• LES HOMMES DU MAQUIS CONFIDENCES Du Commandant PETRI

    LES HOMMES DU MAQUIS


    CONFIDENCES
    Du Commandant PETRI

    Recueillies par J.C. PICHON

    Pour la Fédération des Combattants Volontaires de la Résistance
    de Bretagne, Normandie, Maine, 241 Rue de Nantes 35200 Rennes

    I
     

    Premières Confidences

    Au siège du Front National à Rennes, un homme jeune, facilement rieur, aux gestes nerveux : le commandant Petri, dit Hubert, dit Roland, dit Loulou, dit Tanguy, noms de guerre lourds de gloire. Matricule F.T.P. 10.001. Pensionné de guerre 39-40 à 100 %.
    " Je m'assieds en face de lui, de l'autre côté du bureau. Nous allons tenter de réaliser un vieux rêve qui nous tient à cœur : Evoquer par le souvenir les noms et les visages de tant de camarades martyrs tombés dans les années terribles : 1942-1943-1944. Il parlera. Je noterai.. Et de ces nouveaux " Mémoires d'Outre-Tombe ", sans que ni lui ni moi n'en ayons conscience, va naître une étrange épopée : celle des calomniés d'hier, aujourd'hui oubliés, à qui personne encore n'a donné leur vrai titre " Les Héros de la Nuit ".
    - De quand date votre entrée dans la Résistance ?
    - Je pourrais dire : d'avant la Résistance. J'étais rentré en janvier 1942 de Toulon, réformé pour cause de santé. Le responsable de Fougères, Edouard Genouel m'envoya, dés mon retour, un agent qui devait prendre liaison avec moi. J'étais absolument hors course et presque (il sourit à ce souvenir) anti-Anglais. Je ne réalisai la situation que peu à peu. Enfin vers la mi mars, eut lieu mon premier rendez-vous. Prétexte de mes voyages à Fougères : le ravitaillement. D'aucuns ont dû me prendre pour un vil trafiquant de marché-noir.
    - Quels furent vos premières consignes ?
    - Repêcher les gars et distribuer des tracts de propagande
    - Besogne facile ?
    - On le croirait aujourd'hui, mais il faut se replacer dans l'ambiance d'alors. Lorsque du bout de l'avenue, vient vers vous un Allemand, quelle émotion de jeter un simple tract dans une boîte à lettres. Je m'occupais aussi dés cette époque de créer un premier groupe et sur l'ordre que j'en avais reçu, de récupérer des explosifs. Grâce à la complicité d'ouvriers qui travaillaient dans les carrières, nous pûmes nous procurer de la cheddite par petits paquets, du cordon Bickford, et des détonateurs. Je camouflais cela dans mon grenier, sous les soupentes. Un petit gars de Fougères "Zidro", assurait le transport.
    - Quel âge avait-il ?
    - Quinze ans. Un gosse. On ne se méfiait pas : Du Tertre Alix en Louvigné. Jusqu'à Fougères, il pédalait sans regarder derrière lui sur son vélo de course. Un très beau vélo, dont la pompe, ou la pile électrique contenait au retour des messages pour moi.
    « En Avril, je reçus l'ordre formel de récupérer une très grosse quantité d'explosifs. Rennes m'envoya Fourrier Maurice et Le Bitou Yves. Le Bitou ayant été victime d'un accident, Fourrier arriva seul le soir, vers neuf heures. Nous partîmes au début de la nuit.. »
    - Vos parents n'étaient pas inquiets ?
    - Ils ne se doutaient de rien, s'effrayaient tout au plus de mes trop fréquentes promenades à bicyclette, qui leur semblaient dangereuses pour mon état de santé. La poudrière du Mont-Louvier était une petite maison de pierre dans une carrière blanche sous la lune. La porte forcée avec une pince-monseigneur, et les caisses sorties, nous les transportâmes à un kilomètre de la poudrière où des branchages les camouflèrent.
    « De retour vers une heure du matin, Fourrier resta dormir quelques heures dans ma chambre et repartit avant l'aube sans que mes parents n'aient même deviné la présence d'un hôte. »
    - Et les explosifs, que sont-ils devenus ?
    - Ils ont servi et plus d'une fois, comme vous le pensez bien. En décembre…
    - Mais jusqu'à la fin de l'année 1942 ?
    - Oh rien d'important, j'assurais le ravitaillement des responsables. A la suite de leurs arrestations survenues en septembre, j'ai perdu le contact pendant quelques semaine
    - Ce qu'il ne dit pas, c'est que ces arrestations, auxquelles il n'échappa que de justesse, avaient été provoquées par une série d'attentats sensationnels : " L'incendie des camions allemands à Bourg-des-Comptes le 15 avril, le sabotage des pylônes électriques de Grandchamp-des-Fontaines en mai et du transformateur électrique de l'armée Allemande à Cesson-Sévigné le 9 juin; l'attentat contre le R.N.P. de Dinard, le 23 juin et combien d'autres… »
    « Mais déjà un autre souvenir l'obsède : l'attentat de la section Fougeraise contre le R.N.P. de la ville effectuée par les Fontaines père et fils ».
    - J'écoute mal. Je n'ai qu'un désir : ne jamais oublier la petite lueur fauve qui flambe
    dans ses yeux.
    « Le commandant Pétri regarde un long instant dans le vide; dans ce qui me semble à moi être le vide, mais qui certainement s'anime à son souvenir de mille visions troublantes et rapides »
    - Dés le mois de décembre 1942, le responsable de Fougères, Edouard, m'avait demandé de venir à la région, mais mon état de santé ne me le permit qu'en janvier 1943. Cependant sur l'ordre d'Yvon, maintenant lieutenant colonel Pascal, je me procurais à la mairie de Louvigné-du-Désert des tickets d'alimentation. Ce fut l'occasion de mon premier pistolet, une arme que Pascal m'avait confiée pour me défendre. C'est en décembre que les responsables arrêtés trois mois plus tôt, furent exécutés à Rennes et inhumés à Saint-Jacques-de-la-Lande.
    - Vingt cinq braves dont la mort dut porter un rude coup à l'organisation ?
    - Evidemment. Cependant, ce même mois, je voyais Geoffroy qui avait pris la fuite, dés les premières semaines de l'année 1943, je montais à la Région.
    - Où habitiez vous à Rennes ?
    - Ma planque, j'étais hébergé chez Madame Nobilet, Rue Jules Simon.
    - Une Résistante ?
    - Son mari était parmi les fusiliers de Saint-Jacques-de-la-Lande. C'est là que je commençais à fabriquer des bombes. Je travaillais avec Charles, responsable Départemental des tournées de propagande et Auguste Inter-régional (actuellement colonel Berjon à Lille). Le travail était alors surtout d'organisation ; Création de groupe F.N. et F.T.P. à Fougères, Sens de Bretagne, Vieux-Vy-Sur-Couesnom, Saint-Malo, Dinan, Rennes Dol, Paramé, Bain de-Bretagne, Saint-Servan, Louvigné-du-Désert, Messac, Redon, Pipriac, etc… Le manque de matériel empêche la plupart des groupes d'avoir une activité combattive. Nous récupérerons sur les Allemands et la police de Vichy de quoi armer quelques éléments. Ce qui n'empêche pas les attentats de reprendre : Françis en janvier 1943 lance une bombe au Royal pendant une séance de cinéma boche
    - Quel fut le résultat ?
    - Les Allemands n'ont jamais avoué leurs morts, mais ils n'ont pu cacher les dégâts matériels. Malheureusement, Francis, à la suite d'un attentat manqué contre Brinon à Nantes, fut fusillé dans cette dernière ville
    - Votre spécialité, n'était-ce pas le déraillement ?
    - Pendant les mois de mars à septembre 1943, c'est exact. Nos tentatives de sabotage commencèrent par la ligne haute-tension Pont-Château – Rennes et en mars par le déraillement entre Laillé et Guichen, à l'endroit où la voie forme un coude. Les 4 /5 / 7 juillet, nous réussissions le sabotage de tuyaux de raccordement à l'Hermitage, puis prés de Betton. Au matin, la locomotive partait seule et les rames de wagons allemands restaient sur la voie.
    - De quel matériel disposiez vous pour vos attentats ?
    - Nous le fabriquions nous même avec des tubes emboîtés l'un dans l'autre, terminés par une barre percée de deux trous pour dévisser les boulons.
    - Une sorte de clé universelle ?
    - Parfaitement. Des boulons trouvés sur les voies nous servaient de modèles.
    « C'est avec ces instruments que nous opérâmes le déraillement de Noyal-Acigné qui fit tant de bruit à l'époque. Le 8 juillet, des camarades de la gare nous avaient indiqué qu'un train de permissionnaires, devait passer toute les nuits à 1 h 36.
    « Le surlendemain, notre équipe de 6 gars effectua le travail. Des ficelles tenues par des guetteurs constituaient tout notre système de sécurité. Il nous a fallu une demi-heure pour déboulonner les rails. Nous sommes partis par le pont de Cesson. Nous entendions le train qui venait de Paris, et coïncidence heureuse, un train de marchandise qui venait de Rennes. Ce fut un double déraillement très réussi.
    « La locomotive et des wagons furent détruits, et le trafic arrêté pour deux jours. Les employés n'avaient jamais vu un tel tas de ferraille. On évalua les morts et blessés à 200. Revenu à 11 heures du matin sur le terrain, nous avons vu les patrouilles affolées qui montaient et descendaient le long des talus. Des ambulances sillonnaient les routes. »
    - Oui je me souviens du bruit que provoqua l'accident !
    - Des paysans de la région furent arrêtés puis relâchés. Et la ville de Rennes reçut une amende de deux millions. C'est alors que le préfet régional Ripert donna une liste de communistes suspects qui, par la suite, furent emprisonnés et déportés comme otages.

    II

    Juillet 1943

    Le Commandant Pétri se souvient des jours où il n'était que le responsable Hubert.
    - Vous ne me parlez jamais des actions repressibles menées contre les miliciens ?
    - Mais justement, ce fut en ce mois de juillet 1943 qu'elles commencèrent pour de bon, contre l'adjudant Meigné à Dol. Il avait entre autres crimes, donné une liste de présumés communistes qui furent déportés en Allemagne. Auguste, Dédé le Parisien et moi devions conduire l'affaire. Elle ne fut pas des plus faciles : Notre victime se méfiait et notre premier voyage à Dol n'avait donné aucun résultat. Lorsque le dimanche suivant nous y retournâmes à bicyclette, Dédé et moi, nous attendions le délateur à la sortie de l'église après la messe, mais il n'en sortit pas seul, et pour ne pas risquer de blesser un innocent, nous décidâmes de les suivre. Il quitta son interlocuteur et revint sur ses pas à 30 mètres de la gendarmerie. A l'instant, je m'approchais de lui et tirais à bout portant. Mon 7-65 ne partit pas. Meigné m'agrippa le bras, mais le pistolet de Dédé un 6-35 fonctionna mieux que le mien.
    « Nous avons fui, repris nos bicyclettes qui attendaient prés de l'église et suivi la route de Cuguen. »
    - Retour sans incident ?
    - Il s’en fallut de beaucoup. A 4 kilomètres de Dol le copain brise sa pédale et je suis obligé de le prendre en remorque. A Cuguen, où nous cassions la croûte, les gendarmes de Combourg dont l’un s’appelait Salin nous demandent nos papiers. Les miens étaient en règle, ceux de Dédé étaient faux, la plus sale blague qui pût nous arriver. Heureusement nous savions que la responsable de Combourg était de leurs amis. Nous sommes allés jusqu’à Combourg pour l’avertir. Le soir même elle obtenait de nos gendarmes qu’ils effacent nos noms de leurs calepins.
    « Le dernier incident de notre voyage fut la rencontre à Saint-Aubin-d’Aubigné sur la route de Rennes d’une ambulance qui emmenait l’adjudant blessé à l’hôpital de Rennes où il devait être décoré de la légion d’honneur. »
    - Je vois la manchette : Un héros sauvagement abattu par des terroristes.
    - Oui ; il n’en mourut pas d’ailleurs, malheureusement. Il s’était réfugié par la suite à Saint-Malo où j’ai essayé plusieurs fois de le descendre. Mais il se méfiait et ne sortait jamais.
    - Et maintenant ?
    - Maintenant ! Il est en fuite quelque part en France
    Le commandant Pétri, dit Hubert, sourit brusquement inopinément.
    - Cette affaire me rappelle une jolie histoire : quatre ou cinq jours plus tard, je voyageais sur la ligne Rennes – Saint-Malo, et dans mon compartiment, une brave dame de Dol, racontait à qui voulait l’entendre et à moi tout oreilles qu’elle connaissait les auteurs de l’attentat et savait mieux que personne comment il avait eu lieu. A Dol où elle est descendue, des gendarmes faisaient les cent pas sur le quai… L’instant eut été mal choisi de la détromper.
    - Parlez moi du 14 juillet 1943…
    - Vous vous souvenez de cette mémorable journée ?
    « Oui ce fut assez réussi. Obéissant à des consignes données par le Comité Militaire National des F.T.P. (Charles Tillon Président) qui prescrivaient des sabotages dans toute la Bretagne, je donnai l’ordre à mes camarades de faire un 14 juillet de guerre. A Fougères ce jour là, Jules et Roger Fontaine attaquèrent à la grenade la Fieldgendarmerie. Résultats pratiques : 12 blessés dont plusieurs officiers ; 1 tué, arrestation d’otages et une amende à la ville.
    « Auguste et moi avions passé la nuit du 13 au 14 à Vezin-le-Coquet, à préparer et placer nos bombes. Des morceaux de bois calaient les explosifs contre le pylône. Nous couchions dehors, et je vous assure que malgré la saison, la nuit n’était pas chaude. Nous avons allumé les mèches et nous sommes rentré à Rennes. Quand le pylône est tombé, le ciel s’est incendié jusqu’aux limites les plus lointaines de l’horizon.
    « Avenue du Mail, à 5 heures moins 10, des agents nous croisèrent. Nous riions très haut comme des ouvriers au retour du travail… Mais notre travail n’était pas fini. A 5 h , nous nous séparions rue de la Chalotais. A 5 h 5 , je posais une bombe au soupirail de la cave du P.P.F. et rejoignais ma planque chez Mme Nobilet. »
    « Quelques heures plus tard, les policiers et la Gestapo alertés, établissaient des barrages dans toutes les rues de Rennes, tandis que Charles et ses compagnons jetaient des tracts, dans ces mêmes rues, à pleines poignées. »


    III

    Une période noire

    Les mois de juillet et août 1943, dit le commandant Pétri, sont trop riches en attentats pour que je puisse m’attarder longuement sur chacun d’eux. Vous noterez si vous le voulez :
    « Le sabotage des lignes téléphoniques à l’Hermitage (sur la ligne Paris – Brest),
    « Les déraillements de Combourg et de Bonnemain : Ce dernier dirigé par Jean Turmeau donna comme résultats (14 wagons détruits et l’interruption du trafic pendant deux jours).
    « Le sabotage de la voie Paris – Brest à Montauban
    « Les sabotages de câbles téléphoniques à Marcillé Robert et Quédillac. »
    - Et tout cela sans ennuis sérieux ?















    Charlotte Charles
    Responsable de l’Union des Femmes Le fils du Colonel André Berjon Responsable de l’Organisation
    Patriotes dans le Département Mieux connu sous le nom d’Auguste Politique dans l’I.-et-V. et la Manche

    - Oui. Une veine insolente. Ma seule alerte datait de 1942 quand à la suite d’une distribution de tracts syndicaux rédigés par Le Marlé, responsable de la C.G.T. illégale et moi, j’avais été arrêté et interrogé à Louvigné-du-Désert après perquisition à mon domicile.
    - Qui conduisit les recherches ?
    L’inspecteur Thomas. Nous aurons l’occasion de le retrouver tout à l’heure. C’est en effet en août 1943 que commence notre série noire. Mais depuis juillet, le cercle infernal se resserrait déjà autour de nous : le 4 juillet, à la suite d’une dénonciation de Meignier quatre personnes furent arrêtées à Dol : Mme Lequeu, Mme et Melle Charpentier et Mme X… Cette dernière déportée en Allemagne. Le 27, Jean Fresnel, militant de la classe ouvrière, responsable politique de la Sarthe, était traqué par la Gestapo Française et payait de sa vie un dévouement de chaque jour à la cause Française.
    « Une belle figure, dit le commandant Pétri, un de ces hommes sans qui la France n’aurait pas aujourd’hui droit de parole dans le monde. Un garçon bien, Forain, père d’une petite fille ; en vérité, tout pour être heureux. Il était parti sur ordre dans le maquis en mars 1943.
    « Ce fut à un rendez vous des responsables départementaux que, trahi par le responsable politique de la Loire Inférieure, Léon Renard dit André, agent double, il fut tué dans le guet-apens, coup très dur qui marque le début de nos malchances.
    « Parmi les nombreux camarades arrêtés figurait, en effet, Auguste Delaune, secrétaire de la F.S.G.T. (Fédération Sportive Gymnique du Travail). Le mois suivant, nous reçûmes l’ordre, par l’inter militaire Raymond, de le délivrer de l’hôpital du Mans où blessé il mourait lentement de faim.
    Qui empêcha la libération d’Auguste Delaune ?
    Un malentendu. Dans une voiture récupérée à Montaudin (Mayenne) chez un boucher, nous arrivions au Mans dans les premiers jours de septembre, après récupération de 200 litres d’essence, sous les yeux des Allemands à la gare de Fougères. Malheureusement, l’équipe de Paris qui devait nous rejoindre au Mans ne vint pas, et notre tentative échoua, vous savez de quelle lamentable façon puisque Delaune mourut dans les tortures.
    « Le 3 septembre, retour du Mans, nous nous arrêtons à Romazy, où, d’après des avis reçus, Morellon, Commissaire aux Renseignements Généraux pour la Bretagne, passait de tranquilles vacances. Trop tranquilles à notre gré. Je rentre à Rennes, laissant à Jean Turmeau et à Paul Messenich le soin d’effectuer l’attentat.
    « Voilà comment nous avions convenus qu’ils l’organiseraient :
    Messenich devait téléphoner de Saint Rémy à un café de Romazy, en demandant Morellon à l’appareil. Dans le café, Turmeau l’attendait le pistolet en poche …»
    - Qu’est-il arrivé ?
    - Tout s’est passé comme convenu. Morellon est venu au téléphone, mais il n’y est pas venu seul. Des inspecteurs l’accompagnaient. Turmeau arrêté, Messenich ne recevant pas de réponse, vint à Romazy et se fit prendre à son tour.
    « Histoire désastreuse, car Messénich connaissait beaucoup trop de points de repères de notre organisation et, de l’un à l’autre, par ses aveux, la police pouvait mettre la main sur toute la résistance de l’Ouest. »
    - Il ne parla pas ?
    - Il parla.
    « Voici comment les choses se sont passées. Sur l’ordre des inspecteurs, Messenich prévint Madeleine Raymond, responsable du F.N. local, qu’il dénonçait, que l’attentat avait réussi, mais que Jean étant blessé, il fallait prévenir Hubert, c’est à dire moi. Madeleine ne devina pas le piège et donna mon adresse. Alors les policiers sont entrés chez elle et l’ont arrêtée. Ces inspecteurs étaient Thomas, de vieille connaissance, et Moreau, aujourd’hui encore en liberté.
    « Ils n’ont évidemment pas perdu de temps, Madeleine incarcérée à Jacques-Cartier, ils perquisitionnèrent chez Mme Olson (Combourg), où nous prenions pension depuis le 14 juillet, et le soir même, ils arrêtaient à la Boussac le menuisier Genouvrier et Henri Cloest, l’un et l’autre trahi par Messenich. A Dol et à Lanhélin, d’autres arrestations furent opérées.
    - Où étiez vous pendant ces jours là ?
    - A Fougères, ignorant tout, jusqu’à l’échec de Romazy. Par malheur, le vendredi soir, j’étais passé rue Jules-Simon, à ma planque de Rennes, et j’avais commis la faute d’y laisser un mot, très anodin, sur le chat enfermé au grenier, mais signé Hubert ! Les inspecteurs découvrirent le mot, arrêtèrent Mme Nobilet, hors d’état de nier, et par la même occasion, un ami de Paris, venu au ravitaillement, et qui n’y comprit rien.. Une souricière fut établie dans la maison et, par excès de zèle, Thomas et ses sbires vinrent m’attendre le lundi matin, à l’arrivée de l’omnibus de Fougères, sur renseignement de Messenich, qui prenait à cœur son rôle de traître. Ce fut cette précaution qui me sauva.
    - Comment ?
    - Par simple hazard, je pris ce matin là la Micheline et non l’omnibus. Je croyais ne gagner qu’une heure, c’était ma vie que je sauvais. En effet Thomas ne pouvant être à la fois à la gare et rue Jules-Simon, le commissaire avait laissé à la souricière trois inspecteurs : Lemonnier, Tirel et Collet dont les deux premiers étaient des résistants de la première heure et le troisième un tout jeune homme. Première chance : ils fouillèrent partout dans mes valises et sur moi-même, sauf dans un sac qui contenait, sous des livres, deux pistolets. Seconde chance, mes papiers d’identité étaient en règle, à mon vrai nom, mais j’avais d’autres fausses cartes et tickets pour les réfractaires. Après discution, ils me relâchèrent. Et Lemonnier me dit sur le palier : " Préviens vite tes camarades ".
    « Toute la meute est revenue, ne m’ayant pas vu au train, chez Mme Nobilet. Ils ne trouvèrent comme trace de mon passage que le papier glissé par moi dans la bpîte à lettres pour avertir les amis. »
    - Fureur du Commissaire Divisionnaire ?
    - Il ordonna une battue en ville et les plus inoffensifs passants se virent réclamer leurs papiers. J’étais à la poste envoyant télégramme sur télégramme : « Jean malade, prendre précautions » . « Jean malade, prévenir Fanny , Jules, André… ». Ce même jour, j’attendais Melles Lemeur et Hamon, de Plouézec et d’Yvias (Côtes du Nord). Elles m’apportaient des tickets d’alimentation, que des inspecteurs résistants de Rennes, complaisants, transportèrent durant tout le parcours.
    « Je les ai jointes à la sortie de la gare et les ai avertie à temps. »
    - Mais le climat de Rennes devenait dangereux pour vous.
    - Trop. L’Inter – Michel m’envoya dans les Côtes du Nord, où je me reposais huit jours à Plouézec, et où je rencontrais Yves, responsable des Côtes du Nord. Et de là, je partis pour Paris, où je me terrai quinze jours et passai au travers des fouilles du Sentier, puis dans le Calvados où je repris liaison.
    - Qu’advint-il des F.T.P. arrêtés ?
    - Jean Turmeau s’était évadé de la Prévalaye, le soir du 7, en marchant sur la gouttière, et en descendant deux étages par ce chemin. Il se cacha chez Mr Gernigon à Goven. Quand à Messenich…, mais ceci est une autre histoire….

    IV

    L’activité Front National

    « Cette année 1943, dit le commandant Pétri, marque le départ réel et organisé de la Résistance. Prétendre la décrire par un bref exposé de notre activité militaire serait injuste, et inexact. Parallèlement à nos sabotages, la formation de nos cadres F.T.P., une immense action politique se dessinait. Il n’y eut pas que ceux qui déboulonnaient les voies et font justice : Il y eut ceux qui par leurs paroles, leur action civile, leurs distributions de tracts et leurs liaisons, établissaient sur toute la Bretagne, les mailles du filet où tôt ou tard, l’ennemi devait se laisser prendre.
    « Les responsables inter et départementaux, Charles et Charlotte, François (Alfred Leroux), Jean Racapé, Juliette et Danielle, Desordes, Auguste (Actuellement lieutenant colonel Berjeon) et Jeannine, infatigables, sillonnaient la région. Dans chaque ville, ils trouvaient des oreilles disposées à entendre, des bras prêts à agir.
    « Au tableau d’honneur de cette action souterraine, il faudra bien un jour nommer :
    « A Fougères Thérèse Pierre, les Fontaines père et fils. MM. Ponson, Boivent, Bouffort, Genouel, et Louis Geffroy, Mr et Mme Lendormy.
    « A Rennes : Mme Nobilet, Mr et Mme Lanoë (maraichers), Mme Beaufils, Mr et Mme Maurice Geffroy.
    « A Dinard : Mr et Mme Roger, Mme Beaumatin, Mme Maufrais, Melle Thomas et Léon Reul.
    « A Saint Malo : MM ; Legrand et Jouan,Mme Leroux.
    « A Combourg : Mr et Mme Rouxin, Mmes Olson et Peuvrel.
    « A Redon : Melle Jan.
    « A Goven : Mr Gernigon .
    “ A Dol : MM. Provost .
    “ A Pléchatel : MM. Duclos (Maire) et Jean Guérillon .
    « A Bain-de-Bretagne : MM. Travers, Mr et Mme Ralon .
    « A Lancieux : Mr et Mme Tavet .
    « A Louvigné : Corentin Carne, Faligot, Patry, Mme Gereux .
    « Au Ferré : Melle et Mr Goré .
    « A Landivy : Mr Le Monnier, Melle Le Meur .
    « Aux Chapelles : Mr et Mme Le Personnic .
    « A Saint-Aubin-du-Désert : Mr et Mme Allais, Et tant d’autres noms …, que je m’excuse de ne pouvoir citer .
    - Activité de propagande, n’est ce pas ?
    - Non seulement… Certes , la diffusion des tracts était pour nous d’une grande importance, et j’ai fait moi-même le transport d’une Ronéo en plein jour à Saint-Malo. Mais le travail conjugué du F.N. et de l’Union des Femmes Patriotes (U.F.F.P. actuelle) eut des résultats bien plus immédiats ; Colis aux prisonniers, planques aux responsables, émission de fausses cartes, fabrication de lainages. J’estime que plusieurs centaines de fausses cartes ont été mises en circulation cette année là et plus de 600 000 francs, distribués aux réfractaires, aux familles de déportés… Et le 11 novembre 1943, où des gerbes furent déposées dans presque toutes les villes, apporta le témoignage de cette union.
    « Parallèlement, s’établissait un réseau de renseignements actif. Nous étions tenus au courant, jour après jour, par la police elle même, de ce qui se tramait contre nous.
    « C’est ainsi qu’à mon retour à Rennes, en octobre 1943, toutes mes planques découvertes, je fus hébergé par l’inspecteur Vidament.
    - Si je comprends bien, les services policiers furent pour vous de précieux soutiens ?
    - C’est à dire que sans l’aide de certains inspecteurs, l’œuvre de la Résistance n’aurait pu se développer avec autant de sécurité. Je viens de vous citer Vidament, chez qui je logeai de d’octobre 1943 à juin 1944. Je vous ai parlé des inspecteurs Lemonnier et Tirel, qui non seulement à la souricière de la rue Jules-Simon, ne m’arrêtèrent pas, mais s’arrangèrent pour que je puisse prévenir mes camarades, et les inspecteurs Jean Flouriot et Vidament Louis, qui portaient des colis de tickets récupérés.
    « Mais également Deveaux, Melison, les commissaires Donat et Le Poullennec, les gendarmes de Combourg, de Dinan, de Redon, du Grand Fougeray, le commissaire Rio de Dinard, ont été parmi ces alliés de la première heure.
    « Il n’est pas dans mes intentions, maintenant que le danger est passé, d’oublier ce que nous leur devons.


    V

    La S.P.A.C. et l’enfer Jacques Cartier

    « Thérèse Pierre ? dit le commandant Pétri. Peu de temps après Mme Gautrie, elle fut arrêtée le 23 octobre 1943 à son domicile par la Gestapo. Je garde d’elle le souvenir d’une militante active, courageuse et dévouée. Sa prudence était extrême et tous ses gestes médités. Son calvaire et sa mort sont dans bien des mémoires, mais leurs détails ne sont pas très connus.
    « Transférée à la prison Jacques Cartier, elle fut, dés son arrestation jusqu’à sa mort, torturée heure par heure, battue et flagellée deux jours consécutifs. Elle restait en contact avec ses compagnons de prison par le canal du chauffage central. Mme Lequeu, de Dol, recueillit ses dernières paroles. Le corps entièrement meurtri, elle se traînait sur le sol de sa cellule, sanglotait, criait de douleur, répétait inlassablement : « Je ne parlerai pas… Ils ne me feront pas parler ». Vers la fin de ce deuxième jour, elle prononça distinctement : « Ils n’ont rien obtenu de moi… ». Le lendemain matin, on la trouva pendue aux barreaux de sa geôle avec un de ses bas. De toute évidence, c’était là une mise en scène allemande pour faire croire à un suicide. Mais quelle vraisemblance que, martyrisée comme elle l’était, au point de ne pouvoir plus marcher, elle ai eu la force de se pendre ! La Gestapo, en maquillant son crime de si grossière façon, achevait de le signer.
    « Les obsèques de Thérèse Pierre eurent lieu à la cathédrale de Rennes, où son corps fut transporté de la morgue.
    - N’est ce pas vers ce temps qu’intervint la S.P.A.C. ?
    - La S.P.A.C. descendit de paris vers novembre. Et, dans tout le département, des arrestations nombreuses furent la conséquence de sa présence à Rennes. Les détenus politiques arrêtés à la suite de l’affaire Morellon furent pris en mains par les bourreaux et durent périr sous les coups ou donner les noms de leurs responsables. Larrieu et son aide, de Saint-Germain, dit le Marquis, sadiques de la basse espèce, excellaient dans ces "confessions". La " Table des friandises " rendit tristement célèbre les caves de Jacques Cartier.

















    Jean Turmeau
    Adjoint au Commandant Pétri
    Jean Fresnel en Ille et Vilaine Thérèse Pierre

    - Qu’appelait-on ainsi ?
    - La table où le détenu était allongé, nu, et battu, parfois pendant des heures, du fouet et du nerf de bœuf. L'ingéniosité de ces criminels était inépuisable et leur cruauté sans merci. Les hommes et les femmes dont ils prenaient la charge étaient méconnaissables dés le second jour.
    « Parfois, frapper ne leur suffisait pas. Ils écrasaient le ventre de leurs victimes, comme ils le firent pour le responsable départemental Bernard, de son nom David, mort dans les tortures.
    « A Rennes, Mmes Pondar, Godin, Rubillon, Paty, MM. Le Dal et Lalanne ; à Fougères les Fontaine père et fils fusillés plus tard à Fresne ; MM. Ponchon, Bouffort, Le Gallo, Guédo, Le Parié, Geffroy, Marie Jouan, responsables des F.U.J.P. connurent les affres spéciales de Jacques Cartier. Mais il me faudrait citer Dol, Combourg, Landivy, Louvigné, où la S.P.A.C. vint perquisitionner chez moi, piller, tirer des balles dans les portes, frapper sauvagement mon père et ma mère… Il me faudrait citer toutes les villes du département et les centaines d’arrestations qui eurent lieu durant ces mois »


    VI
    Saint-Senoux – Dinan

    Nous abordons l’année 1944, terrible par les combats meurtriers, mais lourds de gloire menés par les F.T.P. de Bretagne, par le souvenir des attaques dirigées contre les collaborateurs et les organismes au service des Allemands : R.N.P. , P.P.F. ; L.V.F. ; S.T.O. Noms sinistres…
    « A Dinan, Dinard, Saint-Servan, Saint-Malo, Paramé, Lancieux, Rennes, Bain-de-Bretagne, Redon, Fougères, Laval, Le Hinglé, Evran, etc, leurs immeubles sautent. Les boches s’inquiètent. Parallèlement, nous faisons dérailler un train prés de Saint-Malo, la locomotive et sept wagons furent endommagés. Nous attaquions la distillerie Boske à Saint-Malo qui travaillait pour l’ennemi : destruction de plusieurs milliers de litres d’alcool, usine hors d’état de service pour plusieurs mois..
    - Ceci nous amène au mois de mars ?
    - Il fut très fructueux. Déraillement de Laillé. Sabotage à Langon et à Messac.. Mais je voudrais vous parler particulièrement du déraillement de Saint-Senoux, un des plus beau coup de force qu’il m’ai été donné de réaliser. En effet les Allemands avaient disposé des gardes Français à chaque orifice du tunnel. Il nous fallut capturer successivement l’un et l’autre poste. Par la suite tous les gardes-voies qui passèrent par là furent capturés, et c’est ainsi que nous en avons tenu sept entre nos mains. Enfin le travail de déboulonnage au milieu même du tunnel fut accompli sans difficulté, et le déraillement qui s’en suivit aussi complet que possible. Les gardes-voies prisonniers furent amenés sur la butte et je leur donnai l’ordre de porter secours au chauffeur et au mécanicien. Car il n’est que trop vrai de dire, ajoute le commandant Pétri, que ce sont les chauffeurs et les mécaniciens qui ont le plus à souffrir des coups que nous portions aux transports ennemis.
    « Ce fut également vers cette période qu’eut lieu l’attaque de la prison de Dinan. Elle fut motivée par l’arrestation des lieutenants Jean-Marguerite (de Saint-Malo) et Jean Guérillon (de Pléchâtel), effectuée par les gendarmes Le Penzec et Besnier ou sur leurs ordres. Une première tentative du groupe Hesry-Fayon aboutit à un échec provoqué par les avertisseurs électriques de la prison. Des pourparlers avec le directeur et le gardien de la paix Maillard nous assurèrent de leur complicité. L’opération fut relativement simple. Une échelle prise dans un chantier voisin nous permit de franchir la première enceinte.
    - Etiez vous nombreux ?
    - Une dizaine, j’avais avec moi mes lieutenants Roger et Pierre et huit ou neuf F.T.P. , les gendarmes n’opposèrent aucune résistance et se laissèrent désarmer. Nos camarades libérés, nous enfermâmes les gendarmes et gardiens dans une cellule de la prison, dont, bien entendu, nous prenions les clés. A Pleurtuit, Alerte. Les Allemands nous arrêtent pour violation du couvre-feu. Nous fuyons à travers les champs de mines, perdant bicyclettes mais en sauvant nos armes. Après nous être planqués pour la nuit chez Mr et Mme Tavet (Lancieux) nous rentrons à Dinard le lendemain pour assister à des arrestations arbitraires, mais qui n’eurent pas de suite.
    « Malheureusement, en mai, le gardien de la Paix Maillard dénonça nos camarades, et des arrestations plus tragiques eurent lieu, parmi lesquelles celles d’Hesry, La Planche, Fayon,le gardien-chef, etc… Huit de nos camarades et Maillard devaient être fusillés le 21 mai 1944.


    VII

    L’Attaque de la Prison de Vitré

    « Environ trois semaines avant l’attaque, nous en commençâmes la préparation : Le plan de la prison nous avait été envoyé, traçé à l’encre sur un vieux bout de chiffon par lezs camarades prisonniers. Du ravitaillement, des médicaments et de l’essence pour le voyage nous étaient donnés par Mr Roger, tandis que Mr Macé préparait les échelles de cordage et les tubes de bombes.
    « A la suite d’une lettre urgente d’une femme de l’un des captifs, reçue le 20 avril, je rencontrai cette personne à Rennes. Elle m’avertit que les prisonniers devaient passer dans un très proche avenir à la Cour Spéciale d’Angers. Vous savez ce que cela veut dire.
    « Nous projetâmes l’attaque pour le samedi 29 avril, prévoyant de la remettre au dimanche en cas d’échec. Mes deux lieutenants Roger Buars et Pierre Brageul et Josette, femme de liaison, furent envoyés le 28 à Vitré pour reconnaître les lieux. Le rendez vous avait été fixé à deux kilomètres de vitré, sur la route de Janzé. En dehors des lieutenants, aucun des F.T.P. ne savait exactement le but du déplacement.
    « Parti de Rennes en voiture avec Julien, emportant les
    échelles, le ravitaillement et les médicaments, je rejoignis au
    lieu prévu les groupes de La Bouëxière, de Dinan, de Rennes et
    de Redon. Il était environ 11 heures du soir.
    « A 500 mètres de la prison, la voiture fut garée dans un
    champ. Nous étions au nombre de seize, portant des échelles,
    les armes, etc… L’échelle de corde ne s’accrocha pas immé-
    diatement sur le mur, mais, avec de la patience nous parvînmes
    à l’y fixer. Aussitôt après la relève des gendarmes, vers 1 heu-
    re du matin, je déclenchai l’attaque, et les enceintes franchies,
    les camarades encerclèrent le bâtiment central de la prison.
    - Les Gendarmes ne réagirent pas ?
    - Ils devaient dormir dans une guitoune prés de l’immeu-
    ble. Nous étions prêts à tout, et nous avions tout prévu : Si
    nous ne pouvions parvenir à nous faire ouvrir, Boursier, vêtu
    de la tenue du gendarme Saquet, du Grand-Fougeray, devait
    donner le change. Mais tout se passa très bien : l’un des nôtres La porte de la prison de Vitré
    sonna de l’extérieur et à l’instant où le gardien entrouvrait la porte du bâtiment central, nous nous sommes jetés sur lui et avons pénétré dans les salles. Surpris dans leur sommeil, effrayés par notre nombre et par nos armes, les gendarmes se rendirent sans résistance.
    - Les détenus ne devaient pas en croire leurs yeux ?
    - Ce fut un instant inoubliable, le plus émouvant qu’il m’ai été donné de vivre. Les camarades pleuraient de joie, nous embrassaient. Certains d’entre eux immobilisés, Ferrand, mutilé, et Geffroy, atteint d’une Phlébite, nous demandaient de ne pas nous encombrer d’eux. Mais il n’était pas question de les laisser en arrière.
    - N’y avait-il donc que des détenus politiques dans la prison ?
    - Nullement, une cinquantaine environ. Mais le gardien-chef m’avait remis la liste des détenus politiques, et malgré leurs supplications, les droits communs furent laissés dans leurs cellules.
    « Après les hommes, nous libérâmes les femmes : Mmes Lendormy, Genouël, Brionne.
    « Mais une besogne moins joyeuse nous attendait. Tout les prisonniers en effet, me désignèrent Messenich comme le principal responsable de leurs arrestations. Personnellement, j’avais déjà acquis la preuve de sa trahison et de sa lâcheté au cours de l’affaire Jean Turmeau à Romazy. Il était d’ailleurs au "mitard" pour 90 jours pour avoir voulu adresser à la Gestapo une lettre où il se plaignait de la bienveillance du gardien envers les prisonniers.
    « Les détenus sont sortis dans la cour, et par groupe de dix, commandé chacun par un F.T.P. partirent vers La Bouëxière. Mr et Mme Brionne s’éloignèrent en bicyclette vers Brie. En dehors de trois femmes, les détenues refusèrent de partir, soit par excés de fatigue, soit par peur des tortures en cas de reprise. Quelques jours plus tard elles partirent pour Angers et de là vers l’Allemagne..
    « A 500 mètres de la prison, dans un champ, j’accordai sa dernière cigarette à Messenich, qu’une rafale de mitraillette abattit.
    « Le gardien m’avait demandé de couper le fil du téléphone avant notre départ afin qu’on ne lui reproche pas d’avoir alerté. J’avais accédé à son désir, et la femme du gardien que je laissais libre m’avait promis de ne pas donner l’alarme avant sept heures. Il en était 5 quand nous quittâmes la prison, et je pensais n’avoir rien à craindre avant que tous les prisonniers ne fussent en sûreté. Deux faits insignifiants causèrent tous nos ennuis. Premièrement un de mes camarades oublia sa mitraillette dans le champ proche de la prison où nous nous étions arrêtés. Deuxièmement, Le Gac, qui devait avoir prévu les planques et nous attendre à La Bouëxière, n’était pas au rendez vous. Eugène Richomme, Boursier et moi, nous perdîmes du temps à essayer de le joindre, et ces recherches se prolongeant, commençâmes d’explorer les champs et les bois autour du village .
    « Entre 10 et 11 heures, les gendarmes Demeuré et Lepreux nous rencontrèrent et nous demandèrent nos papiers. Au cours d’un vif combat qui s’engagea, Demeuré tira plusieurs balles sur moi sans m’atteindre et finit par s’écrouler, matraqué par un de mes lieutenants. Lepreux tenta de fuir, mais rejoint et désarmé, fut fait prisonnier comme son collègue. Je leur laissai la vie, ne leur demandant que la promesse de ne pas alerter les Allemands.
    « Une heure plus tard, nous retrouvions les prisonniers de Vitré, cachés dans un bois et disposés déjà en postes de guetteur. Je remis à chacun des adresses de planques, des tickets d’alimentation, et cinq billets de mille francs. Et tout à la joie d’être rassemblés, nous échangions des souvenirs communs, lorsque à nouveau, des gendarmes nous attaquèrent. Il s’agissait cette fois du brigadier Bignand et d’Esnault, prévenus par Demeuré et Lepreux, et qui venaient d’arrêter Le Gac, Le Dal, Guillard, et Ponson. Le Gac , nous sachant en nombre, n’avait pas hésité à guider vers nous ses gardiens. Nos camarades libérés agirent avec Bignand et Esnault comme le matin avec Demeuré et Lepreux, leur laissant la vie et même leurs armes et ne leur demandant que de ne pas les dénoncer.
    « Mais il était trop tard, les dénonciations étaient faites, et les G/M.R. déjà en campagne. Les prisonniers s’étaient dispersés à l’arrivée de Bignand et je restais avec sept hommes seulement. Les G.M.R. au nombre de quatre-vingt tentèrent un encerclement du bois. Le casque de l’un d’eux repéré dans les hautes herbes, nous avertit du danger que nous courrions et nous prîmes la fuite à travers champs jusqu’à Saint-Sauveur –des-Landes où nous arrivâmes à minuit. C’était plus de 60 kilomètres franchis au pas de course malgré clôtures, haies, ruisseaux. Et nous étions sur pied depuis la veille au matin !
    « Les prisonniers surtout, étaient épouvantés à l’idée d’être repris. L’un d’eux n’ayant plus la force de nous suivre, s’est caché dans une ragole (arbre creux) et y est resté deux jours immobile, sans manger ni dormir.
    « Pour nous, accueillis par Mme Ollivry, nous pûmes regagner assez de forces, après une bonne nuit, pour rejoindre Fougères le lendemain, sans autre alerte que la rencontre de trois G.M.R. au coin d’un bosquet de la station de La Rivière »

    VIII

    Le mois de mai 1944

    « Deux actions parallèles marquent l’action de la Résistance en Ille-et-Vilaine, pendant le mois de mai 1944. La préparation du débarquement désormais tout proche et la continuation de sabotages contre l’ennemi.
    - C’est en mai, dit le commandant Pétri, que je repris liaison avec l’Etat-Major National, par l’intermédiaire du Commandant Patrick, délégué par le Comité Militaire National pour la région de l’Ouest. Le Commandant Jacques, subdivisionnaire et le commandant Maurice, inter aux opérations, composaient avec nous le Comité Directeur Régional. Le Quartier-Général des Maquis de l’Ouest devait être situé dans la région de Tour et rester en relations avec Paris. Tous les plans avaient été dressés pour que des ramifications de cette action de résistance s’étende à travers la Bretagne et la Normandie et permettent des mouvements de troupes et des parachutages.
    « Dans le cours du même mois, j’entrai en liaison avec l’A.S. de Morlaix, qui était en relation directe avec Eisenhower. Nos réunions avaient lieu à Rennes, chez Mr Milon, notre maire actuel. Les planques des agents français désignés pour les parachutages étaient à Goven, chez Mr Gernigon et à Langon, chez Melle Moquet. Boursier était à Langon prés d’un des agents. Je faisais alors partie du triangle de direction des opérations du Premier Régiment Breton, sous les ordres du Colonel Fabien (Patrick).
    - Que devenait pendant ce temps l’activité de vos groupes ?
    - Les sabotages et les attaques à mains armées devinrent alors si nombreux, qu’il ne m’est guère possible que de vous indiquer les plus importants. Le 1er mai sautaient sept pylônes sur la ligne Montbelleux-Fougères. Le 7, à Rennes, le service d’information. Le 8, alors que nous étions occupé à saboter la ligne de l’Hermitage, pour empêcher un train entier de G.M.R. de partir attaquer les maquis de Pontivy, mon lieutenant Jean Marguerite et le capitaine Julien Lamanilève sont surpris par deux Allemands qui les mettent en joue et leur ordonne de les suivre. Heureusement, dans le but de les fouiller, l’un d’eux remet son arme à la bretelle, et c’est la bagarre, dont mes hommes sortent vainqueurs, après avoir tué l’un des boches et mis l’autre en fuite.
    « Le train de G.M.R. ne partit pas ce jour là, et j’eus le temps de prévenir mes camarades du Morbihan. A Messac la destruction de 50 boyaux de freins immobilise toute une rame de wagons. A Dinan, une locomotive est rendue inutilisable.
    « Le 11 mai, sous les ordres du lieutenant Guy Bélis, les F.T.P. attaquent à Fougères, en 4 groupes, 4 garages remplis de camions allemands, en détruisent par l’incendie une trentaine et brûlent l’essence, l’huile et le matériel de réparation. Le lendemain alors qu’ils prenaient le T.I.V., nos camarades sont attaqués par des agents français et de la gestapo. La bataille fut sérieuse puisque deux inspecteurs furent blessés et un Allemand tué, tandis qu’un des nôtres, Emile Favennec, était blessé au bras. A La Rivière, un kilomètre plus loin, ils sont descendus du train et partis à travers champs où les attendaient de nombreuses échauffourées avec les Allemands. Ils sont arrivés à Rennes épuisés et en loques.
    « Enfin, la fin du lois de mai fut marquée par l’attaque du poste électrique de Saint-Brice-en-Cogles, au cours de laquelle le transformateur de secours fut détruit et le transformateur central endommagé.

    IX

    Le Débarquement

    « Fin Mai, alors que s’organise le Maquis de Broualan, sous les ordres de Pierre Jouan, Jacques Marguerite, Auguste Delaigue et Rolland, pour servir de place de transbordement vers la Mayenne, brusquement, des arrestations multiples viennent gêner et contrarier notre action. Les agents envoyés de Paris et munis des dernières instructions sont arrêtés à la gare de Rennes. Jacques et Maurice sont pris dans une râfle de la Gestapo, dans un hôtel derrière la gare, en même temps que divers responsables de Bretagne qui détenaient les plans des opérations. Rue de Saint-Malo, Jean Marguerite, grièvement blessé, et Bob sont capturés par la Gestapo et la Milice. Ils seront plus tard tous deux torturés. Mr Gernigon à Goven, reçoit une visite de la Gestapo qui découvre chez lui des armes automatiques, incendie sa ferme, le torture et le fusilleront le 30 juin. Moi-même, je manque d’être arrêté avec Thierry et n’échappe que de justesse aux miliciens, qui sortaient des abris souterrains du champ de Mars, à l’instant où nous nous séparions.
    « A la suite de toutes ces arrestations, je perdis le contact avec Fabien, alors que tous nos camarades de la Côte étaient déjà prévenus. A la veille du grand combat, tout semblait compromis.
    « Cependant les premiers messages passent à la radio de Londres, messages, dont le sens nous était dévoilé par le Quartier-Général de Morlaix. « J’ai une centaine de canards », nous annonça le parachutage de la nuit du 29 au 30 mai, à Louvigné-du-Désert. L’avion parachuta de beaucoup trop haut et les containers s’éparpillèrent dans les bois et les ravins, rendant la tâche difficile à nos camarades. Le tout fut néanmoins récupéré, camouflé dans une grange et recouvert de foin, en attendant d’être transporté à Fougères et ailleurs.
    « Puis ce furent les messages d’attente :
    « Le camion est en panne » ; « L’heure du combat est proche » ; 36 heures avant le débarquement : « Les sirènes auront des cheveux » ; « L’heure du combat viendra ».
    « Suivant les instructions reçues et en accord avec Thierry, je décide de diriger les éléments vers la Normandie et d’y établir mon Etat-Major. Depuis la mi-mai, un camarade du nord de la Mayenne préparait les lieux, préparait des armes et du ravitaillement ; plusieurs F.T.P. étaient déjà sur place.
    « Le 5 juin au soir, nous captons le message : « Il fait chaud à Suez », qui signifiait : Préparez vous, et en même temps, le message : « Les dés sont sur le tapis », qui voulait dire : Attaquez..
    « Le 5 juin, des récupérations de carburant et d’ex-
    plosifs étaient opérées à Loubigné du-Désert par un grou-
    pe de Fougères. Le 6 au soir, ce furent les 7 attentats prévus
    sur les voies de chemin de fer. Les explosifs avaient été re-
    pris chez Mr Milon par notre ami Guénot de Morlaix, qui les
    avaient transportés à Sainte-Anne-sur-Vilaine. Sur les sept
    attentats (Ploërmel - La-Gouesnière , Messac – Guer ,
    Messac – Rennes , Messac – Redon , Messac – Chateaubri-
    ant , Ploërmel – Guer , Ploërmel – Malestroit) ,un seul fut
    manqué au cours duquel nous avons perdu Louis Mazan. Le
    même jour des pylônes sautent à Avessac, La Chapelle-Sain-
    te-Melaine. Les groupes du sud de la Manche et de la Mayen-
    ne coupent les câbles souterrains des lignes téléphoniques ;
    Le Camp de Broualan récupère des armes.
    « Le 7 juin, après les dernières directives données
    aux groupes, nous organisons l’installation définitive de
    l’Etat-Major dans la forêt de la Monnaye. Les groupes F.T.P
    d’Ille-et-Vilaine arrivent les uns après les autres et la vérita-
    ble préparation militaire va commencer.
    « Dés le 9 juin, les bagarres recommençaient avec
    l’attaque d‘une voiture allemande dont l’un des occupants
    fut tué. Elles n’avaient pour ainsi dire jamais cessé, pas plus
    en Normandie que dans toute la Bretagne. La liste de nos Pierre Brageul . Jean Marguerite
    martyrs s’allongeait chaque jour : René Boursier, blessé, Roger Buard, Jean Guérillon
    était achevé par les miliciens au maquis de Larchamp au pied du pylône qu’ils viennent de faire sauter
    (à la suite d’une dénonciation par téléphone de Fleury au
    milicien Bellier)
    « Le même jour Guy Belis et quatre camarades étaient arrêtés lors de l’attaque du garage de la Feldgendarmerie de Fougères. Nous répondions coup pour coup : C’était le 7 l’exécution de Renard, le traître de Saint-Manvieux-Bocage (Calvados), accusé d’avoir livré un parachutiste Canadien ; c’était le 9 le déraillement d’une locomotive sur la ligne Rennes – Redon, après un déboulonnage de 44 mètres de voies, entraînant un arrêt du trafic de quinze jours. De fut le 13, sur la route de Renac, l’attaque d’un camion allemand.









    X

    Le maquis de Lignères

    - Que devenait votre maquis de Mayenne ?
    - Nous étions installé prés de Lignères-la-Doucelle, dans une ferme entre bois et champs, nommée la Gérarderie. Un énorme matériel, déjà, y était assemblé, et une quarantaine de gars réunis. Nous attendions de nouvelles arrivées qui en quinze jours, eussent porté notre nombre à 500 ou 600.
    « Le 13 juin, nos indicateurs nous annoncent la présence d’un camion en panne prés d’Orgères. Treize Allemands l’occupaient.
    - Diable !
    - Oui, on a beau n’être pas su-
    perstitieux… Nous attaquâmes en deux
    groupes de cinq, emportant une victoire
    à peu prés complète : 5 boches tués et 3
    prisonniers. Malheureusement un man-
    que de coordination des groupes causa
    les blessures graves de deux des nôtres.
    Paul Lasnier et René Pelé et, en somme
    tout ce qui s’ensuivit.
    « En effet, immédiatement
    alertés par les boches en fuite, d’impor-
    tants contingents allemands étaient sur
    les lieux une heure après notre coup de
    main. Chez Catois, le fils du maire de
    Lignières, où il s’était réfugié, ils arrê- Un vestige de la tragédie du Moulin d’Evert où tombèrent 4 F.T.P.
    taient Paul Lasnier et, à la Mairie, le res-
    ponsable de l’A.S. qui s’y trouvait par un mauvais hasard.
    « Vers 19 heures, Alain Le Gac, de garde, actionne sa mitrailleuse : le signal de l’alerte. Plus de 200 soldats entouraient le bois et le champ et disposaient sur les bords de la route des mortiers de campagne. Une partie de notre équipe gagne la forêt. Les autres dont j’étais, réfugiés dans le grenier de la ferme, tiennent en échec les Allemands et en tuent une vingtaine dont un officier S.S. Mais sous le feu de l’ennemi, notre situation devenait intenable. Je décide une sortie. Roland et le valet me précédaient. Derrière moi une grenade est jetée dans la salle que nous occupions, et de ceux qui occupaient la Gérarderie, nous fûmes les trois seuls survivants.
    « Vers trois heures, j’arrivais dans une ferme, et plus tard dans une autre prés de Ciral où je m’endormis épuisé. Le lendemain, j’atteignis Saint-Aubin-du-Désert.
    « Le Commandant Pétri se tait et dit lentement :
    « Parmi ceux qui sont morts, ce jour là, il y avait des amis que j’aimais. Delattre que j’avais sorti de la prison de Vitré et qui vint se faire tuer à côté de moi. Pierre Jouan, qui venait à peine de nous rejoindre… Richomme. Ceux qui ne furent pas tués dans la ferme, les Allemands les amenèrent au carrefour, à 11 heures du soir et les fusillèrent, là, après d’innombrables tortures. Seule, fut épargnée, la fille du Commandant Maxime, déportée en Allemagne. Gustave Bobo notre Hôte, Cotin, René Pelé, Robert Gougeon, Paul Lasnier, Alain Le Gac, Gilbert Zoccolini, François Cheminel et Auguste Leduc, tombèrent en cet endroit.
    « Le bilan de cette journée se soldait pour nous par la mort de onze camarades, la perte du matériel de guerre, de marchandises, de matériel d’imprimerie… et trois jours plus tard, par l’incendie de l’école et de la Mairie du bourg par les S.S.
    - Elle se soldait aussi, dis-je, par une page de gloire ajoutée à l’histoire du maquis !
    XI

    Parachutages

    « A la suite de l’attaque du maquis de Lignères, il nous fallut réviser nos plans. Les maquisards qui avaient échappé au carnage et 50 F.T.P. de la zone côtière qui avaient pu être avertis sur leur route, s’installent en de nouveaux lieux, dont le camp de Saint-Mars-du-Désert (Mayenne), sous les ordres du Capitaine Grégoire, les maquis de Chevaigné-du_Maine, La Baroche, les Chapelles. Pour ma part, je m’empresse dés le 14 juin de reprendre liaison avec la Commandant Anglais Michel (Claude de Baissac), originaire de l’Ile Maurice, afin de détourner les parachutages d’abord prévus sur la forêt de Lignières. Parallèlement je réorganise mon Etat-Major avec Julien, Roger, Ravet, Lepersonnic.
    - Où eurent lieu les parachutages ?
    - Les deux premiers à la Baroche, sous le signe « La cruche est cassée enfin » et à Fougerolles du Plessis sous l’appel « La banque est fermée ». Réussite magnifique : 7 avions, dans les 12 tonnes de matériel.
    - Comment s’effectuent ces parachutages ?
    - Imaginez d’abord une vaste étendue, 7 à 8 hommes sont sur le terrain attendant le premier avion ; 7 ou 8 en lisière attendant le second, etc… Une douzaine d’hommes armés assurent dans les champs le cordon de sécurité. Trois lampes dirigées dans le sens contraire du vent, obéissent au signal de ma lampe code qui sert aussi à guider l’avion… Lorsque le Libérator ou le Lancaster a compris mon message en morse lumineux, une lampe s’allume sous la carlingue : la réponse. L’avion alors passe au dessus du camp, vire et revient sur la première lampe.
    « Il lâche le tout avec une maîtrise admirable. C’est un spectacle impressionnant, je vous assure que ce grand oiseau noir qui vient pour nous de l’Outre-Manche et dont les ailes s’éclairent d’argent lors du virage. Ils parachutent généralement entre la deuxième et la troisième lampe, quelquefois à côté, jusqu’à 16 containers, 4 ou 5 paquets contenant des postes récepteurs ou émetteurs, des moteurs, des accus, de l’acide, des chaussures, du ravitaillement. Les grands containers mesuraient 1 m 80 et les petits 60 cm. Les grands étaient les plus attendus. Ils renfermaient des fusils-mitrailleurs, des mitraillettes, des fusils. Ils se dévissaient aisément, d’un seul coup. Il faut dire aussi que nous n’avions pas de temps à perdre ».
    - Je le crois sans peine. La préparation… ?
    - Elle résidait surtout dans la prévision des planques. Mais il y avait le problème du transport : des fermiers prêtaient leurs voitures. Il nous fallait emmener dans la nuit, sur 2 et 3 kilomètres, 10 tonnes de matériel avec 3 voitures à chevaux ».
    - Impossible !
    - Il faut croire que non puisque cela se réalisait. Encore ne faut-il pas oublier la présence constante des Allemands sur terre et… dans les airs. C’est ainsi que une fois à Pré-en-Pail, une équipe fut mitraillée par des chasseurs boches.
    - En dehors des parachutages, quelle était l’activité des groupes ?
    - Toujours la même, de jour en jour intensifiée.
    « Le Commandant Pétri feuillète les rapports entassés sur la table et cite des faits extraordinaires comme s’ils étaient la chose la plus aisée du monde. C’est dans le Calvados, 2 F.T.P. qui tuent un boche ; à Fougerolles, la construction d’un souterrain, des récupérations d’armes ; à Saint-Duval, la destruction de motos et d’autos ; l’explosion du Pont-Aufray ; l’attaque de l’Etat-Major Allemand au Châreau de la Croix-Guillaume en Lignières où 3 officiers furent tués ; les attaques à la grenade de deux camions ; un vol d’explosif à la mine de Brais en Vieux-Vy-sur-Couesnom avec la complicité des F.T.P. de la mine… »
    « Voici tout de même que Louis Pétri s’anime :
    « Le 23 juin, 3 F.T.P. incendient 2 avions allemands en panne. Un des pilotes est tué ; les mitrailleuses et le matériel sont récupérés. Cela se passe à la Celle-Craonnaise, dans le sud de la Mayenne.
    « En Ille et Vilaine, les hommes ne sont pas moins actifs. Ils inventent " La Tapette à rats " qui fait de si grands ravages sur les routes du nord de l’Ille et Vilaine, parmi les transports boches.
    - Qu'est-ce que c'était ?
    - Le nom vous l’indique : une simple tapette et un détonateur reliés à d’énormes quantités d’explosifs (cheddite de la mine de Brais bien utilisée) fourrées dans des bidons d’essence. Un chien courant suffit à déclencher le dispositif. A plus forte raison, des auto-citernes. Leurs cadavres témoignent encore, le long des routes de l’activité des groupes de Vieux-Vy-sur-Couësnom , Bazouges , Saint-Rémy-du-Plein et autres.


    XII

    Allo ! Allo ! Cody !

    « L’Euréka, et l’Exphone étaient vraiment de merveilleux appareils. Le premier pour les signaux-code, le second pour les entretiens avec le pilote de l’avion, rendirent de très grands services. Ce fut au début de juillet que je les vis employés pour la première fois par le Commandant Michel, au cours d’un parachutage d’hommes à la Baroche. Nous reçûmes ce jour là une mission de S.A.S. Anglais dont le travail devait consister à préparer le terrain et prévoir d’éventuelles liaisons. Par la suite, cette mission opéra sous les ordres du Capitaine Le Personnic, de nuit, car les Anglais refusaient de quitter leurs uniformes militaires. Dans les même temps, une autre mission descendait à Courcité pour être dirigée sur l’Ille-et-Vilaine. Celle ci se composait du Commandant Jean-Claude, des Capitaines Thomas, Frofrimer Anglais et W. Drux, Américain ; des Sous-Lieutenants Deschamps, Thomas et Masson. Je me chargeai de les conduire, voyageant de nuit à cause des uniformes anglais.
    - Le voyage s’accomplit-il sans incidents ?
    - Non ; à la suite d’une dénonciation, Joseph Hilliou
    était arrêté le 27 juillet à Champ-du-Boult et le 28 Fouge-
    rolles encerclé par les Allemands le jour même où nous nous
    y trouvions. Nous n’échappâmes que de justesse aux arres-
    tations qui eurent lieu dans le bourg : 18 patriotes dont 4 :
    Derennes, Fréard, Bostan, Genevé, furent conduits et fusillés
    à Saint-Jean-du-Corail (Manche, le 31 juillet ; 2 fusillés à La
    Flèche et 5 déportés.
    « Cependant d’autres parachutages étaient organisés :
    A Vieux-Vy-sur-Couësnon, sous la direction du Capitaine
    Pineau (de son nom de guerre Pierre). Le message avertis-
    seur était : « Il a gagné un million, trois fois ». Le chiffre
    qui intriguait si fort alors les auditeurs de la B.B.C. indi-
    quait simplement le nombre d’avions qui nous seraient en-
    voyés. Ce parachutage eut ceci de particulier et d’héroïque
    qu’il s’effectua sur un terrain distant de quelques cents mè-
    tres d’un maquis découvert par la milice et où Yvonnic
    Laurent avait été tué le 8 juillet .
    « Le 16, deux autres parachutages se produisaient. Josette, Agent de liaison du Commandant Pétri
    l’un à Pléchâtel, fut assuré par Josette, ma femme de liaison, avec les moyens rudimentaires du feu de joie et des quatre lampes-Code. Réussite parfaite, due en grande partie à l’aide apportée par les paysans du voisinage. Le message était : « Les enfants aux yeux bleus pleurent ». L’autre à la Guerche, devait être assuré par le lieutenant Bernard Salmon, qui se fit tuer le 14 juillet à Vern-sur-Seiche, avec ses compagnons Henri Guinchard, Alfred Lavanant et Rémy Lelard. Le Capitaine Pineau fut seul au Rendez-vous et fit marcher seul l’Euréka et l’Exphone qu’il avait apportés. Le message pour ce parachutage avait été : « Les enfants font des courses ».

    - Comment fonctionnait l’Exphone ?
    - Comme un petit téléphone portatif, avec une peti-
    te antenne et des piles autour de la ceinture. Les interlo-
    cuteurs s’appelaient par leur nom-Code. C’est ainsi que
    le Capitaine Pineau devait dire : « Allo ! Cody ! Allo !
    Cody ! ici Buffalo » jusqu’à ce que le pilote réponde :
    « Allo ! Buffalo ! Ici, Cody ».
    - Très romanesque !
    - N’est-ce pas ? …
    « Enfin sous le signe : « La banque est fermée »,
    nous recevions à Fougerolles-du-Plessis deux autres
    parachutages, et l’un de trois et l’autre qui devait
    être de quatre et ne fut que de trois. Quelques jours
    plus tard, le 16, l’avion manquant nous fut annoncé
    par le long message : « La quatrième voiture a été
    en panne : Si possible recevoir nos amis. Nous irons
    ce soir au rendez vous, si possible prévenir. La
    banque est fermée »
    « Et ce fut la Capitaine Eric, Anglais, envoyé par
    l’Etat-Major Allié, que je mis aussitôt en liaison avec le
    responsable des F.T.P. de la Manche. Le Capitaine ins-
    talla son Q.G. à la Mancellière, prés de Brécey. Les liai-
    sons entre lui et le Commandant Michel, le Calvados et
    moi furent assurées par le Père Charles, responsable Dé Le Capitaine Anglais Eric parachuté à
    partemental, secondé par Julien Lamanilève. Fougerolles-du-Plessis et le Capitaine Pineau
    - Quelles étaient alors les instructions reçues ?
    - Préparer le passage des guides informateurs et les placer à l’arrière des troupes Allemandes, pour diriger lors de leur avance, les blindés alliés.


    XIII

    La Libération

    Le Commandant Pétri achève ses confidences :
    « Plus approche la Libération, plus se fait intense notre
    activité. Nos groupes, sur l’ordre du Capitaine Eric, aident au
    passage des guides. 25 sur 33 franchissent entre Coutances et
    Saint-Lô. Par ailleurs, 5 guides dans la Manche et 25 dans le
    nord de la Mayenne faciliteront l’avance alliée vers Rennes et
    en direction de Paris.
    « Les renseignements que nous fournissons par radio
    par radio aux Alliés permettent des bombardements d’états- Françis Boursier (Jean Le Gall)
    majors et de dépôts d’armes allemands à Bagnole-de-l’Orne Tué par les Alemands le 4 aout 1944
    dans la forêt d’Andaine, et prés de Saint-Hilaire-du-Harcouët, à Villedieu,Vire, Coutances, Alençon. Les derniers parachutages nous sont annoncés. Celui du 31 juillet est réalisé à Saint-Christophe-du-Valins, sur un terrain que nous avait indiqué le curé de Saint-Christophe .
    « Enfin c’est l’attaque, sur l’indication : « Le Chapeau de Napoléon est-il à Perros-Guirec ? »
    « Le 1er août, les Américains enfoncent les lignes allemandes au sud de Coutances. Nos renseignements et les guides permettent le succès que l’on sait : Cinq heures de Coutances à Avranches.
    « Dans le Calvados, dans le nord de la Mayenne, dans l’Ille-et-Vilaine, nos groupes attaquent de partout. Le travail à faire, étant donné le désordre allemand, s’avère immense. Un fusil-mitrailleur sur le bord d’une route fauche des dizaines de camions.
    « Saint-Aubin-du-Cormier, Saint-James, Combourg, etc… sont



     

     

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