont chaudes, ils ont une excellente nourriture et sont bien habillés.

    Ils ont de quoi fumer et de quoi boire.

    En conséquence, ils ne perdent pas figure humaine comme le commun des hommes du camp, qui rampent dans leurs baraques sales emplies de poux ou qui, rendus sauvages par la faim, s'entre-déchirent pour un morceau de pain, ou pour la moitié d'une pomme de terre... »

     

    SOURCES :

    http://accesnomade.blog.lemonde.fr/page/47/

    http://labrousse.erick.over-blog.com/2015/08/l-or-nazi-sous-l-heure-d-ete-en-1940.html

     

     

     

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    RESISTANCE

     

     

    Jacques VICO (1923-2012)

    Source collection Jacques Vico

     

        Jacques Vico, né en 1923,  vit avec ses parents à l'Abbaye d'Ardenne, sur la commune de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe.

     

    Choqué par la débâcle de l'armée française, Jacques Vico quitte le domicile parental le 17 juin 1940, avec ses frères Francis et Jean -Marie , ayant entendu qu'un réduit pourrait se constituer en Bretagne et que les jeunes hommes susceptibles de porter les armes devaient s'y rendre. Mais les troupes allemandes sont plus rapides.

     

     

    Jacques Vico entend alors l'appel du général de Gaulle et décide d'agir.

     

     

        Dès son retour, il prend contact avec les associations de jeunesse catholiques (JOC, JEC, JAC). Des réunions avaient déjà eu lieu pour apporter une aide aux réfugiés, en liaison avec la Croix-Rouge. Une nouvelle organisation se met alors en place pour apporter une aide alimentaire aux nombreux prisonniers internés dans la caserne du 43e régiment d'artillerie. Très rapidement, le groupe s'ouvre, notamment à des mouvements laïques. Une maison des Jeunes se met en place. A l'occasion de ces rencontres, un groupe restreint de Résistance se crée rassemblant des jeunes comme Raymond Simon , responsable du patronage Saint-Julien, Daniel Fontaine (17 ans en 1940, ouvrier agricole - Organisation : Hector ; OCM ; ORA - Domicile : Saint-Sylvain), Hélène Prunier et d'autres. Sans le savoir, ce noyau appartient au groupe Robert, crée par Robert Guédon (officier de carrière - Organisation : Hector ; MLN - Domicile : Granville dans la Manche), qui devient plus tard le réseau Hector. Jacques Vico fait de la propagande, en distribuant des tracts et des journaux clandestins, comme Les Petites Ailes de France (Note de MLQ : journal clandestin du mouvement Combat crée par Henry Frenay ).. Mais le réseau Hector est démantelé à l'automne 1941.

        En avril 1942, Jacques Vico décide de rejoindre la zone Sud, pour s'engager dans l'armée d'armistice, 3e régiment de Hussards ,  à Montauban.et ainsi acquérir une formation militaire. En novembre 1942, l'armée est dissoute et Jacques Vico rentre à Caen. Il reprend contact avec la Résistance par le biais du colonel Kaskoreff , et intègre les rangs de Ceux de la Résistance, puis de l'OCM après la fusion. Jacques Vico assure de nombreuses missions de liaison et participe à la création d'un dépôt d'armes à l'abbaye d'Ardenne, en liaison avec Emmanuel Robineau , responsable du BOA. Des séances d'instruction sont régulièrement organisées à l'abbaye. Le père de Jacques Vico, Roland , est également membre de la Résistance mais ignore tout de l'activité de son fils.

        L'arrestation de Roland Vico , le 16 décembre 1943, incite Jacques Vico , qui revient de l’école de Fontainebleau où son statut de stagiaire à l’Ecole Nationale d’Equitation lui sert de couverture pour ses missions, à déménager les armes par précaution. A ce sujet lire le témoignage d'André Ruel. Le lendemain, la Gestapo perquisitionne à l'abbaye. Jacques Vico prévient Robert Kaskoreff et quitte le département, alors que sa mère Francine est arrêtée le 23 décembre (internée à la prison de Caen, libérée fin mars, début avril 1944, elle se réfugie dans sa famille à Bayeux), et qu'une rafle de vaste ampleur s'abat sur l'OCM. Jacques Vico plonge dans la clandestinité et devient Joseph Vitran  et se cache dans une ferme chez M. Joseph Trécul près de Nogent-le-Rotrou (Eure et Loir) du 6 janvier au 12 mai 1944 puis chez M. et Mme Lebrun à Neuvillalais (Sarthe) où il trouve du travail dans les fermes.

    Faux papiers de Jacques Vivo allias Joseph Vitran (Collection Jacques Vico)

         Dès l'annonce du Débarquement, Jacques Vico revient vers Caen à partir du 7 juin avec son frère Jean-Marie , retrouvé chez Ernest Picard à Sainte-Marie-Laumont (Calvados), et prend contact, le 9 juin,  avec Léonard Gille . Il assure alors différentes missions de liaison vers Cahagnes, Caumont-l'Eventé et Brémoy.

    Le 10 juin, il retrouve son frère Francis, séminariste, qui a en charge 60 enfants de Colombelles réfugiés au château d'Aubigny près de Cahagnes.

    Source. Château d'Aubigny.

    De retour à Caen le 22 juin, il aide à dévaliser un dépôt d'armes allemand, à la gare Saint-Martin avant de mener une autre mission de renseignement à l'est de Caen, en compagnie de son frère Jean-Marie , de "Janine" Gille et de Jacqueline Leduc.

        De retour à Caen le 18 juillet, il participe avec la compagnie Scamaroni à la libération définitive de Caen. Le 8 août 1944 dans la soirée, avec une trentaine de camarades (dont André Courban qui trouvera la mort à Mauvaisville près d'Argentan le 13 août), il rejoint le Bataillon de Renfort de la 2e DB qui était à Juilley, près d'Avranches,et participe à son action victorieuse jusqu'au cœur de l'Allemagne. Il participe au grand défilé de la victoire le 18 juin 1945 à Paris.

    Jacques Vico à la 2e DB (Collection Jacques Vico)

    Jacques Vico était président de l'Union départementale des CVR, vice-président national de cette organisation, et président de l'association Résistance et Mémoire.

    Lire ici un entretien en 1992

    Voir un témoignage filmé en 35:30

    .Sources:

    Lettres de Jacques Vico du  13 février 2004 et 26 avril 2010.

    Cédric Neveu

    et et et .

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    L'Europe avant-guerre, 1932-1939


    Hongrois, immigré, Endre Friedmann se jeta dans la photographie de reportage avec un talent, un brio, un courage qui ont fait de lui le père de tous les photojournalistes.

     

     

    En 1931, alors qu'il avait tout juste dix-sept ans, Endre fut arrêté en raison de sa participation aux activités hostiles au gouvernement conservateur de l'amiral Miklós Horthy.

     

     

    Un jeune immigré hongrois


    Il partit donc dès juillet pour Berlin où il s'inscrivit à la Hochschule für Politik, afin d'y étudier non le photoreportage mais le journalisme, qui lui aurait permis de concilier son amour pour la politique et la littérature. Peu après, la récession économique mondiale contraignit ses parents à ne plus payer ses études.

     

     

    Il quitta donc l'école et obtint un poste d'assistant à la Dephot (Deutscher Photodienst), une agence de photojournalisme de premier plan, fondée en 1928 par un de ses compatriotes, Simon Guttmann. Il y apprit les rudiments du tirage et du développement, fut rapidement promu assistant puis apprenti-photographe, Simon Guttmann l'ayant distingué.

     

    En novembre 1932, la Dephot, dont aucun des membres n'était disponible, envoya Friedmann à Copenhague, pour photographier Trotski donnant une conférence sur la révolution russe.

     

     

     

    Ce reportage sur le révolutionnaire en exil fut publié avec succès dans le Weltspiegel du 11 décembre suivant, avec comme

    crédit "Friedmann-Degephot".

     

     

    Si ces photographies laissent à désirer du point de vue technique, elles font déjà preuve d'une intensité et d'une proximité qui deviendront ensuite le "label" Capa.

     

     

    Avant qu'il ait pu tirer avantage de cette gloire naissante, il dut fuir l'Allemagne.

     

     

     

     

     

    La crise économique et financière qui frappait le pays depuis le début des années trente avait créé une situation favorable à la montée du national-socialisme et Hitler était devenu chancelier le 30 janvier 1933.

     

     

     

    Triplement inquiété comme immigré, comme juif et comme gauchiste, Endre s'enfuit à Vienne et de là, se rendit à Paris à l'automne 1933.

     

     

     

     

    Il fit la connaissance d'autres photographes dont certains devinrent ses amis : parmi eux André Kertész.

     

     

    Avec David Szymin (Seymour) dit "Chim", réfugié juif polonais, qui travaillait pour l'hebdomadaire communiste Regards,

     

     

    et Henri Cartier-Bresson, il constitua un trio d'amis qui répondait au surnom des "Trois mousquetaires".

     

     

    Tous trois, profondément différents par l'origine sociale, religieuse et géographique, étaient néanmoins unis par une amitié sincère, qui devait aboutir à la fondation de l'agence Magnum, avec quelques autres compères, après la Seconde Guerre mondiale.

     

     Robert Capa was one of the world’s most famous war photographers, but


    En septembre 1934, Endre, qui se faisait alors appeler André, fit la connaissance de Gerda Pohorylle, une réfugiée juive allemande d'origine polonaise, plus âgée que lui de trois ans, aux opinions politiques très marquées à gauche.

     

     Afficher l'image d'origine

    "La pequeña rubia"


    Profondément séduisante avec son minois aux yeux verts couronné de cheveux teints en roux (les Espagnols devaient la surnommer

    "la pequeña rubia"), elle fit la conquête d'André.

     

    Gerda Taro (© Robert Capa)

    GERDA (© Robert Capa)

     

     

    André rencontre Gerda, une femme de gauche engagée qui va devenir sa compagne et son agent, et avec qui il prévoit de se fiancer. Ils partagent ensemble la conviction que la photographie peut être un atout efficace dans la lutte antifasciste. En France, la mauvaise maîtrise de la langue d’André le dessert, ainsi que son nom « Friedmann » : sur la place de Paris, un photographe plus âgé que lui et bien implanté, Georges Friedmann, provoque la confusion dans les magazines qui ont pour usage de ne citer que les noms de famille…

     

    En 1936, André et Gerda décident donc de lui créer un personnage :

    « il sera américain, séduisant et apprécié, il s’appellera Robert Capa »

     

    Elle n'était pas seulement pour lui une compagne, mais aussi un agent avisé.

     

     Second Sino-Japanese        War

    Elle tapait à la machine les légendes de ses photographies, en retour il lui apprit la prise de vue.

     

     

    En octobre 1935, Gerda commença à travailler pour Maria Eisner, fondatrice d'Alliance-Photo.

     

     Gerda au front, à Brunete (© Robert Capa)

     

    Gerda au front, à Brunete (© Robert Capa)

     

     

    L'agence était assez florissante pour nécessiter l'emploi d'une assistante.

     

     Spanish Civil War

    Au printemps de 1936, les ventes se faisant rares, André et Gerda utilisèrent un subterfuge en forgeant de toutes pièces la légende d'un photographe américain prestigieux du nom de Robert Capa.

     

     

    Gerda proposa les photographies d'André comme celles de Robert Capa.

     

     

     

     

    Les rédacteurs furent tentés d'en acquérir et de les publier.

     

     

    La naissance de Robert Capa

     


    Pour son pseudonyme de Capa, André Friedmann s'inspira, semble-t-il, du nom de Frank Capra, metteur en scène américain d'origine sicilienne dont le film New York-Miami (It happened one night) avait obtenu en 1934 plusieurs oscars.

     

     

    Selon d'autres sources, il aurait été surnommé "Cápa" (requin en hongrois) dès son enfance.

     

     

    Quant au prénom, il est d'une origine semblable, puisqu'il est emprunté à Robert Taylor.

     

     

    À la même époque, Gerda prit le pseudonyme de Taro.

     

    Le nom de Gerda Taro avait une vague consonance avec celui de Greta Garbo.

     


    En 1934 ou 1935, Capa effectua un reportage à Lisieux, à l'occasion d'une des nombreuses cérémonies religieuses liées au culte de sainte Thérèse, dont un ensemble de "vintages" a pu être acquis au début de l'année 2004 par la Bibliothèque nationale de France.

     

     

    Ces photographies, d'une grande modernité, n'ont pas fait l'objet de publication dans la "bonne presse" ou dans la presse d'information générale de l'époque, qui préféra, plutôt que des sujets de proximité, des vues générales montrant l'ampleur des manifestations et l'affluence des pèlerins.

     

     


      

     

     

     

    En 1934 ou 1935, Capa effectua un reportage à Lisieux, à l'occasion d'une des nombreuses cérémonies religieuses liées au culte de sainte Thérèse, dont un ensemble de "vintages" a pu être acquis au début de l'année 2004 par la Bibliothèque nationale de France.

     

     

    Ces photographies, d'une grande modernité, n'ont pas fait l'objet de publication dans la "bonne presse" ou dans la presse d'information générale de l'époque, qui préféra, plutôt que des sujets de proximité, des vues générales montrant l'ampleur des manifestations et l'affluence des pèlerins.

     

     


    La guerre d'Espagne


    C'est la guerre d'Espagne qui permit à Capa, et dans une moindre mesure, à Gerda Taro, d'émerger comme photoreporters.

     

     

    La guerre avait éclaté le 17 juillet 1936.

     

     

    Dès le 5 août, Capa et Taro,

     

    envoyés par Lucien Vogel, rédacteur en chef de Vu, arrivèrent à Barcelone et commencèrent à photographier les combats, Capa avec un Leica et Taro avec un Rolleiflex.

     

     

    Dans l'esprit des jeunes gens, ces appareils photographiques n'étaient pas seulement un gagne-pain, mais une arme, afin d'obtenir l'appui international à la cause républicaine.

     

     

    À la gare de Barcelone, ils photographièrent les soldats partant pour le front d'Aragon, se séparant de leurs femmes ou de leurs fiancées.

     

    Ils se dirigèrent ensuite vers Huesca et Saragosse, région où servaient dans les milices beaucoup de réfugiés allemands, ce qui facilitait les échanges.

     

         
       
    Au verso, tampon à l’encre noire :
    Please credit ROBERT CAPA – MAGNUM / COURTESY – LIFE MAGAZINE.
    Légende dactylographiée sur papier collé :
    Panel 4. The moment of death, one of Bob Capa’s most dramatic photos, was taken in the instant a Loyalist soldier was dropped by a bullet through his head during the battle to defend Cadiz in the early part of the Spanish civil war, from the encircling insurgent forces.
    (Le moment de la mort, une des photos les plus dramatiques de Robert Capa, a été prise à l’instant où un soldat loyaliste fut frappé d’une balle en pleine tête pendant la bataille livrée au début de la guerre d’Espagne pour défendre Cadix encerclée par les troupes insurgées.)
     
    Photograph by Robert Capa
    © 2001 by Cornell Capa / Magnum Photos.

     

     

    Le milicien espagnol


    Dès son premier voyage Capa prit, sur le front de Cordoue, la fameuse photographie du milicien espagnol frappé par une balle, et la photographie fit le tour du monde, suscitant des commentaires enthousiastes.

     

    Bien qu'elle soit hautement controversée, elle est à l'origine du mythe Capa.

     

     

    Publiée pour la première fois par la revue française Vu et un an plus tard par Life, c'est l'une des images les plus importantes de l'histoire de la photographie. Ils arrivèrent à Madrid le 18 novembre ;

     

     

    Capa passait la majeure partie de son temps avec la XIIe Brigade internationale, dont le commandant, un homme énergique et charismatique, était le général Lukács, un Hongrois, et le commissaire politique Gustav Regler, dont Capa avait fait la connaissance à Paris, dans une association d'écrivains allemands émigrés. Ils photographièrent ensuite les réfugiés à Almeria et Murcia.

     

     


    Au début de mars 1937, Capa et Taro se mirent à travailler pour  Ce soir, un périodique du Front populaire de création récente dont le rédacteur en chef était Louis Aragon.

     

     

    Ils photographièrent les combats du côté de Bilbao (région industrielle dont les ressources intéressaient Franco) et, le 7 mai, la bataille du mont Sollube. Fin mai, ils retournèrent à Madrid et s'installèrent à l'hôtel Florida, quartier général des journalistes et des intellectuels, où ils rencontrèrent Hemingway.

     

     

     

    Le 31 mai, Capa et Taro étaient au Paso de Navacerrada près de Ségovie pour couvrir l'offensive républicaine malheureuse qu'Hemingway a décrite dans Pour qui sonne le glas.

     

     

    Hemingway lui-même n'était pas présent sur le théâtre des opérations et s'est fondé non seulement sur les photographies de Capa, témoin oculaire, mais aussi sans doute sur des compte-rendus écrits. De retour à Madrid, ils photographièrent la bataille de Carabanchel et couvrirent les funérailles du général Lukács, tué à Huesca le 12 juin.

     

     

    La disparition de Gerda Taro


    Quand Capa rentra à Paris pour affaires, Gerda, qui menait une carrière de photojournaliste indépendante, lassée sans doute de voir ses photographies signées du nom de son amant à côté du sien, voire à la place du sien, resta en Espagne, pour couvrir le congrès international des écrivains.

     

     

    Cerise sur la valise, l’une des trois boîtes retrouvées au Mexique contenait une série de portraits de Gerda Taro réalisés par Fred Stein, où l’on découvre une jolie fille, un peu garçon manqué, avec une belle aptitude à la pose.
      
      
    Sa carrière de photo reporter
    n’aura duré que onze mois.

     

     

    Derrière le photographe Robert Capa : cherchez la femme

     
    L'influence de Gerda Taro sur la vie et l'oeuvre du photographe : un extrait du film documentaire consacré à Robert Capa.
    ©Educational Broadcasting Corporation and Muse Film and Television

    Ses photographies de guerre l'ont rendu célèbre. Robert Capa est une légende.

    Une légende forgée par Gerda Taro, une toute jeune femme qui fut son grand amour, photo-reporter

     

    Pendant qu'elle suivait les violents combats de Brunete, à l'ouest de Madrid, pour le journal Ce soir, elle trouva la mort dans la collision avec un char loyaliste de la voiture sur le marchepied de laquelle elle était montée, le 25 juin 1937.

     

     

    Transportée dans un état désespéré à l'hôpital de l'Escorial, elle mourut le lendemain au petit jour.

     

     

    Ce drame suscita en France une vive émotion.

     

    Elle était la première femme photographe morte au combat.

     


    La mort de cette femme qu'il avait espéré épouser

    (il l'avait demandée en mariage au printemps 1937 mais elle avait refusé)

     

     

    laissa une blessure profonde dans le cœur de Capa, qui ne s'en remit jamais tout à fait.

     

     

    L'année suivante fut publié à New York l'ouvrage de Capa, Death in the making, sur une maquette d'André Kertesz, dédié à Gerda.

     


    Réticent à retourner sur le théâtre de la guerre où sa compagne était morte, il photographia tout de même la bataille de Teruel qui s'annonçait comme trop importante pour qu'il fit passer au premier plan sa douleur personnelle.

     

     

    Il y arriva le 21 décembre 1937.

    Puis il partit pour la Chine.

     

     


    L'automne suivant, Capa retourna en Espagne pour suivre le départ des Brigades internationales, photographia l'émouvante

    cérémonie de la Despedida puis en novembre les batailles de Mora de Ebro et du Rio Segre, sur le front aragonais, images peut-être les plus dramatiques de sa carrière.

     

     

    Ces batailles d'usure achevèrent de ruiner le potentiel militaire des républicains.

     

     

    Les puissantes images de Capa ont joué leur rôle et contribué à attirer la sympathie sur les troupes loyalistes.

     

     

    En décembre, la prestigieuse revue anglaise Picture Post de Stefan Lorant publia huit pages de photographies de guerre de Capa, alors âgé de 25 ans, le proclamant "plus grand photographe de guerre du monde" (livraison du 3 décembre), avec en couverture un portrait de Capa filmant pris deux ans plus tôt par Gerda Taro.

     


    La fin de la guerre d'Espagne approchait.

     

     

    Plus de 400 000 personnes, civils ou militaires, se réfugièrent en France.

     

     By: Brandon Diaz

     

    Le gouvernement français leur ouvrit des camps à Perpignan, Argelès-sur-Mer

    et Le Barcarès.

     

    Stefan Lorant commanda un reportage sur ces camps à Capa qui photographia ensuite les orphelinats de Biarritz.

     

    Afficher l'image d'origine

    La Chine

     


    L'épisode chinois se situe entre deux périodes de reportage sur la guerre civile espagnole.

     

     

    Capa décida d'aller passer quelques mois en Chine avec le documentariste néerlandais Joris Ivens, rencontré en Espagne, et l'opérateur John Fernhout pour photographier la résistance chinoise à l'invasion japonaise commencée l'année précédente.

     

    Le Japon étant allié à l'Allemagne, la guerre en Chine fut considérée par beaucoup comme le front oriental d'une lutte internationale contre le fascisme, dont l'Espagne constituait le front occidental.

     

    Capa produisit de remarquables documents sur la bataille de Taierzwang et les raids aériens japonais contre Hankow.

     

    Il réalisa également un étonnant reportage sur madame Tchang Kaï-chek, ainsi que plusieurs photographies comptant parmi ses plus belles créations sur un plan purement plastique.

     

     


    Le Tour de France de 1939


    Capa "couvrit" le Tour de France de 1939 pour le compte de Match et de Paris-Soir. Raymond Vanker, qui suivit lui aussi le Tour, se souvient de l'intrépidité de Robert Capa, l'un des premiers à prendre des photographies sur le tansad d'une moto. Dans le reportage du Tour, comme dans les conflits, Capa se montre toujours intéressé par ce qui se passe en marge de l'action.

     

    1939 - 

    Robert Capa
    Le magasin de cycles de Pierre Cloarec, rue René Madec, à Quimper
    Tour de France, juillet 1939

     

     

    C'est ainsi qu'il photographie, autant que les coureurs, les spectateurs, et qu'il réalise un ensemble d'images étonnant sur la famille d'un des célèbres coureurs du temps, Pierre Cloarec, dit "le Colosse de Pleyben".

     

     


    La Seconde Guerre mondiale


    Vint la Seconde Guerre mondiale.

     

    Triplement suspect comme juif, émigré d'Europe centrale et connu pour ses activités de gauche, Capa s'enfuit de Paris en octobre 1939 pour rejoindre sa famille à New York.

     

     

     

    Après la déclaration de guerre, on lui interdit, en tant que ressortissant d'un pays ennemi, de s'éloigner à plus de dix miles du district de New York et il n'avait plus le droit de faire des photographies mais il réussit à obtenir une accréditation de l'armée américaine.

     

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    Il couvrit les opérations d'Afrique du Nord, et la libération de l'Italie dont il a laissé des images particulièrement poignantes, notamment celles des obsèques d'écoliers napolitains.

     Afficher l'image d'origine

     

    « Si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'es pas assez près » :

     

    telle est la devise de Robert Capa, photographe de guerre

    pour le Life magazine.

     

    En 1944, à 30 ans, il est déjà célèbre : il a couvert l'invasion de la Chine par le Japon et la Guerre d'Espagne.

     

     

    Afficher l'image d'origine

    Le 6 juin, il a le privilège de pouvoir débarquer avec la première vague d'assaut américaine sur Omaha Beach.

     

    Sur les 226 photos qu'il prend ce jour-là, seules 11 seront récupérables, mais floues : les laborantins du bureau londonien de Life, affolés, en ont raté le développement...

     

    Robert Capa


    Pour couvrir les opérations du Débarquement en Normandie, six photographes de Life furent accrédités.

     

     

     

     

    Par ordre alphabétique, Robert Capa, Bob Landry, Ralph Morse, George Rodger,

    David Scherman et Frank Scherschel.

     

     Robert Capa

    Capa, qui était d'un tempérament joueur (mais ne misait jamais sur le bon cheval) opta pour la compagnie E, lors de la première vague.

     

     

     

          Robert Capa
    Débarquement
    Omaha Beach (Colleville-sur-Mer), 6 juin 1944
    Tirage sur papier baryté, 23 x 34,5 cm
    BNF, Estampes, acquisition 1964-12200. Ep-25-Fol.

     

    Il fut le premier à débarquer avec la première vague du 116e à Omaha, dans un secteur dénommé Easy Red, et réussit à saisir l'événement sur le vif.

     

    Mais par une erreur de manipulation au laboratoire, sur quatre bobines, trois furent détruites.

     

    Sur la quatrième seules onze images furent utilisables.

     

    En raison de leur grain (peut-être accentué par l'accident survenu au développement) elles sont les plus bouleversantes images de guerre jamais prises.

     

     

    Il fut l’un des photographes de guerre les plus célèbres et a couvert les plus grands conflits de son époque..surtout le Jour J du débarquement. Il avait fait de nombreux clichés...

    presque 30 pellicules...la plupart sont tombées dans la mer...

     

    il lui en restait 7.. des photos qui ont fait le tour du monde...

    des soldats sur les plages de Normandie..

    le 6 juin 1944.

     

     

     

     

      

    Le jour J est resté à jamais gravé dans la mémoire collective grâce à ces photographies.

     

     Enfant sur un char


    Il couvrit ensuite la campagne de Belgique et la chute du Troisième Reich.

     


    L'après-guerre : Russie et Israël


    À la fin des années quarante, Capa prit part à divers projets avec ses amis intellectuels. Durant l'été 1947 il voyagea un mois entier en Russie avec John Steinbeck et de cette expérience naquit un reportage pour le Ladies'Home Journal, dont Réalités acquit les droits, ainsi qu'un livre, A Russian Journal, avec des textes du grand écrivain flanqués de photographies de Capa.

     

     

    L'année suivante il réalisa un reportage photographique en Hongrie et en Pologne avec le journaliste Theodore H. White, pour le compte de la revue Holiday. Enfin, il couvrit la création du nouvel État d'Israël, la première guerre israélo-palestinienne, et avec le romancier Irwin Shaw, il publia le livre Report on Israël.

     

    Indochine

     


    En avril 1954, Capa fut invité pour trois mois au Japon, comme hôte du Manaichi Shimbun, pour contribuer au lancement d'une nouvelle revue photographique. Life lui demanda de prendre pendant un mois, en Indochine, la place d'un collègue américain. Il accepta, malgré les objurgations de quelques amis.

     

     

    Capa, accablé de problèmes divers (il avait pris du poids, souffrait du dos, et surtout, comme toujours, avait besoin d'argent), voulait prouver qu'il était encore le meilleur photographe de guerre. Il était prisonnier de sa légende.

     


    Pour qui connaît la fin de l'histoire, il est impossible de ne pas déceler, rétroactivement, quelque chose de prémonitoire dans les dernières images de Capa : ces femmes en pleurs dans un cimetière, ce panneau indiquant la direction de Thai Binh, où il allait tomber, ces soldats vus de dos s'éloignant dans les herbes.

     


     

     

     

    Le 25 mai, il suivait, en compagnie de deux Américains, un convoi de soldats français occupés à évacuer, dans le delta du fleuve Rouge, après la capitulation de Diên Biên Phû, deux fortins désormais indéfendables.

     

    C'est là qu'il trouva la mort en sautant sur une mine, un appareil photographique dans chaque main.

     

    Les Français lui décernèrent les honneurs militaires à Hanoï.

     

     

    Au-delà d'un immense photographe de guerre, Robert Capa fut un photoreporter dans le sens le plus large de ce terme, capable de saisir avec un égal talent l'émotion, le drame ou la joie, et de jeter sur le monde qui l'entourait un regard non dénué d'humour mais toujours bienveillant.

     

     Les DERNIERS INSTANTS de ROBERT CAPA

    Il ne devait pas couvrir l'Indochine, mais Life n'avait pas de journaliste dispo et Capa n'était pas loin, de passage au Japon pour une expo Magnum. Il accepte. Comme toujours, il traite le sujet au plus proche de l'humain, présentant par exemple la récolte du riz pendant la bataille du delta du Tonkin.

     

    C'est en voulant cadrer une photo d'ensemble des soldats français qu'il recule et marche sur un détonateur. Naissance d'une légende.


    SOURCES - Lien - http://expositions.bnf.fr/capa/arret/1/

     

     

     

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  • L’engagement des Receveuses des PTT

    dans la Résistance

     

     

    De nombreuses Receveuses des postes s’engagèrent dans la Résistance.

     

    De par leur fonction, elles recevaient les courriers à distribuer et à envoyer.

     

    Elles pouvaient ainsi agir lorsqu’elles détectaient les lettres de dénonciation adressées à la Gestapo ou à la Kommandantur.

     

    De plus, dans les bureaux de poste, le téléphone était sous leur responsabilité et elles pouvaient effectuer des écoutes, transmettre des informations aux maquis.

     

    Elles furent aussi très présentes dans les réseaux de Résistance extérieurs aux PTT. Nous allons leur rendre hommage et donner ici quelques exemples de l’engagement de ces femmes qui combattirent l’occupant nazi et le régime de collaboration de Pétain.

    Mathilde FILLOZ, receveuse à Clerval (Doubs), secondait son mari dans ses activités résistantes.

     

    Par ses fonctions elle pouvait intercepter les lettres de dénonciation à la Gestapo, grâce à son brassard PTT de « porteur de télégrammes » cette couverture lui permettait de franchir les barrages allemands et rejoindre les maquisards, les informer, transmettre des messages et les alerter. En 1984 à l’occasion d’un colloque au Ministère des PTT elle commençait son intervention par cette phrase :

     

    « Les femmes ont fait des choses aussi belles, aussi grandes, aussi difficiles que les hommes, mais elles ne l’ont pas dit ».

     

    Marguerite HAMELIN, épouse DUBRAY, est receveuse à Villedomer (Indre-et-Loire). Elle appartient au réseau « Libération Nord ». Elle s’occupe notamment des recherches de terrain pour les parachutages. Elle est arrêtée avec l’ensemble du groupe de Résistants dans la nuit de 8 au 9 juin 1944. Déportée, elle reviendra fin mai 1945.

    Marthe ALLIBERT est marié à Charles ROTH, receveur-distributeur à la poste de Cérelles (Indre-et-Loire). Lorsque ce dernier effectuait sa tournée le matin, Marthe assurait « la suppléance électrique », c’est-à-dire le téléphone et les opérations courantes jusqu’au retour de son mari. Marthe appartenait au réseau de Résistance « Darius » avec le grade de sous-lieutenant. Elle est arrêtée avec son mari, ils seront déportés. Marthe revient de Ravensbrück en mai 1945.

    Cécilia GAZAGNAIRE, receveuse à Launois (Ardennes), engagée dans un réseau, elle établira des fausses cartes d’état civil, des « ausweis », détruira les lettres de dénonciation, distribuera des tracts, écoutera les communications des occupants.

     

    Elle hébergera dans le bureau de poste des personnes recherchées.

     

    Elle aidera aussi matériellement les clandestins.

     

    Elle est arrêtée dans son bureau, emprisonnée puis déportée à Ravensbrück où elle meurt gazée le 1er mars1945.

     

     

    Marie-Louise MOINS, épouse LEGROS est receveuse à Besse-en-Chandesse (Puy-de-Dôme).

     

    Elle détournait le courrier en provenance ou à destination des occupants.

     

    Elle assurait les liaisons téléphoniques avec le maquis. Ces communications ayant été interceptées, Marie-Louise est arrêtée, emprisonnée à Clermont-Ferrand, puis Compiègne et sera déportée à Ravensbrück où elle est gazée le 5 mars 1945.

     

     

    Albertine VERNAIS exerce les fonctions de receveuse au bureau de Comines (Nord). Elle assurait la liaison entre le groupe de résistance de ce secteur et divers groupes de résistants belges et des membres de l’Armée secrète belge.

     

    Elle confectionnait également de fausses cartes d’identité.

    Elle est arrêtée le 12 juin 1943 et déportée.

     

    Elle sera de retour en mai 1945.

     

    Jeanne BAUCHEL épouse ROSENFELDER est assistante receveuse au bureau de Rombas en Moselle, l’un des trois départements annexés. Cette annexion supposait l’adhésion à l’Allemagne nazie. De nombreux postiers manifesteront le désir de rester français. Jeanne Rosenfelder sera déportée en Pologne. Elle s’évade et rentre en France. Elle sera réintégrée dans ses fonctions aux PTT à la fin de la Guerre.

     

     

    Jeanne DRUI est elle-aussi assistante receveuse à Krutange-Nilvange en Moselle. Elle est arrêtée pour le motif « refus de prendre la nationalité allemande » et est déportée en Silésie. Elle sera rapatriée le 19 mai 1945.

    Marie POINSIGNON épouse REITER, assistante receveuse à Moulins-lès-Metz en Moselle est arrêtée par la Gestapo le 28 janvier 1943 et déportée en Haute-Silésie. Elle sera rapatriée le 22 mai 1945.

     

    Marie-Louise SENECHAL épouse FERET est receveuse à la poste d’Echauffour (Orne). Sa fonction lui permet de substituer les lettres de dénonciation. Elle entre dans un réseau de résistance PTT.

     

    Arrêtée, internée au château des Ducs où elle sera torturée.

     

    Elle ne parlera pas.

     

    Ses longs mois de détention, les mauvais traitements quotidiens vont avoir raison de sa santé.

     

    Elle poursuit sa résistance dans sa geôle en entonnant régulièrement « La Marseillaise ».

     

    Son mari réussit enfin à la faire hospitaliser à Alençon. Très affaiblie, elle va mourir le 10 mai 1945, deux jours après la capitulation allemande.

    Denise ELICOT épouse JOSSE est nommée receveuse à Roc-Saint-André (Morbihan) en janvier 1941.

     

    Elle entre dans un réseau des Forces Françaises Combattantes (FFC) et sera immatriculée à Londres en mars 1943. Elle s’occupe en même temps des fausses cartes d’identité. Elle réceptionne des armes issues des parachutages et elle les cache dans le bureau de poste où elle hébergeait aussi des aviateurs alliés. Denise Josse, titulaire de nombreuses décorations, est décédée en 2014.

     

     

    Odette BOUILLÈRE est receveuse à Oradour-sur-Glane.

     

    Elle a péri avec ses compagnes dans l’église, brulée par les nazis de la 2ème division SS Das Reich.

     

    Laure SOUBRIE, receveuse à la poste de Lavelanet (Ariège) est agent de liaison d’un réseau local de résistance.

     

    Elle écoutait les communications téléphoniques, surveillait les lettres suspectes et assurait le ravitaillement des maquis.

     

     

    Marcelle BOURGINE, d’abord receveuse à Giverville (Eure) puis à Sainville (Eure-et-Loir) sera un maillon important du réseau PTT qui prendra le nom de « Libération Nationale des PTT » en 1944.

     

    Elle s’occupe notamment des réfugiés Espagnols. Elle sabotait les communications téléphoniques allemandes. Les meubles automatiques ruraux situés dans le bureau de poste étaient sensibles à l’humidité. Marcelle faisait bouillir de l’eau et en plaçant la casserole dans l’armoire technique, l’humidité suffisait à établir des contacts entre les fils et cela empêchait le téléphone de fonctionner. Marcelle mutée ensuite receveuse à Us en Seine-et-Oise s’est intégrée au réseau local de résistance.

     

     

    Henriette CHAMBOREDON épouse SCHWARZ est receveuse des postes à Boucoiran (Gard).

     

    Elle fut un agent de liaison important du réseau local de résistance et a obtenu plusieurs décorations, la Carte Volontaire de la Résistance (CVR), la Croix du Combattant Volontaire 39-45.

     

     

    Christiane BERTHOIS, receveuse des postes dans l’Allier transmettait le courrier aux résistants de la région et était agent de liaison avec les maquis. Au cours d’une mission, accompagnant son responsable du réseau qu’elle a voulu protéger, elle a tiré sur un Allemand dans le métro parisien. Fidèle adhérente de « Libération Nationale PTT » » elle est décédée en 2011.

    Berthe BERGÉ épouse LACOSTE remplace son mari, receveur-distributeur à Tarnos (Landes) lorsque celui-ci effectue le matin sa tournée de distribution du courrier. Ce couple de postiers va inscrire l’une des pages les plus importantes de la Résistance dans cette ville. Berthe, pseudo Linette, va accomplir de nombreuses missions et assurera l’hébergement de résistants. Elle siègera au Comité de Libération de Mimizan.

     

     

    Juliette THEULE receveuse au bureau de Frontignac (Hérault) fera partie de réseau de résistance « Cotre ». Elle tirera des tracts dans les combles du bureau de poste et assurera le passage de clandestins et de courrier entre les deux zones.

     

     

    Charles Sancet

    auteur

    sources / http://libeptt.org/engagement%20receveuses%20ptt%20resis.htm

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  • ARRIVEE STALAG A1

    Lien - http://users.skynet.be/ philippe.constant/ stalag.html

    Les prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale, au nombre

    de 1 845 000, capturés par les Armée du Troisième Reich après la débâcle française pendant la bataille de France durant l'été 1940, furent envoyés dans des camps en Allemagne.

     

    Entrée d'un camp de villégiature.. chez les FRIDOLINS !
    le luxe ? les barbelés !!

     

     

    HOMMAGE à tous NOS AINES, tous ceux qui ont dit NON à l'INACCEPTABLE
    qui ont été faits PRISONNIERS dès 1940 - parqués - comme des troupeaux - embarqués dans des trains - dans les camps, les STALAG, les FERMES, les USINES...
    certains ont même été lachés par les gradés..

     

     

    pour travailler en ALLEMAGNE, enfermés pendant des années.. derrière des barbelés, qui pour la plupart sont revenus...en 1945... et d'autres jamais.
    ..

    La Wehrmacht a fait 1 830 000 prisonniers français lors de la Campagne de France.

    1.600 000 soldats français, sont acheminés dans des camps de prisonniers de guerre en Allemagne

     

     

    CONTEXTE en 1940 - la SIGNATURE des VENDUS

    L’Armistice entre la France et l’Allemagne est signé le 22 juin 1940 à Rethondes entre le général français Huntziger et le général allemand Keitel.

    Un deuxième armistice avec les Italiens, entrés en guerre contre la France
    le 10 juin, est signé deux jours plus tard à Rome.

    Cependant, les troupes allemandes continuent leur progression vers le sud, le long du littoral atlantique et atteignent la frontière espagnole à Saint-Jean-de-Luz,
    le 27 juin.

    La Wehrmacht a fait 1 830 000 prisonniers français lors de la Campagne de France.

    Les soldats et les sous-officiers se retrouvent dans l’un des 56 « Stalags » où ils sont soumis au travail tandis que les officiers français, regroupés dans 14 « Offlags »,

    Les soldats et les sous-officiers travaillent, selon leur emploi précédent, dans des usines ou chez des agriculteurs, ce qui est souvent préférable.

    Tous souffrent de l’éloignement de leur famille et d’une attente continuelle sans savoir quand ils pourront rentrer.

    Les prisonniers ont le droit de recevoir quatre courriers par mois, sur des imprimés spéciaux visés par la censure, ainsi que des colis.

    --------------------------------------------------------------

    Je CITE GUITOU,

    « Chaque mois, nous confectionnons un colis de cinq kilos pour envoyer à mon papa qui est prisonnier »,

    écrit un écolier de 1943.

    « Dans une boîte en carton très résistante, maman range les boîtes de conserve, les légumes secs en sachets pour faire du potage, le tabac ; quelquefois, elle joint des photos qui font toujours plaisir à mon papa qui est si loin

    de nous depuis si longtemps. »

     


    Les soldats prisonniers de la Seconde Guerre mondiale

    Avec la débâcle de l’été 1940, plus d’un million de soldats français se retrouvent prisonniers des forces allemandes, souvent pour quatre longues années.

    Un tiers reste en France, enfermé dans des Frontstalags (50 camps), les deux autres tiers partent en Allemagne, répartis dans des Stalags (camps de base pour la troupe), des Oflags (camps pour officiers) ou des Kommandos (camps de travail).

    Les conditions de détention sont dures (davantage dans les Kommandos que dans les autres), mais n’ont rien à voir avec celles des camps de concentration (camps d’élimination des opposants politiques ou des minorités, juifs, roms…).

    En Allemagne, les captifs remplacent les Allemands partis sur le front pour les travaux de terrassement et pour les travaux agricoles surtout.

    Si le film La Vache et le prisonnier, qui raconte les tentatives d’évasion d’un soldat en captivité dans un Stalag avec la vache dont il a la garde, a connu après-guerre un extraordinaire succès, c’est bien parce qu’il évoque un quotidien que beaucoup avaient vécu.

    Les prisonniers ont le droit de correspondre avec leur famille (sans dire grand chose sur leurs conditions de vie car le courrier est contrôlé). Ils peuvent aussi recevoir des lettres et des colis de France et, pendant les quatre années de guerre, des millions de paquets partent de la France vers l’Allemagne, comme l’évoquait l’écolier cité en introduction.

    Comment retrouver un aïeul prisonnier en 1939-1945 ?

     

     

    Avec la débâcle, les familles restent souvent sans nouvelles d’un père, d’un frère, d’un époux… Un silence qui dure quelques jours, quelques semaines ou plus. Pour répondre à leur inquiétude, des Listes officielles des prisonniers français sont éditées entre le 12 août 1940 et le 15 juin 1941 par le Centre national d’information sur les prisonniers de guerre.

    Cent Listes paraissent, fournissant en moyenne des données sur 10 000 prisonniers chacune, rédigées à partir d’éléments délivrés par les autorités allemandes. Leur contenu a été numérisé et est aujourd’hui disponible sur Internet sur http://www.genealogie.com/prisonniers-39-45

    Même si ces Listes officielles n’étaient pas exhaustives, elles donnent quand même accès à un million de fiches, avec le nom, le prénom, la date et le lieu de naissance du soldat prisonnier, son grade, son régiment, le camp d’internement, et l’image de la page source de l’information, ce qui permet de vérifier les éléments en se reportant aux documents d’origine.

    ---------------------------------------------------------------

    CAMPS d'INTERNEMENTS pour les COLONIAUX " INDIGENES OUBLIES" !
    même leur histoire est inconnue du GRAND PUBLIC !


    pour ne pas "faire tâche" vis à vis de certains !!!

    En avril 1941, on en dénombre 22 en zone occupée qui concernent
    pas moins de
    69 000 prisonniers « indigènes », parmi lesquels
    50 000 Nord-Africains,
    16 000 Sénégalais (incluant des Soudanais, Togolais et Voltaïques) et
    3 000 Malgaches et Indochinois

    L’Allemagne nazie renvoyait les prisonniers de guerre noirs et maghrébins de l’Armée française dans la zone occupée française, le plus rapidement possible par peur de maladies tropicales ou

    d’atteinte à la « pureté du sang aryen ». ( bande de connards ! )

     

     

    Les prisonniers qui dépendent du Frontstalag 222 (Camp du Polo de Beyris) sont soumis au travail forcé (Mur de l’Atlantique, dépôts de munitions, terrassements, travaux forestiers) et répartis en différents kommandos allant d’Hendaye jusque dans les Landes.

    Les conditions d’internement sont très dures : froid, nourriture insuffisante, manque de soins…

    40 de ces prisonniers ont été enterrés au cimetière Louillot d’Anglet,
    102 au cimetière Saint-Léon de Bayonne.

    Les causes de décès sont en majorité dues à la maladie (tuberculose surtout), mais aussi aux tentatives d’évasion ou accidents de travail.

    Dans le cimetière de quelques villages des Landes, des stèles ou plaques commémorent des prisonniers coloniaux qui dépendaient du Frontstalag 222.

    Mais à Bayonne, Anglet ou au quartier Beyris, rien ne rappelle les souffrances endurées par ces prisonniers « indigènes » oubliés.

    Les gardiens de ces camps sont des sentinelles allemandes, souvent anciens combattants de 14-18, et relativement cléments à l’égard des prisonniers.

    A partir de janvier 1943, devant les besoins du front de l’Est, la Wehrmacht mobilise tous ses moyens et le gouvernement français répond favorablement à la demande allemande de faire assurer la garde dans certains frontstalags par des officiers français.

    « Ce transfert crée une situation inédite et suscite des interrogations puisque les anciens officiers français des troupes indigènes deviennent subitement leurs geôliers.

    Ceci accroîtra la démoralisation des prisonniers ainsi que le sentiment d’avoir été trahis au nom d’une raison d’Etat » selon l’historienne Armelle Mabon.

    Le 22 août 1944 le Frontstalag 222 de Beyris est libéré et vidé de tous ses occupants.

    -----------------------------------------------------

     

    NOURRITURE des PRISONNIERS de GUERRE
    DANS LES CAMPS !

    Les prisonniers mangeaient le matin, un quart d'un liquide chaud intitulé café, qui était à base de malt, mais qui pouvait aussi être du jus de gland.
    Le midi ils mangeaient de la soupe épaissie de pommes de terre, betteraves et rutabagas*.
    et parfois des épluchures de pommes de terre !

    ET MAINTENANT dans certaines grandes surfaces ! ces légumes sont tendance !

     

     

    Lien complet - https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisonniers_de_guerre_fran%C3%A7ais_de_la_Seconde_Guerre_mondiale

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    Juin 1944 : Mouleydier,  

    un autre VILLAGE MARTYR

     

     

    L’incendie du village d’Oradour-sur-Glane par une colonne de la division Das Reich, le 10 juin 1944, n’est pas sans rappeler le martyr d’un autre village, situé plus au Sud, en bordure de la rivière Dordogne, en Périgord :

     

    le village paisible de Mouleydier.

     

    Le 21 juin 1944, au terme d’une lutte acharnée, le village est pillé puis incendié par les hommes de la 11e Panzer Division.

     

     

    Ruines calcinées du village de Mouleydier (Dordogne), incendié par les Allemands le 21 juin 1944.

    Toutes les photos de cet article proviennent des archives du résistant Émile Guet, © Photos Bondier, Bergerac.

     


    Elles ont été publiées dans une monographie réalisée par Yves Fressignac :
    « Mouleydier 1944 – De la Résistance à l’an 2000 »,

    Éditions La Lauze, Périgueux, avril 2004.

     

     

    Il n’est pas question ici d’associer dans un même martyrologe les deux tragédies, celle d’Oradour-sur-Glane, d’une part, celle de mouleydier, d’autre part.

     

     

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    Elles ne sont ni comparables, ni opposables.

     

    Les auteurs ne sont pas les mêmes (division SS d’un côté, division blindée de la Wehrmacht de l’autre), le nombre de victimes est beaucoup plus important en Haute-Vienne

     

    (123 maisons détruites et 642 victimes, fusillées et brûlées) qu’il n’est en Dordogne (175 maisons détruites et 65 morts probables)

     

    selon l’estimation de l’historien Jean-Jacques Gillot, en totalisant les morts des combats des 11, 18 et 21 juin, tant à Mouleydier qu’à Saint-Germain et Mons).

     

    À Oradour, les victimes sont civiles, tandis qu’à Mouleydier, ce sont des hommes qui meurent au combat ou qui, fait prisonniers, sont exécutés sauvagement.

     

    Si les circonstances qui conduisent au drame sont différentes, le ressenti est le même pour les populations endeuillées, spoliées, à qui l’on a tout volé, ravi, brûlé…

     

     

    Groupe d'habitants posant dans les ruines de leur village, à Mouleydier.

    Les causes de la tragédie

     

     

    L’événement qui est à la genèse de la tragédie de Mouleydier, aussi curieux que cela puisse paraître,

    c’est le débarquement allié du 6 juin 1944

     

    En Bergeracois, l’annonce du débarquement en Normandie fait naître un incroyable enthousiasme et suscite des vocations parmi la population locale.

     

    Par centaines des Périgourdins vont venir grossir les rangs clairsemés des maquis.

     

    Les mouvements de Résistance, se sentant pousser des ailes, entreprennent alors des actions spectaculaires, à l’exemple de la libération des prisonniers politiques de la prison militaire de Mauzac, dès le lendemain, le 7 juin.

    Dans la région de Mouleydier, sur le territoire de la commune voisine de Saint-Sauveur, on attend le parachutage d’hommes, d’armes et de matériel.

     

    Le message de la BBC devant alerter les résistants et les inviter à se tenir prêts en vue des parachutages, tombe le 31 mai 1944 :
    « La fée a un joli sourire »

     

    L’homme de contact avec Londres se nomme Philippe de Gunzbourg, alias « Philibert », puis « Edgard ». C’est l’un des responsables du réseau « Hilaire ».

     

     

    Dans le même temps, le commandement allemand ordonne aux Panzers Divisions stationnées dans le Sud-Ouest de remonter vers la Normandie, avec pour mission de stopper la progression des Alliés.

    La Résistance en Bergeracois, impatiente d’en découdre et sentant la Victoire à portée de fusils, entreprend par tous les moyens de freiner la remontée des troupes allemandes vers le Nord-Ouest de la France : actions de harcèlement de type guérilla, sabotages des voies ferrées, mise en place de barrages sur les routes…

    Ces trois facteurs conjugués : 1. l’accroissement de l’activité de la Résistance après le 6 juin, avec notamment « l’attaque » de la prison de Mauzac, .

     

    le projet d’aménagement puis de surveillance d’une zone voisine de Mouleydier en vue de parachutages .

     

    la remontée vers la Normandie des divisions de la SS stationnées dans le Sud-Ouest, conjuguée à la volonté des Allemands d’écraser la résistance en Sarladais… expliquent pourquoi Mouleydier, foyer de Résistance situé sur l’axe Bergerac-Sarlat, fait l’objet d’une attaque violente suivie d’un pillage en règle puis d’un incendie meurtrier…

     

     

    Quelques photos et documents, issus du fonds d’archives de l’ancien résistant Émile Guet (groupe Ponton-Martin), témoignent de la tragédie vécue par les habitants du village martyr de Mouleydier.

    Rue du village en ruines de Mouleudier, 21 juin 1944. Maison en ruines. Incendie de Mouleydier par les Allemands en juin 44.

    Village de Mouleydier, incendié par les Allemands le 21 juin 1944. Rue du village de Mouleydier incendié par les allemands le 21 juin 1944.

    Maison incendiée à Mouleydier, juin 1944. Vue générale du village de Mouleydier incendié par les Allemands le 21 juin 1944.

    Mouleydier incendié, 21 juin 1944. Des officiels discutent de la reconstruction du village martyr de Mouleydier, incendié en juin 1944.

    Prisonniers de guerre allemands, village de Mouleydier, 1945.

    Prisonniers de guerre allemands réquisitionnés pour les travaux de déblaiement. © Photo Bondier, coll. J. Tronel.

     

     

    Mouleydier a fait l’objet de plusieurs attaques,

    les 11, 18 et 21 juin 1944.

     

    Les différents groupes de résistants présents lors de la bataille de Mouleydier sont les suivants :

     

    Groupe Soleil, Alexis (Lot), Cerisier (Lalinde),Marsouin (Belvès), Loiseau (Prigonrieux), Bertrand (Eymet), Leduc (Beaumont), Pistolet (Bergerac), ainsi que celui de St-Germin-et-Mons.

    Le village a finalement été incendié le 21 juin. Le même jour, le village voisin de Pressignac subissait un sort identique.

    Propagande allemande

    Tract de propagande publié après l'incendie du village de Mouleydier, le 21 juin 1944. Tract de propagande allemand, Mouleydier juin 1944.

    Dès le lendemain, la propagande allemande diffuse le tract ci-dessus dans les rues de Bergerac, coll. J. Tronel.

    La presse en parle…

     

     

     

    La presse en parle… Mouleydier, 21 juin 1944.

     

     

    SOURCES

     

    http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/varia/juin-1944%C2%A0-mouleydier-un-oradour-sur-glane-en-perigord-2214

     

     

     

     

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    DEUX CORNETTES SOUS LES BOMBES

     

     

    Sœur EMILIE, des filles de Saint-Vincent-de-Paul, aujourd'hui décédée, était une figure bien connue des Caennais qui la voyaient passer avec sa charrette chargée de légumes du jardin et tirée par un petit âne.

    Très tôt après le débarquement, la Supérieure fait évacuer les enfants et la communauté, ne laissant à Caen que deux sœurs dont Sœur Emilie pour aider aux secours et garder la maison. Voici quelques extraits du journal tenu par la compagne de Sœur Emilie.(Note de MLQ: la communauté était au au 59 rue de Bayeux)

     

    Source. Orphelinat des Sœurs de Saint Vincent de Paul, 59 rue de Bayeux, de nos jours.

     

    "Photo Mémorial de Caen " Au 55 rue Caponière.

     

    6 juillet 1944 

                Je suis depuis un mois au Lycée Malherbe changé en hôpital pour les sinistrés et pour les vieillards qui ne peuvent partir.

     

                L'église Saint-Etienne bâtie par Guillaume-le-Conquérant n'a jamais, depuis dix siècles, vu une foule de ce genre remplir ses trois nefs : plus de mille personnes mangent, dorment sur la paille aux pieds des bons Saints qui roulent des yeux étonnés devant une dame en pyjama rose ou un monsieur drapé dans une robe de chambre. Parfois il y a des scènes comiques, mais bien plus souvent, elles sont tristes, il y a des enfants, des bébés, des lessives qui sèchent. Dans la chapelle de la Sainte Famille couchée sur la paille, une jeune mère allaite son tout-petit, sous les yeux attristés du père, au dessus, le tableau de la Nativité, à deux mille ans de distance, c'est la même scène et la même angoisse.

     

    Les réfugiés dans l'Eglise Saint-Etienne. Quatre photos tirées du site de la ville de Caen

     

                Au Lycée, ancien monastère Bénédictin, tout est plein. Sous les cloîtres, des enfants jouent, des mamans préparent les repas, les hommes discutent, ils sont inquiets. Près de sept mille personnes sont dans les caves voûtées, et les souterrains bâtis par les moines, au XIIe siècle. Ma salle est un grand dortoir au deuxième étage. Pour commencer, nous n'avions rien que de la paille ; après des recherches nombreuses, les quatre vingt malades ont un lit, un matelas, deux couvertures, mais les draps sont inconnus.

     

               

    A droite p000006 Conseil Régional de Basse-Normandie / Archives Nationales du CANADA    Agrandissement

     

     

    Ce qui nous manque le plus, c'est l'eau et l'électricité, mais à la guerre comme à la guerre. Nous avons parfois des nouvelles de nos Sœurs et des orphelins réfugiés dans les mines de May-sur-Orne (Note de MLQ: à 10 km au Sud de Caen).

     

    Tous les soirs vers 9 heures, je rentre à la Communauté avec Sœur EMILIE, et repars au Lycée le matin à 6 heures, après la messe entendue à Saint-Etienne.

     

    Au milieu des réfugiés qui dorment encore !

     

     

                Monseigneur des Hameaux ne quitte son église, ni le jour, ni la nuit, et soutient magnifiquement son étrange paroisse.

                De nouveaux réfugiés sont arrivés à la Maison ; aujourd'hui, près de cent cinquante personnes sont avec nous, dans le réfectoire des garçons et des filles.

     

    8 juillet                     

                 Le matin, vers 6 heures, les Allemands vont et viennent comme des fous dans la rue de Bayeux. A 8 h 30, des bombardiers Anglais survolent la ville, ils sont cette fois sur le quartier Saint-Etienne... Une grosse torpille tombe au bas de la rue de Bayeux, faisant un entonnoir de plus de huit mètres de profondeur et soufflant huit maisons de chaque côté.

    A gauche p011896 Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA    Agrandissement
     Des sapeurs Canadiens du Royal Canadian Engineers bouchent un trou dans le bas de la rue de Bayeux.

     

     


    Certainement le résultat du bombardement du 8 juillet à 08H00 : 3 groupes de 4 B-26 Américains lancent leurs bombes rue de Bayeux et rue de Bretagne en cherchant à ensevelir la place de l'Ancienne Boucherie carrefour important vers le centre ville.

     

     

    En moins de 2 mn tout est réglé et les sauveteurs rassemblent 50 victimes (morts et blessés).

     

    En arrière-plan, les deux flèches de l'abbaye aux Hommes (Saint-Etienne) sont restées intactes. Ce secteur " îlot sanitaire " signalé aux Alliés comme étant centre de secours pour la population civile résiduelle (environ 8000 personnes) comprenait: le Lycée Malherbe, le Bon Sauveur, Saint Etienne et le Palais de Justice.

     

    Il a été sauvegardé des bombardements aériens alliés mais pas de l'artillerie allemande.

     

     

     

     

     

    Au même endroit, un couple de Caennais regarde un bulldozer Canadien déblayant les ruines de maisons détruites, rue de Bayeux.

                Des familles entières sont sous les décombres. La famille MAUNOURI, la grand-mère, le père, la mère, les deux enfants, le commis, et quinze personnes qui étaient dans le magasin sont tous tués. Rien que dans ce coin soixante morts. Au moment de chute de la torpille, Sœur EMILIE était chez la boulangère, elle se rendait chez le boucher. Si la torpille était une demi-minute plus tôt, Sœur EMILIE aurait été tuée avec les clients qui faisaient la queue chez le boucher. La Sainte Vierge l'a vraiment protégée. Une autre torpille est tombée, rue de Bretagne. Maisons démolies : sept. Trente morts.

     

    Dimanche 9 juillet    

                            Nuit très calme, sans bombardements. A 6 heures du matin, la rue est déserte, des camions allemands passent. Un énorme tank dit "Le Tigre "les suit, l’officier pilote du haut de la tourelle est blessé au visage, le sang coule, on sent que les soldats sont exténués.

                A 6 h 30, je vais à Saint-Etienne, personne dans la rue. Quelques soldats, mitraillette en main, vont et viennent comme des fous, place des Petites Boucheries, ce sont des S.S. Ils ne savent pas quelle direction prendre.

                Vers 9 heures, les soldats descendent la rue de Bayeux, en courant, chacun prend un poste sous les portes cochères, ils s'embusquent dans les corridors des maisons, à toute vitesse ils barrent la rue avec des chevaux de frise. Mes malades dans la salle ont très peur, tout le monde voudrait aller dans les abris, mais cela est impossible. Je tâche de les rassurer. A 11 heures, des brancardiers nous apportent une jeune femme qui est restée vingt cinq heures ensevelie sous sa maison près du cadavre de sa mère, elle était coincée près du cadavre de sa mère, elle était dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement, et ne pouvait qu'appeler et a reçu de nombreuses commotions. Elle nous livre ses impressions d'enterrée vivante. Depuis huit ans, elle n'avait pas fait ses Pâques, quand l'Aumônier est venu, elle s'est confessée et a communié avec ferveur.

                Les sept mille réfugiés du Lycée sont dans l'angoisse. Impossible de sortir, même dans la cour, les balles sifflent de tous côtés.

                Des tanks allemands passent à toute vitesse, ils prennent la direction de la gare et de Fleury. Les soldats S.S. avancent en hésitant ; ils sont courbés, sont loin de crâner en faisant leur pas de l'oie.

                Des fenêtres du Lycée nous suivons le combat. Vers 2 heures les mitrailleuses marchent sur la place. Arrive un tank, puis un second, ils rentrent dans la cour d'honneur du Lycée et deux hommes sortent du capot des tanks en criant : «Nous voilà les gars, vive la France», ce sont des Canadiens Français.

                L'émotion est poignante, les femmes pleurent de joie. Ils sont reçus avec entrain. Aussitôt distribution de cigarettes aux hommes et de chocolats aux enfants.

                On est content de les entendre parler le vieux Français avec des mots en patois normand.

     

    10 juillet

                Les Canadiens arrivent de tous côtés. La rue de Bayeux jour et nuit voit cet important matériel qui déferle. Ils sont catholiques. Autour de leur cou ils portent la médaille de la Sainte Vierge, le Scapulaire (Note de MLQ: deux petits morceaux d’étoffe, qui sont joints ensemble par deux cordons, et qu’on porte au cou, sous les vêtements) et un gros chapelet noir.

     

     

    Témoignage paru en juin 1994 dans la brochure

                                                                                                                                          ECLATS DE MEMOIRE

    TEMOIGNAGES INEDITS SUR LA BATAILLE DE CAEN
    recueillis et présentés

    par Bernard GOULEY et Estelle de COURCY
    par la Paroisse Saint-Etienne-de-Caen
    et l’Association des Amis de l'Abbatiale Saint-Etienne

     Reproduit avec leur aimable autorisation

     

    SOURCES :

     

    http://sgmcaen.free.fr/temoignage-soeuremilie.htm

     

     

     

     

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  • Saint-Lô sous les bombes le 6 juin 1944

     
    • Saint-Lô détruite, été 1944, lors de la Libération. La photo est prise du haut de l'église Notre-Dame. À droite la Vire et la falaise d'Agneaux. À gauche, l'actuelle rue de Villedieu.
    • Saint-Lô détruite, été 1944, lors de la Libération. La photo est prise du haut de l'église Notre-Dame. À droite la Vire et la falaise d'Agneaux. À gauche, l'actuelle rue de Villedieu. | Conseil Régional de Basse-Normandie/National Archives USA

    Nadine BOURSIER.

     

    La veille. Le lundi 5 juin 1944, les Saint-Lois (12 000 en 1944) sont loin d'imaginer les bombardements massifs qui vont avoir lieu. À 40 km des côtes, ils s'estiment à l'abri. Mais Saint-Lô reste un carrefour stratégique. Vers 23 h 30, un avion allié s'écrase à Baudre, atteint par un obus, provoquant de fortes détonations. Quelques heures plus tard, dans le ciel saint-lois, des centaines d'avions vont et viennent.

     

    Le 6 au matin. Le général Marcks fête son anniversaire à l'état-major du 84e corps d'armée allemand, dans le château de Commines, quand il est prévenu de l'offensive alliée.

    Dans le même temps, les Saint-Lois se réveillent, tôt, après une nuit agitée. Les rues sont quasiment désertes. Certaines boulangeries sont ouvertes, quelques épiceries aussi. Dans la journée, se multiplient les sirènes d'alerte alors que la circulation aérienne au-dessus de la ville s'intensifie. Les Allemands commencent à plier bagages et groupent leurs camions sur la place du champ de Mars. Tandis que les Saint-Lois désobéissent aux affichettes allemandes apposées dans la matinée leur interdisant de sortir de chez eux.

     

    10 h, quatre bombes sont lâchées sur la centrale électrique d'Agneaux. Un quart d'heure plus tard, un second lâcher achève l'édifice : télégraphes et téléphones sont coupés.

     

    13 h 30, la BBC appelle les habitants à évacuer la ville dans un rayon de 3 km car une offensive est prévue. Malheureusement, les Allemands ont confisqué les postes TSF des citadins.

    Des tracts ont été largués la veille afin de prévenir la population d'une attaque alliée, l'enjoignant de trouver refuge dans la campagne avoisinante.

     

    Mais ceux-ci échouent dans la nature, dispersés par le vent. Il n'empêche.

     

    Par le bouche à oreille, certaines personnes ont le temps d'être prévenues.

     

    16 h 30. La gare, mitraillée, est touchée.

     

    20 h. Le soir, la plupart des foyers saint-lois se mettent à table comme si de rien n'était. Quand soudain, 14 bombardiers lourds, alignés, lâchent en bloc une quarantaine de bombes durant 15 à 25 minutes.

     

    Soit 30 tonnes de bombes.

     

    Une dizaine de rues sont touchées,

    soit près d'un tiers de la ville :

     

    rue Saint-Thomas, rue Torteron, rue Dagobert, rue du Neufbourg, rue Havin, Bon Sauveur... Sont détruits l'aile droite de l'hôtel de ville et la Kreiskommandantur, la rue Carnot, les jardins de la préfecture, la place Beaux Regards et le palais de justice.

     

    De 23 h à 2 h. Second bombardement, plus long, plus destructeur et plus meurtrier. Une cinquantaine de bombardiers arrosent à nouveau le centre-ville, avec des bombes incendiaires, dont certaines équipées d'un mécanisme de retardement afin d'empêcher pour plusieurs jours tout déblaiement de la ville et de gêner la circulation de renforts allemands.

    Saint-Lô mettra 44 jours à être libérée.

     

     

     

    http://www.ouest-france.fr/saint-lo-sous-les-bombes-le-6-juin-1944-482204 

     

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    Tout d’abord, qui sont les tsiganes?

     

    Il y a les dénominations internes (comme Rom), et les dénominations externes, que les non-Tsiganes utilisent pour désigner les Tsiganes, comme Romanichel, ou encore Bohémien.  Ce dernier terme renvoit par exemple aux lettres de protection qui étaient accordées par les rois de Hongrie, de Pologne et de Bohême.

    – Les Gitans –Gypsi en anglais, Gitanos en espagnol (qui se nomment eux-mêmes Kalé)- vivent en Espagne et dans le sud de la France, et représentent environ 10 % des Tsiganes selon le collectif Romeurope.

    – Les Sinté, ou Manouches en français, se sont plutôt établis en Italie, France ou dans les régions germanophones, le Bénélux et certains pays nordiques, et représentent environ 4 à 5 % des Tsiganes, selon la même association.

    – Les Roms, terme signifiant homme en romanès. Il s’agit là encore d’un terme générique, mais, cette fois, endogène, c’est-à-dire employé par les Roms eux-même. Il a été choisi en 1971 par des associations d’Europe de l’Est, comme l’Union romani internationale, pour remplacer celui de Tsigane, considéré comme péjoratif.

    Souvent originaires de Roumanie, Bulgarie, Grèce, Slovaquie, Serbie, Hongrie : selon l’association Rom Europe, ils représentent 85 % des Tsiganes européens. Leur arrivée en France s’est faite essentiellement en plusieurs vagues migratoires : d’abord au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, puis dans les années 1970 et enfin à partir des années 1990. S’ils viennent de la même région de l’est de l’Europe, ils n’ont pas la même nationalité, ni forcément les mêmes confessions religieuses, ni le même statut administratif. Il y aurait entre 15 000 et 20 000 Roms en France, dont 85 % de ressortissants européens, essentiellement bulgares et roumains.

    – Quant au terme « gens du voyage », il s’agit d’une catégorie administrative, créée par la loi du 3 janvier 1969. Le terme désigne les personnes vivant plus de 6 mois par an en « résidence mobile terrestre ». Leur nombre est estimé à près de 400 000 personnes selon la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes. Selon cette association, la quasi-totalité d’entre eux sont de citoyenneté française.

    – En Turquie les Rroms sont surnommés « roman ». Ce terme est utilisé en Thrace pour désigner les Rroms, appelés ailleurs en Turquie Cingene, « Tziganes ». D’autres appelations régionales sont usitées, comme Mutrip dans les régions proches de l’Iran.
    Toutes ces communautés peuvent être regroupées sous le nom de « Tsiganes » (ou « Tziganes »)

    De tout temps, les Tsiganes ont été persécutés, en Europe Orientale comme en Europe Occidentale.
    Ils ont été réduits en esclavage en Roumanie (le pays où, selon Manuel Valls, ils ont « vocation » à vivre), mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre.

    Ils étaient persécutés parce que différents, différents par leur apparence, différents par leur mode de vie et différents par leur culture.
    Ces persécutions atteignirent leur paroxysme durant la Seconde Guerre mondiale. Les Nazis entreprirent de les exterminer au motif qu’ils étaient des asociaux irréductibles de par leur appartenance à une race « hybride » et inférieure. Ces persécutions prirent des formes différentes selon les pays : internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz.

     

    Le camp d’Auschwitz est connu de tous pour symboliser le génocide des Juifs, ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes.

     

     

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    1/ Allemagne

    Depuis la fin du XIXème siècle, les Tsiganes allemands, majoritairement sédentaires, étaient devenus l’objet de toutes les attentions de ceux qui dénonçaient le « fléau tsigane » (anthropologues, linguistes, folkloristes) et notamment des services de polices qui entreprirent de les recenser et de les mettre sous étroite surveillance.

    Les nazis achevèrent de fédérer les différentes législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux asociaux, ce qui leur permit de toucher les sédentaires, et mirent au point une définition raciale des Tsiganes devant permettre l’éradication définitive du « fléau tsigane ».
    Dès 1933, ils sont, ainsi que les handicapés, stérilisés (lois d’hygiène raciale).
    En 1935, ils sont exclus du corps électoral.

    Les Nazis définissant la citoyenneté allemande d’après des critères raciaux, entreprirent de définir racialement les Juifs et les Tsiganes afin de les exclure de cette citoyenneté.

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    Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations, créé en 1936 au sein des Services de Santé du Reich, mais dépendant du ministère de l’Intérieur, et dirigé par le docteur Ritter, reçut la mission de recenser tous les Tsiganes du Reich en utilisant l’anthropométrie et la généalogie.

     

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    En 1944, 30 000 expertises avaient été établies ; la quasi-totalité des Tsiganes du Reich avaient été recensés et fichés.
    Les données accumulées lors de ces expertises permirent au docteur Ritter d’établir une classification précise des Tsiganes en août 1941.

    « Z (Zigeuner) : Tsigane (c’est-à-dire de véritable et pur sang tsigane).

    « ZM + ZM (+) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié tsigane (c’est-à-dire métissé, mais au sang tsigane prédominant).

    « ZM (Zigeunermischling) : Semi-tsigane (à part égale de sang tsigane et de sang allemand). Cette catégorie se subdivise elle-même en deux sous-groupes : 1) « ZM de premier degré », dans le cas où l’un des parents est pur tsigane et l’autre allemand. 2) « ZM de second degré », dans le cas où l’un des parents est « ZM du premier degré » et l’autre allemand.

     « ZM_ ou ZM (_) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié allemand (c’est-à-dire métissé, mais à sang allemand prédominant).

    « NZ (Nicht-Zigeuner) : Non-Tsigane (personne à considérer comme étant de sang allemand). »

    Le Centre de recherches en hygiène raciale considérant qu’une majorité des Tsiganes était en fait des métis (Mischling) concluait qu’ils étaient des asociaux par leur mode de vie et une race hybride par leur métissage biologique, ce qui impliquait qu’aucune « rééducation » n’était possible. L’équipe du docteur Ritter proposait d’ailleurs de tous les stériliser pour solutionner la question tsigane.

    Peu à peu, les Tsiganes subirent le sort réservé aux Juifs : les mariages mixtes furent interdits, les enfants exclus de l’école, les adultes de l’armée, les travailleurs soumis à un impôt spécial, etc.

    tsiganes-portraits

    La politique de sédentarisation fut parachevée en internant les Tsiganes dans des camps communaux. Ces camps furent créés à l’initiative des autorités municipales ou de polices locales, sans qu’il ait existé au préalable de cadre juridique formel. Le caractère de ces camps et les conditions de vie des Tsiganes, qu’on internait par famille, furent par conséquent très variables. Tous ces camps ont en commun d’avoir servi, au départ, à l’internement des Tsiganes qui habitaient dans des roulottes placées sur des aires de stationnement ou dans des baraquements, et qui, de ce fait, correspondaient le mieux aux préjugés racistes. Ceux qui vivaient comme la majorité des allemands, sans se faire remarquer par leur mode de vie, ont cependant été internés à leur tour dès lors qu’ils furent recensés en tant que Tsiganes sur la base de critères raciaux. L’objectif généralement poursuivi était la concentration de tous les Tsiganes d’une ville ou d’une région dans un camp. Le premier camp tsigane fut organisé à Cologne en avril 1935. Le 6 juin 1936, un « Décret pour la lutte contre le fléau tsigane » déclara illégales les expulsions reléguant les Tsiganes à la périphérie des villes et exigea des autorités « la sédentarisation des Tsiganes en un lieu déterminé » afin d’en faciliter la surveillance par la police. Un grand nombre de villes se servirent de ce décret pour justifier la création de camps tsiganes.

    Est-ce que ça vous parle, vous interpelle? Je l’espère.

     

    En juillet 1936, les 600 Tsiganes de Berlin, dont la présence était indésirable pendant les Jeux Olympiques, furent internés dans un camp situé à la périphérie de la ville. Le « Décret pour la lutte préventive contre l’infestation tsigane » du 8 décembre 1938 ordonnant leur sédentarisation pour faciliter leur recensement fut interprété comme « signifiant qu’à l’avenir tous les Tsiganes devaient être logés dans un camp ». Ces camps étaient de véritables camps d’internement : ils étaient entourés de barbelés, gardés par un gardien armé, les Tsiganes ne pouvaient en sortir sans autorisation et étaient soumis au travail forcé. Ils étaient d’autant plus obligés de se soumettre à cette obligation que le travail était la condition sine qua non pour obtenir une allocation des services sociaux, allocation qui leur permettait de se nourrir, l’administration ne le faisant pas. Ces mesures touchaient principalement les nomades et les semi-sédentaires.

    terraibarbeles-strasbourg

     

    (Au fait, vous êtes au courant que le terrain fourni à ses Roms par la municipalité de Strasbourg, l’espace Hoche, est un ancien camp militaire entouré de barbelés?)

    Assimilés à des asociaux, les Tsiganes furent internés dans des camps de concentration. Dans la semaine du 18 au 25 septembre 1933, la police, aidée des SA et des SS, procéda à une rafle de mendiants et de vagabonds dans tout le Reich. Dix mille personnes, dont un nombre inconnu de Tsiganes, furent arrêtées et internées dans des camps de concentration.

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    Marzahn (quartier de Berlin), l’un des premiers camp d’internement pour les Tsiganes

    Le 14 décembre 1937, Heinrich Himmler publia le « Décret de lutte préventive contre le crime » appelé aussi « Décret sur les asociaux » stipulant que « la Police Judiciaire du Reich avait la possibilité de déporter dans les camps de concentration tous ceux qui étaient qualifiés d' »asociaux » ou de « rétifs au travail » ».

     

    En avril 1938, 2 000 hommes, dont nombre de Tsiganes, furent ainsi internés dans le camp de Buchenwald.

    Prétextant que ce décret « n’avait pas été appliqué avec toute la rigueur nécessaire », Himmler ordonna de procéder à une nouvelle vague d’arrestation. Cette opération désignée sous le code « Aktion Arbeitscheu Reich » eut lieu dans la semaine du 13 au 18 juin 1938. Chaque poste de police avait reçu l’ordre d’envoyer dans les camps de concentration au moins 200 hommes capables de travailler dont : »

     

    les Tsiganes ou les personnes nomades comme le sont les Tsiganes, si elles n’ont pas montré une volonté de travail régulier ou si elles se sont rendues coupables d’infractions. »

     

     

    Dix mille personnes furent à cette occasion arrêtées et internées dans les camps de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen, où on leur attribua le triangle noir des asociaux.

     

    Parmi ces 10 000 personnes se trouvaient tous les hommes du camp tsigane de Francfort, une vingtaine de Tsiganes « non salariés » du camp tsigane de Cologne et les adolescents du camp tsigane de Düsseldorf.

     

    Le nombre exact de Tsiganes qui furent arrêtés en juin 1938 n’est pas connu.

     

     

    A l’automne 1942, Himmler ordonna l’internement « des éléments asociaux des établissements pénitentiaires (des Tsiganes mais aussi des Juifs et des Russes) en vue de l’élimination par le travail ».

     

    Les hommes n’étaient évidemment pas les seuls à être menacés, les femmes étaient également internées comme asociales, notamment à Ravensbrück.

     

    La plupart d’entre d’elles furent arrêtées pour mendicité, alors qu’elles exerçaient une activité commerciale interdite, ou pour avoir prédit l’avenir.

     

    Toute infraction constatée -ou supposée- suffisait pour être interné dans un camp de concentration.

     

    De nombreux Tsiganes originaires d’Autriche furent déportés dans les camps de concentration allemands.

    Dès l’été 1938, 15 000 Tsiganes étaient déportés à Dachau ;

     

    600 d’entre eux furent transférés à Buchenwald à l’automne 1939.

     

    Un tiers de ces tsiganes ne passa pas l’hiver.

    Le 21 septembre 1939, lors d’une conférence organisée par Heydrich, il fut décidé de déporter tous les Juifs et les Tsiganes vers la Pologne.

     


    Le 27 avril 1940, Himmler donna l’ordre de déporter par familles 2 500 Tsiganes dans le Gouvernement général de Pologne.

    A l’origine la totalité des 30 000 Tsiganes vivant en Allemagne devait être déportée, mais « comme des difficultés pratiques étaient apparues lors du « déplacement » de 160 000 Juifs et Polonais, seul un « premier transport » de 2 500 Tsiganes originaires des zones frontalières de l’ouest et du nord-ouest de l’Allemagne fut ordonné ». Ces déportations furent organisées du 21 avril au 16 mai 1940.

     

     

     

    300 Tsiganes originaires du sud de l’Allemagne furent également déportés en Pologne. Tous avaient signé un document attestant qu’ils avaient bien compris que s’ils revenaient en Allemagne, ils seraient stérilisés et envoyés en camp de concentration. Ces déportations eurent lieu au vu et au su de tous, sans que cela provoque une quelconque réaction.

     

     

    La déportation systématique des Tsiganes prit toute sa dimension avec un décret d’Himmler du 16 décembre 1942.

     

    Ce décret ordonnait la déportation à Auschwitz de tous les Tsiganes du Grand Reich. Peu de temps après, le décret fut élargi aux Tsiganes d’Autriche, du Nord de la France, de Pologne, du Luxembourg, de Belgique et des Pays-Bas.

     

     

    L’ordre donné par Himmler, le 16 décembre 1942, l’Auschwitz Erlass, constitue la dernière étape vers « la solution définitive de la question Tsigane ».

     

    Enfin, avec le décret d’application du 29 janvier 1943, tous les Tsiganes devaient être déportés par familles, « sans prendre en compte le degré de métissage », dans la section tsigane (Zigeunerlager) du camp d’Auschwitz.

     

     

    Le « camp de familles » a été construit à Auschwitz -Birkenau II en février 1943. Le premier transport arriva le 26 février.

     

    Du 26 février au 6 mars, 828 Tsiganes arrivèrent au camp en quatre convois. Le 23 mars, 1 700 Tsiganes de Bialystock furent immédiatement gazés sans même être enregistrés. Du 6 au 31 mars, 23 convois comprenant 11 339 Tsiganes arrivèrent et furent immatriculés à Auschwitz.

     

    Environ 19 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz en 1943 et 2 200 avant l’été 1944. 63 % étaient allemands, 21 % venaient de Bohême-Moravie, 6 % de Pologne, les 11 % restants avaient d’autres nationalités ou étaient considérés comme apatrides.

    Si l’on inclut ceux qui furent internés sans enregistrement pour être assassinés peu de temps après dans les chambres à gaz, le chiffre total des Tsiganes déportés dans la « section tsigane » atteint 23 000 personnes. »

     

     

    Les Tsiganes furent les seuls à ne pas connaître la sélection sur la rampe d’Auschwitz, ils furent aussi les seuls à vivre en famille.

     

    La plupart de ces Tsiganes sont morts de faim, de maladies (typhus et Noma pour les enfants) et des suites des expériences médicales pratiquées par le docteur Mengele.

     

    En avril et mai 1944, quelques centaines de Tsiganes aptes au travail furent transférés à Buchenwald et Ravensbrück.

     

    Dans la nuit du 2 au 3 août 1944,

    les 2 897 personnes restées au « camp de familles » furent gazées.

     

     

    Estimation de la population rom avant la guerre : 20 000
    Estimation de la population rom massacrée : 15 000

     

     

     

    SOURCES

    Extrait article de Madame Anne Tempelhoff 

     

    http://www.kedistan.net/2015/08/28/tsiganes-de-victimes-expiatoires-a-intouchables/

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    “Comme une histoire”

     

    est une nouvelle collection qui propose de raconter des épisodes de l’Histoire au grand public.

     

    Marie-Josephe Bonnet nous raconte le sombre parcours de criminels et de malfrats recrutés pour exécuter les bases besognes de la Gestapo pendant l'année 1944.

     

    Si l’épopée de la Libération de Paris est aujourd’hui bien documentée, il n’en est pas de même de sa face sombre, c’est-à-dire du tribut qu’ont dû payer les résistants arrêtés par les gestapos durant les trois mois de la bataille de Normandie.

     

    Celle de la rue de la Pompe est très peu connue alors qu’elle n’a rien a envier à celle de la rue Lauriston, ou de la rue des Saussaies.

     

     

    En quatre mois, du 17 avril au 17 aout 1944, une équipe de 44 auxiliaires français dirigés par l’Allemand Friedrich Berger a arrêté plus de 300 résistants, torturé la majorité d’entre eux pour leur extorquer des renseignements, déporté 163 hommes et femmes, sans parler de ceux qui sont morts sous la torture ou fusillés.

     

    Au cours du procès de la Gestapo de la rue de la Pompeau tribunal militaire, on dénombrera 110 morts dont 60 fusillés à Paris, parmi lesquels se trouvent les 42 jeunes gens fusillés à la cascade du bois de Boulogne le 16 aout 1944.

     

    C'est cette sombre histoire, de l'installation de la bande rue de la Pompe à son procès en 1952, que raconte Marie-Jo Bonnet en se basant sur des documents et des témoignages d'époque.

     

    • Auteur : Marie-Jo Bonnet
    • Editeur : Ouest France
    • Date de parution : 22/05/2013
    • Collection : Histoire
    • ISBN : 2737360420
    • EAN : 978-2737360428

     

     

     

    Pour l'affaire de la Gestapo de la rue de la Pompe le tribunal militaire de Paris a inculpé 23 personnes de trahison, espionnage, assassinat et complicité, association de malfaiteurs.

     

    L'acte d'accusation stipule que ce groupe a collaboré entièrement avec les services allemands de la rue des Saussaies et, surtout, du 31 bis avenue Foch.

     

    Il évoque aussi la carrière d'espion de Friedrich Berger, son chef. 

     

    Berger Friedrich

    Pendant l'Occupation, il était le dirigeant de l'antenne de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris. D'abord engagé dans la Légion étrangère, il est recruté par l'Abwehr en 1933.

     

    Il participe pendant la guerre au marché noir pour l'armée allemande.

     

    Parallèlement, il collecte des informations pour faire tomber des réseaux de marché noir et de résistants.

     

    Il constitua une équipe d'une trentaine de personnes plus ou moins louches qui ont neutralisé plusieurs réseaux résistants.

     

    Son équipe était connue comme la « Gestapo de la rue de la Pompe » dont le siège était au no 180.

     

    Arrêté en 1947, il s'évade et sera condamné à mort par contumace en 1952. Il meurt à son domicile de Munich des suites de maladie le 10 février 1960.

     

    Né en Saxe en 1911, il entre à l'Abwehr en 1933. Il s'engage dans la légion étrangère française, en 1934. Réformé en 1937 il retourne en Allemagne. A la fin de 1940, il est envoyé en France avec pour mission de s'infiltrer dans le Deuxième Bureau. Il est presque immédiatement démasqué et condamné à mort. Envoyé à la prison d'Oran, il est rendu aux Allemands le 31 mai 1942. Il s'installe alors à Paris et vit du marché noir, notamment en travaillant pour le bureau Otto. Ses affaires devenant florissantes, il ouvre un bureau d'achats au 14 rue du Colonel Moll. Berger a un système efficace pour gagner du temps et de l'argent : il torture les vendeurs pour leur faire avouer les cachettes de leurs dépôts.

     

     

    Le 17 avril 1944, il s'installe au 180 rue de la Pompe.

     

    Il décime une quantité très importante de réseaux de résistance.

     

    Lors de la capitulation de l'Allemagne, il part pour l'Italie.

     

    Le 7 mai 1945, il est arrêté à Milan par les Anglais.

     

    En 1947, il s'évade de prison.

     

    Le 22 décembre 1952, il est condamné à mort par contumace, car il n'a jamais été repris. Berger est mort le 10 février 1960 à munich.

     

    Il existe des liens étroits entre Allemands et auxilliaires français et des étrangers.

     

    Le personnel de ce service étaient dotés de papiers les mettant « a l'abri de toute intervention de la police française » et leur permettant « d'intimider les personnes à qui ils s'adressaient ». Ils recurent des armes, et les permis nécessaires.

     

    Pour son financement on donna l'autorisation à Berger d'ouvrir son propre bureau d'achat, rue du Colonel-Moll à Paris. Grâce à l'appui des Allemands, la Gestapo du 180 rue de la Pompe peut exercer de grands ravages dans les rangs de la Résistance : ce bilan s'établit à plus de 300 arrestations, plus de 160 déportations (50 de ces déportés décéderont en Allemagne), 40 fusillés lors des guets-apens du 16 août 1944.

     

    Sans parler des expéditions de Roanne, Lille, Péronne, les arrestations de résistants des réseaux « Les Cloches des Halles », « Phalanx », « N.A.P. », « Voix du Nord », « Libération Nord », « O.C.M. », « F2 », « M.L.N. », « Résistance polonaise », « Organisation juive de combat », « Groupe de Chelles et de Draveil »,

    « Jeunesses catholiques combattantes »

     

    ... Sans parler des sévices, des tortures inqualifiables des gestapistes français, sans pitiés et les morts, sous les coups reçus.

     

    Le 16 août 1944, des résistants sont ainsi attirés, le même jour, passage Doisy, porte Maillot, au Ballon des Ternes et rue Leroux (n°4).

     

    La majorité de ces français sera assassinée près de la cascade du Bois de Boulogne, sans parler des exécutions dans les locaux du 42, avenue Victor Hugo...

    L'activité criminelle de la Gestapo de la rue de la Pompe se poursuit dans l'est de la France, après son repli de Paris, à Sainte-Menehould, dans la région des Islettes, d'Auzerville... Les arrestations de résistants sont opérés, contrôlées par les Allemands et, sur 27 patriotes arrêtés, 18 sont déportés et 5 meurent en camp de concentration. En septembre 1944, 12 personnes meurent à Celles-sur-Plaine, d'autres drames éclatent, ici et là, avant que la bande ne gagne l'Italie à San Rémo. Huit peines de mort sont prononcées, d'autres de travaux forcés à perpétuité, des peines de 20 à 5 ans et, par contumace, 7 condamnation à mort, dont celle de Berger.

    Sources

    • Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 3641 CJ 46 affaire Reymond Jacques - 3955 CJ 47 affaire Gestapo de la rue de la Pompe - Berger Friedrich - Kley -Stanziano Mario - Stcherbina Manuel - Zimmer Jean-Baptiste - Wentzel Fred - Schnell Christian - Vieillevoye Pierre, dossier comprenant divers états, notamment des inculpés français et étrangers, des principales opérations criminelles du groupe.
    • Parquet Général - Non lieu - Article 64 dossier 52430 affaire Cristol Joseph (Gestapo de la rue de la Pompe).
    • Sources : Archives de la Seine 1808 W Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 3641 CJ 46 affaire Reymond Jacques (secrétaire de Friedrich Berger).
    • Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 2896 CJ 45 affaire de la Gestapo de la rue de la Pompe - Gestapo de l'Avenue Foch.

     

     

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  • Création et Organisation des

    réseaux de Résistance P.T.T.

     

     

    Et voici un résumé assez complet du thème
    Textes et contenus aimablement fournis par L’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR) de la Manche et l’Association Libération Nationale PTT



    Il faut attendre la fin de l’année 1940, pour que prennent forme les premiers réseaux PTT (celui de Normandie est certainement le premier créé sur le plan national).

    Dans le département du Calvados, c’est Henri LE VEILLÉ (photo), employé du service des mesures, qui en est à l’origine. Il en sera le pilier central et en deviendra le chef régional.

    Le service des mesures ou service des réclamations (qui jouera un rôle très important pendant l’Occupation) procédait aux recherches ou au contrôle des pannes signalées. Le technicien recherchait immédiatement d’où venait la panne et jugeait s’il devait intervenir sur la ligne ou les installations.

    C’est au cours d’un déplacement professionnel en septembre 1940, qu’Henri LE VEILLÉ entre en résistance après avoir fait connaissance de la directrice de la maternité départementale à Bénouville, Mme VION. Depuis plusieurs mois, elle travaille avec l’une des organisations de résistance implantées dans le Calvados « L’armée des Volontaires », dont les liaisons sont assurées par René DUCHEZ, peintre en bâtiment.

     

    La confiance s’installe, et Henri LE VEILLÉ en parle à des amis résolus à lutter comme lui contre l’occupant :

     

    Achille NIARD, et Gustave MADELEINE, agents des installations, Paul MARIE, vérificateur, Mlle TESNIÈRES, dame commis aux mesures, Gaston BARATTE, chef d’équipe du service des lignes, Mmes DESMONT et RENAULT également du service des mesures.

    À la fin de l’année 1940, le groupe est déjà à l’œuvre.

     

     

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    Fin janvier 1941, avec la complicité de Mlle TESNIÈRES, Henri LE VEILLÉ s’introduit dans le bureau réservé au personnel de la FNK, déserté entre 19 et 20 heures, et y relève tranquillement les demandes de constructions allemandes ainsi que le schéma des circuits en projet. Il remet ce document à son contact permanent, le peintre René DUCHEZ.

    La FNK (Service des Transmissions de l’Armée allemande), une par région, avait la main haute sur toute l’infrastructure des LSGD (Lignes Souterraines à Grandes Distances). Son rôle était de recenser soigneusement les disponibilités de chaque dépôt : nombre de voitures, essence, câbles, rouleaux de fils de cuivre. Une course de vitesse s’engagea alors entre les commissions de visite de la FNK et les gérants de stocks. Les postiers camouflaient tout le matériel qu’ils pouvaient, ou faisaient le jeu du truquage des stocks

    En mars 1941, le réseau se développe avec l’adhésion de plusieurs agents. Des antennes sont créées dans le secteur de Condé-sur-Noireau par Jacques CHARLES, à Saint-Pierre-la-Vieille ; une à Mathieu par LEUDIÈRE et l’autre à Bénouville par LEGRANDOIS, tous les trois facteurs, qui interceptèrent et détruisirent de nombreuses lettres délatrices.

    En effet, c’est dans le département du Calvados qu’on trouve le plus grand nombre de bureaux de poste ayant soustrait une importante partie de la correspondance délatrice adressée aux Allemands.

    Dans le département de la Manche. En septembre 1941, Henri LEVEILLÉ rencontre Marcel RICHER(photo), agent des installations à Saint-Lô, rencontre qui débouchera sur la constitution du groupe des PTT de Saint-Lô. Avec l’implantation de cette formation, le réseau va acquérir une dimension régionale, complétée par une liaison avec le département de l’Orne en décembre 1941.
    Les Résistants ROBIN, SANSON, BOBOEUF et LERABLE sabotent les installations et le matériel susceptibles d’être utilisés par le génie allemand dans les locaux des services techniques.

    Marcel RICHER a formé, lui-même, son équipe. A l’été 1942, celle-ci comprend une trentaine de personnes de l’administration des PTT, ainsi que quelques personnes extérieures dont le concours est nécessaire à la bonne marche de l’organisation. GAUTHIER, qui vient d’être nommé inspecteur principal à Saint-Lô, apportera son concours au groupe de RICHER, et grâce à lui, l’antenne d’Action-PTT se développera en Normandie (voir plus loin).

    La première opération importante effectuée par le groupe de RICHER, est la communication aux Alliés du plan des lignes souterraines et aériennes du département de la Manche. Ce plan a été minutieusement établi par Clément SEGER, François RICHER et CHIVET. Un peu plus tard, Charles MARCHESSEAU, contrôleur, avec Jean SAMSON, commis, dresse le schéma des dérangements à opérer sur les circuits allemands reliant le port de Cherbourg aux PC ennemis de Saint-Lô, Fougères et Rennes. Au moment du débarquement allié, l’application de ce programme isolera les unités de la Wehrmacht et les bases de la Kriegsmarine du Cotentin.

    Début 1943, l’arrivée à Saint-Lô de René CROUZEAU, inspecteur, va donner une impulsion nouvelle au groupe car c’est lui qui va entreprendre une action continue et systématique à l’encontre de l’occupant. Comme un peu partout, les postiers ont commencé à soustraire à la FNK tout ce qu’il était possible de dissimuler : du simple appareil téléphonique aux grandes couronnes de câbles, en passant par les consoles, les bobines de fil de cuivre, l’essence, les véhicules… on en trouvait partout : des bâtiments aux greniers.

    René CROUZEAU, quant à lui, va se livrer à un véritable trafic des stocks, par le jeu truqué des entrées et des sorties, de substitution du matériel déclassé, usé, réformé ou neuf. Parallèlement, il assure avec Marcel RICHER la liaison avec les responsables d’ACTION-PTT, mouvement que vient de créer Ernest PRUVOST (voir plus loin, le paragraphe qui concerne la création du réseau à Paris : « À Paris, au ministère des PTT… »)

    Le groupe de Saint-Lô est particulièrement en pointe dans la lutte clandestine, et les dirigeants de Paris, dont Ernest PRUVOST, en feront l’un de leurs points d’appui pour étoffer leur action. René CROUZEAU et Marcel RICHER mettent donc au point un discret réseau de sabotages. Grâce à la complicité de Mme BESSY, contrôleur à Avranches, de CHIVET, chef de centre, et de BLIN, rédacteur à la Direction de Saint-Lô, ils opèrent avec un minimum de sécurité sur les bobines techniques, les standards, les relais et les batteries de têtes de câbles.

    Malgré tout, des bavardages ne peuvent être évités et sont la cause de l’arrestation d’Augustin LEMARESQUIER, à Cherbourg. Le mutisme de ce postier lors des interrogatoires lui vaudra le transfert à la prison de Fresnes, mais aucun de ses camarades ne sera jamais inquiété. Belle preuve d’héroïsme.

    À l’automne 1943, CROUZEAU et RICHER doivent procurer de fausses cartes d’identité à plusieurs réfractaires du STO venus s’enrôler dans la Résistance. Après les avoir dotés de papiers en règle, ils les expédient à Gathémo, où ils seront pris en charge par un maquis local.

    Le nombre grandissant de jeunes gens réfractaires, oblige les responsables du groupe à envisager la création d’un maquis de réserve. Ce qui n’est pas facile. Mais des complicités apparaîtront un peu partout, notamment chez le monde rural, ce qui facilitera le problème des caches et du ravitaillement, notamment par Alphonse FILLATRE, agriculteur, qui apportera aux postiers un concours vital pour leurs projets. Ce dernier prend en charge le radio et son poste-émetteur et héberge et nourrit plusieurs volontaires en attente d’affectation.

    Le maquis de réserve, dit de « Beaucoudray » s’est formé le 6 juin 1944 par le regroupement des postiers de Saint-Lô (10 hommes), de 2 jeunes : LE COUTURIER et ALBERTINI et de Raymond ABDON, soit un total de 13 hommes. Alphonse FILLATRE était épicier, un peu quincaillier, et à l’occasion tenait pension de famille. Il était également le voisin de Raymond ABDON.

    De même, René CROUZEAU et Marcel RICHER organisent un véritable service de tri postal occulte. Le courrier de dénonciation facile à repérer, est détruit. Certains receveurs, demeurés à l’écart des réseaux de résistance, se sont longtemps demandé pourquoi les canalisations des toilettes étaient si souvent bouchées.

    Par ailleurs, un contrôle des communications téléphoniques allemandes existe, mais ne fonctionne que par intermittence. Après l’arrestation d’Augustin LEMARESQUIER, cette activité fut mise en veilleuse, pour ne reprendre qu’à partir du débarquement allié en juin 1944.

    À Paris, au ministère des PTT, Ernest PRUVOST (photo), dit « POTARD » assisté de Simone MICHEL-LÉVY et de Maurice HORVAIS, tous trois rédacteurs, créent un groupe de Résistance de niveau national baptisé ACTION-PTT, auquel se joindront un peu plus tard Edmond DEBEAUMARCHÉ, et Ferdinand JOURDAN. Les fondateurs de ce groupe de résistance au sein de l’administration postale ont établi un plan qui vise essentiellement à offrir aux grands mouvements clandestins une toile d’araignée de complicités dans toutes les régions, et qui prévoit :

    ● La constitution d’un réseau très serré et tendu de liaisons postales et télégraphiques clandestines, permettant de joindre entre elles toutes les villes de France.

    ● Le sabotage des lignes souterraines à grande distance au moment du déclenchement des opérations de débarquement, paralysant ainsi les communications de l’ennemi.

    ● La protection des grands centraux téléphoniques de Paris et de province par des groupes armés, afin de s’opposer aux tentatives de destructions de la part des Allemands.

    ● La transmission de renseignements d’ordre général.

    ● L’écoute et la surveillance des communications téléphoniques de l’ennemi.

    ● La saisie et la destruction du courrier de dénonciation.

    Bien accueillie dans les milieux syndicaux clandestins, la création de ce groupe suscite beaucoup de sympathie parmi le personnel des travaux, et les employés des centraux téléphoniques et télégraphiques.

    En peu de temps, PRUVOST, qui sera le Chef de ce réseau national, dispose de liaisons postales établies à partir de Paris avec de nombreuses villes de Province. Edmond DEBEAUMARCHÉ (dit « DURY »), et les ambulants, assurent le transport de l’ensemble du courrier des organisations de Résistance. Le courrier, enfoui dans des sacs postaux plombés, passe très facilement toutes les barrières à la barbe des contrôles allemands.

    Malgré les difficultés pour pouvoir parcourir les distances du fait des restrictions dans l’approvisionnement des carburants et de l’usage des véhicules administratifs, tous ces hommes et ces femmes vont réussir à relier ces réseaux de résistance et à les mettre au point.

    Ainsi la première liaison avec Henri LE VEILLÉ est établie par Simone MICHEL-LÉVY (dite EMMA et/ou Mme FLAUBERT), qui débarque fin janvier 1942 à Caen avec la phrase de reconnaissance : « Je viens vous parler du livre Salambo », ce qui paraît normal pour une femme voyageant sous le nom de Mme FLAUBERT. Les relations qui se nouent avec ACTION-PTT vont avoir pour conséquence de mettre le groupe PTT du Calvados en contact avec le réseau CND (Confrérie Notre-Dame) du Colonel RÉMY, puisque PRUVOST et son équipe assurent les transports de courrier ainsi que les filières de RÉMY.

    Le Colonel RÉMY, responsable du réseau CND (Confrérie Notre-Dame) et Castille sera le premier à utiliser ces filières. Dans un de ses ouvrages, il explique comment s’effectuaient ces transports : « Les courriers et le matériel arrivant de Londres par voie maritime étaient transportés depuis Pont-Aven jusqu’au plus proche ambulant qui les enfermait dans un sac postal plombé. A Paris, ce sac était chargé dans une camionnette des PTT qui en faisait la livraison à l’adresse indiquée. Le même procédé était employé pour nos courriers à destination de l’Angleterre, et la chose devenait plus simple encore s’il s’agissait d’une opération aérienne : une camionnette des PTT, qui était autorisée à circuler partout, à toute heure de jour ou de nuit, se rendait à proximité du terrain, emportant le courrier et les passagers «départ» et ramenait le courrier et les passagers « arrivée ». L’agent PTT employé aux liaisons maritimes était Maurice CANON. ACTION-PTT fonctionnera très bien jusqu’en juillet 1943. Puis elle se transformera en État- Major PTT (EM-PTT), organisation centrale de la Résistance dans les PTT.

    Dans les premiers jours de 1942, Simone MICHEL-LÉVY amène à Henri LE VEILLÉ deux opérateurs radios : «JACOT » et « OLAF », dans une ambulance de la maternité. Les deux pianistes seront hébergés quelques jours chez SAVARD, cultivateur, à Villon-les-Buissons (près de Caen), le temps d’établir un contact radio avec un navire britannique en mer.

    Toutefois, la nécessité de recruter du personnel s’impose en raison de l’élargissement de l’action et du besoin de complicités dans tous les services. Successivement entrent dans le réseau : BOURDON, contrôleur principal au Central téléphonique de Caen ; HOUSSARD, chef de Centre ; LE BOSQUAIN, chef des LSGD; Emile PLANCHAIS du service téléphonique ; Mme BOULANGER du Central téléphonique ; Mme FOURRET, employée à la Direction départementale ; Albert LAUNAY, surveillant chauffeur, RÉMOND, receveur principal à Caen ; Pierre CORNILLET, agent des installations.

    LSGD (Lignes Souterraines à Grandes Distances) : Le réseau des lignes souterraines était très important pour les Allemands, à savoir par la qualité de la communication et aussi parce qu’il jouait un rôle très important puisque c’est le plan de lignes souterraines reliant les ouvrages de défense de l’armée allemande ainsi que plusieurs codes de leurs transmissions.

    Ce réseau s’étendra toujours et gagnera d’autres villes du Calvados : avec CAMPS et ANSET, agents à Bayeux ; avec le receveur FRAUNIER et les agents QUENET et MANCEL à Lisieux ; avec JUDIBERT et LE RÉVÉREND à Trouville ; avec BROUCK, receveur à Estry.

    En 1942, la construction du Mur de l’Atlantique par les Allemands le long des côtes de la Manche et du Calvados, entraîne l’évacuation des bureaux de poste de la zone côtière. Les postiers de ces bureaux sont donc affectés en zone non occupée, ce qui entraîne une nouvelle réglementation téléphonique, à savoir : le trafic reste libre à l’intérieur des réseaux locaux, mais au-delà l’autorisation allemande est nécessaire. Un laissez-passer pour les personnes civiles comme pour les facteurs se rendant dans les communes situées le long du littoral est donc obligatoire.

    L’utilisation des cabines demeure interdite. Le dépôt des télégrammes est soumis à autorisation. Le chauffage des centraux étant inexistant en hiver, les câbles prennent l’humidité. Plus les mois d’occupation passent, plus les circuits réquisitionnés par les Allemands augmentent et plus le service se dégrade.

    Le manque de bicyclettes, de pneumatiques et de chambres à air conduit de nombreux facteurs à effectuer leurs tournées à pied. En juillet 1941, la distribution dominicale est définitivement supprimée. Fin 1943, des trains et des cars sont supprimés. Certaines tournées trop pénibles à effectuer à pied sont supprimées ou scindées en deux : le facteur ne passait dans ce cas qu’un jour sur deux.

    Cependant, malgré les mauvaises conditions d’acheminement et de distribution, le trafic augmente. On écrit beaucoup plus du fait que les déplacements sont très réduits, mais surtout on envoie beaucoup de colis pour pallier le manque de ravitaillement. Malgré toutes ces restrictions, les Résistants poursuivent toujours leurs tâches, dont Simone MICHEL-LÉVY qui mène remarquablement à bien les missions qui lui sont confiées.

    En novembre 1942, Maurice HORVAIS vient à Caen, accompagné du responsable régional GIRARD (dit « MOREAU ») de l’OCM (Organisation Civile et Militaire).

    OCM (Organisation Civile et Militaire) est spécialisée dans la propagande, le renseignement, la préparation des sabotages. Ce sont des militaires de réserve qui la composent. L’OCM ne dépendait pas directement du BRCA, mais de la France Combattante.

    Une réunion se tient rue Richard LENOIR avec LE VEILLÉ, NIARD et MARIE, afin de mettre au point le système des télécommunications et de définir les plans de sabotages. Sur les recommandations d’HORVAIS, il est décidé que ces sabotages devront isoler les lignes sans leur causer de dégâts irrémédiables afin qu’elles puissent être rétablies rapidement pour les Alliés au moment du débarquement et également à la Libération. Avant de repartir, Maurice HORVAIS manifeste sa confiance au réseau en donnant à Henri LE VEILLÉ le code permettant de joindre Mme HORVAIS, téléphoniste à Saint-Lô, et pivot des relations entre le groupe RICHER et l’état-major parisien d’ACTION-PTT. A compter de ce jour, les contacts seront presque quotidiens entre tous les groupes de Basse-Normandie.

    Au début de l’année 1943, le réseau parvient à se procurer un certain nombre de plans de lignes souterraines reliant les ouvrages de défense de l’armée allemande, ainsi que plusieurs codes de leurs transmissions. Entre mars et juin 1943 , l’équipe de corps-francs mise sur pied par Gaston BARATTE, GUEROULT, Robert CASTEL et Emile ISIDOR, Désiré LEMIÈRE et Arsène TRÉVÈLE, effectue plusieurs sabotages sur les LSGD et dynamite un relais de transmissions de l’ennemi près de Ver-sur-Mer.
    En juillet 1943, le service des Ambulants créé par Edmond DEBEAUMARCHÉ pour l’acheminement du courrier clandestin touche la Normandie. Le responsable principal est le contrôleur Louis LETASSEY (dit LE PÈRE LOUIS), dont l’allure pépère, le calme et la jovialité dissimulent un formidable sang-froid et une témérité assez inattendue chez un homme aux manières si pondérées. Imperturbable, LETASSEY accumule dans son bureau-gare les sacs postaux en provenance de Paris et d’autres villes, contenant des tracts, des courriers, des journaux clandestins, des armes, des postes émetteurs et tout le matériel hétéroclite utilisé par la Résistance.
    Tous les mouvements et réseaux implantés en Normandie utilisent la filière des Ambulants pour leurs envois, lesquels sont répartis par laPeugeot 201 dont le sigle peint sur la carrosserie et l’uniforme du chauffeur constituent un véritable laissez-passer.
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    Peugeot 201

    Le réseau se renforce toujours, avec à Caen Maurice FOUQUES, Contrôleur principal au bureau des Mesures, ainsi que l’adhésion de M. VICTOIRE, Mme PERSON, dame commis, M. CHAUBOIS, chef d’équipe, et de Marcel GUILLOUET des LSGD.

    Le directeur départemental, BEAUFILS, qui a remplacé SAUGEON début 1943, favorise immédiatement le travail de la Résistance. Venant de la Manche, il a assisté le groupe RICHER de Saint-Lô et se montre, par conséquent, attentif au développement de la formation caennaise. Son concours va s’avérer précieux au moment des grandes actions entreprises dans la phase préparatoire du débarquement allié, ainsi que dans le contexte de la bataille.

    La fonction de la FNK était de veiller à ce que les transmissions téléphoniques se fassent dans les meilleures conditions possible. Mais les réseaux de résistance, très bien structurés, gênent énormément son activité, qui déplore les incidents volontaires qui surviennent et découragent ses autorités.

    C’est ainsi qu’un sous-officier allemand dans l’impossibilité d’accomplir sa tâche, se suicide « en raison des difficultés incessantes rencontrées auprès du service des mesures ». Aussitôt une enquête est déclenchée. Et pour la première fois, la Gestapo intervient. Sur les indications qui lui sont fournies par un collaborateur, elle vient à la Direction pour arrêter Mme BOULANGER. Mais le sang-froid et l’astuce d’Achille NIARD permettent à celle-ci de s’enfuir. Le personnel, même celui qui ne fait pas partie de la Résistance, fait bloc.

    Fin 1943, Maurice HORVAIS vient mettre au courant Henri LEVEILLÉ des plans « Potard » et « Violet » établis par l’EM-PTT, plans de sabotage adoptés par les Anglais pour le Débarquement, à savoir :

    ● 1. Après avoir coupé les câbles en plusieurs endroits sur le même parcours, les isoler à leurs extrémités pour gêner la recherche des dérangements par les tables de mesures.

    ● 2. Faire sauter les poteaux des circuits aériens dans les courbes.

    ● 3. Eviter la destruction totale des guérites, centraux, stations et câbles à grandes distances pour pouvoir rétablir les communications pour les Alliés.

    Henri LE VEILLÉ fait preuve d’une activité débordante.

     

    Couvert par ses supérieurs hiérarchiques, sauf un qui suit aveuglément les ordres des forces d’occupation, il passe d’une formation à une autre : de l’Armée des Volontaires à la CND, ou de la Centurie à Libération Nord, tous ces réseaux utilisent les services des postiers. Mais il vient un moment où les habitudes deviennent dangereuses.

    Le 5 novembre 1943, Simone MICHEL-LÉVY est arrêtée à Paris dans un café proche de son bureau où un guet-apens lui a été tendu. Elle connaît les rouages essentiels du réseau normand, comme celui de l’organisation nationale. Si elle parle sous la torture, c’est le démantèlement total d’ACTION-PTT et l’arrestation de centaines d’agents. Malgré d’épouvantables tortures, Simone ne livrera aucun nom.

    Ce même jour à 18 heures, PRUVOST a rendez-vous avec Simone MICHEL-LÉVY. Etonné de ne pas la voir, il se rend au ministère où un garçon d’étage l’informe qu’elle n’est pas rentrée. PRUVOST revient au café Le François Coppée, lieu habituel des rencontres. Personne. Toute la soirée, il essaiera de joindre la jeune femme. DEBEAUMARCHÉ également essaiera de la joindre. En vain.

    Le lendemain, PRUVOST visite le bureau d’EMMA au ministère. Il constate qu’elle a dû le quitter précipitamment. Ramassant alors les documents les plus compromettants, il prend le large. Son remplacement à Paris est assuré par Maurice HORVAIS qui cumule ainsi de lourdes responsabilités.

    DEBEAUMARCHÉ alerté par un membre de la CND. prend ses dispositions. Avec Maurice CANON, chauffeur attitré de la voiture postale assurant les transports, il embarque le plus gros des archives, le courrier et les émetteurs.

    Entre-temps, VERRIER, responsable du service à la gare de Lyon, est arrêté. MASUY, gestapiste, a saisi les sacs clandestins prêts à partir pour Marseille et Lyon et les 20 émetteurs qui s’y trouvaient.

    Pendant trois jours, Simone MICHEL-LÉVY et ses compagnons subiront la torture dans son repaire, au 101, avenue Henri Martin à Paris. Malgré quelques succès, MASUY ne peut remonter la filière. Une perquisition au domicile de Simone MICHEL-LÉVY permet tout juste de découvrir une photo de PRUVOST.

    Le 12 novembre, Maurice CANON est arrêté.

    Le 3 décembre, l’EM-PTT ne déplore que trois arrestations. Le cloisonnement des réseaux, d’une part, et l’attitude de ces patriotes, fait que MASUY ne pourra pas remonter la filière. Néanmoins, la Gestapo parviendra à remonter jusqu’au réseau à Caen en janvier 1944. Michel FOUQUES, contrôleur aux Mesures, est interpellé et incarcéré, mais le réseau n’est pas atteint. Fin janvier, une soixantaine de personnes sont arrêtées. Plusieurs agents du réseau sont pris : Gustave MADELEINE, Émile ISIDOR, Désiré LEMIÈRE, Félix ASSIE, Arsène TRÉVÈLE. La répression s’accentue. Un policier de Caen, Roger LEBLOND, qui travaille pour la Résistance, informe Henri LE VEILLÉ que la Gestapo le suspecte et qu’il va être arrêté.

    En catastrophe, celui-ci quitte son domicile et se replie dans une ferme sous le nom de DUVAL. Le surlendemain sa maison est cernée. Mais le réseau survit et va prouver son efficacité au moment du débarquement allié.

    Traqué par la Gestapo, PRUVOST va se réfugier chez Alphonse FILLATRE en février 1944. Là il prend le nom de DUCHÊNE. Puis il envisage de créer un maquis d’une vingtaine d’hommes en vue d’un éventuel débarquement maintes fois annoncé par les services londoniens.

    Avec René CROUZEAU, et l’aide de RICHER et SAMSON, ils aménagent une petite exploitation abandonnée "Le Village du Bois". Le ravitaillement sera assuré par Louis HAUPAIX, cultivateur. Le vétérinaire Philippe TEXIER-HUGOU procurera les soins urgents aux malades et au blessé. Tout s’arrange, sauf la question de l’armement. Quelques fusils de chasse ont bien été récupérés, mais ceci est insuffisant. Alors PRUVOST décide de demander à Londres un parachutage particulier. Celui-ci ne peut avoir lieu à moins de 35 km des côtes, limite considérée comme indispensable pour la sécurité des appareils.

    Par le truchement du docteur LEBRUN, le parachutage des armes aura lieu à Sainte-Marie-Outre-L’eau (Calvados) dans la nuit du 10 au 11 mai 1944 par l’annonce du message « AIMER, C’EST VIVRE ». PRUVOST envoie deux agents de liaison prévenir les hommes désignés pour la réception. De son côté, CROUZEAU mobilise ceux de son groupe. Les postiers prennent place à l’intérieur d’un camion à gazogène (modifié pour l’occasion pour fonctionner à l’essence, c’était plus sûr) avec leurs bicyclettes, prévues pour le retour. ROBIN au volant parcourt les 35 km les séparant du terrain où les armes doivent être parachutées. Mais le Maréchal ROMMEL est en tournée d’inspection dans la région, et les routes sont surveillées. A chaque carrefour, il faut se soumettre à un contrôle. Heureusement CROUZEAU a pensé à tout ; il s’est muni d’un ordre de mission parfaitement en règle.

    À 1h 30 du matin, l’avion largue son chargement (soit 3 tonnes d’armes et de munitions). Les containers atterrissent bien dans le périmètre prévu, sauf un, qui s’écrase assez loin et, de ce fait, s’éventre. Les Résistants ne pourront en récupérer le contenu. Ce sont les Allemands qui, au matin, ramasseront les débris et le matériel. Les Résistants chargent les armes dans le camion et s’en vont à bicyclette. Une partie de l’armement est stockée au Village du Bois, le reste part pour Saint-Lô.

    6 juin 1944
    "Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone"

    Le message informe les Résistants que le Débarquement aura lieu dans les 48 prochaines heures. Grâce aux relevés qui ont été effectués, les postiers possèdent pratiquement tous les plans des lignes reliant les principaux points de défense sur les côtes et même ceux de l’île de Jersey.

    Le 5 juin 1944 au soir : les opérations aéroportées par les Américains commencent.

    Les Résistants se tiennent prêts à passer à l’action, et donc sont très attentifs aux messages diffusés par la BBC, car parmi ceux-ci, certains sont destinés à tromper les Allemands.

    Le message : « LES DÉS SONT SUR LE TAPIS » ordonne la mise en application immédiate des plans de sabotage (plan Violet), et le message : « IL FAIT CHAUD À SUEZ » ordonne de rejoindre les centres de résistance pour entreprendre la guérilla. Aussitôt, les agents des PTT guident les équipes de sabotages sur les lieux des coupures prévues. Grâce à leurs voitures professionnelles, jamais soumises aux contrôles, ils se chargent des points les plus difficiles à atteindre.

    Dans le département du Calvados, l’équipe formée de LE VEILLÉ, LAUNAY, CORNILLET, de DELAHAIE, neutralise le câble spécial qui part du château de Basly, où stationne l’État-Major allemand de la zone côtière, en direction des postes de commandement du littoral. Une deuxième équipe sous les ordres de NIARD, interrompt la liaison souterraine Basly-Bernay ; une troisième équipe dirigée par BARATTE coupe les lignes Caen-Vire et Caen-Saint-Lô.

    Dans le département de la Manche, sous la direction de René CROUZEAU et Marcel RICHER, les résistants coupent les câbles des Lignes Souterraines à Grandes Distances, supprimant les communications entre Cherbourg et Le Mans, Carentan et Villedieu-les-Poêles, Saint-Lô et Avranches. Les lignes aériennes subissent le même sort. Privé de la quasi totalité de ses relations avec les points de défense du front de mer, le central allemand de Saint-Lô devient inopérant. Cette situation d’isolement va être cruellement ressentie par le commandement ennemi quelques heures plus tard, lorsque les parachutistes Américains de la 82e Division aéroportée sauteront sur Saint-Mère-Eglise.

    Le groupe de PRUVOST, en deux équipes, participe au sabotage des lignes entre Saint-Lô et Villedieu-les Poêles. C’est là que LECOUTURIER est blessé au pied par la chute d’un poteau.

    Les Résistants ROBIN, SANSON, BOBOEUF et LERABLE sabotent les installations et le matériel susceptibles d’être utilisés par le génie allemand dans les locaux des services techniques. Emportés par un enthousiasme communicatif, les Résistants multiplient toutes les formes d’action qui peuvent handicaper le mouvement et l’organisation des unités allemandes.

    Au matin du 6 juin, presque tout le réseau de communication reliant les points de défense aux PC de secteur est annihilé. CROUZEAU et ses hommes, après s’être regroupés, se replient à Villebaudon à la ferme du Village du Bois. Le groupe PTT de Saint-Lô, quant à lui, prend le maquis, et rejoint l’équipe de réfractaires qui séjourne déjà sur place. Ce sont eux qui formeront le maquis de Beaucoudray (soit 10 postiers et 3 hommes, ainsi que leurs camarades amenés par PRUVOST à la Ferme du Bois).

    Le maquis de Beaucoudray dont la fin fut tragique (voir plus loin) s’est formé le 6 juin 1944 au matin par le regroupement des postiers de Saint-Lô (10 hommes), de deux jeunes : LECOUTURIER et ALBERTINI, postier corse appelé au STO, qui s’était évadé et réfugié à Villebeaudon, et de Raymond ABDON, instituteur. Soit un total de 13 hommes. À ce petit groupe devait se joindre une autre formation : l’OCM de Villebeaudon. Cette dernière n’est pas venue.

    A Saint-Lô, les Allemands furieux des sabotages effectués dans la nuit, et de la disparition de nombreux agents et de leurs familles (qui s’étaient mises à l’abri des représailles), réagissent durement en arrêtant le personnel des services techniques resté à son poste.

    La ville de Saint-Lô présentait un intérêt stratégique : elle demeurait l’objectif principal de la 1re armée US, notamment pour la réussite du plan « Cobra », préparée par le Général BRADLEY.

    Les employés emmenés dans un camp aménagé au vieux-haras de Saint-Lô, parviendront à s’évader le lendemain lors des bombardements.

    À la ferme du Village du Bois, les postiers résistants de Saint-Lô, rejoints par plusieurs réfractaires au STO, mènent l’existence d’un groupe de maquisards. Sortant de leur base pour effectuer de rapides coups de mains ou effectuer un sabotage, ils rentrent aussitôt leur mission accomplie.

    Les hommes de PRUVOST se sont très rapidement adaptés à leur nouvel état de marginaux, et l’organisation de la vie quotidienne n’a pas posé de problèmes. À chaque sortie, deux ou trois jeunes sont incorporés à la section en mission et acquièrent progressivement les réflexes du combattant de guérilla. Grâce à cet entraînement régulier complété par les cours d’instruction sur l’armement, PRUVOST envisage la coopération de son groupe à la grande attaque qui doit être menée conjointement par plusieurs formations de francs-tireurs dans la première quinzaine de juillet sous les ordres du « CAPITAINE JEAN » (Renaud DANDICOLLE) en liaison avec une violente offensive alliée.

    Cette grande attaque s’inscrivait dans le cadre de l’opération COBRA. La disparition du capitaine Renaud DANDICOLLE, qui devait coordonner l’action des groupes maquisards de Saint-Clair, de Champ-du-Boult, de Gathémo, de Fougerolles-du-Plessis, de Saint-Hilaire du Harcouêt de Brécy, et de Villebaudon, obligea les Alliés à le modifier.

    Dans la nuit qui précéda cette offensive, le message suivant « QUELLE NE FUT LA SURPRISE » est transmis par la BBC. Les forces résistantes auront en effet à intervenir sur différents objectifs qui leur seront communiqués la veille.

    Malheureusement la mort de Renaud DANDICOLLE, puis le démantèlement du maquis de Saint-Clair le 8 juillet, quelques jours après la tragédie du 14 juin à Beaucoudray, anéantiront ce projet.

    La Libération de la Normandie par les Alliés

    Le 9 juillet, le premier drapeau tricolore qui apparaît sur les ruines de l’Hôtel de Ville de Caen est hissé par une poignée de résistants survivants : Léonard GILLES, DUCHEZ, LEBLOND, le capitaine POINLANE (qui sera tué quelques jours plus tard lors des combats pour la Libération de Lisieux auxquels il prenait part aux côtés des Alliés), et quelques autres, dont plusieurs membres du réseau PTT.

    Envoyé par Léonard GILLES à Condé-sur-Noireau afin de rétablir les liaisons coupées par la ligne du front, LE VEILLÉ ne rentrera que le 24 juillet à Caen, mais ce sera pour s’engager dans la Compagnie Scamaroni qui vient d’être formée avec des Résistants du Calvados et qui combattra aux côtés des Alliés.

    C’est ainsi que le 21 juillet, soit 12 jours après l’entrée des troupes britanniques, la recette principale de la Poste fonctionnait à nouveau. Le 22 août, la liaison Caen-Rennes était rétablie, et le 23 celle de Caen à Vire.

    La Résistance-PTT normande fut l’une des plus importantes de France. C’est sur elle que s’est appuyée l’EMP PTT. C’est en Normandie que s’est réfugié PRUVOST.

    C’est en Normandie dans le cadre de la bataille, que les postiers furent appelés aux plus grands sacrifices.

    La présence accablante des troupes d’occupation - du fait des plans hitlériens d’abord axés sur une vaste offensive en direction de l’Angleterre - , puis la construction du Mur de l’Atlantique, et la venue sur le sol normand d’un certain nombre d’agents de renseignements, Français des FFL ou Britanniques chargés de créer des réseaux d’espionnage, font qu’ils eurent besoin de complicités au sein de l’administration la mieux placée pour les renseigner : les PTT.

    Les Fusillés de Beaucoudray

    14 juin 1944. Vers 5 heures du matin, une voiture de l’armée allemande s’engage dans le chemin qui mène à la ferme du Village du Bois, où se trouvent les Résistants. A son bord, trois soldats et un sous-officier. Le gradé déploie sur ses genoux une carte d’état-major qu’il examine longuement. Puis, le véhicule repart. A l’intérieur de la petite maison du Guet, Mme LEBLOND a bien observé la manœuvre de cette Volkswagen. Amie des maquisards, elle s’inquiète de cette visite bizarre. Aussitôt, elle file prévenir les francs-tireurs. Sitôt informé, PRUVOST envoie patrouiller des hommes aux alentours, puis interroge les sentinelles de faction. Deux éclaireurs, rentrant de bonne heure, précisent qu’ils n’ont rien remarqué d’anormal. PRUVOST en conclut donc à une voiture isolée perdue.

    La manœuvre est très rapide. D’après Mme Leblond, ils devaient être bien renseignés.

    Mme LEBLOND est une institutrice qui a fui les bombardements sur la ville de Cherbourg. Son mari Marcel LEBLOND était un des principaux chefs de la résistance à Cherbourg. C’est sur le conseil de PRUVOST qu’elle est logée dans la maison du Guet avec son fils Gilles le 13 juin en fin d’après-midi. Mme ABDON se trouve avec elle.

    Mais PRUVOST, CROUZEAU, RICHER ont l’esprit davantage accaparé par le rôle important que leur formation aura à jouer dans les jours prochains. Or cette voiture n’est pas venue là par hasard. Il s’agit en fait d’un véhicule de pointe appartenant à une compagnie de la 2e Panzer S.S., plus connue sous le nom de Division Das reich. Cette unité d’élite de l’armée allemande vient d’arriver dans la Manche pour consolider le dispositif de défense face aux troupes américaines du général BRADLEY, et certains de ses régiments se sont vengés horriblement sur la population (voir le massacre d’Oradour-sur-Glane). Ces soldats aguerris ne laisseront pas la moindre chance aux maquisards.

    À 10 heures, Mme LEBLOND, dans sa maisonnette, est brusquement entourée par une dizaine de SS survenus silencieusement. Elle ordonne à son fils Gilles :

     

    « Va chercher le chat ».

     

    Aussitôt l’enfant, qui a bien compris le code, part vers la ferme.

     

    Mais le périmètre est déjà bouclé et l’enfant est refoulé. Les SS progressent sans bruit vers l’endroit où se trouvent les Résistants pour préparer l’encerclement.

    Les Résistants qui montent la garde ne les voient pas approcher.

     

    Soudain le premier coup de feu claque. CROUZEAU organise la défense, et avec beaucoup de sang-froid abat les deux premiers SS. A côté de lui, Alfred GUY s’écroule grièvement atteint. Marcel RICHER entraîne deux ou trois compagnons dans une sortie téméraire. Eraflé par les balles, il parvient à forcer le passage. ROBIN est cerné et désarmé. Maurice DESCHAMPS, Raoul et Pierre ALLIER parviennent à s’échapper ; mais pour les autres, la lutte devient inégale et, ayant épuisé leurs munitions, ils doivent se rendre. Ernest PRUVOST, occupé à se raser près du ruisseau, réussira à gagner les bois de Moyon, de même que Raymond ABDON, instituteur, parti en liaison, qui revient juste à temps pour entendre les échos du combat.

    Lorsque M. Raymond ABDON et son épouse sont revenus avec la brouette chargée de petit mobilier (chaises, matériel de cuisine, couvertures), le combat était terminé.

     

    Leurs camarades étaient prisonniers.

    A la ferme, les 10 maquisards font face aux SS triomphants. Après avoir fouillé la maison et récupéré les armes, le chef de la troupe emmène les prisonniers et Alfred GUY, qui n’a toujours pas reçu de soins, ainsi que Mme LEBLOND et son fils, dans une petite exploitation.

     

     

    Commence alors l’interrogatoire brutal réservé aux « terroristes ». Pour le chef nazi, le maquis devrait compter davantage de captifs. Puis il interroge l’enfant en le menaçant de faire fusiller tout le monde, s’il ne parle pas. Mais pressé par le temps, le bataillon doit retourner à Carentan pour participer à la contre-attaque. Les prisonniers sont transférés à la ferme de la Réauté.

    Enfermés dans la ferme, les dix Résistants, Mme LEBLOND et son fils, sont sévèrement gardés. À 3h30 du matin, on leur lie les mains derrière le dos. Escortés par une vingtaine de SS, ils sont emmenés jusqu’à un fossé où on les aligne, y compris Alfred GUY. Les premières notes de la Marseillaise s’élèvent, les mitraillettes crépitent, les corps basculent. C’en est fini.

    À Beaucoudray, est érigé un monument à l’endroit où sont tombés ces onze patriotes. Chaque année, au mois de juin, a lieu une cérémonie du souvenir.

     

    Mme LEBLOND, après de longs interrogatoires, sera internée.

     

    La déportation lui sera épargnée grâce à l’avance des divisions américaines.

     

    Quant à RICHER, RAOULT, PRUVOST, LE SÉNÉCAL, DESCHAMPS, ils s’intègreront aux formations les plus proches pour poursuivre leur combat.

     

     

    SOURCES

     

     

    http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=1&t=31965
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  • LES HOMMES DU MAQUIS


    CONFIDENCES
    Du Commandant PETRI

    Recueillies par J.C. PICHON

    Pour la Fédération des Combattants Volontaires de la Résistance
    de Bretagne, Normandie, Maine, 241 Rue de Nantes 35200 Rennes

    I
     

    Premières Confidences

    Au siège du Front National à Rennes, un homme jeune, facilement rieur, aux gestes nerveux : le commandant Petri, dit Hubert, dit Roland, dit Loulou, dit Tanguy, noms de guerre lourds de gloire. Matricule F.T.P. 10.001. Pensionné de guerre 39-40 à 100 %.
    " Je m'assieds en face de lui, de l'autre côté du bureau. Nous allons tenter de réaliser un vieux rêve qui nous tient à cœur : Evoquer par le souvenir les noms et les visages de tant de camarades martyrs tombés dans les années terribles : 1942-1943-1944. Il parlera. Je noterai.. Et de ces nouveaux " Mémoires d'Outre-Tombe ", sans que ni lui ni moi n'en ayons conscience, va naître une étrange épopée : celle des calomniés d'hier, aujourd'hui oubliés, à qui personne encore n'a donné leur vrai titre " Les Héros de la Nuit ".
    - De quand date votre entrée dans la Résistance ?
    - Je pourrais dire : d'avant la Résistance. J'étais rentré en janvier 1942 de Toulon, réformé pour cause de santé. Le responsable de Fougères, Edouard Genouel m'envoya, dés mon retour, un agent qui devait prendre liaison avec moi. J'étais absolument hors course et presque (il sourit à ce souvenir) anti-Anglais. Je ne réalisai la situation que peu à peu. Enfin vers la mi mars, eut lieu mon premier rendez-vous. Prétexte de mes voyages à Fougères : le ravitaillement. D'aucuns ont dû me prendre pour un vil trafiquant de marché-noir.
    - Quels furent vos premières consignes ?
    - Repêcher les gars et distribuer des tracts de propagande
    - Besogne facile ?
    - On le croirait aujourd'hui, mais il faut se replacer dans l'ambiance d'alors. Lorsque du bout de l'avenue, vient vers vous un Allemand, quelle émotion de jeter un simple tract dans une boîte à lettres. Je m'occupais aussi dés cette époque de créer un premier groupe et sur l'ordre que j'en avais reçu, de récupérer des explosifs. Grâce à la complicité d'ouvriers qui travaillaient dans les carrières, nous pûmes nous procurer de la cheddite par petits paquets, du cordon Bickford, et des détonateurs. Je camouflais cela dans mon grenier, sous les soupentes. Un petit gars de Fougères "Zidro", assurait le transport.
    - Quel âge avait-il ?
    - Quinze ans. Un gosse. On ne se méfiait pas : Du Tertre Alix en Louvigné. Jusqu'à Fougères, il pédalait sans regarder derrière lui sur son vélo de course. Un très beau vélo, dont la pompe, ou la pile électrique contenait au retour des messages pour moi.
    « En Avril, je reçus l'ordre formel de récupérer une très grosse quantité d'explosifs. Rennes m'envoya Fourrier Maurice et Le Bitou Yves. Le Bitou ayant été victime d'un accident, Fourrier arriva seul le soir, vers neuf heures. Nous partîmes au début de la nuit.. »
    - Vos parents n'étaient pas inquiets ?
    - Ils ne se doutaient de rien, s'effrayaient tout au plus de mes trop fréquentes promenades à bicyclette, qui leur semblaient dangereuses pour mon état de santé. La poudrière du Mont-Louvier était une petite maison de pierre dans une carrière blanche sous la lune. La porte forcée avec une pince-monseigneur, et les caisses sorties, nous les transportâmes à un kilomètre de la poudrière où des branchages les camouflèrent.
    « De retour vers une heure du matin, Fourrier resta dormir quelques heures dans ma chambre et repartit avant l'aube sans que mes parents n'aient même deviné la présence d'un hôte. »
    - Et les explosifs, que sont-ils devenus ?
    - Ils ont servi et plus d'une fois, comme vous le pensez bien. En décembre…
    - Mais jusqu'à la fin de l'année 1942 ?
    - Oh rien d'important, j'assurais le ravitaillement des responsables. A la suite de leurs arrestations survenues en septembre, j'ai perdu le contact pendant quelques semaine
    - Ce qu'il ne dit pas, c'est que ces arrestations, auxquelles il n'échappa que de justesse, avaient été provoquées par une série d'attentats sensationnels : " L'incendie des camions allemands à Bourg-des-Comptes le 15 avril, le sabotage des pylônes électriques de Grandchamp-des-Fontaines en mai et du transformateur électrique de l'armée Allemande à Cesson-Sévigné le 9 juin; l'attentat contre le R.N.P. de Dinard, le 23 juin et combien d'autres… »
    « Mais déjà un autre souvenir l'obsède : l'attentat de la section Fougeraise contre le R.N.P. de la ville effectuée par les Fontaines père et fils ».
    - J'écoute mal. Je n'ai qu'un désir : ne jamais oublier la petite lueur fauve qui flambe
    dans ses yeux.
    « Le commandant Pétri regarde un long instant dans le vide; dans ce qui me semble à moi être le vide, mais qui certainement s'anime à son souvenir de mille visions troublantes et rapides »
    - Dés le mois de décembre 1942, le responsable de Fougères, Edouard, m'avait demandé de venir à la région, mais mon état de santé ne me le permit qu'en janvier 1943. Cependant sur l'ordre d'Yvon, maintenant lieutenant colonel Pascal, je me procurais à la mairie de Louvigné-du-Désert des tickets d'alimentation. Ce fut l'occasion de mon premier pistolet, une arme que Pascal m'avait confiée pour me défendre. C'est en décembre que les responsables arrêtés trois mois plus tôt, furent exécutés à Rennes et inhumés à Saint-Jacques-de-la-Lande.
    - Vingt cinq braves dont la mort dut porter un rude coup à l'organisation ?
    - Evidemment. Cependant, ce même mois, je voyais Geoffroy qui avait pris la fuite, dés les premières semaines de l'année 1943, je montais à la Région.
    - Où habitiez vous à Rennes ?
    - Ma planque, j'étais hébergé chez Madame Nobilet, Rue Jules Simon.
    - Une Résistante ?
    - Son mari était parmi les fusiliers de Saint-Jacques-de-la-Lande. C'est là que je commençais à fabriquer des bombes. Je travaillais avec Charles, responsable Départemental des tournées de propagande et Auguste Inter-régional (actuellement colonel Berjon à Lille). Le travail était alors surtout d'organisation ; Création de groupe F.N. et F.T.P. à Fougères, Sens de Bretagne, Vieux-Vy-Sur-Couesnom, Saint-Malo, Dinan, Rennes Dol, Paramé, Bain de-Bretagne, Saint-Servan, Louvigné-du-Désert, Messac, Redon, Pipriac, etc… Le manque de matériel empêche la plupart des groupes d'avoir une activité combattive. Nous récupérerons sur les Allemands et la police de Vichy de quoi armer quelques éléments. Ce qui n'empêche pas les attentats de reprendre : Françis en janvier 1943 lance une bombe au Royal pendant une séance de cinéma boche
    - Quel fut le résultat ?
    - Les Allemands n'ont jamais avoué leurs morts, mais ils n'ont pu cacher les dégâts matériels. Malheureusement, Francis, à la suite d'un attentat manqué contre Brinon à Nantes, fut fusillé dans cette dernière ville
    - Votre spécialité, n'était-ce pas le déraillement ?
    - Pendant les mois de mars à septembre 1943, c'est exact. Nos tentatives de sabotage commencèrent par la ligne haute-tension Pont-Château – Rennes et en mars par le déraillement entre Laillé et Guichen, à l'endroit où la voie forme un coude. Les 4 /5 / 7 juillet, nous réussissions le sabotage de tuyaux de raccordement à l'Hermitage, puis prés de Betton. Au matin, la locomotive partait seule et les rames de wagons allemands restaient sur la voie.
    - De quel matériel disposiez vous pour vos attentats ?
    - Nous le fabriquions nous même avec des tubes emboîtés l'un dans l'autre, terminés par une barre percée de deux trous pour dévisser les boulons.
    - Une sorte de clé universelle ?
    - Parfaitement. Des boulons trouvés sur les voies nous servaient de modèles.
    « C'est avec ces instruments que nous opérâmes le déraillement de Noyal-Acigné qui fit tant de bruit à l'époque. Le 8 juillet, des camarades de la gare nous avaient indiqué qu'un train de permissionnaires, devait passer toute les nuits à 1 h 36.
    « Le surlendemain, notre équipe de 6 gars effectua le travail. Des ficelles tenues par des guetteurs constituaient tout notre système de sécurité. Il nous a fallu une demi-heure pour déboulonner les rails. Nous sommes partis par le pont de Cesson. Nous entendions le train qui venait de Paris, et coïncidence heureuse, un train de marchandise qui venait de Rennes. Ce fut un double déraillement très réussi.
    « La locomotive et des wagons furent détruits, et le trafic arrêté pour deux jours. Les employés n'avaient jamais vu un tel tas de ferraille. On évalua les morts et blessés à 200. Revenu à 11 heures du matin sur le terrain, nous avons vu les patrouilles affolées qui montaient et descendaient le long des talus. Des ambulances sillonnaient les routes. »
    - Oui je me souviens du bruit que provoqua l'accident !
    - Des paysans de la région furent arrêtés puis relâchés. Et la ville de Rennes reçut une amende de deux millions. C'est alors que le préfet régional Ripert donna une liste de communistes suspects qui, par la suite, furent emprisonnés et déportés comme otages.

    II

    Juillet 1943

    Le Commandant Pétri se souvient des jours où il n'était que le responsable Hubert.
    - Vous ne me parlez jamais des actions repressibles menées contre les miliciens ?
    - Mais justement, ce fut en ce mois de juillet 1943 qu'elles commencèrent pour de bon, contre l'adjudant Meigné à Dol. Il avait entre autres crimes, donné une liste de présumés communistes qui furent déportés en Allemagne. Auguste, Dédé le Parisien et moi devions conduire l'affaire. Elle ne fut pas des plus faciles : Notre victime se méfiait et notre premier voyage à Dol n'avait donné aucun résultat. Lorsque le dimanche suivant nous y retournâmes à bicyclette, Dédé et moi, nous attendions le délateur à la sortie de l'église après la messe, mais il n'en sortit pas seul, et pour ne pas risquer de blesser un innocent, nous décidâmes de les suivre. Il quitta son interlocuteur et revint sur ses pas à 30 mètres de la gendarmerie. A l'instant, je m'approchais de lui et tirais à bout portant. Mon 7-65 ne partit pas. Meigné m'agrippa le bras, mais le pistolet de Dédé un 6-35 fonctionna mieux que le mien.
    « Nous avons fui, repris nos bicyclettes qui attendaient prés de l'église et suivi la route de Cuguen. »
    - Retour sans incident ?
    - Il s’en fallut de beaucoup. A 4 kilomètres de Dol le copain brise sa pédale et je suis obligé de le prendre en remorque. A Cuguen, où nous cassions la croûte, les gendarmes de Combourg dont l’un s’appelait Salin nous demandent nos papiers. Les miens étaient en règle, ceux de Dédé étaient faux, la plus sale blague qui pût nous arriver. Heureusement nous savions que la responsable de Combourg était de leurs amis. Nous sommes allés jusqu’à Combourg pour l’avertir. Le soir même elle obtenait de nos gendarmes qu’ils effacent nos noms de leurs calepins.
    « Le dernier incident de notre voyage fut la rencontre à Saint-Aubin-d’Aubigné sur la route de Rennes d’une ambulance qui emmenait l’adjudant blessé à l’hôpital de Rennes où il devait être décoré de la légion d’honneur. »
    - Je vois la manchette : Un héros sauvagement abattu par des terroristes.
    - Oui ; il n’en mourut pas d’ailleurs, malheureusement. Il s’était réfugié par la suite à Saint-Malo où j’ai essayé plusieurs fois de le descendre. Mais il se méfiait et ne sortait jamais.
    - Et maintenant ?
    - Maintenant ! Il est en fuite quelque part en France
    Le commandant Pétri, dit Hubert, sourit brusquement inopinément.
    - Cette affaire me rappelle une jolie histoire : quatre ou cinq jours plus tard, je voyageais sur la ligne Rennes – Saint-Malo, et dans mon compartiment, une brave dame de Dol, racontait à qui voulait l’entendre et à moi tout oreilles qu’elle connaissait les auteurs de l’attentat et savait mieux que personne comment il avait eu lieu. A Dol où elle est descendue, des gendarmes faisaient les cent pas sur le quai… L’instant eut été mal choisi de la détromper.
    - Parlez moi du 14 juillet 1943…
    - Vous vous souvenez de cette mémorable journée ?
    « Oui ce fut assez réussi. Obéissant à des consignes données par le Comité Militaire National des F.T.P. (Charles Tillon Président) qui prescrivaient des sabotages dans toute la Bretagne, je donnai l’ordre à mes camarades de faire un 14 juillet de guerre. A Fougères ce jour là, Jules et Roger Fontaine attaquèrent à la grenade la Fieldgendarmerie. Résultats pratiques : 12 blessés dont plusieurs officiers ; 1 tué, arrestation d’otages et une amende à la ville.
    « Auguste et moi avions passé la nuit du 13 au 14 à Vezin-le-Coquet, à préparer et placer nos bombes. Des morceaux de bois calaient les explosifs contre le pylône. Nous couchions dehors, et je vous assure que malgré la saison, la nuit n’était pas chaude. Nous avons allumé les mèches et nous sommes rentré à Rennes. Quand le pylône est tombé, le ciel s’est incendié jusqu’aux limites les plus lointaines de l’horizon.
    « Avenue du Mail, à 5 heures moins 10, des agents nous croisèrent. Nous riions très haut comme des ouvriers au retour du travail… Mais notre travail n’était pas fini. A 5 h , nous nous séparions rue de la Chalotais. A 5 h 5 , je posais une bombe au soupirail de la cave du P.P.F. et rejoignais ma planque chez Mme Nobilet. »
    « Quelques heures plus tard, les policiers et la Gestapo alertés, établissaient des barrages dans toutes les rues de Rennes, tandis que Charles et ses compagnons jetaient des tracts, dans ces mêmes rues, à pleines poignées. »


    III

    Une période noire

    Les mois de juillet et août 1943, dit le commandant Pétri, sont trop riches en attentats pour que je puisse m’attarder longuement sur chacun d’eux. Vous noterez si vous le voulez :
    « Le sabotage des lignes téléphoniques à l’Hermitage (sur la ligne Paris – Brest),
    « Les déraillements de Combourg et de Bonnemain : Ce dernier dirigé par Jean Turmeau donna comme résultats (14 wagons détruits et l’interruption du trafic pendant deux jours).
    « Le sabotage de la voie Paris – Brest à Montauban
    « Les sabotages de câbles téléphoniques à Marcillé Robert et Quédillac. »
    - Et tout cela sans ennuis sérieux ?















    Charlotte Charles
    Responsable de l’Union des Femmes Le fils du Colonel André Berjon Responsable de l’Organisation
    Patriotes dans le Département Mieux connu sous le nom d’Auguste Politique dans l’I.-et-V. et la Manche

    - Oui. Une veine insolente. Ma seule alerte datait de 1942 quand à la suite d’une distribution de tracts syndicaux rédigés par Le Marlé, responsable de la C.G.T. illégale et moi, j’avais été arrêté et interrogé à Louvigné-du-Désert après perquisition à mon domicile.
    - Qui conduisit les recherches ?
    L’inspecteur Thomas. Nous aurons l’occasion de le retrouver tout à l’heure. C’est en effet en août 1943 que commence notre série noire. Mais depuis juillet, le cercle infernal se resserrait déjà autour de nous : le 4 juillet, à la suite d’une dénonciation de Meignier quatre personnes furent arrêtées à Dol : Mme Lequeu, Mme et Melle Charpentier et Mme X… Cette dernière déportée en Allemagne. Le 27, Jean Fresnel, militant de la classe ouvrière, responsable politique de la Sarthe, était traqué par la Gestapo Française et payait de sa vie un dévouement de chaque jour à la cause Française.
    « Une belle figure, dit le commandant Pétri, un de ces hommes sans qui la France n’aurait pas aujourd’hui droit de parole dans le monde. Un garçon bien, Forain, père d’une petite fille ; en vérité, tout pour être heureux. Il était parti sur ordre dans le maquis en mars 1943.
    « Ce fut à un rendez vous des responsables départementaux que, trahi par le responsable politique de la Loire Inférieure, Léon Renard dit André, agent double, il fut tué dans le guet-apens, coup très dur qui marque le début de nos malchances.
    « Parmi les nombreux camarades arrêtés figurait, en effet, Auguste Delaune, secrétaire de la F.S.G.T. (Fédération Sportive Gymnique du Travail). Le mois suivant, nous reçûmes l’ordre, par l’inter militaire Raymond, de le délivrer de l’hôpital du Mans où blessé il mourait lentement de faim.
    Qui empêcha la libération d’Auguste Delaune ?
    Un malentendu. Dans une voiture récupérée à Montaudin (Mayenne) chez un boucher, nous arrivions au Mans dans les premiers jours de septembre, après récupération de 200 litres d’essence, sous les yeux des Allemands à la gare de Fougères. Malheureusement, l’équipe de Paris qui devait nous rejoindre au Mans ne vint pas, et notre tentative échoua, vous savez de quelle lamentable façon puisque Delaune mourut dans les tortures.
    « Le 3 septembre, retour du Mans, nous nous arrêtons à Romazy, où, d’après des avis reçus, Morellon, Commissaire aux Renseignements Généraux pour la Bretagne, passait de tranquilles vacances. Trop tranquilles à notre gré. Je rentre à Rennes, laissant à Jean Turmeau et à Paul Messenich le soin d’effectuer l’attentat.
    « Voilà comment nous avions convenus qu’ils l’organiseraient :
    Messenich devait téléphoner de Saint Rémy à un café de Romazy, en demandant Morellon à l’appareil. Dans le café, Turmeau l’attendait le pistolet en poche …»
    - Qu’est-il arrivé ?
    - Tout s’est passé comme convenu. Morellon est venu au téléphone, mais il n’y est pas venu seul. Des inspecteurs l’accompagnaient. Turmeau arrêté, Messenich ne recevant pas de réponse, vint à Romazy et se fit prendre à son tour.
    « Histoire désastreuse, car Messénich connaissait beaucoup trop de points de repères de notre organisation et, de l’un à l’autre, par ses aveux, la police pouvait mettre la main sur toute la résistance de l’Ouest. »
    - Il ne parla pas ?
    - Il parla.
    « Voici comment les choses se sont passées. Sur l’ordre des inspecteurs, Messenich prévint Madeleine Raymond, responsable du F.N. local, qu’il dénonçait, que l’attentat avait réussi, mais que Jean étant blessé, il fallait prévenir Hubert, c’est à dire moi. Madeleine ne devina pas le piège et donna mon adresse. Alors les policiers sont entrés chez elle et l’ont arrêtée. Ces inspecteurs étaient Thomas, de vieille connaissance, et Moreau, aujourd’hui encore en liberté.
    « Ils n’ont évidemment pas perdu de temps, Madeleine incarcérée à Jacques-Cartier, ils perquisitionnèrent chez Mme Olson (Combourg), où nous prenions pension depuis le 14 juillet, et le soir même, ils arrêtaient à la Boussac le menuisier Genouvrier et Henri Cloest, l’un et l’autre trahi par Messenich. A Dol et à Lanhélin, d’autres arrestations furent opérées.
    - Où étiez vous pendant ces jours là ?
    - A Fougères, ignorant tout, jusqu’à l’échec de Romazy. Par malheur, le vendredi soir, j’étais passé rue Jules-Simon, à ma planque de Rennes, et j’avais commis la faute d’y laisser un mot, très anodin, sur le chat enfermé au grenier, mais signé Hubert ! Les inspecteurs découvrirent le mot, arrêtèrent Mme Nobilet, hors d’état de nier, et par la même occasion, un ami de Paris, venu au ravitaillement, et qui n’y comprit rien.. Une souricière fut établie dans la maison et, par excès de zèle, Thomas et ses sbires vinrent m’attendre le lundi matin, à l’arrivée de l’omnibus de Fougères, sur renseignement de Messenich, qui prenait à cœur son rôle de traître. Ce fut cette précaution qui me sauva.
    - Comment ?
    - Par simple hazard, je pris ce matin là la Micheline et non l’omnibus. Je croyais ne gagner qu’une heure, c’était ma vie que je sauvais. En effet Thomas ne pouvant être à la fois à la gare et rue Jules-Simon, le commissaire avait laissé à la souricière trois inspecteurs : Lemonnier, Tirel et Collet dont les deux premiers étaient des résistants de la première heure et le troisième un tout jeune homme. Première chance : ils fouillèrent partout dans mes valises et sur moi-même, sauf dans un sac qui contenait, sous des livres, deux pistolets. Seconde chance, mes papiers d’identité étaient en règle, à mon vrai nom, mais j’avais d’autres fausses cartes et tickets pour les réfractaires. Après discution, ils me relâchèrent. Et Lemonnier me dit sur le palier : " Préviens vite tes camarades ".
    « Toute la meute est revenue, ne m’ayant pas vu au train, chez Mme Nobilet. Ils ne trouvèrent comme trace de mon passage que le papier glissé par moi dans la bpîte à lettres pour avertir les amis. »
    - Fureur du Commissaire Divisionnaire ?
    - Il ordonna une battue en ville et les plus inoffensifs passants se virent réclamer leurs papiers. J’étais à la poste envoyant télégramme sur télégramme : « Jean malade, prendre précautions » . « Jean malade, prévenir Fanny , Jules, André… ». Ce même jour, j’attendais Melles Lemeur et Hamon, de Plouézec et d’Yvias (Côtes du Nord). Elles m’apportaient des tickets d’alimentation, que des inspecteurs résistants de Rennes, complaisants, transportèrent durant tout le parcours.
    « Je les ai jointes à la sortie de la gare et les ai avertie à temps. »
    - Mais le climat de Rennes devenait dangereux pour vous.
    - Trop. L’Inter – Michel m’envoya dans les Côtes du Nord, où je me reposais huit jours à Plouézec, et où je rencontrais Yves, responsable des Côtes du Nord. Et de là, je partis pour Paris, où je me terrai quinze jours et passai au travers des fouilles du Sentier, puis dans le Calvados où je repris liaison.
    - Qu’advint-il des F.T.P. arrêtés ?
    - Jean Turmeau s’était évadé de la Prévalaye, le soir du 7, en marchant sur la gouttière, et en descendant deux étages par ce chemin. Il se cacha chez Mr Gernigon à Goven. Quand à Messenich…, mais ceci est une autre histoire….

    IV

    L’activité Front National

    « Cette année 1943, dit le commandant Pétri, marque le départ réel et organisé de la Résistance. Prétendre la décrire par un bref exposé de notre activité militaire serait injuste, et inexact. Parallèlement à nos sabotages, la formation de nos cadres F.T.P., une immense action politique se dessinait. Il n’y eut pas que ceux qui déboulonnaient les voies et font justice : Il y eut ceux qui par leurs paroles, leur action civile, leurs distributions de tracts et leurs liaisons, établissaient sur toute la Bretagne, les mailles du filet où tôt ou tard, l’ennemi devait se laisser prendre.
    « Les responsables inter et départementaux, Charles et Charlotte, François (Alfred Leroux), Jean Racapé, Juliette et Danielle, Desordes, Auguste (Actuellement lieutenant colonel Berjeon) et Jeannine, infatigables, sillonnaient la région. Dans chaque ville, ils trouvaient des oreilles disposées à entendre, des bras prêts à agir.
    « Au tableau d’honneur de cette action souterraine, il faudra bien un jour nommer :
    « A Fougères Thérèse Pierre, les Fontaines père et fils. MM. Ponson, Boivent, Bouffort, Genouel, et Louis Geffroy, Mr et Mme Lendormy.
    « A Rennes : Mme Nobilet, Mr et Mme Lanoë (maraichers), Mme Beaufils, Mr et Mme Maurice Geffroy.
    « A Dinard : Mr et Mme Roger, Mme Beaumatin, Mme Maufrais, Melle Thomas et Léon Reul.
    « A Saint Malo : MM ; Legrand et Jouan,Mme Leroux.
    « A Combourg : Mr et Mme Rouxin, Mmes Olson et Peuvrel.
    « A Redon : Melle Jan.
    « A Goven : Mr Gernigon .
    “ A Dol : MM. Provost .
    “ A Pléchatel : MM. Duclos (Maire) et Jean Guérillon .
    « A Bain-de-Bretagne : MM. Travers, Mr et Mme Ralon .
    « A Lancieux : Mr et Mme Tavet .
    « A Louvigné : Corentin Carne, Faligot, Patry, Mme Gereux .
    « Au Ferré : Melle et Mr Goré .
    « A Landivy : Mr Le Monnier, Melle Le Meur .
    « Aux Chapelles : Mr et Mme Le Personnic .
    « A Saint-Aubin-du-Désert : Mr et Mme Allais, Et tant d’autres noms …, que je m’excuse de ne pouvoir citer .
    - Activité de propagande, n’est ce pas ?
    - Non seulement… Certes , la diffusion des tracts était pour nous d’une grande importance, et j’ai fait moi-même le transport d’une Ronéo en plein jour à Saint-Malo. Mais le travail conjugué du F.N. et de l’Union des Femmes Patriotes (U.F.F.P. actuelle) eut des résultats bien plus immédiats ; Colis aux prisonniers, planques aux responsables, émission de fausses cartes, fabrication de lainages. J’estime que plusieurs centaines de fausses cartes ont été mises en circulation cette année là et plus de 600 000 francs, distribués aux réfractaires, aux familles de déportés… Et le 11 novembre 1943, où des gerbes furent déposées dans presque toutes les villes, apporta le témoignage de cette union.
    « Parallèlement, s’établissait un réseau de renseignements actif. Nous étions tenus au courant, jour après jour, par la police elle même, de ce qui se tramait contre nous.
    « C’est ainsi qu’à mon retour à Rennes, en octobre 1943, toutes mes planques découvertes, je fus hébergé par l’inspecteur Vidament.
    - Si je comprends bien, les services policiers furent pour vous de précieux soutiens ?
    - C’est à dire que sans l’aide de certains inspecteurs, l’œuvre de la Résistance n’aurait pu se développer avec autant de sécurité. Je viens de vous citer Vidament, chez qui je logeai de d’octobre 1943 à juin 1944. Je vous ai parlé des inspecteurs Lemonnier et Tirel, qui non seulement à la souricière de la rue Jules-Simon, ne m’arrêtèrent pas, mais s’arrangèrent pour que je puisse prévenir mes camarades, et les inspecteurs Jean Flouriot et Vidament Louis, qui portaient des colis de tickets récupérés.
    « Mais également Deveaux, Melison, les commissaires Donat et Le Poullennec, les gendarmes de Combourg, de Dinan, de Redon, du Grand Fougeray, le commissaire Rio de Dinard, ont été parmi ces alliés de la première heure.
    « Il n’est pas dans mes intentions, maintenant que le danger est passé, d’oublier ce que nous leur devons.


    V

    La S.P.A.C. et l’enfer Jacques Cartier

    « Thérèse Pierre ? dit le commandant Pétri. Peu de temps après Mme Gautrie, elle fut arrêtée le 23 octobre 1943 à son domicile par la Gestapo. Je garde d’elle le souvenir d’une militante active, courageuse et dévouée. Sa prudence était extrême et tous ses gestes médités. Son calvaire et sa mort sont dans bien des mémoires, mais leurs détails ne sont pas très connus.
    « Transférée à la prison Jacques Cartier, elle fut, dés son arrestation jusqu’à sa mort, torturée heure par heure, battue et flagellée deux jours consécutifs. Elle restait en contact avec ses compagnons de prison par le canal du chauffage central. Mme Lequeu, de Dol, recueillit ses dernières paroles. Le corps entièrement meurtri, elle se traînait sur le sol de sa cellule, sanglotait, criait de douleur, répétait inlassablement : « Je ne parlerai pas… Ils ne me feront pas parler ». Vers la fin de ce deuxième jour, elle prononça distinctement : « Ils n’ont rien obtenu de moi… ». Le lendemain matin, on la trouva pendue aux barreaux de sa geôle avec un de ses bas. De toute évidence, c’était là une mise en scène allemande pour faire croire à un suicide. Mais quelle vraisemblance que, martyrisée comme elle l’était, au point de ne pouvoir plus marcher, elle ai eu la force de se pendre ! La Gestapo, en maquillant son crime de si grossière façon, achevait de le signer.
    « Les obsèques de Thérèse Pierre eurent lieu à la cathédrale de Rennes, où son corps fut transporté de la morgue.
    - N’est ce pas vers ce temps qu’intervint la S.P.A.C. ?
    - La S.P.A.C. descendit de paris vers novembre. Et, dans tout le département, des arrestations nombreuses furent la conséquence de sa présence à Rennes. Les détenus politiques arrêtés à la suite de l’affaire Morellon furent pris en mains par les bourreaux et durent périr sous les coups ou donner les noms de leurs responsables. Larrieu et son aide, de Saint-Germain, dit le Marquis, sadiques de la basse espèce, excellaient dans ces "confessions". La " Table des friandises " rendit tristement célèbre les caves de Jacques Cartier.

















    Jean Turmeau
    Adjoint au Commandant Pétri
    Jean Fresnel en Ille et Vilaine Thérèse Pierre

    - Qu’appelait-on ainsi ?
    - La table où le détenu était allongé, nu, et battu, parfois pendant des heures, du fouet et du nerf de bœuf. L'ingéniosité de ces criminels était inépuisable et leur cruauté sans merci. Les hommes et les femmes dont ils prenaient la charge étaient méconnaissables dés le second jour.
    « Parfois, frapper ne leur suffisait pas. Ils écrasaient le ventre de leurs victimes, comme ils le firent pour le responsable départemental Bernard, de son nom David, mort dans les tortures.
    « A Rennes, Mmes Pondar, Godin, Rubillon, Paty, MM. Le Dal et Lalanne ; à Fougères les Fontaine père et fils fusillés plus tard à Fresne ; MM. Ponchon, Bouffort, Le Gallo, Guédo, Le Parié, Geffroy, Marie Jouan, responsables des F.U.J.P. connurent les affres spéciales de Jacques Cartier. Mais il me faudrait citer Dol, Combourg, Landivy, Louvigné, où la S.P.A.C. vint perquisitionner chez moi, piller, tirer des balles dans les portes, frapper sauvagement mon père et ma mère… Il me faudrait citer toutes les villes du département et les centaines d’arrestations qui eurent lieu durant ces mois »


    VI
    Saint-Senoux – Dinan

    Nous abordons l’année 1944, terrible par les combats meurtriers, mais lourds de gloire menés par les F.T.P. de Bretagne, par le souvenir des attaques dirigées contre les collaborateurs et les organismes au service des Allemands : R.N.P. , P.P.F. ; L.V.F. ; S.T.O. Noms sinistres…
    « A Dinan, Dinard, Saint-Servan, Saint-Malo, Paramé, Lancieux, Rennes, Bain-de-Bretagne, Redon, Fougères, Laval, Le Hinglé, Evran, etc, leurs immeubles sautent. Les boches s’inquiètent. Parallèlement, nous faisons dérailler un train prés de Saint-Malo, la locomotive et sept wagons furent endommagés. Nous attaquions la distillerie Boske à Saint-Malo qui travaillait pour l’ennemi : destruction de plusieurs milliers de litres d’alcool, usine hors d’état de service pour plusieurs mois..
    - Ceci nous amène au mois de mars ?
    - Il fut très fructueux. Déraillement de Laillé. Sabotage à Langon et à Messac.. Mais je voudrais vous parler particulièrement du déraillement de Saint-Senoux, un des plus beau coup de force qu’il m’ai été donné de réaliser. En effet les Allemands avaient disposé des gardes Français à chaque orifice du tunnel. Il nous fallut capturer successivement l’un et l’autre poste. Par la suite tous les gardes-voies qui passèrent par là furent capturés, et c’est ainsi que nous en avons tenu sept entre nos mains. Enfin le travail de déboulonnage au milieu même du tunnel fut accompli sans difficulté, et le déraillement qui s’en suivit aussi complet que possible. Les gardes-voies prisonniers furent amenés sur la butte et je leur donnai l’ordre de porter secours au chauffeur et au mécanicien. Car il n’est que trop vrai de dire, ajoute le commandant Pétri, que ce sont les chauffeurs et les mécaniciens qui ont le plus à souffrir des coups que nous portions aux transports ennemis.
    « Ce fut également vers cette période qu’eut lieu l’attaque de la prison de Dinan. Elle fut motivée par l’arrestation des lieutenants Jean-Marguerite (de Saint-Malo) et Jean Guérillon (de Pléchâtel), effectuée par les gendarmes Le Penzec et Besnier ou sur leurs ordres. Une première tentative du groupe Hesry-Fayon aboutit à un échec provoqué par les avertisseurs électriques de la prison. Des pourparlers avec le directeur et le gardien de la paix Maillard nous assurèrent de leur complicité. L’opération fut relativement simple. Une échelle prise dans un chantier voisin nous permit de franchir la première enceinte.
    - Etiez vous nombreux ?
    - Une dizaine, j’avais avec moi mes lieutenants Roger et Pierre et huit ou neuf F.T.P. , les gendarmes n’opposèrent aucune résistance et se laissèrent désarmer. Nos camarades libérés, nous enfermâmes les gendarmes et gardiens dans une cellule de la prison, dont, bien entendu, nous prenions les clés. A Pleurtuit, Alerte. Les Allemands nous arrêtent pour violation du couvre-feu. Nous fuyons à travers les champs de mines, perdant bicyclettes mais en sauvant nos armes. Après nous être planqués pour la nuit chez Mr et Mme Tavet (Lancieux) nous rentrons à Dinard le lendemain pour assister à des arrestations arbitraires, mais qui n’eurent pas de suite.
    « Malheureusement, en mai, le gardien de la Paix Maillard dénonça nos camarades, et des arrestations plus tragiques eurent lieu, parmi lesquelles celles d’Hesry, La Planche, Fayon,le gardien-chef, etc… Huit de nos camarades et Maillard devaient être fusillés le 21 mai 1944.


    VII

    L’Attaque de la Prison de Vitré

    « Environ trois semaines avant l’attaque, nous en commençâmes la préparation : Le plan de la prison nous avait été envoyé, traçé à l’encre sur un vieux bout de chiffon par lezs camarades prisonniers. Du ravitaillement, des médicaments et de l’essence pour le voyage nous étaient donnés par Mr Roger, tandis que Mr Macé préparait les échelles de cordage et les tubes de bombes.
    « A la suite d’une lettre urgente d’une femme de l’un des captifs, reçue le 20 avril, je rencontrai cette personne à Rennes. Elle m’avertit que les prisonniers devaient passer dans un très proche avenir à la Cour Spéciale d’Angers. Vous savez ce que cela veut dire.
    « Nous projetâmes l’attaque pour le samedi 29 avril, prévoyant de la remettre au dimanche en cas d’échec. Mes deux lieutenants Roger Buars et Pierre Brageul et Josette, femme de liaison, furent envoyés le 28 à Vitré pour reconnaître les lieux. Le rendez vous avait été fixé à deux kilomètres de vitré, sur la route de Janzé. En dehors des lieutenants, aucun des F.T.P. ne savait exactement le but du déplacement.
    « Parti de Rennes en voiture avec Julien, emportant les
    échelles, le ravitaillement et les médicaments, je rejoignis au
    lieu prévu les groupes de La Bouëxière, de Dinan, de Rennes et
    de Redon. Il était environ 11 heures du soir.
    « A 500 mètres de la prison, la voiture fut garée dans un
    champ. Nous étions au nombre de seize, portant des échelles,
    les armes, etc… L’échelle de corde ne s’accrocha pas immé-
    diatement sur le mur, mais, avec de la patience nous parvînmes
    à l’y fixer. Aussitôt après la relève des gendarmes, vers 1 heu-
    re du matin, je déclenchai l’attaque, et les enceintes franchies,
    les camarades encerclèrent le bâtiment central de la prison.
    - Les Gendarmes ne réagirent pas ?
    - Ils devaient dormir dans une guitoune prés de l’immeu-
    ble. Nous étions prêts à tout, et nous avions tout prévu : Si
    nous ne pouvions parvenir à nous faire ouvrir, Boursier, vêtu
    de la tenue du gendarme Saquet, du Grand-Fougeray, devait
    donner le change. Mais tout se passa très bien : l’un des nôtres La porte de la prison de Vitré
    sonna de l’extérieur et à l’instant où le gardien entrouvrait la porte du bâtiment central, nous nous sommes jetés sur lui et avons pénétré dans les salles. Surpris dans leur sommeil, effrayés par notre nombre et par nos armes, les gendarmes se rendirent sans résistance.
    - Les détenus ne devaient pas en croire leurs yeux ?
    - Ce fut un instant inoubliable, le plus émouvant qu’il m’ai été donné de vivre. Les camarades pleuraient de joie, nous embrassaient. Certains d’entre eux immobilisés, Ferrand, mutilé, et Geffroy, atteint d’une Phlébite, nous demandaient de ne pas nous encombrer d’eux. Mais il n’était pas question de les laisser en arrière.
    - N’y avait-il donc que des détenus politiques dans la prison ?
    - Nullement, une cinquantaine environ. Mais le gardien-chef m’avait remis la liste des détenus politiques, et malgré leurs supplications, les droits communs furent laissés dans leurs cellules.
    « Après les hommes, nous libérâmes les femmes : Mmes Lendormy, Genouël, Brionne.
    « Mais une besogne moins joyeuse nous attendait. Tout les prisonniers en effet, me désignèrent Messenich comme le principal responsable de leurs arrestations. Personnellement, j’avais déjà acquis la preuve de sa trahison et de sa lâcheté au cours de l’affaire Jean Turmeau à Romazy. Il était d’ailleurs au "mitard" pour 90 jours pour avoir voulu adresser à la Gestapo une lettre où il se plaignait de la bienveillance du gardien envers les prisonniers.
    « Les détenus sont sortis dans la cour, et par groupe de dix, commandé chacun par un F.T.P. partirent vers La Bouëxière. Mr et Mme Brionne s’éloignèrent en bicyclette vers Brie. En dehors de trois femmes, les détenues refusèrent de partir, soit par excés de fatigue, soit par peur des tortures en cas de reprise. Quelques jours plus tard elles partirent pour Angers et de là vers l’Allemagne..
    « A 500 mètres de la prison, dans un champ, j’accordai sa dernière cigarette à Messenich, qu’une rafale de mitraillette abattit.
    « Le gardien m’avait demandé de couper le fil du téléphone avant notre départ afin qu’on ne lui reproche pas d’avoir alerté. J’avais accédé à son désir, et la femme du gardien que je laissais libre m’avait promis de ne pas donner l’alarme avant sept heures. Il en était 5 quand nous quittâmes la prison, et je pensais n’avoir rien à craindre avant que tous les prisonniers ne fussent en sûreté. Deux faits insignifiants causèrent tous nos ennuis. Premièrement un de mes camarades oublia sa mitraillette dans le champ proche de la prison où nous nous étions arrêtés. Deuxièmement, Le Gac, qui devait avoir prévu les planques et nous attendre à La Bouëxière, n’était pas au rendez vous. Eugène Richomme, Boursier et moi, nous perdîmes du temps à essayer de le joindre, et ces recherches se prolongeant, commençâmes d’explorer les champs et les bois autour du village .
    « Entre 10 et 11 heures, les gendarmes Demeuré et Lepreux nous rencontrèrent et nous demandèrent nos papiers. Au cours d’un vif combat qui s’engagea, Demeuré tira plusieurs balles sur moi sans m’atteindre et finit par s’écrouler, matraqué par un de mes lieutenants. Lepreux tenta de fuir, mais rejoint et désarmé, fut fait prisonnier comme son collègue. Je leur laissai la vie, ne leur demandant que la promesse de ne pas alerter les Allemands.
    « Une heure plus tard, nous retrouvions les prisonniers de Vitré, cachés dans un bois et disposés déjà en postes de guetteur. Je remis à chacun des adresses de planques, des tickets d’alimentation, et cinq billets de mille francs. Et tout à la joie d’être rassemblés, nous échangions des souvenirs communs, lorsque à nouveau, des gendarmes nous attaquèrent. Il s’agissait cette fois du brigadier Bignand et d’Esnault, prévenus par Demeuré et Lepreux, et qui venaient d’arrêter Le Gac, Le Dal, Guillard, et Ponson. Le Gac , nous sachant en nombre, n’avait pas hésité à guider vers nous ses gardiens. Nos camarades libérés agirent avec Bignand et Esnault comme le matin avec Demeuré et Lepreux, leur laissant la vie et même leurs armes et ne leur demandant que de ne pas les dénoncer.
    « Mais il était trop tard, les dénonciations étaient faites, et les G/M.R. déjà en campagne. Les prisonniers s’étaient dispersés à l’arrivée de Bignand et je restais avec sept hommes seulement. Les G.M.R. au nombre de quatre-vingt tentèrent un encerclement du bois. Le casque de l’un d’eux repéré dans les hautes herbes, nous avertit du danger que nous courrions et nous prîmes la fuite à travers champs jusqu’à Saint-Sauveur –des-Landes où nous arrivâmes à minuit. C’était plus de 60 kilomètres franchis au pas de course malgré clôtures, haies, ruisseaux. Et nous étions sur pied depuis la veille au matin !
    « Les prisonniers surtout, étaient épouvantés à l’idée d’être repris. L’un d’eux n’ayant plus la force de nous suivre, s’est caché dans une ragole (arbre creux) et y est resté deux jours immobile, sans manger ni dormir.
    « Pour nous, accueillis par Mme Ollivry, nous pûmes regagner assez de forces, après une bonne nuit, pour rejoindre Fougères le lendemain, sans autre alerte que la rencontre de trois G.M.R. au coin d’un bosquet de la station de La Rivière »

    VIII

    Le mois de mai 1944

    « Deux actions parallèles marquent l’action de la Résistance en Ille-et-Vilaine, pendant le mois de mai 1944. La préparation du débarquement désormais tout proche et la continuation de sabotages contre l’ennemi.
    - C’est en mai, dit le commandant Pétri, que je repris liaison avec l’Etat-Major National, par l’intermédiaire du Commandant Patrick, délégué par le Comité Militaire National pour la région de l’Ouest. Le Commandant Jacques, subdivisionnaire et le commandant Maurice, inter aux opérations, composaient avec nous le Comité Directeur Régional. Le Quartier-Général des Maquis de l’Ouest devait être situé dans la région de Tour et rester en relations avec Paris. Tous les plans avaient été dressés pour que des ramifications de cette action de résistance s’étende à travers la Bretagne et la Normandie et permettent des mouvements de troupes et des parachutages.
    « Dans le cours du même mois, j’entrai en liaison avec l’A.S. de Morlaix, qui était en relation directe avec Eisenhower. Nos réunions avaient lieu à Rennes, chez Mr Milon, notre maire actuel. Les planques des agents français désignés pour les parachutages étaient à Goven, chez Mr Gernigon et à Langon, chez Melle Moquet. Boursier était à Langon prés d’un des agents. Je faisais alors partie du triangle de direction des opérations du Premier Régiment Breton, sous les ordres du Colonel Fabien (Patrick).
    - Que devenait pendant ce temps l’activité de vos groupes ?
    - Les sabotages et les attaques à mains armées devinrent alors si nombreux, qu’il ne m’est guère possible que de vous indiquer les plus importants. Le 1er mai sautaient sept pylônes sur la ligne Montbelleux-Fougères. Le 7, à Rennes, le service d’information. Le 8, alors que nous étions occupé à saboter la ligne de l’Hermitage, pour empêcher un train entier de G.M.R. de partir attaquer les maquis de Pontivy, mon lieutenant Jean Marguerite et le capitaine Julien Lamanilève sont surpris par deux Allemands qui les mettent en joue et leur ordonne de les suivre. Heureusement, dans le but de les fouiller, l’un d’eux remet son arme à la bretelle, et c’est la bagarre, dont mes hommes sortent vainqueurs, après avoir tué l’un des boches et mis l’autre en fuite.
    « Le train de G.M.R. ne partit pas ce jour là, et j’eus le temps de prévenir mes camarades du Morbihan. A Messac la destruction de 50 boyaux de freins immobilise toute une rame de wagons. A Dinan, une locomotive est rendue inutilisable.
    « Le 11 mai, sous les ordres du lieutenant Guy Bélis, les F.T.P. attaquent à Fougères, en 4 groupes, 4 garages remplis de camions allemands, en détruisent par l’incendie une trentaine et brûlent l’essence, l’huile et le matériel de réparation. Le lendemain alors qu’ils prenaient le T.I.V., nos camarades sont attaqués par des agents français et de la gestapo. La bataille fut sérieuse puisque deux inspecteurs furent blessés et un Allemand tué, tandis qu’un des nôtres, Emile Favennec, était blessé au bras. A La Rivière, un kilomètre plus loin, ils sont descendus du train et partis à travers champs où les attendaient de nombreuses échauffourées avec les Allemands. Ils sont arrivés à Rennes épuisés et en loques.
    « Enfin, la fin du lois de mai fut marquée par l’attaque du poste électrique de Saint-Brice-en-Cogles, au cours de laquelle le transformateur de secours fut détruit et le transformateur central endommagé.

    IX

    Le Débarquement

    « Fin Mai, alors que s’organise le Maquis de Broualan, sous les ordres de Pierre Jouan, Jacques Marguerite, Auguste Delaigue et Rolland, pour servir de place de transbordement vers la Mayenne, brusquement, des arrestations multiples viennent gêner et contrarier notre action. Les agents envoyés de Paris et munis des dernières instructions sont arrêtés à la gare de Rennes. Jacques et Maurice sont pris dans une râfle de la Gestapo, dans un hôtel derrière la gare, en même temps que divers responsables de Bretagne qui détenaient les plans des opérations. Rue de Saint-Malo, Jean Marguerite, grièvement blessé, et Bob sont capturés par la Gestapo et la Milice. Ils seront plus tard tous deux torturés. Mr Gernigon à Goven, reçoit une visite de la Gestapo qui découvre chez lui des armes automatiques, incendie sa ferme, le torture et le fusilleront le 30 juin. Moi-même, je manque d’être arrêté avec Thierry et n’échappe que de justesse aux miliciens, qui sortaient des abris souterrains du champ de Mars, à l’instant où nous nous séparions.
    « A la suite de toutes ces arrestations, je perdis le contact avec Fabien, alors que tous nos camarades de la Côte étaient déjà prévenus. A la veille du grand combat, tout semblait compromis.
    « Cependant les premiers messages passent à la radio de Londres, messages, dont le sens nous était dévoilé par le Quartier-Général de Morlaix. « J’ai une centaine de canards », nous annonça le parachutage de la nuit du 29 au 30 mai, à Louvigné-du-Désert. L’avion parachuta de beaucoup trop haut et les containers s’éparpillèrent dans les bois et les ravins, rendant la tâche difficile à nos camarades. Le tout fut néanmoins récupéré, camouflé dans une grange et recouvert de foin, en attendant d’être transporté à Fougères et ailleurs.
    « Puis ce furent les messages d’attente :
    « Le camion est en panne » ; « L’heure du combat est proche » ; 36 heures avant le débarquement : « Les sirènes auront des cheveux » ; « L’heure du combat viendra ».
    « Suivant les instructions reçues et en accord avec Thierry, je décide de diriger les éléments vers la Normandie et d’y établir mon Etat-Major. Depuis la mi-mai, un camarade du nord de la Mayenne préparait les lieux, préparait des armes et du ravitaillement ; plusieurs F.T.P. étaient déjà sur place.
    « Le 5 juin au soir, nous captons le message : « Il fait chaud à Suez », qui signifiait : Préparez vous, et en même temps, le message : « Les dés sont sur le tapis », qui voulait dire : Attaquez..
    « Le 5 juin, des récupérations de carburant et d’ex-
    plosifs étaient opérées à Loubigné du-Désert par un grou-
    pe de Fougères. Le 6 au soir, ce furent les 7 attentats prévus
    sur les voies de chemin de fer. Les explosifs avaient été re-
    pris chez Mr Milon par notre ami Guénot de Morlaix, qui les
    avaient transportés à Sainte-Anne-sur-Vilaine. Sur les sept
    attentats (Ploërmel - La-Gouesnière , Messac – Guer ,
    Messac – Rennes , Messac – Redon , Messac – Chateaubri-
    ant , Ploërmel – Guer , Ploërmel – Malestroit) ,un seul fut
    manqué au cours duquel nous avons perdu Louis Mazan. Le
    même jour des pylônes sautent à Avessac, La Chapelle-Sain-
    te-Melaine. Les groupes du sud de la Manche et de la Mayen-
    ne coupent les câbles souterrains des lignes téléphoniques ;
    Le Camp de Broualan récupère des armes.
    « Le 7 juin, après les dernières directives données
    aux groupes, nous organisons l’installation définitive de
    l’Etat-Major dans la forêt de la Monnaye. Les groupes F.T.P
    d’Ille-et-Vilaine arrivent les uns après les autres et la vérita-
    ble préparation militaire va commencer.
    « Dés le 9 juin, les bagarres recommençaient avec
    l’attaque d‘une voiture allemande dont l’un des occupants
    fut tué. Elles n’avaient pour ainsi dire jamais cessé, pas plus
    en Normandie que dans toute la Bretagne. La liste de nos Pierre Brageul . Jean Marguerite
    martyrs s’allongeait chaque jour : René Boursier, blessé, Roger Buard, Jean Guérillon
    était achevé par les miliciens au maquis de Larchamp au pied du pylône qu’ils viennent de faire sauter
    (à la suite d’une dénonciation par téléphone de Fleury au
    milicien Bellier)
    « Le même jour Guy Belis et quatre camarades étaient arrêtés lors de l’attaque du garage de la Feldgendarmerie de Fougères. Nous répondions coup pour coup : C’était le 7 l’exécution de Renard, le traître de Saint-Manvieux-Bocage (Calvados), accusé d’avoir livré un parachutiste Canadien ; c’était le 9 le déraillement d’une locomotive sur la ligne Rennes – Redon, après un déboulonnage de 44 mètres de voies, entraînant un arrêt du trafic de quinze jours. De fut le 13, sur la route de Renac, l’attaque d’un camion allemand.









    X

    Le maquis de Lignères

    - Que devenait votre maquis de Mayenne ?
    - Nous étions installé prés de Lignères-la-Doucelle, dans une ferme entre bois et champs, nommée la Gérarderie. Un énorme matériel, déjà, y était assemblé, et une quarantaine de gars réunis. Nous attendions de nouvelles arrivées qui en quinze jours, eussent porté notre nombre à 500 ou 600.
    « Le 13 juin, nos indicateurs nous annoncent la présence d’un camion en panne prés d’Orgères. Treize Allemands l’occupaient.
    - Diable !
    - Oui, on a beau n’être pas su-
    perstitieux… Nous attaquâmes en deux
    groupes de cinq, emportant une victoire
    à peu prés complète : 5 boches tués et 3
    prisonniers. Malheureusement un man-
    que de coordination des groupes causa
    les blessures graves de deux des nôtres.
    Paul Lasnier et René Pelé et, en somme
    tout ce qui s’ensuivit.
    « En effet, immédiatement
    alertés par les boches en fuite, d’impor-
    tants contingents allemands étaient sur
    les lieux une heure après notre coup de
    main. Chez Catois, le fils du maire de
    Lignières, où il s’était réfugié, ils arrê- Un vestige de la tragédie du Moulin d’Evert où tombèrent 4 F.T.P.
    taient Paul Lasnier et, à la Mairie, le res-
    ponsable de l’A.S. qui s’y trouvait par un mauvais hasard.
    « Vers 19 heures, Alain Le Gac, de garde, actionne sa mitrailleuse : le signal de l’alerte. Plus de 200 soldats entouraient le bois et le champ et disposaient sur les bords de la route des mortiers de campagne. Une partie de notre équipe gagne la forêt. Les autres dont j’étais, réfugiés dans le grenier de la ferme, tiennent en échec les Allemands et en tuent une vingtaine dont un officier S.S. Mais sous le feu de l’ennemi, notre situation devenait intenable. Je décide une sortie. Roland et le valet me précédaient. Derrière moi une grenade est jetée dans la salle que nous occupions, et de ceux qui occupaient la Gérarderie, nous fûmes les trois seuls survivants.
    « Vers trois heures, j’arrivais dans une ferme, et plus tard dans une autre prés de Ciral où je m’endormis épuisé. Le lendemain, j’atteignis Saint-Aubin-du-Désert.
    « Le Commandant Pétri se tait et dit lentement :
    « Parmi ceux qui sont morts, ce jour là, il y avait des amis que j’aimais. Delattre que j’avais sorti de la prison de Vitré et qui vint se faire tuer à côté de moi. Pierre Jouan, qui venait à peine de nous rejoindre… Richomme. Ceux qui ne furent pas tués dans la ferme, les Allemands les amenèrent au carrefour, à 11 heures du soir et les fusillèrent, là, après d’innombrables tortures. Seule, fut épargnée, la fille du Commandant Maxime, déportée en Allemagne. Gustave Bobo notre Hôte, Cotin, René Pelé, Robert Gougeon, Paul Lasnier, Alain Le Gac, Gilbert Zoccolini, François Cheminel et Auguste Leduc, tombèrent en cet endroit.
    « Le bilan de cette journée se soldait pour nous par la mort de onze camarades, la perte du matériel de guerre, de marchandises, de matériel d’imprimerie… et trois jours plus tard, par l’incendie de l’école et de la Mairie du bourg par les S.S.
    - Elle se soldait aussi, dis-je, par une page de gloire ajoutée à l’histoire du maquis !
    XI

    Parachutages

    « A la suite de l’attaque du maquis de Lignères, il nous fallut réviser nos plans. Les maquisards qui avaient échappé au carnage et 50 F.T.P. de la zone côtière qui avaient pu être avertis sur leur route, s’installent en de nouveaux lieux, dont le camp de Saint-Mars-du-Désert (Mayenne), sous les ordres du Capitaine Grégoire, les maquis de Chevaigné-du_Maine, La Baroche, les Chapelles. Pour ma part, je m’empresse dés le 14 juin de reprendre liaison avec la Commandant Anglais Michel (Claude de Baissac), originaire de l’Ile Maurice, afin de détourner les parachutages d’abord prévus sur la forêt de Lignières. Parallèlement je réorganise mon Etat-Major avec Julien, Roger, Ravet, Lepersonnic.
    - Où eurent lieu les parachutages ?
    - Les deux premiers à la Baroche, sous le signe « La cruche est cassée enfin » et à Fougerolles du Plessis sous l’appel « La banque est fermée ». Réussite magnifique : 7 avions, dans les 12 tonnes de matériel.
    - Comment s’effectuent ces parachutages ?
    - Imaginez d’abord une vaste étendue, 7 à 8 hommes sont sur le terrain attendant le premier avion ; 7 ou 8 en lisière attendant le second, etc… Une douzaine d’hommes armés assurent dans les champs le cordon de sécurité. Trois lampes dirigées dans le sens contraire du vent, obéissent au signal de ma lampe code qui sert aussi à guider l’avion… Lorsque le Libérator ou le Lancaster a compris mon message en morse lumineux, une lampe s’allume sous la carlingue : la réponse. L’avion alors passe au dessus du camp, vire et revient sur la première lampe.
    « Il lâche le tout avec une maîtrise admirable. C’est un spectacle impressionnant, je vous assure que ce grand oiseau noir qui vient pour nous de l’Outre-Manche et dont les ailes s’éclairent d’argent lors du virage. Ils parachutent généralement entre la deuxième et la troisième lampe, quelquefois à côté, jusqu’à 16 containers, 4 ou 5 paquets contenant des postes récepteurs ou émetteurs, des moteurs, des accus, de l’acide, des chaussures, du ravitaillement. Les grands containers mesuraient 1 m 80 et les petits 60 cm. Les grands étaient les plus attendus. Ils renfermaient des fusils-mitrailleurs, des mitraillettes, des fusils. Ils se dévissaient aisément, d’un seul coup. Il faut dire aussi que nous n’avions pas de temps à perdre ».
    - Je le crois sans peine. La préparation… ?
    - Elle résidait surtout dans la prévision des planques. Mais il y avait le problème du transport : des fermiers prêtaient leurs voitures. Il nous fallait emmener dans la nuit, sur 2 et 3 kilomètres, 10 tonnes de matériel avec 3 voitures à chevaux ».
    - Impossible !
    - Il faut croire que non puisque cela se réalisait. Encore ne faut-il pas oublier la présence constante des Allemands sur terre et… dans les airs. C’est ainsi que une fois à Pré-en-Pail, une équipe fut mitraillée par des chasseurs boches.
    - En dehors des parachutages, quelle était l’activité des groupes ?
    - Toujours la même, de jour en jour intensifiée.
    « Le Commandant Pétri feuillète les rapports entassés sur la table et cite des faits extraordinaires comme s’ils étaient la chose la plus aisée du monde. C’est dans le Calvados, 2 F.T.P. qui tuent un boche ; à Fougerolles, la construction d’un souterrain, des récupérations d’armes ; à Saint-Duval, la destruction de motos et d’autos ; l’explosion du Pont-Aufray ; l’attaque de l’Etat-Major Allemand au Châreau de la Croix-Guillaume en Lignières où 3 officiers furent tués ; les attaques à la grenade de deux camions ; un vol d’explosif à la mine de Brais en Vieux-Vy-sur-Couesnom avec la complicité des F.T.P. de la mine… »
    « Voici tout de même que Louis Pétri s’anime :
    « Le 23 juin, 3 F.T.P. incendient 2 avions allemands en panne. Un des pilotes est tué ; les mitrailleuses et le matériel sont récupérés. Cela se passe à la Celle-Craonnaise, dans le sud de la Mayenne.
    « En Ille et Vilaine, les hommes ne sont pas moins actifs. Ils inventent " La Tapette à rats " qui fait de si grands ravages sur les routes du nord de l’Ille et Vilaine, parmi les transports boches.
    - Qu'est-ce que c'était ?
    - Le nom vous l’indique : une simple tapette et un détonateur reliés à d’énormes quantités d’explosifs (cheddite de la mine de Brais bien utilisée) fourrées dans des bidons d’essence. Un chien courant suffit à déclencher le dispositif. A plus forte raison, des auto-citernes. Leurs cadavres témoignent encore, le long des routes de l’activité des groupes de Vieux-Vy-sur-Couësnom , Bazouges , Saint-Rémy-du-Plein et autres.


    XII

    Allo ! Allo ! Cody !

    « L’Euréka, et l’Exphone étaient vraiment de merveilleux appareils. Le premier pour les signaux-code, le second pour les entretiens avec le pilote de l’avion, rendirent de très grands services. Ce fut au début de juillet que je les vis employés pour la première fois par le Commandant Michel, au cours d’un parachutage d’hommes à la Baroche. Nous reçûmes ce jour là une mission de S.A.S. Anglais dont le travail devait consister à préparer le terrain et prévoir d’éventuelles liaisons. Par la suite, cette mission opéra sous les ordres du Capitaine Le Personnic, de nuit, car les Anglais refusaient de quitter leurs uniformes militaires. Dans les même temps, une autre mission descendait à Courcité pour être dirigée sur l’Ille-et-Vilaine. Celle ci se composait du Commandant Jean-Claude, des Capitaines Thomas, Frofrimer Anglais et W. Drux, Américain ; des Sous-Lieutenants Deschamps, Thomas et Masson. Je me chargeai de les conduire, voyageant de nuit à cause des uniformes anglais.
    - Le voyage s’accomplit-il sans incidents ?
    - Non ; à la suite d’une dénonciation, Joseph Hilliou
    était arrêté le 27 juillet à Champ-du-Boult et le 28 Fouge-
    rolles encerclé par les Allemands le jour même où nous nous
    y trouvions. Nous n’échappâmes que de justesse aux arres-
    tations qui eurent lieu dans le bourg : 18 patriotes dont 4 :
    Derennes, Fréard, Bostan, Genevé, furent conduits et fusillés
    à Saint-Jean-du-Corail (Manche, le 31 juillet ; 2 fusillés à La
    Flèche et 5 déportés.
    « Cependant d’autres parachutages étaient organisés :
    A Vieux-Vy-sur-Couësnon, sous la direction du Capitaine
    Pineau (de son nom de guerre Pierre). Le message avertis-
    seur était : « Il a gagné un million, trois fois ». Le chiffre
    qui intriguait si fort alors les auditeurs de la B.B.C. indi-
    quait simplement le nombre d’avions qui nous seraient en-
    voyés. Ce parachutage eut ceci de particulier et d’héroïque
    qu’il s’effectua sur un terrain distant de quelques cents mè-
    tres d’un maquis découvert par la milice et où Yvonnic
    Laurent avait été tué le 8 juillet .
    « Le 16, deux autres parachutages se produisaient. Josette, Agent de liaison du Commandant Pétri
    l’un à Pléchâtel, fut assuré par Josette, ma femme de liaison, avec les moyens rudimentaires du feu de joie et des quatre lampes-Code. Réussite parfaite, due en grande partie à l’aide apportée par les paysans du voisinage. Le message était : « Les enfants aux yeux bleus pleurent ». L’autre à la Guerche, devait être assuré par le lieutenant Bernard Salmon, qui se fit tuer le 14 juillet à Vern-sur-Seiche, avec ses compagnons Henri Guinchard, Alfred Lavanant et Rémy Lelard. Le Capitaine Pineau fut seul au Rendez-vous et fit marcher seul l’Euréka et l’Exphone qu’il avait apportés. Le message pour ce parachutage avait été : « Les enfants font des courses ».

    - Comment fonctionnait l’Exphone ?
    - Comme un petit téléphone portatif, avec une peti-
    te antenne et des piles autour de la ceinture. Les interlo-
    cuteurs s’appelaient par leur nom-Code. C’est ainsi que
    le Capitaine Pineau devait dire : « Allo ! Cody ! Allo !
    Cody ! ici Buffalo » jusqu’à ce que le pilote réponde :
    « Allo ! Buffalo ! Ici, Cody ».
    - Très romanesque !
    - N’est-ce pas ? …
    « Enfin sous le signe : « La banque est fermée »,
    nous recevions à Fougerolles-du-Plessis deux autres
    parachutages, et l’un de trois et l’autre qui devait
    être de quatre et ne fut que de trois. Quelques jours
    plus tard, le 16, l’avion manquant nous fut annoncé
    par le long message : « La quatrième voiture a été
    en panne : Si possible recevoir nos amis. Nous irons
    ce soir au rendez vous, si possible prévenir. La
    banque est fermée »
    « Et ce fut la Capitaine Eric, Anglais, envoyé par
    l’Etat-Major Allié, que je mis aussitôt en liaison avec le
    responsable des F.T.P. de la Manche. Le Capitaine ins-
    talla son Q.G. à la Mancellière, prés de Brécey. Les liai-
    sons entre lui et le Commandant Michel, le Calvados et
    moi furent assurées par le Père Charles, responsable Dé Le Capitaine Anglais Eric parachuté à
    partemental, secondé par Julien Lamanilève. Fougerolles-du-Plessis et le Capitaine Pineau
    - Quelles étaient alors les instructions reçues ?
    - Préparer le passage des guides informateurs et les placer à l’arrière des troupes Allemandes, pour diriger lors de leur avance, les blindés alliés.


    XIII

    La Libération

    Le Commandant Pétri achève ses confidences :
    « Plus approche la Libération, plus se fait intense notre
    activité. Nos groupes, sur l’ordre du Capitaine Eric, aident au
    passage des guides. 25 sur 33 franchissent entre Coutances et
    Saint-Lô. Par ailleurs, 5 guides dans la Manche et 25 dans le
    nord de la Mayenne faciliteront l’avance alliée vers Rennes et
    en direction de Paris.
    « Les renseignements que nous fournissons par radio
    par radio aux Alliés permettent des bombardements d’états- Françis Boursier (Jean Le Gall)
    majors et de dépôts d’armes allemands à Bagnole-de-l’Orne Tué par les Alemands le 4 aout 1944
    dans la forêt d’Andaine, et prés de Saint-Hilaire-du-Harcouët, à Villedieu,Vire, Coutances, Alençon. Les derniers parachutages nous sont annoncés. Celui du 31 juillet est réalisé à Saint-Christophe-du-Valins, sur un terrain que nous avait indiqué le curé de Saint-Christophe .
    « Enfin c’est l’attaque, sur l’indication : « Le Chapeau de Napoléon est-il à Perros-Guirec ? »
    « Le 1er août, les Américains enfoncent les lignes allemandes au sud de Coutances. Nos renseignements et les guides permettent le succès que l’on sait : Cinq heures de Coutances à Avranches.
    « Dans le Calvados, dans le nord de la Mayenne, dans l’Ille-et-Vilaine, nos groupes attaquent de partout. Le travail à faire, étant donné le désordre allemand, s’avère immense. Un fusil-mitrailleur sur le bord d’une route fauche des dizaines de camions.
    « Saint-Aubin-du-Cormier, Saint-James, Combourg, etc… sont



     

     

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  • Une réponse organisée au sujet suivant :

    « La Résistance pendant la guerre et sous

    le régime de Vichy 1940-1945 »

     

    La France est divisée en deux grandes zones: zone occupée au nord (contrôlée par les Allemands) et zone libre au sud (contrôlée par le régime de Vichy), séparées par la ligne de démarcation nécessitant un laissez-passer (ausweis).

     

    Après son entretien avec Hitler, Pétain décide d'engager la France dans une politique de collaboration.

     

    De 1940 à 1945, des hommes et des femmes de tous milieux refusent de se soumettre aux soldats allemands qui occupent la France, ainsi qu’au gouvernement de Vichy, qui collabore avec l’Allemagne nazie.

     

    Ils forment la Résistance dans le but établi de nuire, par des actions de formes diverses, à des ennemis clairement nommés. Résister est donc un acte qui a obéi à des motivations variées et a pris des formes multiples.

     

    D’où notre problématique :

    Pourquoi et comment des hommes et des femmes en France ont participé à la Résistance ?

     

     

    Nous y répondrons en trois paragraphes : dans un premier temps nous verrons qui sont les membres de la résistance ? Puis dans un deuxième temps les raisons de l’engagement et les effectifs pendant cette période 1940-1944 et dans un dernier temps les formes d’action prise par celle-ci. **

     

    Les résistants étaient des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes voire très jeunes.

     

     

    Ce sont des volontaires engagés dans l'action clandestine.

     

    Moins nombreuses que les hommes, les femmes y étaient souvent cantonnées dans des rôles subalternes. Ils étaient issus de toutes les couches sociales.

     

    Toutes les sensibilités politiques de gauche comme de droite, toutes les sensibilités philosophiques et religieuses étaient représentées au sein de la résistance.

     

    Ce sont principalement des hommes de gauche, chrétien démocrate, socialiste et communiste et des anticonformistes des autres courants politiques y compris monarchiques !

     

    Les résistants se caractérisent par un anti-conformisme qui souvent les pousse à rompre avec leur milieu pour devenir des clandestins et à revêtir une autre identité. Des étrangers ont combattu aux côtés des résistants français :

     

    antifascistes italiens, antinazis allemands et républicains espagnols réfugiés en France ; immigrés polonais et arméniens ; juifs apatrides.

     

    Les résistants constituaient donc une toute petite minorité courageuse, qui a suscité à la fin de l'Occupation un mouvement social beaucoup plus vaste, entraînant l'adhésion de la majorité des Français.

     

    Cette minorité est entraînée par le général de Gaulle et son appel du 18 juin 1940.

     

    En effet, alors que Pétain demande à l’Allemagne l’armistice, le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance un appel radiodiffusé depuis Londres. Il pense contrairement à Pétain que la France a perdu une bataille et non la guerre et qu’elle doit poursuivre le combat ayant à ses côtés les Anglais, un vaste empire colonial et l’éventuel soutien des EUA. Par conséquent, il lance un appel à la résistance en demandant aux soldats et officiers de le rejoindre à Londres. Il a une idée de la France et pense qu’elle doit continuer le combat mais en appelant à la résistance, il entre dans l’illégalité. C’est le début de la Force Française Libre ou FFL.

     

    La France Libre est d’abord composée de 7000 soldats en août 1940 et rejointe par une partie des colonies. En effet une partie de l’Empire va se rallier à lui : Les Nouvelles Hébrides, le Tchad, le Cameroun, le Congo, et le 27 octobre 1940, de Gaulle gagne Brazzaville où est mis en place le Conseil de l’Empire, chargé d’administrer l’ensemble des territoires et des forces françaises engagés derrière lui. Puis les FFL comprennent également une marine et une aviation.

     

    Renforcées par les troupes des territoires coloniaux qui se sont ralliés à la France libre, les FFL comptent plus de 50 000 combattants en 1944. En France, la résistance se met aussi en place.

     

    C’est la Résistance intérieure ou Force Française Intérieure.

     

    En France, ces groupes de résistants se forment parfois autour d’anciens militants politiques, syndicaux, ou des droits de l’homme.

     

    C´est la période des actes spontanés, le plus souvent individuels comme par exemple tracer à la craie, sur les murs, la croix de Lorraine (symbole gaulliste), le V de victoire ou "A bas les Boches".

     

    Ceux-ci deviennent plus collectifs comme la manifestation lycéenne et étudiante du 11 novembre 1940 à l´Arc de Triomphe.

     

    Ainsi naquît la Résistance intérieure.

     

    Les résistants de la 1ère heure ne sont qu’une poignée et répertorie en 5 mouvements de la zone occupée.

     

    D’abord Libération Nord qui regroupe des syndicalistes de la CGT non communiste, CFTC et des membres de la SFIO clandestine, autour de Christian Pineau. Les socialistes sont hégémoniques dans ce mouvement. L’OCM ou Organisation civile et Militaire du colonel Touny et Maxime Blocq Mascart, plutôt orientée à droite. CDLR, « Ceux de la Résistance », dirigé par Jacques Lecompte-Boinet, où l’on trouve Michel Debré, futur premier ministre du général de Gaulle sous la Vème République. Enfin le Front National, mouvement communiste, dirigé par Jacques Duclos, s’engage dans la lutte armée et se doter d’une branche militaire les FTP ou Francs-Tireurs et partisans dirigés par Charles Tillon.

     

    Donc la résistance est très diverse mais les raisons du combat de l’ombre sont souvent similaires comme refus de la défaite, le patriotisme ou la volonté de rétablir la démocratie. Les motivations des résistants étaient diverses : refus de la défaite et de l'occupation allemande, refus du régime de Vichy et de la collaboration, refus de la répression et des mesures antisémites, volonté de combattre pour libérer la France.

     

    Les Résistants souhaitent libérer leur pays et participer à la victoire au même titre que les Alliés.

     

    L’entrée en résistance dès juin 1940 se fait pour deux raisons.

     

    À l’image du général de Gaulle qui, le 18 juin, lance un appel à poursuivre le combat, quelques Français et Françaises refusent, au nom du patriotisme, la défaite acceptée par Vichy et l’occupation allemande.

     

    D’autres s’engagent pour lutter contre des ennemis de la démocratie et des Droits de l’homme. Certains, par exemple les républicains espagnols réfugiés en France, avaient déjà l’expérience de la lutte contre le fascisme.

     

    Les contextes de la guerre font augmenter les raisons de s’engager dans la résistance.

     

    L'engagement dans la résistance a été plus ou moins précoce, dès 1940-1941 ou au contraire plus tardif, en 1943-1944.

     

    Les rares Français qui se sont engagés dans la résistance dès 1940 l'ont fait à titre individuel ou au sein de petits groupes isolés, agissant de façon spontanée, sans mots d'ordre, sans liens entre eux.

     

    Les effectifs de la Résistance s’accroissent à partir de l’été 1941 quand les communistes s’engagent massivement après l’attaque de l’URSS par Hitler, puis à partir de février 1943 quand les réfractaires au STO ou Service du travail obligatoire préfèrent la clandestinité au travail en Allemagne.

     

    En novembre 1942, l’invasion de la zone Sud par la Wehrmacht a discrédité le régime de Vichy incapable de s'y opposer, anéanti le mythe d'un « Vichy-bouclier », État indépendant et souverain jouant le double-jeu pour le plus grand intérêt de tous les Français, et elle a uniformisé les conditions de la résistance dans les deux zones.

     

    En février 1943, la capitulation de la VIème Armée allemande à Stalingrad a fait s'effondrer le mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht et de la victoire définitive du Reich hitlérien auquel le régime de Vichy avait adhéré.

     

    Tout ceci fait augmenter les effectifs de la résistance et l’espoir de victoire. Mais la résistance c’est aussi un programme politique pour la libération. En effet, de Gaulle voulait que la France retrouve à la libération une place de 1er choix dans la gestion de l’après-guerre.

     

    C’est pour cela que le CNR (Conseil National de la Résistance) établit un programme qui prévoyait d’abord de punir les collaborateurs et les traitres et épurer l’Etat, le monde économique et le monde du spectacle. Il prévoyait aussi le rétablissement de la République et de la démocratie ainsi que toutes les libertés publiques.

     

    Dans le domaine économique des nationalisations et l’introduction de la planification étaient envisagés. Dans le domaine social, on veut créer une sécurité sociale pour tous et la reconnaissance des syndicats.

     

    On pense même à améliorer le sort des colonies. Ainsi les raisons et les motivations de la résistance expliquent son succès, ses effectifs et ses victoires. Encore faut-il en pratique savoir comment lutter pour sa liberté. Voyons les différentes formes d’actions menés par la résistance.

     

    La résistance a revêtu des formes multiples qui allaient de l'attentisme prudent ou l'écoute de la BBC, jusqu'à la l'action directe (attentats, sabotages) ou la lutte armée dans les maquis, en passant par les manifestations patriotiques, le renseignement, la diffusion de la presse clandestine, la participation à des réseaux d'évasion, le refus du Service du travail obligatoire (STO) mis en place à la fin de 1942 et au début de 1943. La distribution de tracts et de journaux clandestins visent à faire comprendre à l’opinion publique qui sont leurs ennemis et qui sont les responsables de leurs difficultés. L´une des plus grandes activités de la Résistance est l´essor de la presse clandestine: les journaux s´efforcent d´avoir une périodicité régulière.

     

    Leur tirage ne cesse d´augmenter (entre 20 et 50 000 en moyenne). Cette réussite tient du prodige, si l´on songe que le papier est introuvable sinon au marché noir. La fabrication de papiers devient aussi une de leur activité importante. Pour vivre, les Français ont besoin d´une multitude de cartes (laissez-passer, identité, etc) et pour ceux qui ne sont pas en règle, résistants clandestins, juifs, le seul moyen de survie est de se procurer de faux documents, fabriqués avec la complicité de la mairie. Dès 1941, sur le sol français se constituent des mouvements et des réseaux.

     

     

    En zone nord vont se former Défense de la France qu´anime Philippe Viannay, Libération-nord avec les syndicalistes Christian Pineau et Gaston Tessier.

     

    En zone sud, Combat, Franc-tireur et Libération avec Emmanuel d´Astier de la Vigerie, le plus important étant Combat fondé par Henry Frenay.

     

    Il faut distinguer entre réseau et mouvement qui sont souvent confondus. Un réseau est créé en vue d´un travail militaire précis: renseignement, évasion de prisonniers de guerre et de pilotes tombés chez l´ennemie, sabotage des moyens de transports et d´usines allemandes. Un mouvement entreprend ses tâches par rapport à la population. C´est elle qui est son objectif et sa préoccupation principale.

     

    Les étudiants rejoignent surtout les les mouvements et les militaires préfèrent les réseaux.

     

    Les résistants étaient isolés.

     

    Ils ne pouvaient guère compter sur la population accablée par la défaite, soucieuse d'assurer d'abord sa survie et terrorisée par les menaces de représailles, ni sur l'aide des Alliés qui a tardé à venir et est restée limitée.

     

    Il y avait des désaccord sur le plan stratégique entre ceux qui préconisaient le sabotage et la lutte armée immédiate, en particulier les communistes avec l'Organisation spéciale (OS), puis les Francs tireurs et partisans français (FTPF) et leurs groupes de la Main d'œuvre immigrée (MOI), et ceux qui privilégiaient le renseignement, la propagande, l'aide aux pilotes alliés abattus au-dessus du territoire français et aux prisonniers évadés, dans l'attente des troupes alliées.

     

    Certains maquis tentent de pratiquer la guérilla dès 1943, mais sont souvent anéantis. Certains groupes connurent un destin tragique comme aux Glières ou au Vercors. La Résistance se développa grâce à Jean Moulin qui l’unifia sous les ordres du général de Gaulle à partir du 1er janvier 1942.

     

    Jean Moulin est un ancien préfet d’Eure et Loire révoqué par Vichy parce qu’il avait refusé de signer un document mettant injustement les troupes sénégalaises. La création des maquis en 1942 accélère l’unification de la Résistance intérieure et extérieure.

     

    La France libre avait besoin de se faire reconnaître par la résistance intérieure et la résistance intérieure avait besoin de l'aide de la France libre.

     

    Le 27 mai 1943 se créé le Conseil National de la Résistance (CNR) qui coordonne l’ensemble des forces de l’intérieur regroupant les mouvements unis de la Résistance (MUR- c´est à dire Combat, Libération et FrancTireur).

     

    Le CNR est chargé d´assurer en France la coordination des mouvements de Résistance, des maquis, de la presse, des syndicats et des représentants. Présidé par Jean Moulin puis après son arrestation en juin 1943, par Georges Bidault, le CNR a élaboré un programme qui a été adopté en mars 1944.

     

    Ce programme fixait les conditions de la lutte immédiate pour la libération du territoire français et les mesures à appliquer après la Libération pour rétablir la légalité républicaine et promouvoir de profondes réformes sur le plan économique et social. Au début de 1944, a été créé le Mouvement de libération nationale (MLN) qui regroupait les MUR et plusieurs mouvements de la zone Nord.

     

    Dès septembre 1943, les résistants corses ont déclenché une insurrection qui a libéré leur île avec l'aide de commandos venus d'Afrique du Nord.

     

    Au début de 1944, les groupements armés issus des différents mouvements de résistance ont été unifiés au sein des Forces françaises de l'intérieur (FFI) placées sous le commandement du général Kœnig.

     

    Pour retarder l'arrivée des renforts allemands au lendemain du débarquement de Normandie, les forces armées de la résistance ont mis en œuvre les plans de sabotage des moyens de communication : Plan vert pour les voies ferrées, Plan violet pour les lignes téléphoniques et Plan bleu pour les installations électriques.

     

    En 1944, le débarquement en Normandie modifia totalement le rapport de forces: la majorité de la population française ne soutint plus Pétain et se rallia à la Résistance. À partir de juin 1944, FFI et FTP ont participé activement à la libération des autres départements français.

     

    Dans le même temps, elles ont été mobilisées dans l'application du Plan Paul, qui visait à détruire les dépôts allemands de munitions et de carburants, à harceler les renforts allemands et à préparer l'arrivée des troupes alliées.

     

    Elles ont subi l'assaut de la Wehrmacht appuyée par la Milice française au cours de batailles meurtrières livrées dans les Alpes sur le Vercors et le plateau des Glières, dans le Massif-Central au Mont Mouchet, et en Bretagne à Saint-Marcel. Elles ont déclenché l'insurrection parisienne qui a libéré Paris le 25 août 1944 avec l'appui de la 2ème Division blindée du général Leclerc

     

    Elles ont libéré la plus grande partie du sud-ouest et du centre de la France, et facilité dans le sud-est la progression de la 1ère Armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence en août 1944.

     

    La fabrication de papiers devient aussi une de leur activité importante.

     

    Pour vivre, les Français ont besoin d´une multitude de cartes (laissez-passer, identité, etc) et pour ceux qui ne sont pas en règle, résistants clandestins, juifs, le seul moyen de survie est de se procurer de faux documents, fabriqués avec la complicité de la mairie.

     

    A l´occasion de l´énorme défilé du 26 août 1944 sur les Champs-Elysées, de Gaulle reçoit l´investiture d´un peuple vainqueur.

     

    Le 2 septembre 1944, s´installe le GPRF dans " Paris libéré".

     

    ** La période de l’Occupation a vu les Français se partager entre « collabos » et résistants, la majorité de l’opinion rejoignant progressivement la Résistance. L’action des résistants permet aux Français de faire partie des vainqueurs de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945.

     

    La Résistance fut, jusqu´au mois d´août 1944, un choix risqué qui mettait en danger la vie de qui la faisait.

     

    On estime que la durée de vie d´un résistant à Paris en 1943-44 était de trois mois. La vie politique française allait être durablement marquée par l'héritage de la résistance, et dans l'immédiat, le programme du CNR s'est en partie concrétisé avec l'instauration du vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l'économie et la création de la Sécurité sociale.

     

    Le bilan est lourd :

     

    20 000 FFI ou FTP tués au combat,

    30 000 fusillés, plus de 60 000 déportés,

    dont près de la moitié sont morts dans les camps.

     

     

     

    Mais le sacrifice des résistants n'a pas été inutile et l'action de la résistance, même si elle n'a été qu'une force d'appoint, a bien servi la France.

     

     

    Cette action a été reconnue par le commandant en chef des armées alliées en Europe, le général Eisenhower, et a contribué ainsi à épargner à la France d'être soumise à l'administration militaire américaine.

     

     

    Sources :

    http://www.jm.u-psud.fr/_resources/pdf/formation_continue/REPONSE_juin_2011.pdf?download=true

     

     

     

     

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  •           Chronologie de 72 jours de bombardements

    LE 6 JUIN

                                                           Afficher l'image d'origine                                                 


    Des 14 674 sorties des appareils alliés le 6 juin 44, 2 613 sont dirigées sur Caen.

    Voir un témoignage

    SAINT LO 1944

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    00H30

    Bombardement par 110 bombardiers lourds du Bomber Command RAF des postes de Flak de Caen et Carpiquet.


    02h30
    1020ème alerte à Caen.

    05h45
    La gare est attaquée, plusieurs wagons flambent.
     

    Rive droite, place de la Gare et rue de la Gare

    Source. Rue de la gare et le pont ferroviaire.


    06h40
    Explosions vers la gare et le quartier Sainte-Thérèse.

    Un groupe d’avions attaque à la mitrailleuse et à la bombe la caserne du 43ème Régiment d’artillerie (Quartier Claude-Decaen). Un poste de Flak est nettoyé et l’église provisoire de Ste-Thérèse, sans doute prise pour un baraquement de la caserne, est mitraillée. 2 victimes dans les jardins voisins.

    Source. L'église provisoire  Sainte Thérèse, rue Sainte Thérèse.

     

     

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    Ces bombardements qui visaient les passages sur l’Orne à Caen sont tous effectués « trop longs » par 11 escadrilles de B-17 et B-24 de la 3rd Bombardment Division de
     l’Eighth Air Force (8 AF) . Les Caennais sortent dans la rue, on s'interpelle, quelques groupes se forment sous l'œil indifférent des Allemands qui ne sont pas plus de 300 hommes, en ville ce matin, s'agitant en tous sens. On fait des provisions.

    De 07h20 à 07h30
    36 Forteresses volantes bombardent les ponts sur l’Orne une fois encore à travers les nuages, au système H2X de visée-guidage, 55 tonnes de bombes s’abattent vers la zone industrielle du port et sur le triage de la gare, par 6/10° de nuages.

    De 08h06 à 08h30

    Ces mêmes ponts: C1 la passerelle au fond du grand Cours, C2 le pont de Vaucelles, C3 le pont de la Mutualité et C4 le pont ferroviaire du port sont attaqués par 47 B-17 qui lancent leurs bombes sur un total de 155 engagés dans cette mission sans visibilité, les 108 autres ramenant leur délicate cargaison en Angleterre. Les équipages ne parviennent pas à localiser les éclaireurs, qui lancent les indicateurs lumineux désignant les cibles.

     

    C1 la passerelle de l'Arquette au fond du Grand Cours entre le cours Sadi Carnot et la rue du Puits de Jacob

    C2 le pont de Vaucelles entre la place du 36ème R.I. et la rue de Vaucelles

     

    C3 le pont de La Gare ou des Abattoirs entre la rue de la Marine et la rue de la Gare.

    C4 le pont double (ferroviaire et routier) de La Mutualité ou le pont du Tortillard entre la place de La Mutualité et le quai Hamelin (la gare SNCF)

    Photo aérienne de la RAF prise le 6 juin 1944,

    Les deux autres ponts ne sont pas répertoriés: 

     

    Le viaduc ferroviaire en amont de La Prairie

    et le passage piéton en aval (le barrage) entre les cours Montalivet et Cafarelli, limite des communes de Caen et de Mondeville.

    Selon les ordres du 21st Army Group  lâchage de 20 000 tracts précédant de 10 minutes les bombardements.

    "Collection particulière" Source: page 93 de ce livre


    Les familles réfugiées dans la corseterie de la rue de Falaise n’en soupçonnent même pas l’existence. C’est à peine si elles savent que 3 ouvriers qui partaient travailler tout à l’heure, ont été déchiquetés par une bombe américaine, sur la route de Falaise.

    Source: à gauche photo parue dans ce livre, à droite.  Deux vues du bas de la rue de Falaise, à gauche le Pensionnat Saint Michel, de nos jours.


    09h30
    Une seule bombe de 1000 livres, sensée tomber sur le pont de Vaucelles, à 500 mètres de là, frappera un groupe de 45 personnes qui s’abritaient à la fabrique de corsets, dont 19 seront tuées sur le coup. Ce bombardement de la corseterie est relaté de la manière suivante dans un autre témoignage: "
    Vers 16 h 30, un nouveau bombardement écrase une tranchée abri rue de Falaise, à proximité de l'avenue Guynemer, tuant 24 personnes et un peu plus loin 5 personnes dans une cave abri."(Note de MLQ: Société Française de Corsets et de Ceintures élastiques au n° 138 de la rue de Falaise).

    Photo allemande, collection Heimdal. L'Hôtel de la Gare au 30, 32 et 34 rue de la Gare, le 6 juin: 3 soldats allemands casqués et armés et deux civils
     

    Une voiture à haut-parleurs allemande circule en ville: ordre est donné de rester dans les maisons. Les sentinelles allemandes ont revêtu des tenues de combat camouflées. La population reste calme. Des voitures de la Feldkommandantur 723 sillonnent les rues. Des Feldgendarmes en sortent, seau de colle à la main et des affiches sous le bras.Hâtivement, ils expédient leur ouvrage et disparaissent vers un autre quartier. La loi martiale est proclamée.

    13h30

    Le quartier Saint-Jean reçoit la plus grande partie des 156 tonnes de bombes (623 bombes de 225 kg) que déversent 56 B-24 Liberator de la 2nd Air Division de la 8th AF escortés par 7 escadrons de P-51 Mustang de protection.. D’énormes blocs et des cratères profonds obstruent les rues Saint Jean, duVaugueux, place de la Mare, le Gaillon, rue Saint Pierre, rue des Chanoines, rue Arcisse de Caumont.

    Photo Fonds François Robinard. Le quartier du Vaugueux en ruines et le Sépulcre à droite.

    Partant de la rue Saint-Jean, celle-ci débouche dans la rue Mélingue. Seule une arcade de l'ancien couvent des Carmélites établi au 17ème siècle demeure debout. A l'arrière-plan, on distingue l'église Saint-Jean. Cette rue subit le bombardement le 6 juin en début d'après-midi.

    Le bas du Gaillon, place de la Mare, à gauche immeubles de  la rue Haldot.

    Rue du Vaugueux, le château est derrière les maisons de gauche.

    Rue Saint Pierre, photo prise dans la tour de l'église Saint Pierre. De gauche à droite les clochers de: Notre Dame de la Gloriette, le vieux Saint Etienne, Saint Sauveur et Saint Etienne.

    Rue Saint Pierre, photo prise du château. De gauche à droite les clochers de: Saint Sauveur, du vieux Saint Etienne et de Saint Etienne.

    L’inspection académique est en feu, le dépôt des pompes funèbres rue du Blanc et sa réserve de 500 cercueils flambe. Flambent aussi le Monoprix

    "Photo Marie" présentée page 36 du livre: 1944, Le Calvados en images de Jeanne Grall, Sodim, 1977. Le 6 juin 13H45, les premières bombes Bd des Alliés, un pharmacien en blouse blanche, M. Husson, blessé à la tête, un membre de la D.P. casqué avec son vélo, à droite la façade du magasin Monoprix ouvert en 1936, sera rapidement la proie des flammes.

    et les Galeries, boulevard des Alliés:

     

     

     

     

    Des civils et des membres de la D.P. forment une chaîne humaine pour manipuler des seaux d’eau pour essayer d’éteindre les incendies

     

     

     

     

     

    Si l'immeuble des Galeries Lafayette est encore debout malgré ses profondes destructions, l'hôtel Moderne situé au numéro 116 est en ruine. Les traces de l'incendie sont encore visibles sur la façade. Quelques arbres ont survécu aux bombardements et au feu.

    Au carrefour de la rue des Jacobins avec le boulevard des Alliés, le haut de la façade des galeries Lafayette et la tour sans flèche de l'église Saint Pierre.

     

    Au premier plan à droite le N°3 de la rue des Jacobins, l'Oasis; devant le bâtiment du journal "Ouest-Eclair" Bd des Alliés et la flèche de l'église Saint Sauveur.

    Sur ce boulevard, près du cinéma Majestic, la brasserie Chandivert était un rendez-vous prisé des Caennais avant la guerre. Situées sur le boulevard des Alliés, les Galeries Lafayette sont détruites par les bombardements. L'ensemble du boulevard est rapidement la proie des flammes. Le théâtre, épargné par les bombes, sera incendié par les Allemands.

    C’est le début des incendies qui dureront jusqu’au 18 juin.

     

     

     

    « Archives départementales du Calvados » Les pompiers et les  habitants font la chaîne à partir d'un puits pour éteindre un incendie rue de Bayeux.

     

     

     

     

    « Archives départementales du Calvados » Des civils et des membres de la D.P. (au premier plan un ingénieur des Ponts et Chaussées) forment une chaîne humaine pour manipuler des seaux d’eau pour essayer d’éteindre les incendies rue de Bayeux.

    Les Nouvelles Galeries entrée du passage Démogé rue de Bernières

    Rue Sainte Anne à côté du Sépulcre des bombes tombent sur le 12 et en face le 13, le 11, le 9 et le 7, le feu se déclare aussitôt. 14 victimes dont les corps seront calcinés. Au 13, l'entrepôt du Secours National (20 à 25 t de vivres, vêtements et chaussures) est anéanti, des Equipiers d'Urgence y récupèrent le jour même et le lendemain 7 à 8 t de marchandises.

    Soure: Collection R. Tesnière. La rue Sainte Anne n'est pas encore déblayée, en arrière-plan le Sépulcre. De nos jours.

    « Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Le Sépulcre domine les ruines du Vaugueux.

    En arrière-plan à gauche le clocher du Sépulcre, photo non localisée.

    Les équipiers et ambulanciers de la Croix-Rouge, les hommes de la Défense Passive (DP) et des Scouts du Lycée Malherbe se précipitent, profitant du répit d’une accalmie.

     

     

     

     

     

    Un  membre de la D.P., avec son casque Adrian peint en blanc sur un tas de ruines

     

     

     

     

    18 cadavres sont alignés dans une galerie du cloître du Lycée, dont un chef de la résistance, le capitaine RobertLe Coutour . A l’asile du Bon-Sauveur, des folles meurent brûlées vives.

     

     

     

     

     

    Rue du Pont Saint-Jacques, devant la place du Théâtre, des bombes viennent de tomber. On aperçoit des soldats allemands au second plan, au niveau de l’immeuble du journal l’Ouest-Eclair.


     

     

     

     

    Puis un nouveau vrombissement fait redescendre les familles dans les caves et les abris. 24 B-24 du448th BG de la 2nd Air  Division américaine  lancent à travers les nuages 60 tonnes de bombes destinées aux 4 ponts sur l’Orne. L’Hôtel Malherbe, siège de la

    kommandantur 723 est détruit. Le Feldkommandant de Caen, von Heydebrand note dans son journal :"Subitement éclate une énorme attaque aérienne comme je n'en ai jamais vécue. C'est l'enfer 8 à 10 grosses bombes font mouche sur ma Kommandantur. On croit que cette construction en béton va s'écrouler. Quand le bombardement  a diminué, je donne à mes hommes la permission de quitter la cave en se frayant un chemin avec des pelles. Un par un, à quatre pattes, nous sortons de notre trou. Quelques-uns malheureusement trop tôt , comme mon second, le major Nerlich, et quatre autres tués par des masses de béton; Les gardes dehors sont morts."

    Témoignage de Mme Anne-Marie Legoux: " Face à l'hôtel Malherbe, des voitures ont été mitaillées. Dans l'une, je vois un officier allemand qui n'a plus de tête et une femme morte à côté. ". Source

    "Photos collection Musée Mémorial de Bayeux, présentées page 36 de Bataille de Caen, Editions Heimdal, 1988 avec l'aimable autorisation de Jean-Pierre Benamou". La place Foch, des réfugiés quittent la ville et croisent des soldats allemands qui nettoient les ruines, dans le fond l'hôtel Malherbe le siège de la Feldkommandantur 723.

    Les rues des Carmes (la clinique des Oblates est en feu) et Saint Jean sont à nouveau touchées. Nouvelles victimes, encore des emmurés, vivants mais blessés, qu’il faut secourir rapidement. La Providence intervient quand, rue Gaillarde, trois Equipiers d’Urgence enterrés vivants par l’explosion d’une bombe un quart d’heure plus tôt, se retrouvent à présent à l’air libre grâce à une autre bombe qui vient les dégager en explosant juste à côté !
    Une famille habitant le 4ème étage de la rue Saint-Jean se retrouve indemne 10 mètres plus bas dans les gravats après la chute de l’immeuble ! Mais la Providence est absente pour 119 enfants, 113 femmes et 103 hommes qui périront dans la ville de Caen ce 6 juin après-midi.

    p011905  Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA   Agrandissement
    Vue aérienne de la ville de CAEN. Le quartier Saint Jean est en feu probablement le premier bombardement le 6 juin à 13h30 car le reste de la ville /ne semble pas avoir encore souffert (l'Hôtel de Ville, bord gauche de la photo au milieu avec la place de la République et le kiosque de musique au milieu paraissent intacts (ça ne va pas durer longtemps encore).

    Une autre vue de ces incendies: le Bassin Saint Pierre et la place Courtonne, en bas à gauche rue Haute et rue des Chanoines-zone blanchâtre- des ruines du bombardement de 13H30; des fumées rue Neuve Saint Jean et rue Guilbert, en vue aérienne. Repérage.



    16H30
    Des bombardiers B-26 , la carlingue et les ailes cerclées de bandes blanches abordent Caen du Sud-est en formation par quatre.
    48 B-26 larguent encore 90 tonnes, cette fois en dessous des nuages, mais la 9th USAAF dont ils font partie ne se vantera pas d’avoir fait mieux que la 8 AF… cette fois, s’en est assez. Les Caennais sont brutalement plongés dans l’affolement, les crises de nerfs, la tragédie. Dès que les assauts du ciel le permettront, 10 000 d’entre eux, vont quitter la ville sur les chemins incertains de l’exode. Le quartier Saint-Julien, n’a pas été épargné,  avenue de Creully, rue Malfilâtre et la rue Haldot.

     

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Deux femmes sur un tas de ruines rue Haldot.

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Hospice Desaint-Jean rue Malfilâtre.


    D’autres quadrimoteurs américains B-17 et B-24, 72 en tout (dont 12 retiendront leurs bombes car ils ne distinguent pas les marqueurs des éclaireurs) visent encore les ponts C1, C2, C3 et C4. Une ambulance qui traverse le pont de Vaucelles à toute allure est touchée de plein fouet, la jeune conductrice Mlle Marie-Thérèse Hériller de la Croix-Rouge est tuée sur le coup et son corps projeté dans l'Orne. Bombes sur les pavillons: Sainte-Chantal, Notre-Dame des Anges, del'Immaculée Conception et Sainte-Amédée du Bon Sauveur: 8 religieuses, et 30 malades sont ensevelis sous les décombres, l'une des sœurs et 5 pensionnaires sont tués.

    Le pavillon de l'Immaculée Conception du Bon Sauveur avant et après le bombardement.

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée page 99 de ce livre; Ruines au Bon Sauveur.

    Ces raids durent 10 minutes mais leurs répétitions pendant plus de 2 heures, ébranlent les plus solides.
    Le dépôt des « Courriers Normands », place des Granges,  est partiellement détruit.

     

      

    Le dépôt des « Courriers Normands » se trouve sous les toits blancs au centre de la photo. Agrandissement. A droite, photo Fonds Robinard, l'intérieur du dépôt.

    NB Plan de l'ilot sanitaire mais avec une orientation différente.

    Comment l'îlot sanitaire fut-il  signalé aux Alliés ?

    Le collège Sainte Marie, rue de l'Oratoire et l’Institut Lemonnier (Orphelinat Leveneur sur le plan), rue de la Pigacière sont touchés, 6 jeunes élèves y sont tués. Le Châteausemble être une cible supplémentaire à bombarder, une compagnie allemande y était cantonnée la veille.

     

     

     

     

    Une bombe vient de tomber rue de l’Oratoire (quartier Saint-Jean) éventrant les toits, arrachant portes et volets. Encore sous le choc, les habitants commencent seulement à sortir dans la rue. Non loin dans la même rue, deux autres bombes ont touché le collège Sainte-Marie, tuant une religieuse et six élèves du Petit Séminaire arrivés le matin même de La Maladrerie. Peu de temps après, l’incendie des établissements proches de Monoprix et des Nouvelles Galeries gagne le collège Sainte-Marie et le ravage entièrement.

     

     

     

     

     

    18H30

    Bombardement aérien sur le quartier nord de Caen, 12 B-25 et 16 Boston , à travers les nuages, 8 appareils retournant avec leurs bombes.

    En fin d'après-midi, 10 Typhoon du Squadron 184 armés de roquettes attaquent Boulevard Lyautey une dizaine de blindés qui traversent la ville Est-ouest, puis de la Flak légère sur wagons plates-formes à la "Petite-Vitesse" (la gare SNCF de marchandises)


    21H00
    Le sifflement des bombes de 59 Maraudeur B-26 précède de peu le hurlement des 118 moteurs Pratt & Whitney de 2000 CV lancés à plein régime. 5 vagues en succession immédiate, attaquent en léger piqué sur les « Choke-Points » de l’Orne, d’Ouest en Est, à 1200 mètres d’altitude et 400 km/h. Furie des éclatements, explosions, murs de feu et de poussière sur les malheureux quartiers Saint -Louis et Saint -Jean.

    Rue Gabriel Dupont, à gauche la Banque de France, l'église Saint Jean, en arrière plan l'église de la Trinité de l'Abbaye aux Dames. En gros plan. Après déblaiement.

    La Banque de France et les ruines entre la rue Saint Louis et la rue Gabriel Dupont.

    Source. Montage de deux photos du quartier Saint Louis, repérage.

    C’était la deuxième mission tactique de la 9th USAAF sur Caen le 6 juin, qui, si elle n’atteint pas plus que la précédente les quatre ponts, provoque d’autres ruines donc obstructions, inflige quelques pertes à l’ennemi en mouvement, mais en cause 50 dans la population, et entretient la notion d’insécurité de la ville chez les uns, l’inquiétude chez les autres.

    Note: pour un rayon d'action opérationnel "Normandie"
    un B-17 Flying Fortress embarque moins de 2 tonnes de bombes
    un B-24 Liberator , 1.2 tonne
    un Lancaster , 6.8 tonnes
    un Halifax, 6 tonnes


    LE 7 JUIN
     

    02H40
    Des Mosquito rapides marquent à moyenne altitude le secteur des quais de l’Orne, suivis aussitôt par quelques quadrimoteurs à peine plus hauts (800 mètres) qui déversent leurs cargaisons de fusées éclairantes lancées sur les marqueurs et qui baignent d’une vive lumière blanc cru les cibles dévoilées. Les fusées sont encore accrochées dans les airs, que déjà les premières vagues de 12 quadrimoteurs vrombissent au dessus de la Prairie et du quartier Saint-Jean, venant de Louvigny (Sud-ouest) ils volent, trappes ouvertes sous la base des nuages pour respecter l’ordre de viser à vue les marqueurs. De la rue Grusse au cours Sadi-Carnot, des témoins fascinés distinguent les bombes qui se détachent des carlingues noires des bombardiers et foncent tout droit sur eux pour aller percuter à quelques dizaines de mètres plus loin le monastère de Notre Dame de la Charitéquai Vendeuvre  (16 Novices tuées).

    Le monastère des Sœurs de la Charité, 12 quai Vendeuvre et rue de l'Engannerie, à droite en arrière-plan l'église de la Trinité

    Partant de la rue Saint-Jean, ces deux rues débouchent sur le quai Vendeuvre et le bassin Saint-Pierre. Le monastère de la Charité est touché en plusieurs points le 7 juin dans la nuit. Le feu venant de l'hôtel d'Angleterre situé rue Saint-Jean atteint le monastère. Bientôt toute la rue est en flammes. La clinique Saint-Joseph (ou clinique des Oblates au 11 rue de l'Engannerie) n'échappe pas à l'incendie.

    Ruines de l'hôtel d'Angleterre rue Saint Jean, siège du Soldatenheim (foyer du soldat).

    "Photos collection Delassalle" L'hôtel d'Angleterre, rue Saint Jean avant et après la bataille de Caen. Les Caennais se rappellent que dans ce lieu se réunissaient les Allemands et les collaborateurs et collaboratrices.

    "Photo Letrou"  le 7 juin au matin.

    Vue des hauteurs de St Gilles. Probablement en haut de la rue Manissier vers la Miséricorde dont on voit encore le dôme de la chapelle. La cheminée d'usine en premier plan ne va pas non plus rester debout encore bien longtemps. On reconnaît le Marché de Gros ancien hangar Allainguillaume quai La Londe en bordure du Bassin St Pierre à droite du cliché et les installations de la Foire Exposition, place d'Armes, sur la gauche (mur en briques claires sur lequel on distingue des inscriptions. Au delà du hangar Allainguillaume, on distingue les installations portuaires le long du bassin Saint Pierre (quai Vendeuvre).

    La centrale électrique n'est plus en mesure de produire. Les dégâts sont importants :

    -          toit et murs soufflés

    -          fondations de la turbine n° 1 démolies

    -          convertisseurs 600 V continu inutilisables

    -          chaudières 3 et 4 irréparables

    -          portique d'approvisionnement en charbon effondré

    -           circuit d'eau de refroidissement et réserves à fuel détériorés

    -          conduits percés, panneau de contrôle détruit, moteurs touchés, ...

    La centrale électrique dans la zone portuaire

    Source. Les dégâts à la centrale électrique.

    Rue de Geôle le 7 juin au matin.

     

    Source. Façade arrière de la maison des Quatrans rue de Geôle. A droite, Collection R. Tesnière : la maison des Quatrans côté rue de Geôle.

    Montage, rue de Geôle. A gauche le début de la rue côté place Saint Pierre avec la façade du Crédit Industriel de Normandie, à droite la fin de la rue vers le Gaillon.

    A la Miséricorde, dont les bâtiments occupent un vaste terrain entre la rue des Carmes, la place Singer et la place d'Armes, la situation est plus tragique encore. Le dispensaire, place d'Armes, aménagé pour servir d'hôpital complémentaire, est rempli de blessés, amenés depuis le matin; Il y a là 76 à 80 victimes des précédents bombardements, 9 infirmières, 8 religieuses et un interne. Des bombes le frappent de plein fouet et il s'écroule ensevelissant les uns et les autres. La clinique principale, située place Singer, s'affaisse avec ses malades, mais la plupart d'entre eux sont dégagés vivants. L'autre clinique, rue des Carmes, s'effondre partiellement et prend feu aussitôt. De nombreux malades et 5 religieuses sont tués ou brûlés vifs ainsi que quelques infirmières qui se reposaient sous le porche, au rez-de-chaussée. Le bâtiment de la Communauté, atteint par des bombes incendiaires, flambe comme une torche; 121 victimes dont 72 morts (14 sœurs-infirmières, 7 infirmières, 1 interne et 50 hospitalisés)

    A gauche "Photo Archives Municipales de Caen. A droite "Archives départementales du Calvados" La rue des Carmes dans le fond l'église Saint Jean.

    Communauté de la Miséricorde. Source

    Source, cliché Gosset dans . Sur les ruines de la Miséricorde, trois croix blanches ont rappelé longtemps le sacrifice des équipiers d’Urgence (E.U.) et Nationaux (E.N.)

    Ces deux rues sont situées de part et d'autre de la rue Saint-Jean. La rue Gabriel Dupont débouche sur la place Foch tandis que la rue Singer permet, par la place Singer et la rue Nationale, de rejoindre la rue Neuve du Port et la place d'Armes. L'ensemble est ravagé par deux bombardements successifs dans l'après-midi du 6 juin. Le dispensaire de la Miséricorde n'échappe pas aux premières bombes le 6 juin. Des blessés qui y étaient entassés sont tués par le bombardement du 7 juin qui ruine le dispensaire.

    Source dans ce livre . La rue Saint Jean au carrefour des rues Gabriel-Dupont (à gauche) et Singer (à droite). Dans le lointain les clochers Saint-Jean et Saint-Pierre
     

    Montage. A gauche: le carrefour de la rue Gabriel Dupont avec la rue Saint Jean, l'immeuble est le magasin La Gavotte, en arrière plan  le Monument aux morts de la place Foch. A droite le même immeuble mais vu à 180°.

      La rue des Jacobins commence à flamber à hauteur de la Gestapo au N°44. Devant la Feldkommandantur, place Foch, des autos allemandes brûlent.

    Photo collection Georges Marie, page 98 de ce livre. La rue des Jacobins à l'angle de la rue Jean Romain.

    La seconde vague frappe les quais de l’Orne, qui s’affaissent dans la rivière, le pont de Vaucelles est coupé.

    Le quai des Casernes vu de la rive droite, à droite les pierres du pont de Vaucelles (voir les deux photos ci-dessous)

    Source dans ce livre . Le pont de pierres de Vaucelles  vu de la rive gauche, à droite la rue de Vaucelles.

    Photo collection Péan. Le pont de pierres de Vaucelles vu de la rive droite, voir le bâtiment à gauche.

     La caserne Hamelin s’effondre comme un château de cartes.

    Sur ce côté de la rivière Orne est construite sous Louis XIV une caserne qui est agrandie sous Louis XVI. Depuis 1901, elle accueille le 36ème régiment d'infanterie. La caserne est presque entièrement détruite.


    La Flak tonne sans arrêt depuis Carpiquet, Colombelles, Fleury et plusieurs parachutes blancs s’accrochent dans l’obscurité, teints en rouge par la lueur des incendies.
    36 Lancaster du No 5 Group du Bomber Command
    RAF  , tournent plusieurs fois au dessus de la ville jusqu’à ce que d’autres appareils-marqueurs reviennent indiquer les cibles. Le courage des équipages pris dans le barrage mobile de la Flak n’a d’égal que la misère des innocents Caennais pris au piège du bombardement de nuit.
    6 Lancaster sont abattus dans ces circonstances. 12 Lancaster du Squadron 57

    surviennent à 02H58 et bombardent sur les marqueurs moirés identifiant C2 (le pont de Vaucelles) avec 11 bombes de 500 kg et quatre de 250 kg chacune.
    La Banque de France, rue Saint-Louis est touchée, 4 morts dans l'abri sous l'hôtel de Fontenay, logement du directeur de la banque.
    Rue Saint-Louis également, le vieil hôtel qui abritait les services du Ravitaillement Général est anéanti.
    Une bombe sur l'aile principale de l'Hôtel de Ville en bordure de la place de la République écrase la salle des mariages, une autre juste devant, une autre dans la cour, une quatrième tranche l'aile en bordure de la rue Saint-Laurent devant la Préfecture.

    L'hôtel de ville à gauche la bibliothèque côté cour, à droite la façade.

     

     

     

     

     

    L'église Saint-Jean également est touchée, le transept côté Saint-Pierre bascule, le portail s'embrasse jusqu'au sommet de la tour principale, le toit et la charpente brûlent et les cloches tombent et s'écrasent en morceaux.

    Cette église du 15ème siècle, de style gothique flamboyant, était enserrée entre les maisons avant guerre. L'épaisseur de ses murs lui permet de résister au souffle des bombes, ce qui n'est pas le cas des maisons environnantes. L'église, cependant endommagée, demeure seule au milieu des gravats et des maisons éboulées. Ses vitraux sont brisés, des meneaux tombent tandis que le transept bascule.

     

     

     

     

     

     

    Photos ECPAD à gauche LFT3 F3412 L31, à droite LFT3 F3412 L30. La rue Guilbert, à gauche le garage Talbot.

    Montage: rue Guilbert, derrière le cinéma le Sélect à droite après déblaiement.

    Source: à gauche page 56 de ce livre, à droite. Montage: Rue Guilbert

    N°27 rue Guilbert, l'hôtel Le Manoir ou Hôtel de Charles de Bourgueville, sieur de Bras.

    03h00

    Tout est fini, la Flak se tait laissant place à la rumeur des quartiers qui disparaissent en grondant dans les flammes. La caserne des Pompiers, rue Daniel Huet,  est anéantie avec son commandant (Capitaine Jules Foucher ) et 17 Sapeurs-Pompiers. Le précieux matériel est perdu. Le lieutenant Gervaise fera face avec des moyens humains et matériels limités.

    "Photo Jean Lahousse". Source page 92 de ce livre, avec cette légende:" Un rare cliché pris le 7 juin. Les familles des pompiers se recueillent  sur les sépultures provisoires des leurs";  les croix ont été ajoutées sur le cliché. Au pied du magasin aux tuyaux, échafaudage où étaient pendus les tuyaux pour leur séchage après intervention (les tuyaux étaient confectionnés à cette époque en grosse toile de jute dont les mailles une fois mouillées avaient la particularité de gonfler et de devenir étanches,  cette tour était positionnée rue Daniel Huet à l'angle du boulevard circulaire en face les bâtiments de la caserne de l'autre côté de la rue. Derrière les ruines de la caserne (ex bains douches du temps du Maire Bertrand) et plus loin encore debout les murs de la caserne de Gendarmerie. Les murs  semblent bien noirs, conséquence des  incendies. Même si on peut douter de la date du 7 juin, cette photo a quand même était prise à une date très proche du 6 juin parce que rapidement les corps des pompiers ont été inhumés dans des cimetières provisoires.

    "Collection particulière, avec l'aimable autorisation de François Robinard" La caserne des pompiers.

    Source Archives municipales de Caen. Un immeuble de la rue Daniel Huet


    L’Hôtel de Ville, est coupée en deux

    Source dans ce livre . L’Hôtel de Ville après les bombardements des 6 et 7 juin

     et les tranchées-abris de la place de la République en face sont labourées par les cratères, refermées sur ceux qui s’y étaient réfugiés avec confiance. (50 civils tués, 15 policiers).

    L'Hôtel de Ville borde la place de la République, ancienne place des Petits Près au 18ème siècle, puis place Royale où dominait la statue de Louis XIV En 1883, y est édifié un kiosque à musique où sont donnés des concerts appréciés des Caennais. Les militaires allemands y proposent également des concerts sous l'Occupation. Une grande partie de la place et de l'Hôtel de Ville est anéantie sous les bombes sauf... le kiosque qui, finalement, est démoli en 1959.

    Collection R. Tesnière. Au premier plan, les ruines de l'Hôtel de Ville en arrière-plan le kiosque.

    La Maison des Etudiants, avenue Albert Sorel est en fen.

    Pour la nuit 301 victimes.

    Voir un témoignage


    Le 8 JUIN
     


    05h00
    Mauvais temps 7/10° de nuages, la sortie Est de Caen subit un bombardement par B-26 et A-20 , dans le quartier du Vaugueux, la rue des Teinturiers, la place Louis Guillouard, le rond-point de Vaucelles et vers la gare.

    Photo présentée dans ce livre. La gare.

    Source. Rue des Teinturiers.

    La ville subit la pression toujours plus forte des Alliés qui l’écrasent sous les bombes et s’acharnent toujours sur les mêmes cibles ; les ponts, la gare, les accès de la ville qui reçoivent 14 routes que les Allemands utilisent la nuit.
     Les obus de marine prennent le relais des avions, le quartier de la rue de Bayeux, rue Guillaume-le-Conquérant, place Fontette sont particulièrement atteints et détruits.

    09h00
    Des reconnaissances aériennes de chasseurs-bombardiers Typhoon annoncent par radio des mouvements continuels et bien protégés d’engins motorisés ennemis à Caen. Les 3 formations de 8 appareils disparaissent en prenant de l’altitude pour revenir. Les Rockphoon (Typhoon équipé de roquettes) attaquent un par un en piqué à 45° des véhicules qui s’abritent en toute hâte boulevard Leroy. Leurs roquettes font mouche sur les blindages et sur des pavillons vides d’habitants mais où des soldats cherchent refuge.

    13h45
    12 bimoteurs venant du Nord-ouest larguent leurs cargaisons, sous les nuages, du Couvent des Carmélites jusqu’au cimetière Nord-est en face.

    Plusieurs combats aériens au-dessus de Caen dans la journée, au- dessus des nuages.
    Deux grands immeubles de la place Saint-Sauveur sautent sous le coup d’un obus de marine. D’autres arrivent à intervalles réguliers, achevant de créer l’insécurité, rue de Bayeux, place Fontette, rue Guillaume-le-Conquérant sur les indications des avions de reconnaissance que l’on ne voit pas mais qui ne lâchent jamais le ciel de Caen.
     

     

    Le 9 JUIN
     

       Des batteries allemandes situées sur les hauteurs de la route de La Délivrande tirent des obus incendiaires sur le centre ville

    02h00
    Un obus de 406 mm (16 pouces)  du HMS Rodney  emporte la flèche du clocher de l’Eglise Saint-Pierre qui s’abat dans la nef.

    Source. Le 9 juin à 02H00, l'église Saint-Pierre n'a plus de flèche. Chez Allison collection.

    L'église Saint Pierre et le quartier du Marché au bois, le château est hors cadre à droite, en arrière plan à droite le clocher de Saint Sauveur.

    Collection R. Tournière. la place du Marché au Bois.

     Le photographe est probablement sur les remparts du château, voire au sommet d'un toit de la rue de Geôle : la rue de Geôle et la rue Calibourg au premier plan avec la rue des Croisiers au centre. Voir ici la version annotée, avec au centre l'