• Témoignage de Maurice Chauvet

    Caporal, 1er Bataillon Fusilier Marin, N°4 Commando

     

    Maurice Chauvet est l'un des 177 Français du Commando Kieffer, qui débarque le 6 juin 1944 à Sword Beach. Il appartenait alors à la section de renseignement et il devait effectuer la liaison entre L'état-major et les troupes. (Pour en savoir plus sur le 1er Bataillon Fusilier Marin, cliquez ici.) Blessé, il est évacué en Angleterre cinq jours plus tard. A Londres, le Quartier Général des Opérations Combinées le mandate pour réaliser un reportage sur son expérience personnelle et ses souvenirs du Jour J.

    Image : Témoignage de Maurice Chauvet - Caporal, 1er Bataillon Fusiller Marin, N°4 Commando

     

    Avec un excellent souci de réalisme, il réalise ainsi un article en commentant des images prises par des cinéastes militaires le 6 juin sur les lieux où Maurice Chauvet a combattu.

    Cet article que le site DDay-Overlord.com vous propose est publié le 14 juillet 1944 dans le premier numéro de la revue "Ensemble", un magazine destiné à être distribué aux Français tout juste libérés par les forces alliées.

    Après la guerre, Maurice Chauvet a été l'un des conseillers militaires du film Le Jour le Plus Long et a décidé, constatant que les réalisateurs prenaient trop de libertés vis-à-vis de l'Histoire du Débarquement, de quitter l'équipe du film lors du tournage. Pour Maurice, l'Histoire ne doit pas être mal réécrite et c'est son combat actuel de faire respecter la vérité des faits.

    Maurice Chauvet est le créateur de l'insigne des commandos français qui est aujourd'hui porté sur les bérets des Fusiliers Marins Commandos de la Marine Nationale française - cliquez ici pour voir l'insigne.

    Maurice Chauvet se rendait chaque année en Normandie afin de commémorer la mémoire de ses amis, une mémoire qu'il voulait véritable et sans modification dans le futur. Pour lui, le devoir de mémoire représentait le devoir de la véritable Histoire. Il est décédé le 21 mai 2010 à l'Hôtel des Invalides.

    Maurice Chauvet a écrit des ouvrages sur cette période : cliquez ici pour consulter ses livres.


    "Nous avons vécu un moment qui sera certainement en bonne place dans l'histoire, mais nous ne nous en sommes aperçus qu'après. Nous, ce sont les commandos français du capitaine Kieffer, lui-même intégré à la brigade de Lord Lovat. Nous avons débarqué à Ouistreham faisant ainsi l'extrême gauche de tout le débarquement.

    A notre camp, un mois avant l'ouverture du second front, nous avions étudié des photos aériennes et des plans détaillés en relief de l'endroit où nous devions débarquer. Nous ne savions rien de son emplacement sinon qu'il était sur la côte française. Très vite nous avons connu le terrain par coeur, et ce plan très incomplet, que nous savons depuis être un plan de Ouistreham, n'était destiné qu'à rappeler la position des points particulièrement importants.

    J'ai ajouté les noms au plan, ainsi que des chiffres pour situer les photos qui suivent et vous permettre de comprendre l'action. Les défenses allemandes ne sont pas indiquées, nous les connaissons si bien. Elles consistaient en blockhaus et pille-box le long du boulevard Aristide Briand, avec un point fort au casino (x). Entre le casino et l'avant-port, une fosse anti-char et sur cette pointe des lance-flammes. La mission des deux troupes françaises consistait à nettoyer les pilles-box à partir de B, de boulevard Aristide Briand sur le plan jusqu'au point fort du Casino, soit une douzaine d'ouvrages répartis sur cinq cent mètres environ.

    Image : Des LCIS en route vers Sword Beach Des LCIs en route vers Sword Beach.

    Voici les trois L.C.I.S (embarcations d'infanterie) dont deux étaient occupées par les troupes françaises. Partis à 21H d'Angleterre, nous avons passé une nuit très dure entassés dans les trois cales, avec tout le matériel. Le temps était gris. A perte de vue, la mer était couverte de bateaux. Au loin dans la brume, la côte française. Les coups sourds du bombardement de la R.A.F., sur la gauche des flammes rouge cerise et de la fumée, sans doute des lance-flammes. Des obus de la défense allemande coulèrent quelques barges. C'est l'heure H moins 20 environ. Le colonel du commando nous a fait bonjour de la main en passant le long du bord ; il a pris place dans une très petite barge d'assaut plus rapide que la nôtre avec à l'avant le drapeau blanc à croix rouge de la Marine de Guerre anglaise.

    Image : Débarquement des soldats Français Débarquement des soldats français.

    Je ne sais pas comment se sont passées les dernières minutes, les barges ont touché le sol, et les deux coupées ont été poussées, quatre matelots sont blessés sur le pont, des balles de mitrailleuses sifflent de tous côtés, venant de la gauche. Les garçons debout sur la deuxième barge sont Français. La barge a perdu ses deux coupées par un obus de 75 et je passe sur celle d'à côté, la 528. Il est 7H50. Je vois encore les trois piliers en faisceaux, enfoncés dans le sable, avec une mine accrochée dessus, qui ont effleuré la barge : reste des défenses allemandes, assez abîmées par le bombardement.
    Le commando au premier plan est un camarade anglais. Il porte une échelle. Il a sans doute été blessé, quelques secondes plus tard en mettant pied sur le sol. J'ai entendu dire qu'il était mort.

    Haut de page

     

     

    SOURCES : http://www.dday-overlord.com/maurice_chauvet.htm

     

    La planche du débarquement de la barge du second plan est en train de tomber ; une douzaine d'hommes seulement l'ont empruntée, dont les deux officiers de la première troupe française, ils ont tous été blessés en mettant le pied à terre, par une seule bombe de mortier tombée au milieu d'eux. Si la coupée n'était pas tombée, j'aurais été avec eux.

    Image : Les Royal Engineers débarquent sur Sword Beach Les Royal Engineers débarquent sur Sword Beach.

    Des Royal Engineers, avec leur casque cerclé de blanc, étaient avec nous, et j'ai perçu un tank à cinquante mètres à droite, en débarquant, qui est sans doute celui qui est arrêté sur la droite de la photo. Après 25 ou 30 mètres dans l'eau jusqu'à la ceinture, il nous fallait traverser le plus vite possible le sable et les flaques d'eau pour atteindre le sable sec. Toute cette partie était balayée par un feu de mitrailleuse venant de gauche. Certains des hommes qu'on aperçoit couchés, se sont jetés à terre par un réflexe parce que'une balle les a effleurés ; d'autres sont déjà blessés ou morts. Pour moi, aussitôt touché le sol, je me suis mis en marche le plus vite possible, avec de l'eau jusqu'à la ceinture, mais je ne me souviens pas d'avoir eu l'impression d'être mouillé. Il y avait déjà beaucoup de blessés, et tout le monde se rendait vers son emplacement de ralliement.
    C'est à ce moment que j'ai aperçu le Capitaine Kieffer, commandant le détachement français, blessé à la cuisse ; un de nos infirmiers lui faisait un pansement d'urgence, et nous sommes repartis ensemble. Au passage, j'ai vu les gars de notre commando couchés là. A l'endroit où le sable commençait à être recouvert de végétation, il y avait un réseau de barbelés. Une brèche de 2 mètres y avait été faite. Il fallait se mettre en file pour passer. Je suis resté quelques secondes là à attendre mon tour. Un camarade m'a dépassé à ce moment, et me dit deux ou trois noms de ceux qui venaient d'être blessés.

    Image : Les commandos progressent dans Ouistreham sous les tirs Allemands Les commandos progressent dans Ouistreham sous les tirs allemands.

    Debout dans un champ de mines, face aux mitrailleuses, c'est ainsi que le cinéaste a pris cette photo. Il lui a fallu un fier courage. La ligne de fond à gauche donne sur la mer, et à droite on devine les postes des petits baraquements. Au fond à entre les deux pignons de la maison, on devine le château, où étaient installées les mitrailleuses lourdes qui nous génèrent au débarquement. Au moment précis où cette photo fut prise les balles se croisaient en tous sens. La portion de terrain que les commandos traversent, au sortir de la brèche est minée. Juste au-dessus du sac du commando de droite, on aperçoit une tache noire, formée de quatre ou cinq hommes d'une troupe qui se regroupe. Chaque troupe de notre commando avait un bâtiment de rendez-vous, et ne devait repartir qu'après ce premier regroupement. Certaines troupes y laissèrent leurs sacs, avant de partir vers la route qui conduit à Ouistreham, en file indienne à travers les dunes.
    Le château est enlevé. En passant les barbelés qui défendent la route, je croise le lieutenant Mazéas, de la première troupe, qui regagne la plage, une balle lui a labouré tout l'avant-bras. Le château tire toujours du toit et je traverse le parc en employant au mieux les couverts. A l'entrée du parc le premier allemand mort, à côté de son trou individuel.

     

    Page suivante

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • l'Or nazi sous l' Heure d'été en 1940....l'Or nazi sous l' Heure d'été en 1940....

     

     

    A partir de 1940, sous l'Heure d’été pour nourrir l'effort de guerre, le IIIe Reich pille les banques des pays occupés et les victimes de l'Holocauste.

    Un butin colossal, mais dont une bonne partie n'a toujours pas été retrouvée.

     

    La Banque centrale du Reich réceptionne donc l'or et les devises des juifs, mais aussi celui des adversaires du régime en fuite ou assassinés.

    Les bijoux à faible teneur en or ainsi que les pierres précieuses sont écoulés sur le marché parallèle des pays neutres comme en France par le zèle de la collaboration et surtout en Suisse par des «collaborateurs».

    Ceux-ci encaissent des francs suisses et des dollars utiles pour le commerce extérieur allemand. L'or de meilleure qualité est refondu pour être transformé en lingots, exporté et masqué ainsi de sa véritable origine.

    Le rapport Eizenstat (du nom du sous-secrétaire d'Etat américain au Commerce) demandé par Bill Clinton et publié en 1996 note:

    «Une partie au moins de l'or vendu à l'étranger avait été arraché aux victimes des camps de concentration ainsi qu'à d'autres civils.»

    Quand les soldats de la 9e division d'infanterie américaine entrent en Allemagne au printemps 1945, ils mettent la main sur 100 tonnes de lingots d'or cachés par les nazis dans les mines de sel de Merkers, et trouvent en même temps des valises entières de couronnes, de montres, et de bijoux en or volés aux juifs.

    La Reichsbank avait ouvert un compte intitulé «Melmer», du nom d'un responsable SS, sur lequel était déposé l'or volé.

    Un câble de l'ambassade des Etats-Unis à Paris informe début 1946 le département d'Etat que 8 307 des lingots récupérés à Merkers «ont peut-être été fondus à partir de couronnes dentaires récupérées sur des cadavres».

    Des voix s'élèvent alors pour proposer de procéder à l'analyse de l'or récupéré, celui de Merkers comme celui que la Suisse va restituer conformément à l'accord de Washington, afin de déterminer ce qui provient des banques centrales européennes, et ce qui provient des victimes de l'Holocauste.

    Mais la proposition est écartée.

    «Nous ne savions pas qu'on pouvait déterminer si cet or provenait de dents, de bracelets ou d'autres sources», a expliqué dans une interview au Los Angeles Times Seymour Rubin, un diplomate américain à la retraite (d'origine juive), qui avait négocié avec les Suisses en 1945/46.

     

    Une annonce de la découverte d'une vieille rame d'un train blindé dans le sud-ouest de la Pologne a ressuscité dans les médias la légende detrains fourrés d'or et de bijoux volés par les nazis et disparus dans les Sudètes à la fin de la Seconde guerre mondiale.

    "Nous avons reçu une lettre d'un bureau d'avocat représentant deux hommes qui déclarent avoir identifié l'endroit où gît une rame d'un train, probablement blindé", a indiqué Arkadiusz Grudzien, le porte-parole de la mairie de Walbrzych,

    le chef-lieu de la région.

     

     

    "Le texte n'apportait aucune précision sur le lieu exact de la découverte.

    Les deux hommes ont demandé de nous rencontrer", a précisé Arkadiusz Grudzien.

    Sur le même sujet : Une immense chasse au trésor dans la ville

     

     

    Il s'agit d'un Allemand et d'un Polonais, selon l'avocat représentant les auteurs de la découverte présumée.

     

     

    "Ce sont des gens sérieux (...). Ce qu'ils ont présenté lors de notre entretien m'encourage à considérer cette affaire comme très crédible", a déclaré Me Jaroslaw Chmielewski dans un entretien avec le site Onet.pl, sans dévoiler l'identité de ses clients.

     

    Légende ou réalité ?

     

    L'information porte sur la découverte d'une rame blindée, longue de 120 à 150 m. "Mes clients sont toutefois sceptiques quant à la question de savoir s'il s'agit effectivement du célèbre train" nazi avec de l'or et d'autres objets précieux, "sans qu'on puisse l'exclure complétement", a-t-il affirmé.

     

    Différentes légendes autour de galeries souterraines secrètes près de Walbrzych, où seraient dissimulés des trésors du Troisième Reich, prennent source dans l'histoire d'un énorme chantier nazi allemand deconstructions souterraines, connues sous le nom de code "Riese (Géant)".

     

    Ces installations impressionnantes, construites par des travailleurs forcés et prisonniers de camps de concentration, devaient initialement accueillir dans les Sudètes des ateliers de production d'armesstratégiques allemandes, bien à l'abri des raids aériens alliés.

     

    Une partie des galeries souterraines sont aujourd'hui ouvertes aux touristes. La région attire aussi des "chercheurs de trésors" motivés par les vieilles légendes locales.

     

    En 1933, s’ouvre le premier des camps de concentration de l’Etat SS : Dachau22. Avec lui, commence un monde de bestialité où l’horreur sera le seul maître mot.

    Alors, dans un contexte si tragique, si dur, où la moindre lueur d’espoir est aussitôt réprimée, pourquoi la pratique dentaire ?

     

     

    En fait, celle-ci exista sous trois formes :

    • les expérimentations médico-dentaires dans la bouche des détenus
    • la récupération de l’or dentaire et son devenir
    • les soins dentaires aux déportés

    Les expérimentations médico-dentaires

     

    Elles sont :

    histologiques

     

     

    A l’arrivée des convois, le Dr Mengele1,2,3,11, médecin SS, faisait mettre à l’écart les enfants tziganes atteints de Noma (= stomatite gangreneuse).

    Ceux-ci étaient exécutés, décapités et leurs têtes étaient envoyées à l’Hygien Institute SS proche d’Auschwitz où des lames histologiques étaient réalisées et la maladie étudiée.

    anthropologiques

     

    Le Professeur August Hirt de la Faculté de Médecine de Strasbourg fit venir 115 détenus juifs en bonne santé d’Auschwitz, au camp du Struthof-Natzweiler.

    Il les fit gazer et commença letravail de traitement des cadavres pour en récupérer les squelettes et tout particulièrement les crânes. Son objectif avoué dans sa correspondance avec le Reichsführer Himmler était la création d’un musée du particularisme morphologique et anatomique juif.

     

     

    A Dachau23, des commandes de crânes étaient régulièrement passées pour la même destination.

    A Buchenwald5, enfin, les nazis se livrèrent à des expériences de réduction de têtes.

    pharmacologiques

     

     

    Le Dr Rascher médecin nazi, mit au point à Dachau, un anticoagulant, le Polygal 10, qui fut testé au cabinet dentaire des détenus de Dachau, notamment. Les tests ne le satisfaisant pas, il se livra à des essais sur des blessures provoquées par balles.

    chirurgicales

     

    Le Dr Munch, médecin SS à Auschwitz, était convaincu que les rhumatismes avaient pour origine les granulômes dentaires.

    A ce titre, il pratiqua de nombreuses avulsions dentaires chez les déportés. Il colonisa les alvéoles et s’en servit comme foyer de cultures. Il réussit à en extraire un filtrat qu’il injecta aux détenus.

    Cette expérience n’obtint pas le succès escompté, mais elle présenta des conséquences dramatiques pour les cobayes.

     

    La récupération de l’or dentaire

     

    Elle fut ordonnée par Himmler9,16, le Reichsführer SS, le 23 septembre 1940 et fut vraiment mise en application suite à l’ordonnance du 23 décembre 1942 :

     

    Il sera systématiquement procédé à la récupération de l’or et des alliages dentaires précieux dans la bouche des cadavres et dans celles des vivants, pour les dents ne pouvant être réparées.

     

    L’or dentaire était récupéré dans la bouche des morts, à la sortie des chambres à gaz par des détenus7,8.

    A la fonderie d’or des crématoires12,13, il passait dans un seau d’acide sulfurique pour éliminer les chairs.

    Il y était recoulé en lingots artisanaux (cylindriques de 140grs ou en demi-pamplemousse de 500grs).

    Une fois par semaine, un officier SS venait chercher cet or pour le stocker à la kommandantur du camp.

    Une fois par mois ou par an, en fonction des camps, l’or était acheminé au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, près de Berlin.

    Toutes les valeurs issues des pillages SS y étaient centralisées.

    Cet or était ensuite dirigé vers l’administration centrale de la SS, à Berlin, où de nuit, il était convoyé dans les caves de la Reichsbank.

    L’or était recoulé en lingots conventionnels, estampillés avec des tampons périmés de 1935-1937 pour laisser croire à une origine d’avant-guerre.

    Ces valeurs étaient ensuite placées sur un compte de la Reichsbank, au nom fictif de Max Heiliger. Régulièrement, ces trésors partaient pour la Suisse où le passage d'une pièce à une autre dans les caves des banques suisses, justifiait l’émission de monnaies permettant aux nazis d’acheter les matières premières destinées à l’effort de guerre.

    Il fut récupéré ainsi 500 kgs à 1 tonne d’or dentaire.

    C’est une estimation pour laquelle les victimes de l’Holocauste reçurent une indemnisation de 750.000 $.

    C’est une estimation qui ne tient pas compte des trocs entre détenus pour survivre et des vols à tous les échelons de la hiérarchie administrative des camps.

    Seule certitude : 25 kgs et de 100 à 500 grs d’or dentaire seront collectés respectivement à Mauthausen et Buchenwald, sur toute la période de la guerre.

     

    La circulaire Pohl

     

    Certains documents d'archives nazis révèlent la manière dont sont réparties et distribués les biens récupérés sur les victimes, dans la mesure où ils sont livrées au « service économique » de la SS.

    Un long rapport fait état de la distribution de 825 wagons de vêtements usagés :

     

    B/Ch. 186

    Secret

    Le 6 février 1944

     

    « Compte rendu sur l'utilisation faite à ce jour des matières textiles usagées, récupérées lors du transfert des Juifs.

     

    La liste ci-jointe indique les quantités de vieilles matières récupérées dans les camps d'Auschwitz et de Lublin, à la suite des transferts des Juifs.

    La quantité de chiffons est évidemment fort élevée.

    C'est ce qui diminue d'autant les vêtements usagés utilisables, notamment en ce qui concerne les vêtements pour hommes. Il nous a donc été impossible de satisfaire pleinement la demande de vêtements pour hommes.

     

    Les plus grandes difficultés furent causés par les transports par voie ferrée.

    Les interruptions continuelles de transports gênèrent l'évacuation des marchandises, qui s'accumulèrent parfois dans les différents camps.

     

    L'arrêt des transports à destination de l'Ukraine, depuis le mois de décembre 1942, s'est fait le plus durement sentir. Il empêcha, en effet, la livraison de vêtements usagés destinés aux Allemands établis là-bas.

    C'est pourquoi toute la livraison a été détournée par la VOMI

    (Volksdeutsche Mittelstelle) et déposé dans un grand camp de Lodz.

    La VOMI en effectuera la livraison dès que la situation des transports sera rétablie quelque peu.

     

    Jusqu'ici, le ministère de l'Economie du Reich a pu mettre à notre disposition le grand nombre de wagons dont nous avons besoin.

     

    Ce ministère continuera à intervenir auprès du Ministère des Transports du Reich, et fera valoir la mauvaise situation du secteur textile pour obtenir les wagons nécessaires au transport des matières usagées. »

     

    Signé : Pohl, SS-Obergruppenführer et général des Waffen-SS

     

    Signé : Kersten, SS-Hauptsturmführer.

     

    En annexe à ce document, figurait une liste indiquant la quantité de matières textiles usagées, livrées par les camps de Lublin et d'Auschwitz, sur l'ordre de l'Office central de l'économie SS, comprenant 825 wagons de vêtements usagés, chaussures et chiffons livrés au ministère de l'économie du Reich, au ministère de la Jeunesse, à la VOMI et à d'autres administrations allemandes.

    Le plus gros client était le Ministère de l'Economie (570 wagons), qui était chargé de la récupération industrielle des chiffons et vêtements hors d'usage, tandis que les autres destinataires distribuaient aux Allemands indigents les vêtements en meilleur état.

    La circulaire Glücks

     

    L'utilisation industrielle des cheveux humains avait été ordonnée par la circulaire suivante :

    Office central SS pour l'Economie et l'Administration

    Groupe de Service D

    Camps de concentration

    Oranienburg, le 6 août 1942

    Secret

    Objet : Utilisation des cheveux

     

    « Le chef de l'Office Central SS pour l'Economie et l'Administration a ordonné de récupérer les cheveux humains dans tous les camps de concentration.

    Les cheveux humains seront transformés en feutre industriel, après avoir été bobinés en fils.

    Afficher l'image d'origine

    Dépeignés et coupés, les cheveux de femmes permettent de fabriquer des pantoufles pour les équipages des sous-marins, et des bas en feutre pour la Reichsbahn.

    Il est ordonné par conséquent de conserver, après les avoir désinfectés, les cheveux coupés des détenues femmes.

     

     

    Les cheveux coupés des détenus hommes ne peuvent être utilisés qu'à partir d'une longueur de 20 mm.

     

    18375 

    Brosses à cheveux de victimes, trouvées peu après la libération d'Auschwitz. Pologne, après le 27 janvier 1945.

    C'est pourquoi le SS-Gruppenführer Pohl est d'accord pour qu'à titre expérimental les cheveux des détenus hommes ne soient coupés que lorsqu'ils ont atteint, après coupe, une longueur de 20 mm.

    Afficher l'image d'origine

    Afin de prévenir les facilités d'évasion offertes par une chevelure plus longue, les détenus doivent être marqués, lorsque le commandant l'estime nécessaire, à l'aide d'une piste de cheveux (« Haarbahn »), découpée dans la chevelure à l'aide d'une tondeuse étroite.

     

    On a l'intention d'utiliser les cheveux rassemblés dans tous les camps de concentration dans une entrepriseinstallée dans l'un des camps.

    Des instructions plus détaillées sur la livraison des cheveux rassemblés vont suivre.

     

    La quantité de cheveux rassemblés mensuellement (cheveux de femmes et d'hommes séparément), doit m'être communiqué avant le 5 septembre 1942.

    Signé :

    Glücks, SS-Brigadeführer et General-Major de la Waffen-SS.

     

     

     L’or dentaire

     

    La collecte des métaux précieux sur les cadavres est effectuée par les Sonderkommandos qui travaillent en collaboration forcée avec les SS : ces Sonderkommandos sont gazés et renouvelés tous les quatre mois.

    Provisoirement épargnés, ces esclaves sont chargés de transporter les cadavres des chambres à gaz aux locaux de combustion, de les fouiller et de les détrousser ;

    ces opérations leur permettent de s'approprier une partie de l'or d'Auschwitz, de corrompre leurs gardiens, de fraterniser avec eux, et de vivre dans l'opulence… mais tous les quatre mois, les Maîtres assassinent les membres du Sonderkommando et en constituent un autre.

    Le docteur Nyiszli donne une description saisissante de ce cycle :

     

    « Les dents et objets en or fournis chaque jour par les quatre crématoires produisent, après la fonte, entre trente et trente-cinq kilos d'or purs.

    La fonte s'effectue dans un creuset en graphite d'un diamètre d'environ cinq centimètres.

    Le poids d'un cylindre en or est de cent quarante grammes.

    Je le sais exactement pour l'avoir pesé sur la balance de précision de la salle de dissection.

     

    Les médecins qui enlèvent les dents des cadavres avant l'incinération ne jettent pas tous les bridges dans le sceau d'acide sulfurique : une partie, plus ou moins importante, selon la surveillance des SS, va dans la poche des arracheurs de dents.

    Il en est de même pour les bijoux ou les pierres précieuses cousus dans les vêtements, ainsi que pour les monnaies en or laissées dans la salle de déshabillage.

    Là, ce sont les membres du Sonderkommando chargés de dépouiller les bagages à main qui en profitent.

    Afficher l'image d'origine

    C'est une opération excessivement dangereuse, il y va de leur vie, car les gardes SS sont présents partout, et surveillent sévèrement les valeurs qui, désormais, appartiennent au IIIè Reich.

     

     

    Ils surveillent particulièrement l'or et les pierres précieuses.

     

    Les hommes du Sonderkommando remettent également à la fonderie l'or qu'ils se sont ainsi procuré. Ils trouvent le moyen de l'y faire parvenir malgré la plus stricte surveillance, et de le reprendre ensuite sous forme de cylindre de cent quarante grammes. L'utilisation de l'or, c'est-à-dire son échange contre les marchandises utiles, est une opération encore plus difficile.

    Personne ne songe ici à conserver l'or, car chacun sait qu'il est un mort vivant, avec un sursis de quatre mois. Mais dans la situation où se trouvent les membres du Sonderkommando, quatre mois excessivement longs.

    Etre condamné à mort et effectuer un travail tel que celui qu'ils accomplissent est une épreuve qui broie le corps et l'âme et qui pousse plusieurs d'entre eux dans les abîmes de la folie. Il faut rendre la vie plus facile et plus supportable, même pour ce bref délai.

    C'est avec l'or qu'on y parvient.

     

    Le cylindre en or de cent quarante grammes devint donc une unité d'échange. Dans la fonderie, il n'y a pas de creuset en graphite plus petit ; par conséquent, il n'y a pas de cylindre en or plus petit non plus. Ici la valeur des objets achetés n'a aucune signification. Celui qui donne l'or a déjà donné sa vie en entrant ici, tandis que celui qui donne quelque chose en échange de l'or joue deux fois sa vie.

     

     

    Une première fois en traversant les barrages de SS qui entourent le camp, et qui comportent quatre contrôles successifs, il introduit des articles difficiles à se procurer en Allemagne, même avec des titres de ravitaillement ; la deuxième fois, lorsque, à travers ce même barrage, il faut sortir l'or donné en échange.

    Car, aussi bien dans un sens que dans l'autre, il y a une fouille.

     

    L'or s'en va dans la poche d'un homme du Sonderkommando, jusqu'à la porte du crématoire.

     

     

    Afficher l'image d'origine

    Là un temps d'arrêt.

    L'homme du Sonderkommando s'approche du SS et échange quelques mots avec lui.

    Ce dernier lui tourne le dos et s'éloigne de la porte.

    Sur la voie ferrée qui passe devant le crématoire travaille une équipe de vingt à vingt-cinq ouvriers polonais, sous la conduite d'un chef.

     

     

    Sur un signe, ce chef d'équipe arrive avec un sac plié et en échange prend l'or enveloppé de papier.

    Le sac a franchi la porte, et se trouve à présent à l'intérieur du crématoire.

    Le lendemain, le chef d'équipe prend une nouvelle commande.

     

    L'homme du Sonderkommando entre dans la salle de garde qui se trouve près de la porte. Il sort du sac une centaine de cigarettes et une bouteille d'eau-de-vie.

    Le SS entre également dans la salle de garde.

     

     

    Il empoche rapidement le flacon ainsi que les cigarettes.

    Il est content, cela va de soi, car le SS ne reçoit que deux cigarettes par jour et pas d'eau-de-vie du tout. Ici pourtant les cigarettes et l'eau-de-vie sont indispensables, aussi bien comme stimulant que comme narcotique.

     

     

    Les SS boivent, fument et les hommes du Sonderkommando en font de même.

    Par ce chemin parviennent ici les denrées les plus précieuses et les plus rares, telles que le beurre, le jambon, les oignons et oeufs.

     

    L'or est procuré par un travail collectif, et la répartition des denrées obtenues en échange se fait sur les même bases.

    Les SS et les hommes du Sonderkommando sont largement approvisionnés en cigarettes, en eau-de-vie et en denrées de toute sorte.

    Tout le monde fait comme s'il ne savait rien, et personne ne veut rien savoir, car chacun y trouve son avantage.

     

     

    Pris à part, chaque gardien SS est très coopératif et maniable.

    Ils ne se méfient que les uns des autres.

    Par contre, ils savent que les hommes du Sonderkommando ne les trahiront pas. C'est pour cela que les cigarettes, l'eau-de-vie et la nourriture destinées aux SS sont remises en tête-à-tête à chacun d'eux par un homme du Sonderkommando.

     

     

    C'est par la même voie qu'arrive chaque matin le « Völkischer Beobachter », l'organe gouvernemental du IIIè Reich.

    Prix mensuel de l'abonnement : un cylindre d'or.

    Celui qui apporte à un détenu d'Auschwitz tous les jours son journal durant trente jours mérite cette paye.

     

    Depuis que je suis dans le crématoire, je suis le premier à le recevoir. Je le lis dans une cachette sûre, puis-je raconte les nouvelles du jour à un détenu préposé aux écritures.

    Ce dernier les transmet à ses compagnons.

    Au bout de quelques minutes, tout le monde connaît les derniers événements.

    Le Sonderkommando est une formation d'élite dans le camp.

    Les détenus qui le constituent dorment dans une petite pièce chauffée, aérée et propre.

    Leurs lits sont propres et moelleux.

     

     

    Les couvertures sont chaudes, ils ont une excellente nourriture et sont bien habillés.

    Ils ont de quoi fumer et de quoi boire.

    En conséquence, ils ne perdent pas figure humaine comme le commun des hommes du camp, qui rampent dans leurs baraques sales emplies de poux ou qui, rendus sauvages par la faim, s'entre-déchirent pour un morceau de pain, ou pour la moitié d'une pomme de terre... »

     

    SOURCES :

    http://accesnomade.blog.lemonde.fr/page/47/

    http://labrousse.erick.over-blog.com/2015/08/l-or-nazi-sous-l-heure-d-ete-en-1940.html

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  •  

     

    RESISTANCE

     

     

    Jacques VICO (1923-2012)

    Source collection Jacques Vico

     

        Jacques Vico, né en 1923,  vit avec ses parents à l'Abbaye d'Ardenne, sur la commune de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe.

     

    Choqué par la débâcle de l'armée française, Jacques Vico quitte le domicile parental le 17 juin 1940, avec ses frères Francis et Jean -Marie , ayant entendu qu'un réduit pourrait se constituer en Bretagne et que les jeunes hommes susceptibles de porter les armes devaient s'y rendre. Mais les troupes allemandes sont plus rapides.

     

     

    Jacques Vico entend alors l'appel du général de Gaulle et décide d'agir.

     

     

        Dès son retour, il prend contact avec les associations de jeunesse catholiques (JOC, JEC, JAC). Des réunions avaient déjà eu lieu pour apporter une aide aux réfugiés, en liaison avec la Croix-Rouge. Une nouvelle organisation se met alors en place pour apporter une aide alimentaire aux nombreux prisonniers internés dans la caserne du 43e régiment d'artillerie. Très rapidement, le groupe s'ouvre, notamment à des mouvements laïques. Une maison des Jeunes se met en place. A l'occasion de ces rencontres, un groupe restreint de Résistance se crée rassemblant des jeunes comme Raymond Simon , responsable du patronage Saint-Julien, Daniel Fontaine (17 ans en 1940, ouvrier agricole - Organisation : Hector ; OCM ; ORA - Domicile : Saint-Sylvain), Hélène Prunier et d'autres. Sans le savoir, ce noyau appartient au groupe Robert, crée par Robert Guédon (officier de carrière - Organisation : Hector ; MLN - Domicile : Granville dans la Manche), qui devient plus tard le réseau Hector. Jacques Vico fait de la propagande, en distribuant des tracts et des journaux clandestins, comme Les Petites Ailes de France (Note de MLQ : journal clandestin du mouvement Combat crée par Henry Frenay ).. Mais le réseau Hector est démantelé à l'automne 1941.

        En avril 1942, Jacques Vico décide de rejoindre la zone Sud, pour s'engager dans l'armée d'armistice, 3e régiment de Hussards ,  à Montauban.et ainsi acquérir une formation militaire. En novembre 1942, l'armée est dissoute et Jacques Vico rentre à Caen. Il reprend contact avec la Résistance par le biais du colonel Kaskoreff , et intègre les rangs de Ceux de la Résistance, puis de l'OCM après la fusion. Jacques Vico assure de nombreuses missions de liaison et participe à la création d'un dépôt d'armes à l'abbaye d'Ardenne, en liaison avec Emmanuel Robineau , responsable du BOA. Des séances d'instruction sont régulièrement organisées à l'abbaye. Le père de Jacques Vico, Roland , est également membre de la Résistance mais ignore tout de l'activité de son fils.

        L'arrestation de Roland Vico , le 16 décembre 1943, incite Jacques Vico , qui revient de l’école de Fontainebleau où son statut de stagiaire à l’Ecole Nationale d’Equitation lui sert de couverture pour ses missions, à déménager les armes par précaution. A ce sujet lire le témoignage d'André Ruel. Le lendemain, la Gestapo perquisitionne à l'abbaye. Jacques Vico prévient Robert Kaskoreff et quitte le département, alors que sa mère Francine est arrêtée le 23 décembre (internée à la prison de Caen, libérée fin mars, début avril 1944, elle se réfugie dans sa famille à Bayeux), et qu'une rafle de vaste ampleur s'abat sur l'OCM. Jacques Vico plonge dans la clandestinité et devient Joseph Vitran  et se cache dans une ferme chez M. Joseph Trécul près de Nogent-le-Rotrou (Eure et Loir) du 6 janvier au 12 mai 1944 puis chez M. et Mme Lebrun à Neuvillalais (Sarthe) où il trouve du travail dans les fermes.

    Faux papiers de Jacques Vivo allias Joseph Vitran (Collection Jacques Vico)

         Dès l'annonce du Débarquement, Jacques Vico revient vers Caen à partir du 7 juin avec son frère Jean-Marie , retrouvé chez Ernest Picard à Sainte-Marie-Laumont (Calvados), et prend contact, le 9 juin,  avec Léonard Gille . Il assure alors différentes missions de liaison vers Cahagnes, Caumont-l'Eventé et Brémoy.

    Le 10 juin, il retrouve son frère Francis, séminariste, qui a en charge 60 enfants de Colombelles réfugiés au château d'Aubigny près de Cahagnes.

    Source. Château d'Aubigny.

    De retour à Caen le 22 juin, il aide à dévaliser un dépôt d'armes allemand, à la gare Saint-Martin avant de mener une autre mission de renseignement à l'est de Caen, en compagnie de son frère Jean-Marie , de "Janine" Gille et de Jacqueline Leduc.

        De retour à Caen le 18 juillet, il participe avec la compagnie Scamaroni à la libération définitive de Caen. Le 8 août 1944 dans la soirée, avec une trentaine de camarades (dont André Courban qui trouvera la mort à Mauvaisville près d'Argentan le 13 août), il rejoint le Bataillon de Renfort de la 2e DB qui était à Juilley, près d'Avranches,et participe à son action victorieuse jusqu'au cœur de l'Allemagne. Il participe au grand défilé de la victoire le 18 juin 1945 à Paris.

    Jacques Vico à la 2e DB (Collection Jacques Vico)

    Jacques Vico était président de l'Union départementale des CVR, vice-président national de cette organisation, et président de l'association Résistance et Mémoire.

    Lire ici un entretien en 1992

    Voir un témoignage filmé en 35:30

    .Sources:

    Lettres de Jacques Vico du  13 février 2004 et 26 avril 2010.

    Cédric Neveu

    et et et .

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  •   

     

     

    L'Europe avant-guerre, 1932-1939


    Hongrois, immigré, Endre Friedmann se jeta dans la photographie de reportage avec un talent, un brio, un courage qui ont fait de lui le père de tous les photojournalistes.

     

     

    En 1931, alors qu'il avait tout juste dix-sept ans, Endre fut arrêté en raison de sa participation aux activités hostiles au gouvernement conservateur de l'amiral Miklós Horthy.

     

     

    Un jeune immigré hongrois


    Il partit donc dès juillet pour Berlin où il s'inscrivit à la Hochschule für Politik, afin d'y étudier non le photoreportage mais le journalisme, qui lui aurait permis de concilier son amour pour la politique et la littérature. Peu après, la récession économique mondiale contraignit ses parents à ne plus payer ses études.

     

     

    Il quitta donc l'école et obtint un poste d'assistant à la Dephot (Deutscher Photodienst), une agence de photojournalisme de premier plan, fondée en 1928 par un de ses compatriotes, Simon Guttmann. Il y apprit les rudiments du tirage et du développement, fut rapidement promu assistant puis apprenti-photographe, Simon Guttmann l'ayant distingué.

     

    En novembre 1932, la Dephot, dont aucun des membres n'était disponible, envoya Friedmann à Copenhague, pour photographier Trotski donnant une conférence sur la révolution russe.

     

     

     

    Ce reportage sur le révolutionnaire en exil fut publié avec succès dans le Weltspiegel du 11 décembre suivant, avec comme

    crédit "Friedmann-Degephot".

     

     

    Si ces photographies laissent à désirer du point de vue technique, elles font déjà preuve d'une intensité et d'une proximité qui deviendront ensuite le "label" Capa.

     

     

    Avant qu'il ait pu tirer avantage de cette gloire naissante, il dut fuir l'Allemagne.

     

     

     

     

     

    La crise économique et financière qui frappait le pays depuis le début des années trente avait créé une situation favorable à la montée du national-socialisme et Hitler était devenu chancelier le 30 janvier 1933.

     

     

     

    Triplement inquiété comme immigré, comme juif et comme gauchiste, Endre s'enfuit à Vienne et de là, se rendit à Paris à l'automne 1933.

     

     

     

     

    Il fit la connaissance d'autres photographes dont certains devinrent ses amis : parmi eux André Kertész.

     

     

    Avec David Szymin (Seymour) dit "Chim", réfugié juif polonais, qui travaillait pour l'hebdomadaire communiste Regards,

     

     

    et Henri Cartier-Bresson, il constitua un trio d'amis qui répondait au surnom des "Trois mousquetaires".

     

     

    Tous trois, profondément différents par l'origine sociale, religieuse et géographique, étaient néanmoins unis par une amitié sincère, qui devait aboutir à la fondation de l'agence Magnum, avec quelques autres compères, après la Seconde Guerre mondiale.

     

     Robert Capa was one of the world’s most famous war photographers, but


    En septembre 1934, Endre, qui se faisait alors appeler André, fit la connaissance de Gerda Pohorylle, une réfugiée juive allemande d'origine polonaise, plus âgée que lui de trois ans, aux opinions politiques très marquées à gauche.

     

     Afficher l'image d'origine

    "La pequeña rubia"


    Profondément séduisante avec son minois aux yeux verts couronné de cheveux teints en roux (les Espagnols devaient la surnommer

    "la pequeña rubia"), elle fit la conquête d'André.

     

    Gerda Taro (© Robert Capa)

    GERDA (© Robert Capa)

     

     

    André rencontre Gerda, une femme de gauche engagée qui va devenir sa compagne et son agent, et avec qui il prévoit de se fiancer. Ils partagent ensemble la conviction que la photographie peut être un atout efficace dans la lutte antifasciste. En France, la mauvaise maîtrise de la langue d’André le dessert, ainsi que son nom « Friedmann » : sur la place de Paris, un photographe plus âgé que lui et bien implanté, Georges Friedmann, provoque la confusion dans les magazines qui ont pour usage de ne citer que les noms de famille…

     

    En 1936, André et Gerda décident donc de lui créer un personnage :

    « il sera américain, séduisant et apprécié, il s’appellera Robert Capa »

     

    Elle n'était pas seulement pour lui une compagne, mais aussi un agent avisé.

     

     Second Sino-Japanese        War

    Elle tapait à la machine les légendes de ses photographies, en retour il lui apprit la prise de vue.

     

     

    En octobre 1935, Gerda commença à travailler pour Maria Eisner, fondatrice d'Alliance-Photo.

     

     Gerda au front, à Brunete (© Robert Capa)

     

    Gerda au front, à Brunete (© Robert Capa)

     

     

    L'agence était assez florissante pour nécessiter l'emploi d'une assistante.

     

     Spanish Civil War

    Au printemps de 1936, les ventes se faisant rares, André et Gerda utilisèrent un subterfuge en forgeant de toutes pièces la légende d'un photographe américain prestigieux du nom de Robert Capa.

     

     

    Gerda proposa les photographies d'André comme celles de Robert Capa.

     

     

     

     

    Les rédacteurs furent tentés d'en acquérir et de les publier.

     

     

    La naissance de Robert Capa

     


    Pour son pseudonyme de Capa, André Friedmann s'inspira, semble-t-il, du nom de Frank Capra, metteur en scène américain d'origine sicilienne dont le film New York-Miami (It happened one night) avait obtenu en 1934 plusieurs oscars.

     

     

    Selon d'autres sources, il aurait été surnommé "Cápa" (requin en hongrois) dès son enfance.

     

     

    Quant au prénom, il est d'une origine semblable, puisqu'il est emprunté à Robert Taylor.

     

     

    À la même époque, Gerda prit le pseudonyme de Taro.

     

    Le nom de Gerda Taro avait une vague consonance avec celui de Greta Garbo.

     


    En 1934 ou 1935, Capa effectua un reportage à Lisieux, à l'occasion d'une des nombreuses cérémonies religieuses liées au culte de sainte Thérèse, dont un ensemble de "vintages" a pu être acquis au début de l'année 2004 par la Bibliothèque nationale de France.

     

     

    Ces photographies, d'une grande modernité, n'ont pas fait l'objet de publication dans la "bonne presse" ou dans la presse d'information générale de l'époque, qui préféra, plutôt que des sujets de proximité, des vues générales montrant l'ampleur des manifestations et l'affluence des pèlerins.

     

     


      

     

     

     

    En 1934 ou 1935, Capa effectua un reportage à Lisieux, à l'occasion d'une des nombreuses cérémonies religieuses liées au culte de sainte Thérèse, dont un ensemble de "vintages" a pu être acquis au début de l'année 2004 par la Bibliothèque nationale de France.

     

     

    Ces photographies, d'une grande modernité, n'ont pas fait l'objet de publication dans la "bonne presse" ou dans la presse d'information générale de l'époque, qui préféra, plutôt que des sujets de proximité, des vues générales montrant l'ampleur des manifestations et l'affluence des pèlerins.

     

     


    La guerre d'Espagne


    C'est la guerre d'Espagne qui permit à Capa, et dans une moindre mesure, à Gerda Taro, d'émerger comme photoreporters.

     

     

    La guerre avait éclaté le 17 juillet 1936.

     

     

    Dès le 5 août, Capa et Taro,

     

    envoyés par Lucien Vogel, rédacteur en chef de Vu, arrivèrent à Barcelone et commencèrent à photographier les combats, Capa avec un Leica et Taro avec un Rolleiflex.

     

     

    Dans l'esprit des jeunes gens, ces appareils photographiques n'étaient pas seulement un gagne-pain, mais une arme, afin d'obtenir l'appui international à la cause républicaine.

     

     

    À la gare de Barcelone, ils photographièrent les soldats partant pour le front d'Aragon, se séparant de leurs femmes ou de leurs fiancées.

     

    Ils se dirigèrent ensuite vers Huesca et Saragosse, région où servaient dans les milices beaucoup de réfugiés allemands, ce qui facilitait les échanges.

     

         
       
    Au verso, tampon à l’encre noire :
    Please credit ROBERT CAPA – MAGNUM / COURTESY – LIFE MAGAZINE.
    Légende dactylographiée sur papier collé :
    Panel 4. The moment of death, one of Bob Capa’s most dramatic photos, was taken in the instant a Loyalist soldier was dropped by a bullet through his head during the battle to defend Cadiz in the early part of the Spanish civil war, from the encircling insurgent forces.
    (Le moment de la mort, une des photos les plus dramatiques de Robert Capa, a été prise à l’instant où un soldat loyaliste fut frappé d’une balle en pleine tête pendant la bataille livrée au début de la guerre d’Espagne pour défendre Cadix encerclée par les troupes insurgées.)
     
    Photograph by Robert Capa
    © 2001 by Cornell Capa / Magnum Photos.

     

     

    Le milicien espagnol


    Dès son premier voyage Capa prit, sur le front de Cordoue, la fameuse photographie du milicien espagnol frappé par une balle, et la photographie fit le tour du monde, suscitant des commentaires enthousiastes.

     

    Bien qu'elle soit hautement controversée, elle est à l'origine du mythe Capa.

     

     

    Publiée pour la première fois par la revue française Vu et un an plus tard par Life, c'est l'une des images les plus importantes de l'histoire de la photographie. Ils arrivèrent à Madrid le 18 novembre ;

     

     

    Capa passait la majeure partie de son temps avec la XIIe Brigade internationale, dont le commandant, un homme énergique et charismatique, était le général Lukács, un Hongrois, et le commissaire politique Gustav Regler, dont Capa avait fait la connaissance à Paris, dans une association d'écrivains allemands émigrés. Ils photographièrent ensuite les réfugiés à Almeria et Murcia.

     

     


    Au début de mars 1937, Capa et Taro se mirent à travailler pour  Ce soir, un périodique du Front populaire de création récente dont le rédacteur en chef était Louis Aragon.

     

     

    Ils photographièrent les combats du côté de Bilbao (région industrielle dont les ressources intéressaient Franco) et, le 7 mai, la bataille du mont Sollube. Fin mai, ils retournèrent à Madrid et s'installèrent à l'hôtel Florida, quartier général des journalistes et des intellectuels, où ils rencontrèrent Hemingway.

     

     

     

    Le 31 mai, Capa et Taro étaient au Paso de Navacerrada près de Ségovie pour couvrir l'offensive républicaine malheureuse qu'Hemingway a décrite dans Pour qui sonne le glas.

     

     

    Hemingway lui-même n'était pas présent sur le théâtre des opérations et s'est fondé non seulement sur les photographies de Capa, témoin oculaire, mais aussi sans doute sur des compte-rendus écrits. De retour à Madrid, ils photographièrent la bataille de Carabanchel et couvrirent les funérailles du général Lukács, tué à Huesca le 12 juin.

     

     

    La disparition de Gerda Taro


    Quand Capa rentra à Paris pour affaires, Gerda, qui menait une carrière de photojournaliste indépendante, lassée sans doute de voir ses photographies signées du nom de son amant à côté du sien, voire à la place du sien, resta en Espagne, pour couvrir le congrès international des écrivains.

     

     

    Cerise sur la valise, l’une des trois boîtes retrouvées au Mexique contenait une série de portraits de Gerda Taro réalisés par Fred Stein, où l’on découvre une jolie fille, un peu garçon manqué, avec une belle aptitude à la pose.
      
      
    Sa carrière de photo reporter
    n’aura duré que onze mois.

     

     

    Derrière le photographe Robert Capa : cherchez la femme

     
    L'influence de Gerda Taro sur la vie et l'oeuvre du photographe : un extrait du film documentaire consacré à Robert Capa.
    ©Educational Broadcasting Corporation and Muse Film and Television

    Ses photographies de guerre l'ont rendu célèbre. Robert Capa est une légende.

    Une légende forgée par Gerda Taro, une toute jeune femme qui fut son grand amour, photo-reporter

     

    Pendant qu'elle suivait les violents combats de Brunete, à l'ouest de Madrid, pour le journal Ce soir, elle trouva la mort dans la collision avec un char loyaliste de la voiture sur le marchepied de laquelle elle était montée, le 25 juin 1937.

     

     

    Transportée dans un état désespéré à l'hôpital de l'Escorial, elle mourut le lendemain au petit jour.

     

     

    Ce drame suscita en France une vive émotion.

     

    Elle était la première femme photographe morte au combat.

     


    La mort de cette femme qu'il avait espéré épouser

    (il l'avait demandée en mariage au printemps 1937 mais elle avait refusé)

     

     

    laissa une blessure profonde dans le cœur de Capa, qui ne s'en remit jamais tout à fait.

     

     

    L'année suivante fut publié à New York l'ouvrage de Capa, Death in the making, sur une maquette d'André Kertesz, dédié à Gerda.

     


    Réticent à retourner sur le théâtre de la guerre où sa compagne était morte, il photographia tout de même la bataille de Teruel qui s'annonçait comme trop importante pour qu'il fit passer au premier plan sa douleur personnelle.

     

     

    Il y arriva le 21 décembre 1937.

    Puis il partit pour la Chine.

     

     


    L'automne suivant, Capa retourna en Espagne pour suivre le départ des Brigades internationales, photographia l'émouvante

    cérémonie de la Despedida puis en novembre les batailles de Mora de Ebro et du Rio Segre, sur le front aragonais, images peut-être les plus dramatiques de sa carrière.

     

     

    Ces batailles d'usure achevèrent de ruiner le potentiel militaire des républicains.

     

     

    Les puissantes images de Capa ont joué leur rôle et contribué à attirer la sympathie sur les troupes loyalistes.

     

     

    En décembre, la prestigieuse revue anglaise Picture Post de Stefan Lorant publia huit pages de photographies de guerre de Capa, alors âgé de 25 ans, le proclamant "plus grand photographe de guerre du monde" (livraison du 3 décembre), avec en couverture un portrait de Capa filmant pris deux ans plus tôt par Gerda Taro.

     


    La fin de la guerre d'Espagne approchait.

     

     

    Plus de 400 000 personnes, civils ou militaires, se réfugièrent en France.

     

     By: Brandon Diaz

     

    Le gouvernement français leur ouvrit des camps à Perpignan, Argelès-sur-Mer

    et Le Barcarès.

     

    Stefan Lorant commanda un reportage sur ces camps à Capa qui photographia ensuite les orphelinats de Biarritz.

     

    Afficher l'image d'origine

    La Chine

     


    L'épisode chinois se situe entre deux périodes de reportage sur la guerre civile espagnole.

     

     

    Capa décida d'aller passer quelques mois en Chine avec le documentariste néerlandais Joris Ivens, rencontré en Espagne, et l'opérateur John Fernhout pour photographier la résistance chinoise à l'invasion japonaise commencée l'année précédente.

     

    Le Japon étant allié à l'Allemagne, la guerre en Chine fut considérée par beaucoup comme le front oriental d'une lutte internationale contre le fascisme, dont l'Espagne constituait le front occidental.

     

    Capa produisit de remarquables documents sur la bataille de Taierzwang et les raids aériens japonais contre Hankow.

     

    Il réalisa également un étonnant reportage sur madame Tchang Kaï-chek, ainsi que plusieurs photographies comptant parmi ses plus belles créations sur un plan purement plastique.

     

     


    Le Tour de France de 1939


    Capa "couvrit" le Tour de France de 1939 pour le compte de Match et de Paris-Soir. Raymond Vanker, qui suivit lui aussi le Tour, se souvient de l'intrépidité de Robert Capa, l'un des premiers à prendre des photographies sur le tansad d'une moto. Dans le reportage du Tour, comme dans les conflits, Capa se montre toujours intéressé par ce qui se passe en marge de l'action.

     

    1939 - 

    Robert Capa
    Le magasin de cycles de Pierre Cloarec, rue René Madec, à Quimper
    Tour de France, juillet 1939

     

     

    C'est ainsi qu'il photographie, autant que les coureurs, les spectateurs, et qu'il réalise un ensemble d'images étonnant sur la famille d'un des célèbres coureurs du temps, Pierre Cloarec, dit "le Colosse de Pleyben".

     

     


    La Seconde Guerre mondiale


    Vint la Seconde Guerre mondiale.

     

    Triplement suspect comme juif, émigré d'Europe centrale et connu pour ses activités de gauche, Capa s'enfuit de Paris en octobre 1939 pour rejoindre sa famille à New York.

     

     

     

    Après la déclaration de guerre, on lui interdit, en tant que ressortissant d'un pays ennemi, de s'éloigner à plus de dix miles du district de New York et il n'avait plus le droit de faire des photographies mais il réussit à obtenir une accréditation de l'armée américaine.

     

     Afficher l'image d'origine

    Il couvrit les opérations d'Afrique du Nord, et la libération de l'Italie dont il a laissé des images particulièrement poignantes, notamment celles des obsèques d'écoliers napolitains.

     Afficher l'image d'origine

     

    « Si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'es pas assez près » :

     

    telle est la devise de Robert Capa, photographe de guerre

    pour le Life magazine.

     

    En 1944, à 30 ans, il est déjà célèbre : il a couvert l'invasion de la Chine par le Japon et la Guerre d'Espagne.

     

     

    Afficher l'image d'origine

    Le 6 juin, il a le privilège de pouvoir débarquer avec la première vague d'assaut américaine sur Omaha Beach.

     

    Sur les 226 photos qu'il prend ce jour-là, seules 11 seront récupérables, mais floues : les laborantins du bureau londonien de Life, affolés, en ont raté le développement...

     

    Robert Capa


    Pour couvrir les opérations du Débarquement en Normandie, six photographes de Life furent accrédités.

     

     

     

     

    Par ordre alphabétique, Robert Capa, Bob Landry, Ralph Morse, George Rodger,

    David Scherman et Frank Scherschel.

     

     Robert Capa

    Capa, qui était d'un tempérament joueur (mais ne misait jamais sur le bon cheval) opta pour la compagnie E, lors de la première vague.

     

     

     

          Robert Capa
    Débarquement
    Omaha Beach (Colleville-sur-Mer), 6 juin 1944
    Tirage sur papier baryté, 23 x 34,5 cm
    BNF, Estampes, acquisition 1964-12200. Ep-25-Fol.

     

    Il fut le premier à débarquer avec la première vague du 116e à Omaha, dans un secteur dénommé Easy Red, et réussit à saisir l'événement sur le vif.

     

    Mais par une erreur de manipulation au laboratoire, sur quatre bobines, trois furent détruites.

     

    Sur la quatrième seules onze images furent utilisables.

     

    En raison de leur grain (peut-être accentué par l'accident survenu au développement) elles sont les plus bouleversantes images de guerre jamais prises.

     

     

    Il fut l’un des photographes de guerre les plus célèbres et a couvert les plus grands conflits de son époque..surtout le Jour J du débarquement. Il avait fait de nombreux clichés...

    presque 30 pellicules...la plupart sont tombées dans la mer...

     

    il lui en restait 7.. des photos qui ont fait le tour du monde...

    des soldats sur les plages de Normandie..

    le 6 juin 1944.

     

     

     

     

      

    Le jour J est resté à jamais gravé dans la mémoire collective grâce à ces photographies.

     

     Enfant sur un char


    Il couvrit ensuite la campagne de Belgique et la chute du Troisième Reich.

     


    L'après-guerre : Russie et Israël


    À la fin des années quarante, Capa prit part à divers projets avec ses amis intellectuels. Durant l'été 1947 il voyagea un mois entier en Russie avec John Steinbeck et de cette expérience naquit un reportage pour le Ladies'Home Journal, dont Réalités acquit les droits, ainsi qu'un livre, A Russian Journal, avec des textes du grand écrivain flanqués de photographies de Capa.

     

     

    L'année suivante il réalisa un reportage photographique en Hongrie et en Pologne avec le journaliste Theodore H. White, pour le compte de la revue Holiday. Enfin, il couvrit la création du nouvel État d'Israël, la première guerre israélo-palestinienne, et avec le romancier Irwin Shaw, il publia le livre Report on Israël.

     

    Indochine

     


    En avril 1954, Capa fut invité pour trois mois au Japon, comme hôte du Manaichi Shimbun, pour contribuer au lancement d'une nouvelle revue photographique. Life lui demanda de prendre pendant un mois, en Indochine, la place d'un collègue américain. Il accepta, malgré les objurgations de quelques amis.

     

     

    Capa, accablé de problèmes divers (il avait pris du poids, souffrait du dos, et surtout, comme toujours, avait besoin d'argent), voulait prouver qu'il était encore le meilleur photographe de guerre. Il était prisonnier de sa légende.

     


    Pour qui connaît la fin de l'histoire, il est impossible de ne pas déceler, rétroactivement, quelque chose de prémonitoire dans les dernières images de Capa : ces femmes en pleurs dans un cimetière, ce panneau indiquant la direction de Thai Binh, où il allait tomber, ces soldats vus de dos s'éloignant dans les herbes.

     


     

     

     

    Le 25 mai, il suivait, en compagnie de deux Américains, un convoi de soldats français occupés à évacuer, dans le delta du fleuve Rouge, après la capitulation de Diên Biên Phû, deux fortins désormais indéfendables.

     

    C'est là qu'il trouva la mort en sautant sur une mine, un appareil photographique dans chaque main.

     

    Les Français lui décernèrent les honneurs militaires à Hanoï.

     

     

    Au-delà d'un immense photographe de guerre, Robert Capa fut un photoreporter dans le sens le plus large de ce terme, capable de saisir avec un égal talent l'émotion, le drame ou la joie, et de jeter sur le monde qui l'entourait un regard non dénué d'humour mais toujours bienveillant.

     

     Les DERNIERS INSTANTS de ROBERT CAPA

    Il ne devait pas couvrir l'Indochine, mais Life n'avait pas de journaliste dispo et Capa n'était pas loin, de passage au Japon pour une expo Magnum. Il accepte. Comme toujours, il traite le sujet au plus proche de l'humain, présentant par exemple la récolte du riz pendant la bataille du delta du Tonkin.

     

    C'est en voulant cadrer une photo d'ensemble des soldats français qu'il recule et marche sur un détonateur. Naissance d'une légende.


    SOURCES - Lien - http://expositions.bnf.fr/capa/arret/1/

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • L’engagement des Receveuses des PTT

    dans la Résistance

     

     

    De nombreuses Receveuses des postes s’engagèrent dans la Résistance.

     

    De par leur fonction, elles recevaient les courriers à distribuer et à envoyer.

     

    Elles pouvaient ainsi agir lorsqu’elles détectaient les lettres de dénonciation adressées à la Gestapo ou à la Kommandantur.

     

    De plus, dans les bureaux de poste, le téléphone était sous leur responsabilité et elles pouvaient effectuer des écoutes, transmettre des informations aux maquis.

     

    Elles furent aussi très présentes dans les réseaux de Résistance extérieurs aux PTT. Nous allons leur rendre hommage et donner ici quelques exemples de l’engagement de ces femmes qui combattirent l’occupant nazi et le régime de collaboration de Pétain.

    Mathilde FILLOZ, receveuse à Clerval (Doubs), secondait son mari dans ses activités résistantes.

     

    Par ses fonctions elle pouvait intercepter les lettres de dénonciation à la Gestapo, grâce à son brassard PTT de « porteur de télégrammes » cette couverture lui permettait de franchir les barrages allemands et rejoindre les maquisards, les informer, transmettre des messages et les alerter. En 1984 à l’occasion d’un colloque au Ministère des PTT elle commençait son intervention par cette phrase :

     

    « Les femmes ont fait des choses aussi belles, aussi grandes, aussi difficiles que les hommes, mais elles ne l’ont pas dit ».

     

    Marguerite HAMELIN, épouse DUBRAY, est receveuse à Villedomer (Indre-et-Loire). Elle appartient au réseau « Libération Nord ». Elle s’occupe notamment des recherches de terrain pour les parachutages. Elle est arrêtée avec l’ensemble du groupe de Résistants dans la nuit de 8 au 9 juin 1944. Déportée, elle reviendra fin mai 1945.

    Marthe ALLIBERT est marié à Charles ROTH, receveur-distributeur à la poste de Cérelles (Indre-et-Loire). Lorsque ce dernier effectuait sa tournée le matin, Marthe assurait « la suppléance électrique », c’est-à-dire le téléphone et les opérations courantes jusqu’au retour de son mari. Marthe appartenait au réseau de Résistance « Darius » avec le grade de sous-lieutenant. Elle est arrêtée avec son mari, ils seront déportés. Marthe revient de Ravensbrück en mai 1945.

    Cécilia GAZAGNAIRE, receveuse à Launois (Ardennes), engagée dans un réseau, elle établira des fausses cartes d’état civil, des « ausweis », détruira les lettres de dénonciation, distribuera des tracts, écoutera les communications des occupants.

     

    Elle hébergera dans le bureau de poste des personnes recherchées.

     

    Elle aidera aussi matériellement les clandestins.

     

    Elle est arrêtée dans son bureau, emprisonnée puis déportée à Ravensbrück où elle meurt gazée le 1er mars1945.

     

     

    Marie-Louise MOINS, épouse LEGROS est receveuse à Besse-en-Chandesse (Puy-de-Dôme).

     

    Elle détournait le courrier en provenance ou à destination des occupants.

     

    Elle assurait les liaisons téléphoniques avec le maquis. Ces communications ayant été interceptées, Marie-Louise est arrêtée, emprisonnée à Clermont-Ferrand, puis Compiègne et sera déportée à Ravensbrück où elle est gazée le 5 mars 1945.

     

     

    Albertine VERNAIS exerce les fonctions de receveuse au bureau de Comines (Nord). Elle assurait la liaison entre le groupe de résistance de ce secteur et divers groupes de résistants belges et des membres de l’Armée secrète belge.

     

    Elle confectionnait également de fausses cartes d’identité.

    Elle est arrêtée le 12 juin 1943 et déportée.

     

    Elle sera de retour en mai 1945.

     

    Jeanne BAUCHEL épouse ROSENFELDER est assistante receveuse au bureau de Rombas en Moselle, l’un des trois départements annexés. Cette annexion supposait l’adhésion à l’Allemagne nazie. De nombreux postiers manifesteront le désir de rester français. Jeanne Rosenfelder sera déportée en Pologne. Elle s’évade et rentre en France. Elle sera réintégrée dans ses fonctions aux PTT à la fin de la Guerre.

     

     

    Jeanne DRUI est elle-aussi assistante receveuse à Krutange-Nilvange en Moselle. Elle est arrêtée pour le motif « refus de prendre la nationalité allemande » et est déportée en Silésie. Elle sera rapatriée le 19 mai 1945.

    Marie POINSIGNON épouse REITER, assistante receveuse à Moulins-lès-Metz en Moselle est arrêtée par la Gestapo le 28 janvier 1943 et déportée en Haute-Silésie. Elle sera rapatriée le 22 mai 1945.

     

    Marie-Louise SENECHAL épouse FERET est receveuse à la poste d’Echauffour (Orne). Sa fonction lui permet de substituer les lettres de dénonciation. Elle entre dans un réseau de résistance PTT.

     

    Arrêtée, internée au château des Ducs où elle sera torturée.

     

    Elle ne parlera pas.

     

    Ses longs mois de détention, les mauvais traitements quotidiens vont avoir raison de sa santé.

     

    Elle poursuit sa résistance dans sa geôle en entonnant régulièrement « La Marseillaise ».

     

    Son mari réussit enfin à la faire hospitaliser à Alençon. Très affaiblie, elle va mourir le 10 mai 1945, deux jours après la capitulation allemande.

    Denise ELICOT épouse JOSSE est nommée receveuse à Roc-Saint-André (Morbihan) en janvier 1941.

     

    Elle entre dans un réseau des Forces Françaises Combattantes (FFC) et sera immatriculée à Londres en mars 1943. Elle s’occupe en même temps des fausses cartes d’identité. Elle réceptionne des armes issues des parachutages et elle les cache dans le bureau de poste où elle hébergeait aussi des aviateurs alliés. Denise Josse, titulaire de nombreuses décorations, est décédée en 2014.

     

     

    Odette BOUILLÈRE est receveuse à Oradour-sur-Glane.

     

    Elle a péri avec ses compagnes dans l’église, brulée par les nazis de la 2ème division SS Das Reich.

     

    Laure SOUBRIE, receveuse à la poste de Lavelanet (Ariège) est agent de liaison d’un réseau local de résistance.

     

    Elle écoutait les communications téléphoniques, surveillait les lettres suspectes et assurait le ravitaillement des maquis.

     

     

    Marcelle BOURGINE, d’abord receveuse à Giverville (Eure) puis à Sainville (Eure-et-Loir) sera un maillon important du réseau PTT qui prendra le nom de « Libération Nationale des PTT » en 1944.

     

    Elle s’occupe notamment des réfugiés Espagnols. Elle sabotait les communications téléphoniques allemandes. Les meubles automatiques ruraux situés dans le bureau de poste étaient sensibles à l’humidité. Marcelle faisait bouillir de l’eau et en plaçant la casserole dans l’armoire technique, l’humidité suffisait à établir des contacts entre les fils et cela empêchait le téléphone de fonctionner. Marcelle mutée ensuite receveuse à Us en Seine-et-Oise s’est intégrée au réseau local de résistance.

     

     

    Henriette CHAMBOREDON épouse SCHWARZ est receveuse des postes à Boucoiran (Gard).

     

    Elle fut un agent de liaison important du réseau local de résistance et a obtenu plusieurs décorations, la Carte Volontaire de la Résistance (CVR), la Croix du Combattant Volontaire 39-45.

     

     

    Christiane BERTHOIS, receveuse des postes dans l’Allier transmettait le courrier aux résistants de la région et était agent de liaison avec les maquis. Au cours d’une mission, accompagnant son responsable du réseau qu’elle a voulu protéger, elle a tiré sur un Allemand dans le métro parisien. Fidèle adhérente de « Libération Nationale PTT » » elle est décédée en 2011.

    Berthe BERGÉ épouse LACOSTE remplace son mari, receveur-distributeur à Tarnos (Landes) lorsque celui-ci effectue le matin sa tournée de distribution du courrier. Ce couple de postiers va inscrire l’une des pages les plus importantes de la Résistance dans cette ville. Berthe, pseudo Linette, va accomplir de nombreuses missions et assurera l’hébergement de résistants. Elle siègera au Comité de Libération de Mimizan.

     

     

    Juliette THEULE receveuse au bureau de Frontignac (Hérault) fera partie de réseau de résistance « Cotre ». Elle tirera des tracts dans les combles du bureau de poste et assurera le passage de clandestins et de courrier entre les deux zones.

     

     

    Charles Sancet

    auteur

    sources / http://libeptt.org/engagement%20receveuses%20ptt%20resis.htm

    horizontal rule

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • ARRIVEE STALAG A1

    Lien - http://users.skynet.be/ philippe.constant/ stalag.html

    Les prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale, au nombre

    de 1 845 000, capturés par les Armée du Troisième Reich après la débâcle française pendant la bataille de France durant l'été 1940, furent envoyés dans des camps en Allemagne.

     

    Entrée d'un camp de villégiature.. chez les FRIDOLINS !
    le luxe ? les barbelés !!

     

     

    HOMMAGE à tous NOS AINES, tous ceux qui ont dit NON à l'INACCEPTABLE
    qui ont été faits PRISONNIERS dès 1940 - parqués - comme des troupeaux - embarqués dans des trains - dans les camps, les STALAG, les FERMES, les USINES...
    certains ont même été lachés par les gradés..

     

     

    pour travailler en ALLEMAGNE, enfermés pendant des années.. derrière des barbelés, qui pour la plupart sont revenus...en 1945... et d'autres jamais.
    ..

    La Wehrmacht a fait 1 830 000 prisonniers français lors de la Campagne de France.

    1.600 000 soldats français, sont acheminés dans des camps de prisonniers de guerre en Allemagne

     

     

    CONTEXTE en 1940 - la SIGNATURE des VENDUS

    L’Armistice entre la France et l’Allemagne est signé le 22 juin 1940 à Rethondes entre le général français Huntziger et le général allemand Keitel.

    Un deuxième armistice avec les Italiens, entrés en guerre contre la France
    le 10 juin, est signé deux jours plus tard à Rome.

    Cependant, les troupes allemandes continuent leur progression vers le sud, le long du littoral atlantique et atteignent la frontière espagnole à Saint-Jean-de-Luz,
    le 27 juin.

    La Wehrmacht a fait 1 830 000 prisonniers français lors de la Campagne de France.

    Les soldats et les sous-officiers se retrouvent dans l’un des 56 « Stalags » où ils sont soumis au travail tandis que les officiers français, regroupés dans 14 « Offlags »,

    Les soldats et les sous-officiers travaillent, selon leur emploi précédent, dans des usines ou chez des agriculteurs, ce qui est souvent préférable.

    Tous souffrent de l’éloignement de leur famille et d’une attente continuelle sans savoir quand ils pourront rentrer.

    Les prisonniers ont le droit de recevoir quatre courriers par mois, sur des imprimés spéciaux visés par la censure, ainsi que des colis.

    --------------------------------------------------------------

    Je CITE GUITOU,

    « Chaque mois, nous confectionnons un colis de cinq kilos pour envoyer à mon papa qui est prisonnier »,

    écrit un écolier de 1943.

    « Dans une boîte en carton très résistante, maman range les boîtes de conserve, les légumes secs en sachets pour faire du potage, le tabac ; quelquefois, elle joint des photos qui font toujours plaisir à mon papa qui est si loin

    de nous depuis si longtemps. »

     


    Les soldats prisonniers de la Seconde Guerre mondiale

    Avec la débâcle de l’été 1940, plus d’un million de soldats français se retrouvent prisonniers des forces allemandes, souvent pour quatre longues années.

    Un tiers reste en France, enfermé dans des Frontstalags (50 camps), les deux autres tiers partent en Allemagne, répartis dans des Stalags (camps de base pour la troupe), des Oflags (camps pour officiers) ou des Kommandos (camps de travail).

    Les conditions de détention sont dures (davantage dans les Kommandos que dans les autres), mais n’ont rien à voir avec celles des camps de concentration (camps d’élimination des opposants politiques ou des minorités, juifs, roms…).

    En Allemagne, les captifs remplacent les Allemands partis sur le front pour les travaux de terrassement et pour les travaux agricoles surtout.

    Si le film La Vache et le prisonnier, qui raconte les tentatives d’évasion d’un soldat en captivité dans un Stalag avec la vache dont il a la garde, a connu après-guerre un extraordinaire succès, c’est bien parce qu’il évoque un quotidien que beaucoup avaient vécu.

    Les prisonniers ont le droit de correspondre avec leur famille (sans dire grand chose sur leurs conditions de vie car le courrier est contrôlé). Ils peuvent aussi recevoir des lettres et des colis de France et, pendant les quatre années de guerre, des millions de paquets partent de la France vers l’Allemagne, comme l’évoquait l’écolier cité en introduction.

    Comment retrouver un aïeul prisonnier en 1939-1945 ?

     

     

    Avec la débâcle, les familles restent souvent sans nouvelles d’un père, d’un frère, d’un époux… Un silence qui dure quelques jours, quelques semaines ou plus. Pour répondre à leur inquiétude, des Listes officielles des prisonniers français sont éditées entre le 12 août 1940 et le 15 juin 1941 par le Centre national d’information sur les prisonniers de guerre.

    Cent Listes paraissent, fournissant en moyenne des données sur 10 000 prisonniers chacune, rédigées à partir d’éléments délivrés par les autorités allemandes. Leur contenu a été numérisé et est aujourd’hui disponible sur Internet sur http://www.genealogie.com/prisonniers-39-45

    Même si ces Listes officielles n’étaient pas exhaustives, elles donnent quand même accès à un million de fiches, avec le nom, le prénom, la date et le lieu de naissance du soldat prisonnier, son grade, son régiment, le camp d’internement, et l’image de la page source de l’information, ce qui permet de vérifier les éléments en se reportant aux documents d’origine.

    ---------------------------------------------------------------

    CAMPS d'INTERNEMENTS pour les COLONIAUX " INDIGENES OUBLIES" !
    même leur histoire est inconnue du GRAND PUBLIC !


    pour ne pas "faire tâche" vis à vis de certains !!!

    En avril 1941, on en dénombre 22 en zone occupée qui concernent
    pas moins de
    69 000 prisonniers « indigènes », parmi lesquels
    50 000 Nord-Africains,
    16 000 Sénégalais (incluant des Soudanais, Togolais et Voltaïques) et
    3 000 Malgaches et Indochinois

    L’Allemagne nazie renvoyait les prisonniers de guerre noirs et maghrébins de l’Armée française dans la zone occupée française, le plus rapidement possible par peur de maladies tropicales ou

    d’atteinte à la « pureté du sang aryen ». ( bande de connards ! )

     

     

    Les prisonniers qui dépendent du Frontstalag 222 (Camp du Polo de Beyris) sont soumis au travail forcé (Mur de l’Atlantique, dépôts de munitions, terrassements, travaux forestiers) et répartis en différents kommandos allant d’Hendaye jusque dans les Landes.

    Les conditions d’internement sont très dures : froid, nourriture insuffisante, manque de soins…

    40 de ces prisonniers ont été enterrés au cimetière Louillot d’Anglet,
    102 au cimetière Saint-Léon de Bayonne.

    Les causes de décès sont en majorité dues à la maladie (tuberculose surtout), mais aussi aux tentatives d’évasion ou accidents de travail.

    Dans le cimetière de quelques villages des Landes, des stèles ou plaques commémorent des prisonniers coloniaux qui dépendaient du Frontstalag 222.

    Mais à Bayonne, Anglet ou au quartier Beyris, rien ne rappelle les souffrances endurées par ces prisonniers « indigènes » oubliés.

    Les gardiens de ces camps sont des sentinelles allemandes, souvent anciens combattants de 14-18, et relativement cléments à l’égard des prisonniers.

    A partir de janvier 1943, devant les besoins du front de l’Est, la Wehrmacht mobilise tous ses moyens et le gouvernement français répond favorablement à la demande allemande de faire assurer la garde dans certains frontstalags par des officiers français.

    « Ce transfert crée une situation inédite et suscite des interrogations puisque les anciens officiers français des troupes indigènes deviennent subitement leurs geôliers.

    Ceci accroîtra la démoralisation des prisonniers ainsi que le sentiment d’avoir été trahis au nom d’une raison d’Etat » selon l’historienne Armelle Mabon.

    Le 22 août 1944 le Frontstalag 222 de Beyris est libéré et vidé de tous ses occupants.

    -----------------------------------------------------

     

    NOURRITURE des PRISONNIERS de GUERRE
    DANS LES CAMPS !

    Les prisonniers mangeaient le matin, un quart d'un liquide chaud intitulé café, qui était à base de malt, mais qui pouvait aussi être du jus de gland.
    Le midi ils mangeaient de la soupe épaissie de pommes de terre, betteraves et rutabagas*.
    et parfois des épluchures de pommes de terre !

    ET MAINTENANT dans certaines grandes surfaces ! ces légumes sont tendance !

     

     

    Lien complet - https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisonniers_de_guerre_fran%C3%A7ais_de_la_Seconde_Guerre_mondiale

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Afficher l'image d'origine

     

    Juin 1944 : Mouleydier,  un aute VILLAGE MARTYR

     

     

    L’incendie du village d’Oradour-sur-Glane par une colonne de la division Das Reich, le 10 juin 1944, n’est pas sans rappeler le martyr d’un autre village, situé plus au Sud, en bordure de la rivière Dordogne, en Périgord :

     

    le village paisible de Mouleydier.

     

    Le 21 juin 1944, au terme d’une lutte acharnée, le village est pillé puis incendié par les hommes de la 11e Panzer Division.

     

     

    Ruines calcinées du village de Mouleydier (Dordogne), incendié par les Allemands le 21 juin 1944.

    Toutes les photos de cet article proviennent des archives du résistant Émile Guet, © Photos Bondier, Bergerac.

     


    Elles ont été publiées dans une monographie réalisée par Yves Fressignac :
    « Mouleydier 1944 – De la Résistance à l’an 2000 »,

    Éditions La Lauze, Périgueux, avril 2004.

     

     

    Il n’est pas question ici d’associer dans un même martyrologe les deux tragédies, celle d’Oradour-sur-Glane, d’une part, celle de mouleydier, d’autre part.

     

     

    Afficher l'image d'origine

     

     

    Elles ne sont ni comparables, ni opposables.

     

    Les auteurs ne sont pas les mêmes (division SS d’un côté, division blindée de la Wehrmacht de l’autre), le nombre de victimes est beaucoup plus important en Haute-Vienne

     

    (123 maisons détruites et 642 victimes, fusillées et brûlées) qu’il n’est en Dordogne (175 maisons détruites et 65 morts probables)

     

    selon l’estimation de l’historien Jean-Jacques Gillot, en totalisant les morts des combats des 11, 18 et 21 juin, tant à Mouleydier qu’à Saint-Germain et Mons).

     

    À Oradour, les victimes sont civiles, tandis qu’à Mouleydier, ce sont des hommes qui meurent au combat ou qui, fait prisonniers, sont exécutés sauvagement.

     

    Si les circonstances qui conduisent au drame sont différentes, le ressenti est le même pour les populations endeuillées, spoliées, à qui l’on a tout volé, ravi, brûlé…

     

     

    Groupe d'habitants posant dans les ruines de leur village, à Mouleydier.

    Les causes de la tragédie

     

     

    L’événement qui est à la genèse de la tragédie de Mouleydier, aussi curieux que cela puisse paraître,

    c’est le débarquement allié du 6 juin 1944

     

    En Bergeracois, l’annonce du débarquement en Normandie fait naître un incroyable enthousiasme et suscite des vocations parmi la population locale.

     

    Par centaines des Périgourdins vont venir grossir les rangs clairsemés des maquis.

     

    Les mouvements de Résistance, se sentant pousser des ailes, entreprennent alors des actions spectaculaires, à l’exemple de la libération des prisonniers politiques de la prison militaire de Mauzac, dès le lendemain, le 7 juin.

    Dans la région de Mouleydier, sur le territoire de la commune voisine de Saint-Sauveur, on attend le parachutage d’hommes, d’armes et de matériel.

     

    Le message de la BBC devant alerter les résistants et les inviter à se tenir prêts en vue des parachutages, tombe le 31 mai 1944 :
    « La fée a un joli sourire »

     

    L’homme de contact avec Londres se nomme Philippe de Gunzbourg, alias « Philibert », puis « Edgard ». C’est l’un des responsables du réseau « Hilaire ».

     

     

    Dans le même temps, le commandement allemand ordonne aux Panzers Divisions stationnées dans le Sud-Ouest de remonter vers la Normandie, avec pour mission de stopper la progression des Alliés.

    La Résistance en Bergeracois, impatiente d’en découdre et sentant la Victoire à portée de fusils, entreprend par tous les moyens de freiner la remontée des troupes allemandes vers le Nord-Ouest de la France : actions de harcèlement de type guérilla, sabotages des voies ferrées, mise en place de barrages sur les routes…

    Ces trois facteurs conjugués : 1. l’accroissement de l’activité de la Résistance après le 6 juin, avec notamment « l’attaque » de la prison de Mauzac, .

     

    le projet d’aménagement puis de surveillance d’une zone voisine de Mouleydier en vue de parachutages .

     

    la remontée vers la Normandie des divisions de la SS stationnées dans le Sud-Ouest, conjuguée à la volonté des Allemands d’écraser la résistance en Sarladais… expliquent pourquoi Mouleydier, foyer de Résistance situé sur l’axe Bergerac-Sarlat, fait l’objet d’une attaque violente suivie d’un pillage en règle puis d’un incendie meurtrier…

     

     

    Quelques photos et documents, issus du fonds d’archives de l’ancien résistant Émile Guet (groupe Ponton-Martin), témoignent de la tragédie vécue par les habitants du village martyr de Mouleydier.

    Rue du village en ruines de Mouleudier, 21 juin 1944. Maison en ruines. Incendie de Mouleydier par les Allemands en juin 44.

    Village de Mouleydier, incendié par les Allemands le 21 juin 1944. Rue du village de Mouleydier incendié par les allemands le 21 juin 1944.

    Maison incendiée à Mouleydier, juin 1944. Vue générale du village de Mouleydier incendié par les Allemands le 21 juin 1944.

    Mouleydier incendié, 21 juin 1944. Des officiels discutent de la reconstruction du village martyr de Mouleydier, incendié en juin 1944.

    Prisonniers de guerre allemands, village de Mouleydier, 1945.

    Prisonniers de guerre allemands réquisitionnés pour les travaux de déblaiement. © Photo Bondier, coll. J. Tronel.

     

     

    Mouleydier a fait l’objet de plusieurs attaques,

    les 11, 18 et 21 juin 1944.

     

    Les différents groupes de résistants présents lors de la bataille de Mouleydier sont les suivants :

     

    Groupe Soleil, Alexis (Lot), Cerisier (Lalinde),Marsouin (Belvès), Loiseau (Prigonrieux), Bertrand (Eymet), Leduc (Beaumont), Pistolet (Bergerac), ainsi que celui de St-Germin-et-Mons.

    Le village a finalement été incendié le 21 juin. Le même jour, le village voisin de Pressignac subissait un sort identique.

    Propagande allemande

    Tract de propagande publié après l'incendie du village de Mouleydier, le 21 juin 1944. Tract de propagande allemand, Mouleydier juin 1944.

    Dès le lendemain, la propagande allemande diffuse le tract ci-dessus dans les rues de Bergerac, coll. J. Tronel.

    La presse en parle…

     

     

     

    La presse en parle… Mouleydier, 21 juin 1944.

     

     

    SOURCES

     

    http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/varia/juin-1944%C2%A0-mouleydier-un-oradour-sur-glane-en-perigord-2214

     

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

    DEUX CORNETTES SOUS LES BOMBES

     

     

    Sœur EMILIE, des filles de Saint-Vincent-de-Paul, aujourd'hui décédée, était une figure bien connue des Caennais qui la voyaient passer avec sa charrette chargée de légumes du jardin et tirée par un petit âne.

    Très tôt après le débarquement, la Supérieure fait évacuer les enfants et la communauté, ne laissant à Caen que deux sœurs dont Sœur Emilie pour aider aux secours et garder la maison. Voici quelques extraits du journal tenu par la compagne de Sœur Emilie.(Note de MLQ: la communauté était au au 59 rue de Bayeux)

     

    Source. Orphelinat des Sœurs de Saint Vincent de Paul, 59 rue de Bayeux, de nos jours.

     

    "Photo Mémorial de Caen " Au 55 rue Caponière.

     

    6 juillet 1944 

                Je suis depuis un mois au Lycée Malherbe changé en hôpital pour les sinistrés et pour les vieillards qui ne peuvent partir.

     

                L'église Saint-Etienne bâtie par Guillaume-le-Conquérant n'a jamais, depuis dix siècles, vu une foule de ce genre remplir ses trois nefs : plus de mille personnes mangent, dorment sur la paille aux pieds des bons Saints qui roulent des yeux étonnés devant une dame en pyjama rose ou un monsieur drapé dans une robe de chambre. Parfois il y a des scènes comiques, mais bien plus souvent, elles sont tristes, il y a des enfants, des bébés, des lessives qui sèchent. Dans la chapelle de la Sainte Famille couchée sur la paille, une jeune mère allaite son tout-petit, sous les yeux attristés du père, au dessus, le tableau de la Nativité, à deux mille ans de distance, c'est la même scène et la même angoisse.

     

    Les réfugiés dans l'Eglise Saint-Etienne. Quatre photos tirées du site de la ville de Caen

     

                Au Lycée, ancien monastère Bénédictin, tout est plein. Sous les cloîtres, des enfants jouent, des mamans préparent les repas, les hommes discutent, ils sont inquiets. Près de sept mille personnes sont dans les caves voûtées, et les souterrains bâtis par les moines, au XIIe siècle. Ma salle est un grand dortoir au deuxième étage. Pour commencer, nous n'avions rien que de la paille ; après des recherches nombreuses, les quatre vingt malades ont un lit, un matelas, deux couvertures, mais les draps sont inconnus.

     

               

    A droite p000006 Conseil Régional de Basse-Normandie / Archives Nationales du CANADA    Agrandissement

     

     

    Ce qui nous manque le plus, c'est l'eau et l'électricité, mais à la guerre comme à la guerre. Nous avons parfois des nouvelles de nos Sœurs et des orphelins réfugiés dans les mines de May-sur-Orne (Note de MLQ: à 10 km au Sud de Caen).

     

    Tous les soirs vers 9 heures, je rentre à la Communauté avec Sœur EMILIE, et repars au Lycée le matin à 6 heures, après la messe entendue à Saint-Etienne.

     

    Au milieu des réfugiés qui dorment encore !

     

     

                Monseigneur des Hameaux ne quitte son église, ni le jour, ni la nuit, et soutient magnifiquement son étrange paroisse.

                De nouveaux réfugiés sont arrivés à la Maison ; aujourd'hui, près de cent cinquante personnes sont avec nous, dans le réfectoire des garçons et des filles.

     

    8 juillet                     

                 Le matin, vers 6 heures, les Allemands vont et viennent comme des fous dans la rue de Bayeux. A 8 h 30, des bombardiers Anglais survolent la ville, ils sont cette fois sur le quartier Saint-Etienne... Une grosse torpille tombe au bas de la rue de Bayeux, faisant un entonnoir de plus de huit mètres de profondeur et soufflant huit maisons de chaque côté.

    A gauche p011896 Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA    Agrandissement
     Des sapeurs Canadiens du Royal Canadian Engineers bouchent un trou dans le bas de la rue de Bayeux.

     

     


    Certainement le résultat du bombardement du 8 juillet à 08H00 : 3 groupes de 4 B-26 Américains lancent leurs bombes rue de Bayeux et rue de Bretagne en cherchant à ensevelir la place de l'Ancienne Boucherie carrefour important vers le centre ville.

     

     

    En moins de 2 mn tout est réglé et les sauveteurs rassemblent 50 victimes (morts et blessés).

     

    En arrière-plan, les deux flèches de l'abbaye aux Hommes (Saint-Etienne) sont restées intactes. Ce secteur " îlot sanitaire " signalé aux Alliés comme étant centre de secours pour la population civile résiduelle (environ 8000 personnes) comprenait: le Lycée Malherbe, le Bon Sauveur, Saint Etienne et le Palais de Justice.

     

    Il a été sauvegardé des bombardements aériens alliés mais pas de l'artillerie allemande.

     

     

     

     

     

    Au même endroit, un couple de Caennais regarde un bulldozer Canadien déblayant les ruines de maisons détruites, rue de Bayeux.

                Des familles entières sont sous les décombres. La famille MAUNOURI, la grand-mère, le père, la mère, les deux enfants, le commis, et quinze personnes qui étaient dans le magasin sont tous tués. Rien que dans ce coin soixante morts. Au moment de chute de la torpille, Sœur EMILIE était chez la boulangère, elle se rendait chez le boucher. Si la torpille était une demi-minute plus tôt, Sœur EMILIE aurait été tuée avec les clients qui faisaient la queue chez le boucher. La Sainte Vierge l'a vraiment protégée. Une autre torpille est tombée, rue de Bretagne. Maisons démolies : sept. Trente morts.

     

    Dimanche 9 juillet    

                            Nuit très calme, sans bombardements. A 6 heures du matin, la rue est déserte, des camions allemands passent. Un énorme tank dit "Le Tigre "les suit, l’officier pilote du haut de la tourelle est blessé au visage, le sang coule, on sent que les soldats sont exténués.

                A 6 h 30, je vais à Saint-Etienne, personne dans la rue. Quelques soldats, mitraillette en main, vont et viennent comme des fous, place des Petites Boucheries, ce sont des S.S. Ils ne savent pas quelle direction prendre.

                Vers 9 heures, les soldats descendent la rue de Bayeux, en courant, chacun prend un poste sous les portes cochères, ils s'embusquent dans les corridors des maisons, à toute vitesse ils barrent la rue avec des chevaux de frise. Mes malades dans la salle ont très peur, tout le monde voudrait aller dans les abris, mais cela est impossible. Je tâche de les rassurer. A 11 heures, des brancardiers nous apportent une jeune femme qui est restée vingt cinq heures ensevelie sous sa maison près du cadavre de sa mère, elle était coincée près du cadavre de sa mère, elle était dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement, et ne pouvait qu'appeler et a reçu de nombreuses commotions. Elle nous livre ses impressions d'enterrée vivante. Depuis huit ans, elle n'avait pas fait ses Pâques, quand l'Aumônier est venu, elle s'est confessée et a communié avec ferveur.

                Les sept mille réfugiés du Lycée sont dans l'angoisse. Impossible de sortir, même dans la cour, les balles sifflent de tous côtés.

                Des tanks allemands passent à toute vitesse, ils prennent la direction de la gare et de Fleury. Les soldats S.S. avancent en hésitant ; ils sont courbés, sont loin de crâner en faisant leur pas de l'oie.

                Des fenêtres du Lycée nous suivons le combat. Vers 2 heures les mitrailleuses marchent sur la place. Arrive un tank, puis un second, ils rentrent dans la cour d'honneur du Lycée et deux hommes sortent du capot des tanks en criant : «Nous voilà les gars, vive la France», ce sont des Canadiens Français.

                L'émotion est poignante, les femmes pleurent de joie. Ils sont reçus avec entrain. Aussitôt distribution de cigarettes aux hommes et de chocolats aux enfants.

                On est content de les entendre parler le vieux Français avec des mots en patois normand.

     

    10 juillet

                Les Canadiens arrivent de tous côtés. La rue de Bayeux jour et nuit voit cet important matériel qui déferle. Ils sont catholiques. Autour de leur cou ils portent la médaille de la Sainte Vierge, le Scapulaire (Note de MLQ: deux petits morceaux d’étoffe, qui sont joints ensemble par deux cordons, et qu’on porte au cou, sous les vêtements) et un gros chapelet noir.

     

     

    Témoignage paru en juin 1994 dans la brochure

                                                                                                                                          ECLATS DE MEMOIRE

    TEMOIGNAGES INEDITS SUR LA BATAILLE DE CAEN
    recueillis et présentés

    par Bernard GOULEY et Estelle de COURCY
    par la Paroisse Saint-Etienne-de-Caen
    et l’Association des Amis de l'Abbatiale Saint-Etienne

     Reproduit avec leur aimable autorisation

     

    SOURCES :

     

    http://sgmcaen.free.fr/temoignage-soeuremilie.htm

     

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Saint-Lô sous les bombes le 6 juin 1944

     
    • Saint-Lô détruite, été 1944, lors de la Libération. La photo est prise du haut de l'église Notre-Dame. À droite la Vire et la falaise d'Agneaux. À gauche, l'actuelle rue de Villedieu.
    • Saint-Lô détruite, été 1944, lors de la Libération. La photo est prise du haut de l'église Notre-Dame. À droite la Vire et la falaise d'Agneaux. À gauche, l'actuelle rue de Villedieu. | Conseil Régional de Basse-Normandie/National Archives USA

    Nadine BOURSIER.

     

    La veille. Le lundi 5 juin 1944, les Saint-Lois (12 000 en 1944) sont loin d'imaginer les bombardements massifs qui vont avoir lieu. À 40 km des côtes, ils s'estiment à l'abri. Mais Saint-Lô reste un carrefour stratégique. Vers 23 h 30, un avion allié s'écrase à Baudre, atteint par un obus, provoquant de fortes détonations. Quelques heures plus tard, dans le ciel saint-lois, des centaines d'avions vont et viennent.

     

    Le 6 au matin. Le général Marcks fête son anniversaire à l'état-major du 84e corps d'armée allemand, dans le château de Commines, quand il est prévenu de l'offensive alliée.

    Dans le même temps, les Saint-Lois se réveillent, tôt, après une nuit agitée. Les rues sont quasiment désertes. Certaines boulangeries sont ouvertes, quelques épiceries aussi. Dans la journée, se multiplient les sirènes d'alerte alors que la circulation aérienne au-dessus de la ville s'intensifie. Les Allemands commencent à plier bagages et groupent leurs camions sur la place du champ de Mars. Tandis que les Saint-Lois désobéissent aux affichettes allemandes apposées dans la matinée leur interdisant de sortir de chez eux.

     

    10 h, quatre bombes sont lâchées sur la centrale électrique d'Agneaux. Un quart d'heure plus tard, un second lâcher achève l'édifice : télégraphes et téléphones sont coupés.

     

    13 h 30, la BBC appelle les habitants à évacuer la ville dans un rayon de 3 km car une offensive est prévue. Malheureusement, les Allemands ont confisqué les postes TSF des citadins.

    Des tracts ont été largués la veille afin de prévenir la population d'une attaque alliée, l'enjoignant de trouver refuge dans la campagne avoisinante.

     

    Mais ceux-ci échouent dans la nature, dispersés par le vent. Il n'empêche.

     

    Par le bouche à oreille, certaines personnes ont le temps d'être prévenues.

     

    16 h 30. La gare, mitraillée, est touchée.

     

    20 h. Le soir, la plupart des foyers saint-lois se mettent à table comme si de rien n'était. Quand soudain, 14 bombardiers lourds, alignés, lâchent en bloc une quarantaine de bombes durant 15 à 25 minutes.

     

    Soit 30 tonnes de bombes.

     

    Une dizaine de rues sont touchées,

    soit près d'un tiers de la ville :

     

    rue Saint-Thomas, rue Torteron, rue Dagobert, rue du Neufbourg, rue Havin, Bon Sauveur... Sont détruits l'aile droite de l'hôtel de ville et la Kreiskommandantur, la rue Carnot, les jardins de la préfecture, la place Beaux Regards et le palais de justice.

     

    De 23 h à 2 h. Second bombardement, plus long, plus destructeur et plus meurtrier. Une cinquantaine de bombardiers arrosent à nouveau le centre-ville, avec des bombes incendiaires, dont certaines équipées d'un mécanisme de retardement afin d'empêcher pour plusieurs jours tout déblaiement de la ville et de gêner la circulation de renforts allemands.

    Saint-Lô mettra 44 jours à être libérée.

     

     

     

    http://www.ouest-france.fr/saint-lo-sous-les-bombes-le-6-juin-1944-482204 

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Afficher l'image d'origine 

     

     

    Tout d’abord, qui sont les tsiganes?

     

    Il y a les dénominations internes (comme Rom), et les dénominations externes, que les non-Tsiganes utilisent pour désigner les Tsiganes, comme Romanichel, ou encore Bohémien.  Ce dernier terme renvoit par exemple aux lettres de protection qui étaient accordées par les rois de Hongrie, de Pologne et de Bohême.

    – Les Gitans –Gypsi en anglais, Gitanos en espagnol (qui se nomment eux-mêmes Kalé)- vivent en Espagne et dans le sud de la France, et représentent environ 10 % des Tsiganes selon le collectif Romeurope.

    – Les Sinté, ou Manouches en français, se sont plutôt établis en Italie, France ou dans les régions germanophones, le Bénélux et certains pays nordiques, et représentent environ 4 à 5 % des Tsiganes, selon la même association.

    – Les Roms, terme signifiant homme en romanès. Il s’agit là encore d’un terme générique, mais, cette fois, endogène, c’est-à-dire employé par les Roms eux-même. Il a été choisi en 1971 par des associations d’Europe de l’Est, comme l’Union romani internationale, pour remplacer celui de Tsigane, considéré comme péjoratif.

    Souvent originaires de Roumanie, Bulgarie, Grèce, Slovaquie, Serbie, Hongrie : selon l’association Rom Europe, ils représentent 85 % des Tsiganes européens. Leur arrivée en France s’est faite essentiellement en plusieurs vagues migratoires : d’abord au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, puis dans les années 1970 et enfin à partir des années 1990. S’ils viennent de la même région de l’est de l’Europe, ils n’ont pas la même nationalité, ni forcément les mêmes confessions religieuses, ni le même statut administratif. Il y aurait entre 15 000 et 20 000 Roms en France, dont 85 % de ressortissants européens, essentiellement bulgares et roumains.

    – Quant au terme « gens du voyage », il s’agit d’une catégorie administrative, créée par la loi du 3 janvier 1969. Le terme désigne les personnes vivant plus de 6 mois par an en « résidence mobile terrestre ». Leur nombre est estimé à près de 400 000 personnes selon la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes. Selon cette association, la quasi-totalité d’entre eux sont de citoyenneté française.

    – En Turquie les Rroms sont surnommés « roman ». Ce terme est utilisé en Thrace pour désigner les Rroms, appelés ailleurs en Turquie Cingene, « Tziganes ». D’autres appelations régionales sont usitées, comme Mutrip dans les régions proches de l’Iran.
    Toutes ces communautés peuvent être regroupées sous le nom de « Tsiganes » (ou « Tziganes »)

    De tout temps, les Tsiganes ont été persécutés, en Europe Orientale comme en Europe Occidentale.
    Ils ont été réduits en esclavage en Roumanie (le pays où, selon Manuel Valls, ils ont « vocation » à vivre), mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre.

    Ils étaient persécutés parce que différents, différents par leur apparence, différents par leur mode de vie et différents par leur culture.
    Ces persécutions atteignirent leur paroxysme durant la Seconde Guerre mondiale. Les Nazis entreprirent de les exterminer au motif qu’ils étaient des asociaux irréductibles de par leur appartenance à une race « hybride » et inférieure. Ces persécutions prirent des formes différentes selon les pays : internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz.

     

    Le camp d’Auschwitz est connu de tous pour symboliser le génocide des Juifs, ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes.

     

     

    Afficher l'image d'origine 

    1/ Allemagne

    Depuis la fin du XIXème siècle, les Tsiganes allemands, majoritairement sédentaires, étaient devenus l’objet de toutes les attentions de ceux qui dénonçaient le « fléau tsigane » (anthropologues, linguistes, folkloristes) et notamment des services de polices qui entreprirent de les recenser et de les mettre sous étroite surveillance.

    Les nazis achevèrent de fédérer les différentes législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux asociaux, ce qui leur permit de toucher les sédentaires, et mirent au point une définition raciale des Tsiganes devant permettre l’éradication définitive du « fléau tsigane ».
    Dès 1933, ils sont, ainsi que les handicapés, stérilisés (lois d’hygiène raciale).
    En 1935, ils sont exclus du corps électoral.

    Les Nazis définissant la citoyenneté allemande d’après des critères raciaux, entreprirent de définir racialement les Juifs et les Tsiganes afin de les exclure de cette citoyenneté.

    Afficher l'image d'origine

    Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations, créé en 1936 au sein des Services de Santé du Reich, mais dépendant du ministère de l’Intérieur, et dirigé par le docteur Ritter, reçut la mission de recenser tous les Tsiganes du Reich en utilisant l’anthropométrie et la généalogie.

     

    Afficher l'image d'origine

     

    En 1944, 30 000 expertises avaient été établies ; la quasi-totalité des Tsiganes du Reich avaient été recensés et fichés.
    Les données accumulées lors de ces expertises permirent au docteur Ritter d’établir une classification précise des Tsiganes en août 1941.

    « Z (Zigeuner) : Tsigane (c’est-à-dire de véritable et pur sang tsigane).

    « ZM + ZM (+) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié tsigane (c’est-à-dire métissé, mais au sang tsigane prédominant).

    « ZM (Zigeunermischling) : Semi-tsigane (à part égale de sang tsigane et de sang allemand). Cette catégorie se subdivise elle-même en deux sous-groupes : 1) « ZM de premier degré », dans le cas où l’un des parents est pur tsigane et l’autre allemand. 2) « ZM de second degré », dans le cas où l’un des parents est « ZM du premier degré » et l’autre allemand.

     « ZM_ ou ZM (_) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié allemand (c’est-à-dire métissé, mais à sang allemand prédominant).

    « NZ (Nicht-Zigeuner) : Non-Tsigane (personne à considérer comme étant de sang allemand). »

    Le Centre de recherches en hygiène raciale considérant qu’une majorité des Tsiganes était en fait des métis (Mischling) concluait qu’ils étaient des asociaux par leur mode de vie et une race hybride par leur métissage biologique, ce qui impliquait qu’aucune « rééducation » n’était possible. L’équipe du docteur Ritter proposait d’ailleurs de tous les stériliser pour solutionner la question tsigane.

    Peu à peu, les Tsiganes subirent le sort réservé aux Juifs : les mariages mixtes furent interdits, les enfants exclus de l’école, les adultes de l’armée, les travailleurs soumis à un impôt spécial, etc.

    tsiganes-portraits

    La politique de sédentarisation fut parachevée en internant les Tsiganes dans des camps communaux. Ces camps furent créés à l’initiative des autorités municipales ou de polices locales, sans qu’il ait existé au préalable de cadre juridique formel. Le caractère de ces camps et les conditions de vie des Tsiganes, qu’on internait par famille, furent par conséquent très variables. Tous ces camps ont en commun d’avoir servi, au départ, à l’internement des Tsiganes qui habitaient dans des roulottes placées sur des aires de stationnement ou dans des baraquements, et qui, de ce fait, correspondaient le mieux aux préjugés racistes. Ceux qui vivaient comme la majorité des allemands, sans se faire remarquer par leur mode de vie, ont cependant été internés à leur tour dès lors qu’ils furent recensés en tant que Tsiganes sur la base de critères raciaux. L’objectif généralement poursuivi était la concentration de tous les Tsiganes d’une ville ou d’une région dans un camp. Le premier camp tsigane fut organisé à Cologne en avril 1935. Le 6 juin 1936, un « Décret pour la lutte contre le fléau tsigane » déclara illégales les expulsions reléguant les Tsiganes à la périphérie des villes et exigea des autorités « la sédentarisation des Tsiganes en un lieu déterminé » afin d’en faciliter la surveillance par la police. Un grand nombre de villes se servirent de ce décret pour justifier la création de camps tsiganes.

    Est-ce que ça vous parle, vous interpelle? Je l’espère.

     

    En juillet 1936, les 600 Tsiganes de Berlin, dont la présence était indésirable pendant les Jeux Olympiques, furent internés dans un camp situé à la périphérie de la ville. Le « Décret pour la lutte préventive contre l’infestation tsigane » du 8 décembre 1938 ordonnant leur sédentarisation pour faciliter leur recensement fut interprété comme « signifiant qu’à l’avenir tous les Tsiganes devaient être logés dans un camp ». Ces camps étaient de véritables camps d’internement : ils étaient entourés de barbelés, gardés par un gardien armé, les Tsiganes ne pouvaient en sortir sans autorisation et étaient soumis au travail forcé. Ils étaient d’autant plus obligés de se soumettre à cette obligation que le travail était la condition sine qua non pour obtenir une allocation des services sociaux, allocation qui leur permettait de se nourrir, l’administration ne le faisant pas. Ces mesures touchaient principalement les nomades et les semi-sédentaires.

    terraibarbeles-strasbourg

     

    (Au fait, vous êtes au courant que le terrain fourni à ses Roms par la municipalité de Strasbourg, l’espace Hoche, est un ancien camp militaire entouré de barbelés?)

    Assimilés à des asociaux, les Tsiganes furent internés dans des camps de concentration. Dans la semaine du 18 au 25 septembre 1933, la police, aidée des SA et des SS, procéda à une rafle de mendiants et de vagabonds dans tout le Reich. Dix mille personnes, dont un nombre inconnu de Tsiganes, furent arrêtées et internées dans des camps de concentration.

    berlin-tsiganes

     

    Marzahn (quartier de Berlin), l’un des premiers camp d’internement pour les Tsiganes

    Le 14 décembre 1937, Heinrich Himmler publia le « Décret de lutte préventive contre le crime » appelé aussi « Décret sur les asociaux » stipulant que « la Police Judiciaire du Reich avait la possibilité de déporter dans les camps de concentration tous ceux qui étaient qualifiés d' »asociaux » ou de « rétifs au travail » ».

     

    En avril 1938, 2 000 hommes, dont nombre de Tsiganes, furent ainsi internés dans le camp de Buchenwald.

    Prétextant que ce décret « n’avait pas été appliqué avec toute la rigueur nécessaire », Himmler ordonna de procéder à une nouvelle vague d’arrestation. Cette opération désignée sous le code « Aktion Arbeitscheu Reich » eut lieu dans la semaine du 13 au 18 juin 1938. Chaque poste de police avait reçu l’ordre d’envoyer dans les camps de concentration au moins 200 hommes capables de travailler dont : »

     

    les Tsiganes ou les personnes nomades comme le sont les Tsiganes, si elles n’ont pas montré une volonté de travail régulier ou si elles se sont rendues coupables d’infractions. »

     

     

    Dix mille personnes furent à cette occasion arrêtées et internées dans les camps de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen, où on leur attribua le triangle noir des asociaux.

     

    Parmi ces 10 000 personnes se trouvaient tous les hommes du camp tsigane de Francfort, une vingtaine de Tsiganes « non salariés » du camp tsigane de Cologne et les adolescents du camp tsigane de Düsseldorf.

     

    Le nombre exact de Tsiganes qui furent arrêtés en juin 1938 n’est pas connu.

     

     

    A l’automne 1942, Himmler ordonna l’internement « des éléments asociaux des établissements pénitentiaires (des Tsiganes mais aussi des Juifs et des Russes) en vue de l’élimination par le travail ».

     

    Les hommes n’étaient évidemment pas les seuls à être menacés, les femmes étaient également internées comme asociales, notamment à Ravensbrück.

     

    La plupart d’entre d’elles furent arrêtées pour mendicité, alors qu’elles exerçaient une activité commerciale interdite, ou pour avoir prédit l’avenir.

     

    Toute infraction constatée -ou supposée- suffisait pour être interné dans un camp de concentration.

     

    De nombreux Tsiganes originaires d’Autriche furent déportés dans les camps de concentration allemands.

    Dès l’été 1938, 15 000 Tsiganes étaient déportés à Dachau ;

     

    600 d’entre eux furent transférés à Buchenwald à l’automne 1939.

     

    Un tiers de ces tsiganes ne passa pas l’hiver.

    Le 21 septembre 1939, lors d’une conférence organisée par Heydrich, il fut décidé de déporter tous les Juifs et les Tsiganes vers la Pologne.

     


    Le 27 avril 1940, Himmler donna l’ordre de déporter par familles 2 500 Tsiganes dans le Gouvernement général de Pologne.

    A l’origine la totalité des 30 000 Tsiganes vivant en Allemagne devait être déportée, mais « comme des difficultés pratiques étaient apparues lors du « déplacement » de 160 000 Juifs et Polonais, seul un « premier transport » de 2 500 Tsiganes originaires des zones frontalières de l’ouest et du nord-ouest de l’Allemagne fut ordonné ». Ces déportations furent organisées du 21 avril au 16 mai 1940.

     

     

     

    300 Tsiganes originaires du sud de l’Allemagne furent également déportés en Pologne. Tous avaient signé un document attestant qu’ils avaient bien compris que s’ils revenaient en Allemagne, ils seraient stérilisés et envoyés en camp de concentration. Ces déportations eurent lieu au vu et au su de tous, sans que cela provoque une quelconque réaction.

     

     

    La déportation systématique des Tsiganes prit toute sa dimension avec un décret d’Himmler du 16 décembre 1942.

     

    Ce décret ordonnait la déportation à Auschwitz de tous les Tsiganes du Grand Reich. Peu de temps après, le décret fut élargi aux Tsiganes d’Autriche, du Nord de la France, de Pologne, du Luxembourg, de Belgique et des Pays-Bas.

     

     

    L’ordre donné par Himmler, le 16 décembre 1942, l’Auschwitz Erlass, constitue la dernière étape vers « la solution définitive de la question Tsigane ».

     

    Enfin, avec le décret d’application du 29 janvier 1943, tous les Tsiganes devaient être déportés par familles, « sans prendre en compte le degré de métissage », dans la section tsigane (Zigeunerlager) du camp d’Auschwitz.

     

     

    Le « camp de familles » a été construit à Auschwitz -Birkenau II en février 1943. Le premier transport arriva le 26 février.

     

    Du 26 février au 6 mars, 828 Tsiganes arrivèrent au camp en quatre convois. Le 23 mars, 1 700 Tsiganes de Bialystock furent immédiatement gazés sans même être enregistrés. Du 6 au 31 mars, 23 convois comprenant 11 339 Tsiganes arrivèrent et furent immatriculés à Auschwitz.

     

    Environ 19 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz en 1943 et 2 200 avant l’été 1944. 63 % étaient allemands, 21 % venaient de Bohême-Moravie, 6 % de Pologne, les 11 % restants avaient d’autres nationalités ou étaient considérés comme apatrides.

    Si l’on inclut ceux qui furent internés sans enregistrement pour être assassinés peu de temps après dans les chambres à gaz, le chiffre total des Tsiganes déportés dans la « section tsigane » atteint 23 000 personnes. »

     

     

    Les Tsiganes furent les seuls à ne pas connaître la sélection sur la rampe d’Auschwitz, ils furent aussi les seuls à vivre en famille.

     

    La plupart de ces Tsiganes sont morts de faim, de maladies (typhus et Noma pour les enfants) et des suites des expériences médicales pratiquées par le docteur Mengele.

     

    En avril et mai 1944, quelques centaines de Tsiganes aptes au travail furent transférés à Buchenwald et Ravensbrück.

     

    Dans la nuit du 2 au 3 août 1944,

    les 2 897 personnes restées au « camp de familles » furent gazées.

     

     

    Estimation de la population rom avant la guerre : 20 000
    Estimation de la population rom massacrée : 15 000

     

     

     

    SOURCES

    Extrait article de Madame Anne Tempelhoff 

     

    http://www.kedistan.net/2015/08/28/tsiganes-de-victimes-expiatoires-a-intouchables/

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    1 commentaire
  •  

     

    “Comme une histoire”

     

    est une nouvelle collection qui propose de raconter des épisodes de l’Histoire au grand public.

     

    Marie-Josephe Bonnet nous raconte le sombre parcours de criminels et de malfrats recrutés pour exécuter les bases besognes de la Gestapo pendant l'année 1944.

     

    Si l’épopée de la Libération de Paris est aujourd’hui bien documentée, il n’en est pas de même de sa face sombre, c’est-à-dire du tribut qu’ont dû payer les résistants arrêtés par les gestapos durant les trois mois de la bataille de Normandie.

     

    Celle de la rue de la Pompe est très peu connue alors qu’elle n’a rien a envier à celle de la rue Lauriston, ou de la rue des Saussaies.

     

     

    En quatre mois, du 17 avril au 17 aout 1944, une équipe de 44 auxiliaires français dirigés par l’Allemand Friedrich Berger a arrêté plus de 300 résistants, torturé la majorité d’entre eux pour leur extorquer des renseignements, déporté 163 hommes et femmes, sans parler de ceux qui sont morts sous la torture ou fusillés.

     

    Au cours du procès de la Gestapo de la rue de la Pompeau tribunal militaire, on dénombrera 110 morts dont 60 fusillés à Paris, parmi lesquels se trouvent les 42 jeunes gens fusillés à la cascade du bois de Boulogne le 16 aout 1944.

     

    C'est cette sombre histoire, de l'installation de la bande rue de la Pompe à son procès en 1952, que raconte Marie-Jo Bonnet en se basant sur des documents et des témoignages d'époque.

     

    • Auteur : Marie-Jo Bonnet
    • Editeur : Ouest France
    • Date de parution : 22/05/2013
    • Collection : Histoire
    • ISBN : 2737360420
    • EAN : 978-2737360428

     

     

     

    Pour l'affaire de la Gestapo de la rue de la Pompe le tribunal militaire de Paris a inculpé 23 personnes de trahison, espionnage, assassinat et complicité, association de malfaiteurs.

     

    L'acte d'accusation stipule que ce groupe a collaboré entièrement avec les services allemands de la rue des Saussaies et, surtout, du 31 bis avenue Foch.

     

    Il évoque aussi la carrière d'espion de Friedrich Berger, son chef. 

     

    Berger Friedrich

    Pendant l'Occupation, il était le dirigeant de l'antenne de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris. D'abord engagé dans la Légion étrangère, il est recruté par l'Abwehr en 1933.

     

    Il participe pendant la guerre au marché noir pour l'armée allemande.

     

    Parallèlement, il collecte des informations pour faire tomber des réseaux de marché noir et de résistants.

     

    Il constitua une équipe d'une trentaine de personnes plus ou moins louches qui ont neutralisé plusieurs réseaux résistants.

     

    Son équipe était connue comme la « Gestapo de la rue de la Pompe » dont le siège était au no 180.

     

    Arrêté en 1947, il s'évade et sera condamné à mort par contumace en 1952. Il meurt à son domicile de Munich des suites de maladie le 10 février 1960.

     

    Né en Saxe en 1911, il entre à l'Abwehr en 1933. Il s'engage dans la légion étrangère française, en 1934. Réformé en 1937 il retourne en Allemagne. A la fin de 1940, il est envoyé en France avec pour mission de s'infiltrer dans le Deuxième Bureau. Il est presque immédiatement démasqué et condamné à mort. Envoyé à la prison d'Oran, il est rendu aux Allemands le 31 mai 1942. Il s'installe alors à Paris et vit du marché noir, notamment en travaillant pour le bureau Otto. Ses affaires devenant florissantes, il ouvre un bureau d'achats au 14 rue du Colonel Moll. Berger a un système efficace pour gagner du temps et de l'argent : il torture les vendeurs pour leur faire avouer les cachettes de leurs dépôts.

     

     

    Le 17 avril 1944, il s'installe au 180 rue de la Pompe.

     

    Il décime une quantité très importante de réseaux de résistance.

     

    Lors de la capitulation de l'Allemagne, il part pour l'Italie.

     

    Le 7 mai 1945, il est arrêté à Milan par les Anglais.

     

    En 1947, il s'évade de prison.

     

    Le 22 décembre 1952, il est condamné à mort par contumace, car il n'a jamais été repris. Berger est mort le 10 février 1960 à munich.

     

    Il existe des liens étroits entre Allemands et auxilliaires français et des étrangers.

     

    Le personnel de ce service étaient dotés de papiers les mettant « a l'abri de toute intervention de la police française » et leur permettant « d'intimider les personnes à qui ils s'adressaient ». Ils recurent des armes, et les permis nécessaires.

     

    Pour son financement on donna l'autorisation à Berger d'ouvrir son propre bureau d'achat, rue du Colonel-Moll à Paris. Grâce à l'appui des Allemands, la Gestapo du 180 rue de la Pompe peut exercer de grands ravages dans les rangs de la Résistance : ce bilan s'établit à plus de 300 arrestations, plus de 160 déportations (50 de ces déportés décéderont en Allemagne), 40 fusillés lors des guets-apens du 16 août 1944.

     

    Sans parler des expéditions de Roanne, Lille, Péronne, les arrestations de résistants des réseaux « Les Cloches des Halles », « Phalanx », « N.A.P. », « Voix du Nord », « Libération Nord », « O.C.M. », « F2 », « M.L.N. », « Résistance polonaise », « Organisation juive de combat », « Groupe de Chelles et de Draveil »,

    « Jeunesses catholiques combattantes »

     

    ... Sans parler des sévices, des tortures inqualifiables des gestapistes français, sans pitiés et les morts, sous les coups reçus.

     

    Le 16 août 1944, des résistants sont ainsi attirés, le même jour, passage Doisy, porte Maillot, au Ballon des Ternes et rue Leroux (n°4).

     

    La majorité de ces français sera assassinée près de la cascade du Bois de Boulogne, sans parler des exécutions dans les locaux du 42, avenue Victor Hugo...

    L'activité criminelle de la Gestapo de la rue de la Pompe se poursuit dans l'est de la France, après son repli de Paris, à Sainte-Menehould, dans la région des Islettes, d'Auzerville... Les arrestations de résistants sont opérés, contrôlées par les Allemands et, sur 27 patriotes arrêtés, 18 sont déportés et 5 meurent en camp de concentration. En septembre 1944, 12 personnes meurent à Celles-sur-Plaine, d'autres drames éclatent, ici et là, avant que la bande ne gagne l'Italie à San Rémo. Huit peines de mort sont prononcées, d'autres de travaux forcés à perpétuité, des peines de 20 à 5 ans et, par contumace, 7 condamnation à mort, dont celle de Berger.

    Sources

    • Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 3641 CJ 46 affaire Reymond Jacques - 3955 CJ 47 affaire Gestapo de la rue de la Pompe - Berger Friedrich - Kley -Stanziano Mario - Stcherbina Manuel - Zimmer Jean-Baptiste - Wentzel Fred - Schnell Christian - Vieillevoye Pierre, dossier comprenant divers états, notamment des inculpés français et étrangers, des principales opérations criminelles du groupe.
    • Parquet Général - Non lieu - Article 64 dossier 52430 affaire Cristol Joseph (Gestapo de la rue de la Pompe).
    • Sources : Archives de la Seine 1808 W Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 3641 CJ 46 affaire Reymond Jacques (secrétaire de Friedrich Berger).
    • Parquet Général - Cour de Justice de la Seine dossier n° 2896 CJ 45 affaire de la Gestapo de la rue de la Pompe - Gestapo de l'Avenue Foch.

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • Création et Organisation des

    réseaux de Résistance P.T.T.

     

     

    Et voici un résumé assez complet du thème
    Textes et contenus aimablement fournis par L’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR) de la Manche et l’Association Libération Nationale PTT



    Il faut attendre la fin de l’année 1940, pour que prennent forme les premiers réseaux PTT (celui de Normandie est certainement le premier créé sur le plan national).

    Dans le département du Calvados, c’est Henri LE VEILLÉ (photo), employé du service des mesures, qui en est à l’origine. Il en sera le pilier central et en deviendra le chef régional.

    Le service des mesures ou service des réclamations (qui jouera un rôle très important pendant l’Occupation) procédait aux recherches ou au contrôle des pannes signalées. Le technicien recherchait immédiatement d’où venait la panne et jugeait s’il devait intervenir sur la ligne ou les installations.

    C’est au cours d’un déplacement professionnel en septembre 1940, qu’Henri LE VEILLÉ entre en résistance après avoir fait connaissance de la directrice de la maternité départementale à Bénouville, Mme VION. Depuis plusieurs mois, elle travaille avec l’une des organisations de résistance implantées dans le Calvados « L’armée des Volontaires », dont les liaisons sont assurées par René DUCHEZ, peintre en bâtiment.

     

    La confiance s’installe, et Henri LE VEILLÉ en parle à des amis résolus à lutter comme lui contre l’occupant :

     

    Achille NIARD, et Gustave MADELEINE, agents des installations, Paul MARIE, vérificateur, Mlle TESNIÈRES, dame commis aux mesures, Gaston BARATTE, chef d’équipe du service des lignes, Mmes DESMONT et RENAULT également du service des mesures.

    À la fin de l’année 1940, le groupe est déjà à l’œuvre.

     

     

    Afficher l'image d'origine

     

    Fin janvier 1941, avec la complicité de Mlle TESNIÈRES, Henri LE VEILLÉ s’introduit dans le bureau réservé au personnel de la FNK, déserté entre 19 et 20 heures, et y relève tranquillement les demandes de constructions allemandes ainsi que le schéma des circuits en projet. Il remet ce document à son contact permanent, le peintre René DUCHEZ.

    La FNK (Service des Transmissions de l’Armée allemande), une par région, avait la main haute sur toute l’infrastructure des LSGD (Lignes Souterraines à Grandes Distances). Son rôle était de recenser soigneusement les disponibilités de chaque dépôt : nombre de voitures, essence, câbles, rouleaux de fils de cuivre. Une course de vitesse s’engagea alors entre les commissions de visite de la FNK et les gérants de stocks. Les postiers camouflaient tout le matériel qu’ils pouvaient, ou faisaient le jeu du truquage des stocks

    En mars 1941, le réseau se développe avec l’adhésion de plusieurs agents. Des antennes sont créées dans le secteur de Condé-sur-Noireau par Jacques CHARLES, à Saint-Pierre-la-Vieille ; une à Mathieu par LEUDIÈRE et l’autre à Bénouville par LEGRANDOIS, tous les trois facteurs, qui interceptèrent et détruisirent de nombreuses lettres délatrices.

    En effet, c’est dans le département du Calvados qu’on trouve le plus grand nombre de bureaux de poste ayant soustrait une importante partie de la correspondance délatrice adressée aux Allemands.

    Dans le département de la Manche. En septembre 1941, Henri LEVEILLÉ rencontre Marcel RICHER(photo), agent des installations à Saint-Lô, rencontre qui débouchera sur la constitution du groupe des PTT de Saint-Lô. Avec l’implantation de cette formation, le réseau va acquérir une dimension régionale, complétée par une liaison avec le département de l’Orne en décembre 1941.
    Les Résistants ROBIN, SANSON, BOBOEUF et LERABLE sabotent les installations et le matériel susceptibles d’être utilisés par le génie allemand dans les locaux des services techniques.

    Marcel RICHER a formé, lui-même, son équipe. A l’été 1942, celle-ci comprend une trentaine de personnes de l’administration des PTT, ainsi que quelques personnes extérieures dont le concours est nécessaire à la bonne marche de l’organisation. GAUTHIER, qui vient d’être nommé inspecteur principal à Saint-Lô, apportera son concours au groupe de RICHER, et grâce à lui, l’antenne d’Action-PTT se développera en Normandie (voir plus loin).

    La première opération importante effectuée par le groupe de RICHER, est la communication aux Alliés du plan des lignes souterraines et aériennes du département de la Manche. Ce plan a été minutieusement établi par Clément SEGER, François RICHER et CHIVET. Un peu plus tard, Charles MARCHESSEAU, contrôleur, avec Jean SAMSON, commis, dresse le schéma des dérangements à opérer sur les circuits allemands reliant le port de Cherbourg aux PC ennemis de Saint-Lô, Fougères et Rennes. Au moment du débarquement allié, l’application de ce programme isolera les unités de la Wehrmacht et les bases de la Kriegsmarine du Cotentin.

    Début 1943, l’arrivée à Saint-Lô de René CROUZEAU, inspecteur, va donner une impulsion nouvelle au groupe car c’est lui qui va entreprendre une action continue et systématique à l’encontre de l’occupant. Comme un peu partout, les postiers ont commencé à soustraire à la FNK tout ce qu’il était possible de dissimuler : du simple appareil téléphonique aux grandes couronnes de câbles, en passant par les consoles, les bobines de fil de cuivre, l’essence, les véhicules… on en trouvait partout : des bâtiments aux greniers.

    René CROUZEAU, quant à lui, va se livrer à un véritable trafic des stocks, par le jeu truqué des entrées et des sorties, de substitution du matériel déclassé, usé, réformé ou neuf. Parallèlement, il assure avec Marcel RICHER la liaison avec les responsables d’ACTION-PTT, mouvement que vient de créer Ernest PRUVOST (voir plus loin, le paragraphe qui concerne la création du réseau à Paris : « À Paris, au ministère des PTT… »)

    Le groupe de Saint-Lô est particulièrement en pointe dans la lutte clandestine, et les dirigeants de Paris, dont Ernest PRUVOST, en feront l’un de leurs points d’appui pour étoffer leur action. René CROUZEAU et Marcel RICHER mettent donc au point un discret réseau de sabotages. Grâce à la complicité de Mme BESSY, contrôleur à Avranches, de CHIVET, chef de centre, et de BLIN, rédacteur à la Direction de Saint-Lô, ils opèrent avec un minimum de sécurité sur les bobines techniques, les standards, les relais et les batteries de têtes de câbles.

    Malgré tout, des bavardages ne peuvent être évités et sont la cause de l’arrestation d’Augustin LEMARESQUIER, à Cherbourg. Le mutisme de ce postier lors des interrogatoires lui vaudra le transfert à la prison de Fresnes, mais aucun de ses camarades ne sera jamais inquiété. Belle preuve d’héroïsme.

    À l’automne 1943, CROUZEAU et RICHER doivent procurer de fausses cartes d’identité à plusieurs réfractaires du STO venus s’enrôler dans la Résistance. Après les avoir dotés de papiers en règle, ils les expédient à Gathémo, où ils seront pris en charge par un maquis local.

    Le nombre grandissant de jeunes gens réfractaires, oblige les responsables du groupe à envisager la création d’un maquis de réserve. Ce qui n’est pas facile. Mais des complicités apparaîtront un peu partout, notamment chez le monde rural, ce qui facilitera le problème des caches et du ravitaillement, notamment par Alphonse FILLATRE, agriculteur, qui apportera aux postiers un concours vital pour leurs projets. Ce dernier prend en charge le radio et son poste-émetteur et héberge et nourrit plusieurs volontaires en attente d’affectation.

    Le maquis de réserve, dit de « Beaucoudray » s’est formé le 6 juin 1944 par le regroupement des postiers de Saint-Lô (10 hommes), de 2 jeunes : LE COUTURIER et ALBERTINI et de Raymond ABDON, soit un total de 13 hommes. Alphonse FILLATRE était épicier, un peu quincaillier, et à l’occasion tenait pension de famille. Il était également le voisin de Raymond ABDON.

    De même, René CROUZEAU et Marcel RICHER organisent un véritable service de tri postal occulte. Le courrier de dénonciation facile à repérer, est détruit. Certains receveurs, demeurés à l’écart des réseaux de résistance, se sont longtemps demandé pourquoi les canalisations des toilettes étaient si souvent bouchées.

    Par ailleurs, un contrôle des communications téléphoniques allemandes existe, mais ne fonctionne que par intermittence. Après l’arrestation d’Augustin LEMARESQUIER, cette activité fut mise en veilleuse, pour ne reprendre qu’à partir du débarquement allié en juin 1944.

    À Paris, au ministère des PTT, Ernest PRUVOST (photo), dit « POTARD » assisté de Simone MICHEL-LÉVY et de Maurice HORVAIS, tous trois rédacteurs, créent un groupe de Résistance de niveau national baptisé ACTION-PTT, auquel se joindront un peu plus tard Edmond DEBEAUMARCHÉ, et Ferdinand JOURDAN. Les fondateurs de ce groupe de résistance au sein de l’administration postale ont établi un plan qui vise essentiellement à offrir aux grands mouvements clandestins une toile d’araignée de complicités dans toutes les régions, et qui prévoit :

    ● La constitution d’un réseau très serré et tendu de liaisons postales et télégraphiques clandestines, permettant de joindre entre elles toutes les villes de France.

    ● Le sabotage des lignes souterraines à grande distance au moment du déclenchement des opérations de débarquement, paralysant ainsi les communications de l’ennemi.

    ● La protection des grands centraux téléphoniques de Paris et de province par des groupes armés, afin de s’opposer aux tentatives de destructions de la part des Allemands.

    ● La transmission de renseignements d’ordre général.

    ● L’écoute et la surveillance des communications téléphoniques de l’ennemi.

    ● La saisie et la destruction du courrier de dénonciation.

    Bien accueillie dans les milieux syndicaux clandestins, la création de ce groupe suscite beaucoup de sympathie parmi le personnel des travaux, et les employés des centraux téléphoniques et télégraphiques.

    En peu de temps, PRUVOST, qui sera le Chef de ce réseau national, dispose de liaisons postales établies à partir de Paris avec de nombreuses villes de Province. Edmond DEBEAUMARCHÉ (dit « DURY »), et les ambulants, assurent le transport de l’ensemble du courrier des organisations de Résistance. Le courrier, enfoui dans des sacs postaux plombés, passe très facilement toutes les barrières à la barbe des contrôles allemands.

    Malgré les difficultés pour pouvoir parcourir les distances du fait des restrictions dans l’approvisionnement des carburants et de l’usage des véhicules administratifs, tous ces hommes et ces femmes vont réussir à relier ces réseaux de résistance et à les mettre au point.

    Ainsi la première liaison avec Henri LE VEILLÉ est établie par Simone MICHEL-LÉVY (dite EMMA et/ou Mme FLAUBERT), qui débarque fin janvier 1942 à Caen avec la phrase de reconnaissance : « Je viens vous parler du livre Salambo », ce qui paraît normal pour une femme voyageant sous le nom de Mme FLAUBERT. Les relations qui se nouent avec ACTION-PTT vont avoir pour conséquence de mettre le groupe PTT du Calvados en contact avec le réseau CND (Confrérie Notre-Dame) du Colonel RÉMY, puisque PRUVOST et son équipe assurent les transports de courrier ainsi que les filières de RÉMY.

    Le Colonel RÉMY, responsable du réseau CND (Confrérie Notre-Dame) et Castille sera le premier à utiliser ces filières. Dans un de ses ouvrages, il explique comment s’effectuaient ces transports : « Les courriers et le matériel arrivant de Londres par voie maritime étaient transportés depuis Pont-Aven jusqu’au plus proche ambulant qui les enfermait dans un sac postal plombé. A Paris, ce sac était chargé dans une camionnette des PTT qui en faisait la livraison à l’adresse indiquée. Le même procédé était employé pour nos courriers à destination de l’Angleterre, et la chose devenait plus simple encore s’il s’agissait d’une opération aérienne : une camionnette des PTT, qui était autorisée à circuler partout, à toute heure de jour ou de nuit, se rendait à proximité du terrain, emportant le courrier et les passagers «départ» et ramenait le courrier et les passagers « arrivée ». L’agent PTT employé aux liaisons maritimes était Maurice CANON. ACTION-PTT fonctionnera très bien jusqu’en juillet 1943. Puis elle se transformera en État- Major PTT (EM-PTT), organisation centrale de la Résistance dans les PTT.

    Dans les premiers jours de 1942, Simone MICHEL-LÉVY amène à Henri LE VEILLÉ deux opérateurs radios : «JACOT » et « OLAF », dans une ambulance de la maternité. Les deux pianistes seront hébergés quelques jours chez SAVARD, cultivateur, à Villon-les-Buissons (près de Caen), le temps d’établir un contact radio avec un navire britannique en mer.

    Toutefois, la nécessité de recruter du personnel s’impose en raison de l’élargissement de l’action et du besoin de complicités dans tous les services. Successivement entrent dans le réseau : BOURDON, contrôleur principal au Central téléphonique de Caen ; HOUSSARD, chef de Centre ; LE BOSQUAIN, chef des LSGD; Emile PLANCHAIS du service téléphonique ; Mme BOULANGER du Central téléphonique ; Mme FOURRET, employée à la Direction départementale ; Albert LAUNAY, surveillant chauffeur, RÉMOND, receveur principal à Caen ; Pierre CORNILLET, agent des installations.

    LSGD (Lignes Souterraines à Grandes Distances) : Le réseau des lignes souterraines était très important pour les Allemands, à savoir par la qualité de la communication et aussi parce qu’il jouait un rôle très important puisque c’est le plan de lignes souterraines reliant les ouvrages de défense de l’armée allemande ainsi que plusieurs codes de leurs transmissions.

    Ce réseau s’étendra toujours et gagnera d’autres villes du Calvados : avec CAMPS et ANSET, agents à Bayeux ; avec le receveur FRAUNIER et les agents QUENET et MANCEL à Lisieux ; avec JUDIBERT et LE RÉVÉREND à Trouville ; avec BROUCK, receveur à Estry.

    En 1942, la construction du Mur de l’Atlantique par les Allemands le long des côtes de la Manche et du Calvados, entraîne l’évacuation des bureaux de poste de la zone côtière. Les postiers de ces bureaux sont donc affectés en zone non occupée, ce qui entraîne une nouvelle réglementation téléphonique, à savoir : le trafic reste libre à l’intérieur des réseaux locaux, mais au-delà l’autorisation allemande est nécessaire. Un laissez-passer pour les personnes civiles comme pour les facteurs se rendant dans les communes situées le long du littoral est donc obligatoire.

    L’utilisation des cabines demeure interdite. Le dépôt des télégrammes est soumis à autorisation. Le chauffage des centraux étant inexistant en hiver, les câbles prennent l’humidité. Plus les mois d’occupation passent, plus les circuits réquisitionnés par les Allemands augmentent et plus le service se dégrade.

    Le manque de bicyclettes, de pneumatiques et de chambres à air conduit de nombreux facteurs à effectuer leurs tournées à pied. En juillet 1941, la distribution dominicale est définitivement supprimée. Fin 1943, des trains et des cars sont supprimés. Certaines tournées trop pénibles à effectuer à pied sont supprimées ou scindées en deux : le facteur ne passait dans ce cas qu’un jour sur deux.

    Cependant, malgré les mauvaises conditions d’acheminement et de distribution, le trafic augmente. On écrit beaucoup plus du fait que les déplacements sont très réduits, mais surtout on envoie beaucoup de colis pour pallier le manque de ravitaillement. Malgré toutes ces restrictions, les Résistants poursuivent toujours leurs tâches, dont Simone MICHEL-LÉVY qui mène remarquablement à bien les missions qui lui sont confiées.

    En novembre 1942, Maurice HORVAIS vient à Caen, accompagné du responsable régional GIRARD (dit « MOREAU ») de l’OCM (Organisation Civile et Militaire).

    OCM (Organisation Civile et Militaire) est spécialisée dans la propagande, le renseignement, la préparation des sabotages. Ce sont des militaires de réserve qui la composent. L’OCM ne dépendait pas directement du BRCA, mais de la France Combattante.

    Une réunion se tient rue Richard LENOIR avec LE VEILLÉ, NIARD et MARIE, afin de mettre au point le système des télécommunications et de définir les plans de sabotages. Sur les recommandations d’HORVAIS, il est décidé que ces sabotages devront isoler les lignes sans leur causer de dégâts irrémédiables afin qu’elles puissent être rétablies rapidement pour les Alliés au moment du débarquement et également à la Libération. Avant de repartir, Maurice HORVAIS manifeste sa confiance au réseau en donnant à Henri LE VEILLÉ le code permettant de joindre Mme HORVAIS, téléphoniste à Saint-Lô, et pivot des relations entre le groupe RICHER et l’état-major parisien d’ACTION-PTT. A compter de ce jour, les contacts seront presque quotidiens entre tous les groupes de Basse-Normandie.

    Au début de l’année 1943, le réseau parvient à se procurer un certain nombre de plans de lignes souterraines reliant les ouvrages de défense de l’armée allemande, ainsi que plusieurs codes de leurs transmissions. Entre mars et juin 1943 , l’équipe de corps-francs mise sur pied par Gaston BARATTE, GUEROULT, Robert CASTEL et Emile ISIDOR, Désiré LEMIÈRE et Arsène TRÉVÈLE, effectue plusieurs sabotages sur les LSGD et dynamite un relais de transmissions de l’ennemi près de Ver-sur-Mer.
    En juillet 1943, le service des Ambulants créé par Edmond DEBEAUMARCHÉ pour l’acheminement du courrier clandestin touche la Normandie. Le responsable principal est le contrôleur Louis LETASSEY (dit LE PÈRE LOUIS), dont l’allure pépère, le calme et la jovialité dissimulent un formidable sang-froid et une témérité assez inattendue chez un homme aux manières si pondérées. Imperturbable, LETASSEY accumule dans son bureau-gare les sacs postaux en provenance de Paris et d’autres villes, contenant des tracts, des courriers, des journaux clandestins, des armes, des postes émetteurs et tout le matériel hétéroclite utilisé par la Résistance.
    Tous les mouvements et réseaux implantés en Normandie utilisent la filière des Ambulants pour leurs envois, lesquels sont répartis par laPeugeot 201 dont le sigle peint sur la carrosserie et l’uniforme du chauffeur constituent un véritable laissez-passer.
    Agrandir l'image (dimensions: 393 x 191)Image
    Peugeot 201

    Le réseau se renforce toujours, avec à Caen Maurice FOUQUES, Contrôleur principal au bureau des Mesures, ainsi que l’adhésion de M. VICTOIRE, Mme PERSON, dame commis, M. CHAUBOIS, chef d’équipe, et de Marcel GUILLOUET des LSGD.

    Le directeur départemental, BEAUFILS, qui a remplacé SAUGEON début 1943, favorise immédiatement le travail de la Résistance. Venant de la Manche, il a assisté le groupe RICHER de Saint-Lô et se montre, par conséquent, attentif au développement de la formation caennaise. Son concours va s’avérer précieux au moment des grandes actions entreprises dans la phase préparatoire du débarquement allié, ainsi que dans le contexte de la bataille.

    La fonction de la FNK était de veiller à ce que les transmissions téléphoniques se fassent dans les meilleures conditions possible. Mais les réseaux de résistance, très bien structurés, gênent énormément son activité, qui déplore les incidents volontaires qui surviennent et découragent ses autorités.

    C’est ainsi qu’un sous-officier allemand dans l’impossibilité d’accomplir sa tâche, se suicide « en raison des difficultés incessantes rencontrées auprès du service des mesures ». Aussitôt une enquête est déclenchée. Et pour la première fois, la Gestapo intervient. Sur les indications qui lui sont fournies par un collaborateur, elle vient à la Direction pour arrêter Mme BOULANGER. Mais le sang-froid et l’astuce d’Achille NIARD permettent à celle-ci de s’enfuir. Le personnel, même celui qui ne fait pas partie de la Résistance, fait bloc.

    Fin 1943, Maurice HORVAIS vient mettre au courant Henri LEVEILLÉ des plans « Potard » et « Violet » établis par l’EM-PTT, plans de sabotage adoptés par les Anglais pour le Débarquement, à savoir :

    ● 1. Après avoir coupé les câbles en plusieurs endroits sur le même parcours, les isoler à leurs extrémités pour gêner la recherche des dérangements par les tables de mesures.

    ● 2. Faire sauter les poteaux des circuits aériens dans les courbes.

    ● 3. Eviter la destruction totale des guérites, centraux, stations et câbles à grandes distances pour pouvoir rétablir les communications pour les Alliés.

    Henri LE VEILLÉ fait preuve d’une activité débordante.

     

    Couvert par ses supérieurs hiérarchiques, sauf un qui suit aveuglément les ordres des forces d’occupation, il passe d’une formation à une autre : de l’Armée des Volontaires à la CND, ou de la Centurie à Libération Nord, tous ces réseaux utilisent les services des postiers. Mais il vient un moment où les habitudes deviennent dangereuses.

    Le 5 novembre 1943, Simone MICHEL-LÉVY est arrêtée à Paris dans un café proche de son bureau où un guet-apens lui a été tendu. Elle connaît les rouages essentiels du réseau normand, comme celui de l’organisation nationale. Si elle parle sous la torture, c’est le démantèlement total d’ACTION-PTT et l’arrestation de centaines d’agents. Malgré d’épouvantables tortures, Simone ne livrera aucun nom.

    Ce même jour à 18 heures, PRUVOST a rendez-vous avec Simone MICHEL-LÉVY. Etonné de ne pas la voir, il se rend au ministère où un garçon d’étage l’informe qu’elle n’est pas rentrée. PRUVOST revient au café Le François Coppée, lieu habituel des rencontres. Personne. Toute la soirée, il essaiera de joindre la jeune femme. DEBEAUMARCHÉ également essaiera de la joindre. En vain.

    Le lendemain, PRUVOST visite le bureau d’EMMA au ministère. Il constate qu’elle a dû le quitter précipitamment. Ramassant alors les documents les plus compromettants, il prend le large. Son remplacement à Paris est assuré par Maurice HORVAIS qui cumule ainsi de lourdes responsabilités.

    DEBEAUMARCHÉ alerté par un membre de la CND. prend ses dispositions. Avec Maurice CANON, chauffeur attitré de la voiture postale assurant les transports, il embarque le plus gros des archives, le courrier et les émetteurs.

    Entre-temps, VERRIER, responsable du service à la gare de Lyon, est arrêté. MASUY, gestapiste, a saisi les sacs clandestins prêts à partir pour Marseille et Lyon et les 20 émetteurs qui s’y trouvaient.

    Pendant trois jours, Simone MICHEL-LÉVY et ses compagnons subiront la torture dans son repaire, au 101, avenue Henri Martin à Paris. Malgré quelques succès, MASUY ne peut remonter la filière. Une perquisition au domicile de Simone MICHEL-LÉVY permet tout juste de découvrir une photo de PRUVOST.

    Le 12 novembre, Maurice CANON est arrêté.

    Le 3 décembre, l’EM-PTT ne déplore que trois arrestations. Le cloisonnement des réseaux, d’une part, et l’attitude de ces patriotes, fait que MASUY ne pourra pas remonter la filière. Néanmoins, la Gestapo parviendra à remonter jusqu’au réseau à Caen en janvier 1944. Michel FOUQUES, contrôleur aux Mesures, est interpellé et incarcéré, mais le réseau n’est pas atteint. Fin janvier, une soixantaine de personnes sont arrêtées. Plusieurs agents du réseau sont pris : Gustave MADELEINE, Émile ISIDOR, Désiré LEMIÈRE, Félix ASSIE, Arsène TRÉVÈLE. La répression s’accentue. Un policier de Caen, Roger LEBLOND, qui travaille pour la Résistance, informe Henri LE VEILLÉ que la Gestapo le suspecte et qu’il va être arrêté.

    En catastrophe, celui-ci quitte son domicile et se replie dans une ferme sous le nom de DUVAL. Le surlendemain sa maison est cernée. Mais le réseau survit et va prouver son efficacité au moment du débarquement allié.

    Traqué par la Gestapo, PRUVOST va se réfugier chez Alphonse FILLATRE en février 1944. Là il prend le nom de DUCHÊNE. Puis il envisage de créer un maquis d’une vingtaine d’hommes en vue d’un éventuel débarquement maintes fois annoncé par les services londoniens.

    Avec René CROUZEAU, et l’aide de RICHER et SAMSON, ils aménagent une petite exploitation abandonnée "Le Village du Bois". Le ravitaillement sera assuré par Louis HAUPAIX, cultivateur. Le vétérinaire Philippe TEXIER-HUGOU procurera les soins urgents aux malades et au blessé. Tout s’arrange, sauf la question de l’armement. Quelques fusils de chasse ont bien été récupérés, mais ceci est insuffisant. Alors PRUVOST décide de demander à Londres un parachutage particulier. Celui-ci ne peut avoir lieu à moins de 35 km des côtes, limite considérée comme indispensable pour la sécurité des appareils.

    Par le truchement du docteur LEBRUN, le parachutage des armes aura lieu à Sainte-Marie-Outre-L’eau (Calvados) dans la nuit du 10 au 11 mai 1944 par l’annonce du message « AIMER, C’EST VIVRE ». PRUVOST envoie deux agents de liaison prévenir les hommes désignés pour la réception. De son côté, CROUZEAU mobilise ceux de son groupe. Les postiers prennent place à l’intérieur d’un camion à gazogène (modifié pour l’occasion pour fonctionner à l’essence, c’était plus sûr) avec leurs bicyclettes, prévues pour le retour. ROBIN au volant parcourt les 35 km les séparant du terrain où les armes doivent être parachutées. Mais le Maréchal ROMMEL est en tournée d’inspection dans la région, et les routes sont surveillées. A chaque carrefour, il faut se soumettre à un contrôle. Heureusement CROUZEAU a pensé à tout ; il s’est muni d’un ordre de mission parfaitement en règle.

    À 1h 30 du matin, l’avion largue son chargement (soit 3 tonnes d’armes et de munitions). Les containers atterrissent bien dans le périmètre prévu, sauf un, qui s’écrase assez loin et, de ce fait, s’éventre. Les Résistants ne pourront en récupérer le contenu. Ce sont les Allemands qui, au matin, ramasseront les débris et le matériel. Les Résistants chargent les armes dans le camion et s’en vont à bicyclette. Une partie de l’armement est stockée au Village du Bois, le reste part pour Saint-Lô.

    6 juin 1944
    "Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone"

    Le message informe les Résistants que le Débarquement aura lieu dans les 48 prochaines heures. Grâce aux relevés qui ont été effectués, les postiers possèdent pratiquement tous les plans des lignes reliant les principaux points de défense sur les côtes et même ceux de l’île de Jersey.

    Le 5 juin 1944 au soir : les opérations aéroportées par les Américains commencent.

    Les Résistants se tiennent prêts à passer à l’action, et donc sont très attentifs aux messages diffusés par la BBC, car parmi ceux-ci, certains sont destinés à tromper les Allemands.

    Le message : « LES DÉS SONT SUR LE TAPIS » ordonne la mise en application immédiate des plans de sabotage (plan Violet), et le message : « IL FAIT CHAUD À SUEZ » ordonne de rejoindre les centres de résistance pour entreprendre la guérilla. Aussitôt, les agents des PTT guident les équipes de sabotages sur les lieux des coupures prévues. Grâce à leurs voitures professionnelles, jamais soumises aux contrôles, ils se chargent des points les plus difficiles à atteindre.

    Dans le département du Calvados, l’équipe formée de LE VEILLÉ, LAUNAY, CORNILLET, de DELAHAIE, neutralise le câble spécial qui part du château de Basly, où stationne l’État-Major allemand de la zone côtière, en direction des postes de commandement du littoral. Une deuxième équipe sous les ordres de NIARD, interrompt la liaison souterraine Basly-Bernay ; une troisième équipe dirigée par BARATTE coupe les lignes Caen-Vire et Caen-Saint-Lô.

    Dans le département de la Manche, sous la direction de René CROUZEAU et Marcel RICHER, les résistants coupent les câbles des Lignes Souterraines à Grandes Distances, supprimant les communications entre Cherbourg et Le Mans, Carentan et Villedieu-les-Poêles, Saint-Lô et Avranches. Les lignes aériennes subissent le même sort. Privé de la quasi totalité de ses relations avec les points de défense du front de mer, le central allemand de Saint-Lô devient inopérant. Cette situation d’isolement va être cruellement ressentie par le commandement ennemi quelques heures plus tard, lorsque les parachutistes Américains de la 82e Division aéroportée sauteront sur Saint-Mère-Eglise.

    Le groupe de PRUVOST, en deux équipes, participe au sabotage des lignes entre Saint-Lô et Villedieu-les Poêles. C’est là que LECOUTURIER est blessé au pied par la chute d’un poteau.

    Les Résistants ROBIN, SANSON, BOBOEUF et LERABLE sabotent les installations et le matériel susceptibles d’être utilisés par le génie allemand dans les locaux des services techniques. Emportés par un enthousiasme communicatif, les Résistants multiplient toutes les formes d’action qui peuvent handicaper le mouvement et l’organisation des unités allemandes.

    Au matin du 6 juin, presque tout le réseau de communication reliant les points de défense aux PC de secteur est annihilé. CROUZEAU et ses hommes, après s’être regroupés, se replient à Villebaudon à la ferme du Village du Bois. Le groupe PTT de Saint-Lô, quant à lui, prend le maquis, et rejoint l’équipe de réfractaires qui séjourne déjà sur place. Ce sont eux qui formeront le maquis de Beaucoudray (soit 10 postiers et 3 hommes, ainsi que leurs camarades amenés par PRUVOST à la Ferme du Bois).

    Le maquis de Beaucoudray dont la fin fut tragique (voir plus loin) s’est formé le 6 juin 1944 au matin par le regroupement des postiers de Saint-Lô (10 hommes), de deux jeunes : LECOUTURIER et ALBERTINI, postier corse appelé au STO, qui s’était évadé et réfugié à Villebeaudon, et de Raymond ABDON, instituteur. Soit un total de 13 hommes. À ce petit groupe devait se joindre une autre formation : l’OCM de Villebeaudon. Cette dernière n’est pas venue.

    A Saint-Lô, les Allemands furieux des sabotages effectués dans la nuit, et de la disparition de nombreux agents et de leurs familles (qui s’étaient mises à l’abri des représailles), réagissent durement en arrêtant le personnel des services techniques resté à son poste.

    La ville de Saint-Lô présentait un intérêt stratégique : elle demeurait l’objectif principal de la 1re armée US, notamment pour la réussite du plan « Cobra », préparée par le Général BRADLEY.

    Les employés emmenés dans un camp aménagé au vieux-haras de Saint-Lô, parviendront à s’évader le lendemain lors des bombardements.

    À la ferme du Village du Bois, les postiers résistants de Saint-Lô, rejoints par plusieurs réfractaires au STO, mènent l’existence d’un groupe de maquisards. Sortant de leur base pour effectuer de rapides coups de mains ou effectuer un sabotage, ils rentrent aussitôt leur mission accomplie.

    Les hommes de PRUVOST se sont très rapidement adaptés à leur nouvel état de marginaux, et l’organisation de la vie quotidienne n’a pas posé de problèmes. À chaque sortie, deux ou trois jeunes sont incorporés à la section en mission et acquièrent progressivement les réflexes du combattant de guérilla. Grâce à cet entraînement régulier complété par les cours d’instruction sur l’armement, PRUVOST envisage la coopération de son groupe à la grande attaque qui doit être menée conjointement par plusieurs formations de francs-tireurs dans la première quinzaine de juillet sous les ordres du « CAPITAINE JEAN » (Renaud DANDICOLLE) en liaison avec une violente offensive alliée.

    Cette grande attaque s’inscrivait dans le cadre de l’opération COBRA. La disparition du capitaine Renaud DANDICOLLE, qui devait coordonner l’action des groupes maquisards de Saint-Clair, de Champ-du-Boult, de Gathémo, de Fougerolles-du-Plessis, de Saint-Hilaire du Harcouêt de Brécy, et de Villebaudon, obligea les Alliés à le modifier.

    Dans la nuit qui précéda cette offensive, le message suivant « QUELLE NE FUT LA SURPRISE » est transmis par la BBC. Les forces résistantes auront en effet à intervenir sur différents objectifs qui leur seront communiqués la veille.

    Malheureusement la mort de Renaud DANDICOLLE, puis le démantèlement du maquis de Saint-Clair le 8 juillet, quelques jours après la tragédie du 14 juin à Beaucoudray, anéantiront ce projet.

    La Libération de la Normandie par les Alliés

    Le 9 juillet, le premier drapeau tricolore qui apparaît sur les ruines de l’Hôtel de Ville de Caen est hissé par une poignée de résistants survivants : Léonard GILLES, DUCHEZ, LEBLOND, le capitaine POINLANE (qui sera tué quelques jours plus tard lors des combats pour la Libération de Lisieux auxquels il prenait part aux côtés des Alliés), et quelques autres, dont plusieurs membres du réseau PTT.

    Envoyé par Léonard GILLES à Condé-sur-Noireau afin de rétablir les liaisons coupées par la ligne du front, LE VEILLÉ ne rentrera que le 24 juillet à Caen, mais ce sera pour s’engager dans la Compagnie Scamaroni qui vient d’être formée avec des Résistants du Calvados et qui combattra aux côtés des Alliés.

    C’est ainsi que le 21 juillet, soit 12 jours après l’entrée des troupes britanniques, la recette principale de la Poste fonctionnait à nouveau. Le 22 août, la liaison Caen-Rennes était rétablie, et le 23 celle de Caen à Vire.

    La Résistance-PTT normande fut l’une des plus importantes de France. C’est sur elle que s’est appuyée l’EMP PTT. C’est en Normandie que s’est réfugié PRUVOST.

    C’est en Normandie dans le cadre de la bataille, que les postiers furent appelés aux plus grands sacrifices.

    La présence accablante des troupes d’occupation - du fait des plans hitlériens d’abord axés sur une vaste offensive en direction de l’Angleterre - , puis la construction du Mur de l’Atlantique, et la venue sur le sol normand d’un certain nombre d’agents de renseignements, Français des FFL ou Britanniques chargés de créer des réseaux d’espionnage, font qu’ils eurent besoin de complicités au sein de l’administration la mieux placée pour les renseigner : les PTT.

    Les Fusillés de Beaucoudray

    14 juin 1944. Vers 5 heures du matin, une voiture de l’armée allemande s’engage dans le chemin qui mène à la ferme du Village du Bois, où se trouvent les Résistants. A son bord, trois soldats et un sous-officier. Le gradé déploie sur ses genoux une carte d’état-major qu’il examine longuement. Puis, le véhicule repart. A l’intérieur de la petite maison du Guet, Mme LEBLOND a bien observé la manœuvre de cette Volkswagen. Amie des maquisards, elle s’inquiète de cette visite bizarre. Aussitôt, elle file prévenir les francs-tireurs. Sitôt informé, PRUVOST envoie patrouiller des hommes aux alentours, puis interroge les sentinelles de faction. Deux éclaireurs, rentrant de bonne heure, précisent qu’ils n’ont rien remarqué d’anormal. PRUVOST en conclut donc à une voiture isolée perdue.

    La manœuvre est très rapide. D’après Mme Leblond, ils devaient être bien renseignés.

    Mme LEBLOND est une institutrice qui a fui les bombardements sur la ville de Cherbourg. Son mari Marcel LEBLOND était un des principaux chefs de la résistance à Cherbourg. C’est sur le conseil de PRUVOST qu’elle est logée dans la maison du Guet avec son fils Gilles le 13 juin en fin d’après-midi. Mme ABDON se trouve avec elle.

    Mais PRUVOST, CROUZEAU, RICHER ont l’esprit davantage accaparé par le rôle important que leur formation aura à jouer dans les jours prochains. Or cette voiture n’est pas venue là par hasard. Il s’agit en fait d’un véhicule de pointe appartenant à une compagnie de la 2e Panzer S.S., plus connue sous le nom de Division Das reich. Cette unité d’élite de l’armée allemande vient d’arriver dans la Manche pour consolider le dispositif de défense face aux troupes américaines du général BRADLEY, et certains de ses régiments se sont vengés horriblement sur la population (voir le massacre d’Oradour-sur-Glane). Ces soldats aguerris ne laisseront pas la moindre chance aux maquisards.

    À 10 heures, Mme LEBLOND, dans sa maisonnette, est brusquement entourée par une dizaine de SS survenus silencieusement. Elle ordonne à son fils Gilles :

     

    « Va chercher le chat ».

     

    Aussitôt l’enfant, qui a bien compris le code, part vers la ferme.

     

    Mais le périmètre est déjà bouclé et l’enfant est refoulé. Les SS progressent sans bruit vers l’endroit où se trouvent les Résistants pour préparer l’encerclement.

    Les Résistants qui montent la garde ne les voient pas approcher.

     

    Soudain le premier coup de feu claque. CROUZEAU organise la défense, et avec beaucoup de sang-froid abat les deux premiers SS. A côté de lui, Alfred GUY s’écroule grièvement atteint. Marcel RICHER entraîne deux ou trois compagnons dans une sortie téméraire. Eraflé par les balles, il parvient à forcer le passage. ROBIN est cerné et désarmé. Maurice DESCHAMPS, Raoul et Pierre ALLIER parviennent à s’échapper ; mais pour les autres, la lutte devient inégale et, ayant épuisé leurs munitions, ils doivent se rendre. Ernest PRUVOST, occupé à se raser près du ruisseau, réussira à gagner les bois de Moyon, de même que Raymond ABDON, instituteur, parti en liaison, qui revient juste à temps pour entendre les échos du combat.

    Lorsque M. Raymond ABDON et son épouse sont revenus avec la brouette chargée de petit mobilier (chaises, matériel de cuisine, couvertures), le combat était terminé.

     

    Leurs camarades étaient prisonniers.

    A la ferme, les 10 maquisards font face aux SS triomphants. Après avoir fouillé la maison et récupéré les armes, le chef de la troupe emmène les prisonniers et Alfred GUY, qui n’a toujours pas reçu de soins, ainsi que Mme LEBLOND et son fils, dans une petite exploitation.

     

     

    Commence alors l’interrogatoire brutal réservé aux « terroristes ». Pour le chef nazi, le maquis devrait compter davantage de captifs. Puis il interroge l’enfant en le menaçant de faire fusiller tout le monde, s’il ne parle pas. Mais pressé par le temps, le bataillon doit retourner à Carentan pour participer à la contre-attaque. Les prisonniers sont transférés à la ferme de la Réauté.

    Enfermés dans la ferme, les dix Résistants, Mme LEBLOND et son fils, sont sévèrement gardés. À 3h30 du matin, on leur lie les mains derrière le dos. Escortés par une vingtaine de SS, ils sont emmenés jusqu’à un fossé où on les aligne, y compris Alfred GUY. Les premières notes de la Marseillaise s’élèvent, les mitraillettes crépitent, les corps basculent. C’en est fini.

    À Beaucoudray, est érigé un monument à l’endroit où sont tombés ces onze patriotes. Chaque année, au mois de juin, a lieu une cérémonie du souvenir.

     

    Mme LEBLOND, après de longs interrogatoires, sera internée.

     

    La déportation lui sera épargnée grâce à l’avance des divisions américaines.

     

    Quant à RICHER, RAOULT, PRUVOST, LE SÉNÉCAL, DESCHAMPS, ils s’intègreront aux formations les plus proches pour poursuivre leur combat.

     

     

    SOURCES

     

     

    http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=1&t=31965
    ____________________________________________

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • LES HOMMES DU MAQUIS


    CONFIDENCES
    Du Commandant PETRI

    Recueillies par J.C. PICHON

    Pour la Fédération des Combattants Volontaires de la Résistance
    de Bretagne, Normandie, Maine, 241 Rue de Nantes 35200 Rennes

    I
     

    Premières Confidences

    Au siège du Front National à Rennes, un homme jeune, facilement rieur, aux gestes nerveux : le commandant Petri, dit Hubert, dit Roland, dit Loulou, dit Tanguy, noms de guerre lourds de gloire. Matricule F.T.P. 10.001. Pensionné de guerre 39-40 à 100 %.
    " Je m'assieds en face de lui, de l'autre côté du bureau. Nous allons tenter de réaliser un vieux rêve qui nous tient à cœur : Evoquer par le souvenir les noms et les visages de tant de camarades martyrs tombés dans les années terribles : 1942-1943-1944. Il parlera. Je noterai.. Et de ces nouveaux " Mémoires d'Outre-Tombe ", sans que ni lui ni moi n'en ayons conscience, va naître une étrange épopée : celle des calomniés d'hier, aujourd'hui oubliés, à qui personne encore n'a donné leur vrai titre " Les Héros de la Nuit ".
    - De quand date votre entrée dans la Résistance ?
    - Je pourrais dire : d'avant la Résistance. J'étais rentré en janvier 1942 de Toulon, réformé pour cause de santé. Le responsable de Fougères, Edouard Genouel m'envoya, dés mon retour, un agent qui devait prendre liaison avec moi. J'étais absolument hors course et presque (il sourit à ce souvenir) anti-Anglais. Je ne réalisai la situation que peu à peu. Enfin vers la mi mars, eut lieu mon premier rendez-vous. Prétexte de mes voyages à Fougères : le ravitaillement. D'aucuns ont dû me prendre pour un vil trafiquant de marché-noir.
    - Quels furent vos premières consignes ?
    - Repêcher les gars et distribuer des tracts de propagande
    - Besogne facile ?
    - On le croirait aujourd'hui, mais il faut se replacer dans l'ambiance d'alors. Lorsque du bout de l'avenue, vient vers vous un Allemand, quelle émotion de jeter un simple tract dans une boîte à lettres. Je m'occupais aussi dés cette époque de créer un premier groupe et sur l'ordre que j'en avais reçu, de récupérer des explosifs. Grâce à la complicité d'ouvriers qui travaillaient dans les carrières, nous pûmes nous procurer de la cheddite par petits paquets, du cordon Bickford, et des détonateurs. Je camouflais cela dans mon grenier, sous les soupentes. Un petit gars de Fougères "Zidro", assurait le transport.
    - Quel âge avait-il ?
    - Quinze ans. Un gosse. On ne se méfiait pas : Du Tertre Alix en Louvigné. Jusqu'à Fougères, il pédalait sans regarder derrière lui sur son vélo de course. Un très beau vélo, dont la pompe, ou la pile électrique contenait au retour des messages pour moi.
    « En Avril, je reçus l'ordre formel de récupérer une très grosse quantité d'explosifs. Rennes m'envoya Fourrier Maurice et Le Bitou Yves. Le Bitou ayant été victime d'un accident, Fourrier arriva seul le soir, vers neuf heures. Nous partîmes au début de la nuit.. »
    - Vos parents n'étaient pas inquiets ?
    - Ils ne se doutaient de rien, s'effrayaient tout au plus de mes trop fréquentes promenades à bicyclette, qui leur semblaient dangereuses pour mon état de santé. La poudrière du Mont-Louvier était une petite maison de pierre dans une carrière blanche sous la lune. La porte forcée avec une pince-monseigneur, et les caisses sorties, nous les transportâmes à un kilomètre de la poudrière où des branchages les camouflèrent.
    « De retour vers une heure du matin, Fourrier resta dormir quelques heures dans ma chambre et repartit avant l'aube sans que mes parents n'aient même deviné la présence d'un hôte. »
    - Et les explosifs, que sont-ils devenus ?
    - Ils ont servi et plus d'une fois, comme vous le pensez bien. En décembre…
    - Mais jusqu'à la fin de l'année 1942 ?
    - Oh rien d'important, j'assurais le ravitaillement des responsables. A la suite de leurs arrestations survenues en septembre, j'ai perdu le contact pendant quelques semaine
    - Ce qu'il ne dit pas, c'est que ces arrestations, auxquelles il n'échappa que de justesse, avaient été provoquées par une série d'attentats sensationnels : " L'incendie des camions allemands à Bourg-des-Comptes le 15 avril, le sabotage des pylônes électriques de Grandchamp-des-Fontaines en mai et du transformateur électrique de l'armée Allemande à Cesson-Sévigné le 9 juin; l'attentat contre le R.N.P. de Dinard, le 23 juin et combien d'autres… »
    « Mais déjà un autre souvenir l'obsède : l'attentat de la section Fougeraise contre le R.N.P. de la ville effectuée par les Fontaines père et fils ».
    - J'écoute mal. Je n'ai qu'un désir : ne jamais oublier la petite lueur fauve qui flambe
    dans ses yeux.
    « Le commandant Pétri regarde un long instant dans le vide; dans ce qui me semble à moi être le vide, mais qui certainement s'anime à son souvenir de mille visions troublantes et rapides »
    - Dés le mois de décembre 1942, le responsable de Fougères, Edouard, m'avait demandé de venir à la région, mais mon état de santé ne me le permit qu'en janvier 1943. Cependant sur l'ordre d'Yvon, maintenant lieutenant colonel Pascal, je me procurais à la mairie de Louvigné-du-Désert des tickets d'alimentation. Ce fut l'occasion de mon premier pistolet, une arme que Pascal m'avait confiée pour me défendre. C'est en décembre que les responsables arrêtés trois mois plus tôt, furent exécutés à Rennes et inhumés à Saint-Jacques-de-la-Lande.
    - Vingt cinq braves dont la mort dut porter un rude coup à l'organisation ?
    - Evidemment. Cependant, ce même mois, je voyais Geoffroy qui avait pris la fuite, dés les premières semaines de l'année 1943, je montais à la Région.
    - Où habitiez vous à Rennes ?
    - Ma planque, j'étais hébergé chez Madame Nobilet, Rue Jules Simon.
    - Une Résistante ?
    - Son mari était parmi les fusiliers de Saint-Jacques-de-la-Lande. C'est là que je commençais à fabriquer des bombes. Je travaillais avec Charles, responsable Départemental des tournées de propagande et Auguste Inter-régional (actuellement colonel Berjon à Lille). Le travail était alors surtout d'organisation ; Création de groupe F.N. et F.T.P. à Fougères, Sens de Bretagne, Vieux-Vy-Sur-Couesnom, Saint-Malo, Dinan, Rennes Dol, Paramé, Bain de-Bretagne, Saint-Servan, Louvigné-du-Désert, Messac, Redon, Pipriac, etc… Le manque de matériel empêche la plupart des groupes d'avoir une activité combattive. Nous récupérerons sur les Allemands et la police de Vichy de quoi armer quelques éléments. Ce qui n'empêche pas les attentats de reprendre : Françis en janvier 1943 lance une bombe au Royal pendant une séance de cinéma boche
    - Quel fut le résultat ?
    - Les Allemands n'ont jamais avoué leurs morts, mais ils n'ont pu cacher les dégâts matériels. Malheureusement, Francis, à la suite d'un attentat manqué contre Brinon à Nantes, fut fusillé dans cette dernière ville
    - Votre spécialité, n'était-ce pas le déraillement ?
    - Pendant les mois de mars à septembre 1943, c'est exact. Nos tentatives de sabotage commencèrent par la ligne haute-tension Pont-Château – Rennes et en mars par le déraillement entre Laillé et Guichen, à l'endroit où la voie forme un coude. Les 4 /5 / 7 juillet, nous réussissions le sabotage de tuyaux de raccordement à l'Hermitage, puis prés de Betton. Au matin, la locomotive partait seule et les rames de wagons allemands restaient sur la voie.
    - De quel matériel disposiez vous pour vos attentats ?
    - Nous le fabriquions nous même avec des tubes emboîtés l'un dans l'autre, terminés par une barre percée de deux trous pour dévisser les boulons.
    - Une sorte de clé universelle ?
    - Parfaitement. Des boulons trouvés sur les voies nous servaient de modèles.
    « C'est avec ces instruments que nous opérâmes le déraillement de Noyal-Acigné qui fit tant de bruit à l'époque. Le 8 juillet, des camarades de la gare nous avaient indiqué qu'un train de permissionnaires, devait passer toute les nuits à 1 h 36.
    « Le surlendemain, notre équipe de 6 gars effectua le travail. Des ficelles tenues par des guetteurs constituaient tout notre système de sécurité. Il nous a fallu une demi-heure pour déboulonner les rails. Nous sommes partis par le pont de Cesson. Nous entendions le train qui venait de Paris, et coïncidence heureuse, un train de marchandise qui venait de Rennes. Ce fut un double déraillement très réussi.
    « La locomotive et des wagons furent détruits, et le trafic arrêté pour deux jours. Les employés n'avaient jamais vu un tel tas de ferraille. On évalua les morts et blessés à 200. Revenu à 11 heures du matin sur le terrain, nous avons vu les patrouilles affolées qui montaient et descendaient le long des talus. Des ambulances sillonnaient les routes. »
    - Oui je me souviens du bruit que provoqua l'accident !
    - Des paysans de la région furent arrêtés puis relâchés. Et la ville de Rennes reçut une amende de deux millions. C'est alors que le préfet régional Ripert donna une liste de communistes suspects qui, par la suite, furent emprisonnés et déportés comme otages.

    II

    Juillet 1943

    Le Commandant Pétri se souvient des jours où il n'était que le responsable Hubert.
    - Vous ne me parlez jamais des actions repressibles menées contre les miliciens ?
    - Mais justement, ce fut en ce mois de juillet 1943 qu'elles commencèrent pour de bon, contre l'adjudant Meigné à Dol. Il avait entre autres crimes, donné une liste de présumés communistes qui furent déportés en Allemagne. Auguste, Dédé le Parisien et moi devions conduire l'affaire. Elle ne fut pas des plus faciles : Notre victime se méfiait et notre premier voyage à Dol n'avait donné aucun résultat. Lorsque le dimanche suivant nous y retournâmes à bicyclette, Dédé et moi, nous attendions le délateur à la sortie de l'église après la messe, mais il n'en sortit pas seul, et pour ne pas risquer de blesser un innocent, nous décidâmes de les suivre. Il quitta son interlocuteur et revint sur ses pas à 30 mètres de la gendarmerie. A l'instant, je m'approchais de lui et tirais à bout portant. Mon 7-65 ne partit pas. Meigné m'agrippa le bras, mais le pistolet de Dédé un 6-35 fonctionna mieux que le mien.
    « Nous avons fui, repris nos bicyclettes qui attendaient prés de l'église et suivi la route de Cuguen. »
    - Retour sans incident ?
    - Il s’en fallut de beaucoup. A 4 kilomètres de Dol le copain brise sa pédale et je suis obligé de le prendre en remorque. A Cuguen, où nous cassions la croûte, les gendarmes de Combourg dont l’un s’appelait Salin nous demandent nos papiers. Les miens étaient en règle, ceux de Dédé étaient faux, la plus sale blague qui pût nous arriver. Heureusement nous savions que la responsable de Combourg était de leurs amis. Nous sommes allés jusqu’à Combourg pour l’avertir. Le soir même elle obtenait de nos gendarmes qu’ils effacent nos noms de leurs calepins.
    « Le dernier incident de notre voyage fut la rencontre à Saint-Aubin-d’Aubigné sur la route de Rennes d’une ambulance qui emmenait l’adjudant blessé à l’hôpital de Rennes où il devait être décoré de la légion d’honneur. »
    - Je vois la manchette : Un héros sauvagement abattu par des terroristes.
    - Oui ; il n’en mourut pas d’ailleurs, malheureusement. Il s’était réfugié par la suite à Saint-Malo où j’ai essayé plusieurs fois de le descendre. Mais il se méfiait et ne sortait jamais.
    - Et maintenant ?
    - Maintenant ! Il est en fuite quelque part en France
    Le commandant Pétri, dit Hubert, sourit brusquement inopinément.
    - Cette affaire me rappelle une jolie histoire : quatre ou cinq jours plus tard, je voyageais sur la ligne Rennes – Saint-Malo, et dans mon compartiment, une brave dame de Dol, racontait à qui voulait l’entendre et à moi tout oreilles qu’elle connaissait les auteurs de l’attentat et savait mieux que personne comment il avait eu lieu. A Dol où elle est descendue, des gendarmes faisaient les cent pas sur le quai… L’instant eut été mal choisi de la détromper.
    - Parlez moi du 14 juillet 1943…
    - Vous vous souvenez de cette mémorable journée ?
    « Oui ce fut assez réussi. Obéissant à des consignes données par le Comité Militaire National des F.T.P. (Charles Tillon Président) qui prescrivaient des sabotages dans toute la Bretagne, je donnai l’ordre à mes camarades de faire un 14 juillet de guerre. A Fougères ce jour là, Jules et Roger Fontaine attaquèrent à la grenade la Fieldgendarmerie. Résultats pratiques : 12 blessés dont plusieurs officiers ; 1 tué, arrestation d’otages et une amende à la ville.
    « Auguste et moi avions passé la nuit du 13 au 14 à Vezin-le-Coquet, à préparer et placer nos bombes. Des morceaux de bois calaient les explosifs contre le pylône. Nous couchions dehors, et je vous assure que malgré la saison, la nuit n’était pas chaude. Nous avons allumé les mèches et nous sommes rentré à Rennes. Quand le pylône est tombé, le ciel s’est incendié jusqu’aux limites les plus lointaines de l’horizon.
    « Avenue du Mail, à 5 heures moins 10, des agents nous croisèrent. Nous riions très haut comme des ouvriers au retour du travail… Mais notre travail n’était pas fini. A 5 h , nous nous séparions rue de la Chalotais. A 5 h 5 , je posais une bombe au soupirail de la cave du P.P.F. et rejoignais ma planque chez Mme Nobilet. »
    « Quelques heures plus tard, les policiers et la Gestapo alertés, établissaient des barrages dans toutes les rues de Rennes, tandis que Charles et ses compagnons jetaient des tracts, dans ces mêmes rues, à pleines poignées. »


    III

    Une période noire

    Les mois de juillet et août 1943, dit le commandant Pétri, sont trop riches en attentats pour que je puisse m’attarder longuement sur chacun d’eux. Vous noterez si vous le voulez :
    « Le sabotage des lignes téléphoniques à l’Hermitage (sur la ligne Paris – Brest),
    « Les déraillements de Combourg et de Bonnemain : Ce dernier dirigé par Jean Turmeau donna comme résultats (14 wagons détruits et l’interruption du trafic pendant deux jours).
    « Le sabotage de la voie Paris – Brest à Montauban
    « Les sabotages de câbles téléphoniques à Marcillé Robert et Quédillac. »
    - Et tout cela sans ennuis sérieux ?















    Charlotte Charles
    Responsable de l’Union des Femmes Le fils du Colonel André Berjon Responsable de l’Organisation
    Patriotes dans le Département Mieux connu sous le nom d’Auguste Politique dans l’I.-et-V. et la Manche

    - Oui. Une veine insolente. Ma seule alerte datait de 1942 quand à la suite d’une distribution de tracts syndicaux rédigés par Le Marlé, responsable de la C.G.T. illégale et moi, j’avais été arrêté et interrogé à Louvigné-du-Désert après perquisition à mon domicile.
    - Qui conduisit les recherches ?
    L’inspecteur Thomas. Nous aurons l’occasion de le retrouver tout à l’heure. C’est en effet en août 1943 que commence notre série noire. Mais depuis juillet, le cercle infernal se resserrait déjà autour de nous : le 4 juillet, à la suite d’une dénonciation de Meignier quatre personnes furent arrêtées à Dol : Mme Lequeu, Mme et Melle Charpentier et Mme X… Cette dernière déportée en Allemagne. Le 27, Jean Fresnel, militant de la classe ouvrière, responsable politique de la Sarthe, était traqué par la Gestapo Française et payait de sa vie un dévouement de chaque jour à la cause Française.
    « Une belle figure, dit le commandant Pétri, un de ces hommes sans qui la France n’aurait pas aujourd’hui droit de parole dans le monde. Un garçon bien, Forain, père d’une petite fille ; en vérité, tout pour être heureux. Il était parti sur ordre dans le maquis en mars 1943.
    « Ce fut à un rendez vous des responsables départementaux que, trahi par le responsable politique de la Loire Inférieure, Léon Renard dit André, agent double, il fut tué dans le guet-apens, coup très dur qui marque le début de nos malchances.
    « Parmi les nombreux camarades arrêtés figurait, en effet, Auguste Delaune, secrétaire de la F.S.G.T. (Fédération Sportive Gymnique du Travail). Le mois suivant, nous reçûmes l’ordre, par l’inter militaire Raymond, de le délivrer de l’hôpital du Mans où blessé il mourait lentement de faim.
    Qui empêcha la libération d’Auguste Delaune ?
    Un malentendu. Dans une voiture récupérée à Montaudin (Mayenne) chez un boucher, nous arrivions au Mans dans les premiers jours de septembre, après récupération de 200 litres d’essence, sous les yeux des Allemands à la gare de Fougères. Malheureusement, l’équipe de Paris qui devait nous rejoindre au Mans ne vint pas, et notre tentative échoua, vous savez de quelle lamentable façon puisque Delaune mourut dans les tortures.
    « Le 3 septembre, retour du Mans, nous nous arrêtons à Romazy, où, d’après des avis reçus, Morellon, Commissaire aux Renseignements Généraux pour la Bretagne, passait de tranquilles vacances. Trop tranquilles à notre gré. Je rentre à Rennes, laissant à Jean Turmeau et à Paul Messenich le soin d’effectuer l’attentat.
    « Voilà comment nous avions convenus qu’ils l’organiseraient :
    Messenich devait téléphoner de Saint Rémy à un café de Romazy, en demandant Morellon à l’appareil. Dans le café, Turmeau l’attendait le pistolet en poche …»
    - Qu’est-il arrivé ?
    - Tout s’est passé comme convenu. Morellon est venu au téléphone, mais il n’y est pas venu seul. Des inspecteurs l’accompagnaient. Turmeau arrêté, Messenich ne recevant pas de réponse, vint à Romazy et se fit prendre à son tour.
    « Histoire désastreuse, car Messénich connaissait beaucoup trop de points de repères de notre organisation et, de l’un à l’autre, par ses aveux, la police pouvait mettre la main sur toute la résistance de l’Ouest. »
    - Il ne parla pas ?
    - Il parla.
    « Voici comment les choses se sont passées. Sur l’ordre des inspecteurs, Messenich prévint Madeleine Raymond, responsable du F.N. local, qu’il dénonçait, que l’attentat avait réussi, mais que Jean étant blessé, il fallait prévenir Hubert, c’est à dire moi. Madeleine ne devina pas le piège et donna mon adresse. Alors les policiers sont entrés chez elle et l’ont arrêtée. Ces inspecteurs étaient Thomas, de vieille connaissance, et Moreau, aujourd’hui encore en liberté.
    « Ils n’ont évidemment pas perdu de temps, Madeleine incarcérée à Jacques-Cartier, ils perquisitionnèrent chez Mme Olson (Combourg), où nous prenions pension depuis le 14 juillet, et le soir même, ils arrêtaient à la Boussac le menuisier Genouvrier et Henri Cloest, l’un et l’autre trahi par Messenich. A Dol et à Lanhélin, d’autres arrestations furent opérées.
    - Où étiez vous pendant ces jours là ?
    - A Fougères, ignorant tout, jusqu’à l’échec de Romazy. Par malheur, le vendredi soir, j’étais passé rue Jules-Simon, à ma planque de Rennes, et j’avais commis la faute d’y laisser un mot, très anodin, sur le chat enfermé au grenier, mais signé Hubert ! Les inspecteurs découvrirent le mot, arrêtèrent Mme Nobilet, hors d’état de nier, et par la même occasion, un ami de Paris, venu au ravitaillement, et qui n’y comprit rien.. Une souricière fut établie dans la maison et, par excès de zèle, Thomas et ses sbires vinrent m’attendre le lundi matin, à l’arrivée de l’omnibus de Fougères, sur renseignement de Messenich, qui prenait à cœur son rôle de traître. Ce fut cette précaution qui me sauva.
    - Comment ?
    - Par simple hazard, je pris ce matin là la Micheline et non l’omnibus. Je croyais ne gagner qu’une heure, c’était ma vie que je sauvais. En effet Thomas ne pouvant être à la fois à la gare et rue Jules-Simon, le commissaire avait laissé à la souricière trois inspecteurs : Lemonnier, Tirel et Collet dont les deux premiers étaient des résistants de la première heure et le troisième un tout jeune homme. Première chance : ils fouillèrent partout dans mes valises et sur moi-même, sauf dans un sac qui contenait, sous des livres, deux pistolets. Seconde chance, mes papiers d’identité étaient en règle, à mon vrai nom, mais j’avais d’autres fausses cartes et tickets pour les réfractaires. Après discution, ils me relâchèrent. Et Lemonnier me dit sur le palier : " Préviens vite tes camarades ".
    « Toute la meute est revenue, ne m’ayant pas vu au train, chez Mme Nobilet. Ils ne trouvèrent comme trace de mon passage que le papier glissé par moi dans la bpîte à lettres pour avertir les amis. »
    - Fureur du Commissaire Divisionnaire ?
    - Il ordonna une battue en ville et les plus inoffensifs passants se virent réclamer leurs papiers. J’étais à la poste envoyant télégramme sur télégramme : « Jean malade, prendre précautions » . « Jean malade, prévenir Fanny , Jules, André… ». Ce même jour, j’attendais Melles Lemeur et Hamon, de Plouézec et d’Yvias (Côtes du Nord). Elles m’apportaient des tickets d’alimentation, que des inspecteurs résistants de Rennes, complaisants, transportèrent durant tout le parcours.
    « Je les ai jointes à la sortie de la gare et les ai avertie à temps. »
    - Mais le climat de Rennes devenait dangereux pour vous.
    - Trop. L’Inter – Michel m’envoya dans les Côtes du Nord, où je me reposais huit jours à Plouézec, et où je rencontrais Yves, responsable des Côtes du Nord. Et de là, je partis pour Paris, où je me terrai quinze jours et passai au travers des fouilles du Sentier, puis dans le Calvados où je repris liaison.
    - Qu’advint-il des F.T.P. arrêtés ?
    - Jean Turmeau s’était évadé de la Prévalaye, le soir du 7, en marchant sur la gouttière, et en descendant deux étages par ce chemin. Il se cacha chez Mr Gernigon à Goven. Quand à Messenich…, mais ceci est une autre histoire….

    IV

    L’activité Front National

    « Cette année 1943, dit le commandant Pétri, marque le départ réel et organisé de la Résistance. Prétendre la décrire par un bref exposé de notre activité militaire serait injuste, et inexact. Parallèlement à nos sabotages, la formation de nos cadres F.T.P., une immense action politique se dessinait. Il n’y eut pas que ceux qui déboulonnaient les voies et font justice : Il y eut ceux qui par leurs paroles, leur action civile, leurs distributions de tracts et leurs liaisons, établissaient sur toute la Bretagne, les mailles du filet où tôt ou tard, l’ennemi devait se laisser prendre.
    « Les responsables inter et départementaux, Charles et Charlotte, François (Alfred Leroux), Jean Racapé, Juliette et Danielle, Desordes, Auguste (Actuellement lieutenant colonel Berjeon) et Jeannine, infatigables, sillonnaient la région. Dans chaque ville, ils trouvaient des oreilles disposées à entendre, des bras prêts à agir.
    « Au tableau d’honneur de cette action souterraine, il faudra bien un jour nommer :
    « A Fougères Thérèse Pierre, les Fontaines père et fils. MM. Ponson, Boivent, Bouffort, Genouel, et Louis Geffroy, Mr et Mme Lendormy.
    « A Rennes : Mme Nobilet, Mr et Mme Lanoë (maraichers), Mme Beaufils, Mr et Mme Maurice Geffroy.
    « A Dinard : Mr et Mme Roger, Mme Beaumatin, Mme Maufrais, Melle Thomas et Léon Reul.
    « A Saint Malo : MM ; Legrand et Jouan,Mme Leroux.
    « A Combourg : Mr et Mme Rouxin, Mmes Olson et Peuvrel.
    « A Redon : Melle Jan.
    « A Goven : Mr Gernigon .
    “ A Dol : MM. Provost .
    “ A Pléchatel : MM. Duclos (Maire) et Jean Guérillon .
    « A Bain-de-Bretagne : MM. Travers, Mr et Mme Ralon .
    « A Lancieux : Mr et Mme Tavet .
    « A Louvigné : Corentin Carne, Faligot, Patry, Mme Gereux .
    « Au Ferré : Melle et Mr Goré .
    « A Landivy : Mr Le Monnier, Melle Le Meur .
    « Aux Chapelles : Mr et Mme Le Personnic .
    « A Saint-Aubin-du-Désert : Mr et Mme Allais, Et tant d’autres noms …, que je m’excuse de ne pouvoir citer .
    - Activité de propagande, n’est ce pas ?
    - Non seulement… Certes , la diffusion des tracts était pour nous d’une grande importance, et j’ai fait moi-même le transport d’une Ronéo en plein jour à Saint-Malo. Mais le travail conjugué du F.N. et de l’Union des Femmes Patriotes (U.F.F.P. actuelle) eut des résultats bien plus immédiats ; Colis aux prisonniers, planques aux responsables, émission de fausses cartes, fabrication de lainages. J’estime que plusieurs centaines de fausses cartes ont été mises en circulation cette année là et plus de 600 000 francs, distribués aux réfractaires, aux familles de déportés… Et le 11 novembre 1943, où des gerbes furent déposées dans presque toutes les villes, apporta le témoignage de cette union.
    « Parallèlement, s’établissait un réseau de renseignements actif. Nous étions tenus au courant, jour après jour, par la police elle même, de ce qui se tramait contre nous.
    « C’est ainsi qu’à mon retour à Rennes, en octobre 1943, toutes mes planques découvertes, je fus hébergé par l’inspecteur Vidament.
    - Si je comprends bien, les services policiers furent pour vous de précieux soutiens ?
    - C’est à dire que sans l’aide de certains inspecteurs, l’œuvre de la Résistance n’aurait pu se développer avec autant de sécurité. Je viens de vous citer Vidament, chez qui je logeai de d’octobre 1943 à juin 1944. Je vous ai parlé des inspecteurs Lemonnier et Tirel, qui non seulement à la souricière de la rue Jules-Simon, ne m’arrêtèrent pas, mais s’arrangèrent pour que je puisse prévenir mes camarades, et les inspecteurs Jean Flouriot et Vidament Louis, qui portaient des colis de tickets récupérés.
    « Mais également Deveaux, Melison, les commissaires Donat et Le Poullennec, les gendarmes de Combourg, de Dinan, de Redon, du Grand Fougeray, le commissaire Rio de Dinard, ont été parmi ces alliés de la première heure.
    « Il n’est pas dans mes intentions, maintenant que le danger est passé, d’oublier ce que nous leur devons.


    V

    La S.P.A.C. et l’enfer Jacques Cartier

    « Thérèse Pierre ? dit le commandant Pétri. Peu de temps après Mme Gautrie, elle fut arrêtée le 23 octobre 1943 à son domicile par la Gestapo. Je garde d’elle le souvenir d’une militante active, courageuse et dévouée. Sa prudence était extrême et tous ses gestes médités. Son calvaire et sa mort sont dans bien des mémoires, mais leurs détails ne sont pas très connus.
    « Transférée à la prison Jacques Cartier, elle fut, dés son arrestation jusqu’à sa mort, torturée heure par heure, battue et flagellée deux jours consécutifs. Elle restait en contact avec ses compagnons de prison par le canal du chauffage central. Mme Lequeu, de Dol, recueillit ses dernières paroles. Le corps entièrement meurtri, elle se traînait sur le sol de sa cellule, sanglotait, criait de douleur, répétait inlassablement : « Je ne parlerai pas… Ils ne me feront pas parler ». Vers la fin de ce deuxième jour, elle prononça distinctement : « Ils n’ont rien obtenu de moi… ». Le lendemain matin, on la trouva pendue aux barreaux de sa geôle avec un de ses bas. De toute évidence, c’était là une mise en scène allemande pour faire croire à un suicide. Mais quelle vraisemblance que, martyrisée comme elle l’était, au point de ne pouvoir plus marcher, elle ai eu la force de se pendre ! La Gestapo, en maquillant son crime de si grossière façon, achevait de le signer.
    « Les obsèques de Thérèse Pierre eurent lieu à la cathédrale de Rennes, où son corps fut transporté de la morgue.
    - N’est ce pas vers ce temps qu’intervint la S.P.A.C. ?
    - La S.P.A.C. descendit de paris vers novembre. Et, dans tout le département, des arrestations nombreuses furent la conséquence de sa présence à Rennes. Les détenus politiques arrêtés à la suite de l’affaire Morellon furent pris en mains par les bourreaux et durent périr sous les coups ou donner les noms de leurs responsables. Larrieu et son aide, de Saint-Germain, dit le Marquis, sadiques de la basse espèce, excellaient dans ces "confessions". La " Table des friandises " rendit tristement célèbre les caves de Jacques Cartier.

















    Jean Turmeau
    Adjoint au Commandant Pétri
    Jean Fresnel en Ille et Vilaine Thérèse Pierre

    - Qu’appelait-on ainsi ?
    - La table où le détenu était allongé, nu, et battu, parfois pendant des heures, du fouet et du nerf de bœuf. L'ingéniosité de ces criminels était inépuisable et leur cruauté sans merci. Les hommes et les femmes dont ils prenaient la charge étaient méconnaissables dés le second jour.
    « Parfois, frapper ne leur suffisait pas. Ils écrasaient le ventre de leurs victimes, comme ils le firent pour le responsable départemental Bernard, de son nom David, mort dans les tortures.
    « A Rennes, Mmes Pondar, Godin, Rubillon, Paty, MM. Le Dal et Lalanne ; à Fougères les Fontaine père et fils fusillés plus tard à Fresne ; MM. Ponchon, Bouffort, Le Gallo, Guédo, Le Parié, Geffroy, Marie Jouan, responsables des F.U.J.P. connurent les affres spéciales de Jacques Cartier. Mais il me faudrait citer Dol, Combourg, Landivy, Louvigné, où la S.P.A.C. vint perquisitionner chez moi, piller, tirer des balles dans les portes, frapper sauvagement mon père et ma mère… Il me faudrait citer toutes les villes du département et les centaines d’arrestations qui eurent lieu durant ces mois »


    VI
    Saint-Senoux – Dinan

    Nous abordons l’année 1944, terrible par les combats meurtriers, mais lourds de gloire menés par les F.T.P. de Bretagne, par le souvenir des attaques dirigées contre les collaborateurs et les organismes au service des Allemands : R.N.P. , P.P.F. ; L.V.F. ; S.T.O. Noms sinistres…
    « A Dinan, Dinard, Saint-Servan, Saint-Malo, Paramé, Lancieux, Rennes, Bain-de-Bretagne, Redon, Fougères, Laval, Le Hinglé, Evran, etc, leurs immeubles sautent. Les boches s’inquiètent. Parallèlement, nous faisons dérailler un train prés de Saint-Malo, la locomotive et sept wagons furent endommagés. Nous attaquions la distillerie Boske à Saint-Malo qui travaillait pour l’ennemi : destruction de plusieurs milliers de litres d’alcool, usine hors d’état de service pour plusieurs mois..
    - Ceci nous amène au mois de mars ?
    - Il fut très fructueux. Déraillement de Laillé. Sabotage à Langon et à Messac.. Mais je voudrais vous parler particulièrement du déraillement de Saint-Senoux, un des plus beau coup de force qu’il m’ai été donné de réaliser. En effet les Allemands avaient disposé des gardes Français à chaque orifice du tunnel. Il nous fallut capturer successivement l’un et l’autre poste. Par la suite tous les gardes-voies qui passèrent par là furent capturés, et c’est ainsi que nous en avons tenu sept entre nos mains. Enfin le travail de déboulonnage au milieu même du tunnel fut accompli sans difficulté, et le déraillement qui s’en suivit aussi complet que possible. Les gardes-voies prisonniers furent amenés sur la butte et je leur donnai l’ordre de porter secours au chauffeur et au mécanicien. Car il n’est que trop vrai de dire, ajoute le commandant Pétri, que ce sont les chauffeurs et les mécaniciens qui ont le plus à souffrir des coups que nous portions aux transports ennemis.
    « Ce fut également vers cette période qu’eut lieu l’attaque de la prison de Dinan. Elle fut motivée par l’arrestation des lieutenants Jean-Marguerite (de Saint-Malo) et Jean Guérillon (de Pléchâtel), effectuée par les gendarmes Le Penzec et Besnier ou sur leurs ordres. Une première tentative du groupe Hesry-Fayon aboutit à un échec provoqué par les avertisseurs électriques de la prison. Des pourparlers avec le directeur et le gardien de la paix Maillard nous assurèrent de leur complicité. L’opération fut relativement simple. Une échelle prise dans un chantier voisin nous permit de franchir la première enceinte.
    - Etiez vous nombreux ?
    - Une dizaine, j’avais avec moi mes lieutenants Roger et Pierre et huit ou neuf F.T.P. , les gendarmes n’opposèrent aucune résistance et se laissèrent désarmer. Nos camarades libérés, nous enfermâmes les gendarmes et gardiens dans une cellule de la prison, dont, bien entendu, nous prenions les clés. A Pleurtuit, Alerte. Les Allemands nous arrêtent pour violation du couvre-feu. Nous fuyons à travers les champs de mines, perdant bicyclettes mais en sauvant nos armes. Après nous être planqués pour la nuit chez Mr et Mme Tavet (Lancieux) nous rentrons à Dinard le lendemain pour assister à des arrestations arbitraires, mais qui n’eurent pas de suite.
    « Malheureusement, en mai, le gardien de la Paix Maillard dénonça nos camarades, et des arrestations plus tragiques eurent lieu, parmi lesquelles celles d’Hesry, La Planche, Fayon,le gardien-chef, etc… Huit de nos camarades et Maillard devaient être fusillés le 21 mai 1944.


    VII

    L’Attaque de la Prison de Vitré

    « Environ trois semaines avant l’attaque, nous en commençâmes la préparation : Le plan de la prison nous avait été envoyé, traçé à l’encre sur un vieux bout de chiffon par lezs camarades prisonniers. Du ravitaillement, des médicaments et de l’essence pour le voyage nous étaient donnés par Mr Roger, tandis que Mr Macé préparait les échelles de cordage et les tubes de bombes.
    « A la suite d’une lettre urgente d’une femme de l’un des captifs, reçue le 20 avril, je rencontrai cette personne à Rennes. Elle m’avertit que les prisonniers devaient passer dans un très proche avenir à la Cour Spéciale d’Angers. Vous savez ce que cela veut dire.
    « Nous projetâmes l’attaque pour le samedi 29 avril, prévoyant de la remettre au dimanche en cas d’échec. Mes deux lieutenants Roger Buars et Pierre Brageul et Josette, femme de liaison, furent envoyés le 28 à Vitré pour reconnaître les lieux. Le rendez vous avait été fixé à deux kilomètres de vitré, sur la route de Janzé. En dehors des lieutenants, aucun des F.T.P. ne savait exactement le but du déplacement.
    « Parti de Rennes en voiture avec Julien, emportant les
    échelles, le ravitaillement et les médicaments, je rejoignis au
    lieu prévu les groupes de La Bouëxière, de Dinan, de Rennes et
    de Redon. Il était environ 11 heures du soir.
    « A 500 mètres de la prison, la voiture fut garée dans un
    champ. Nous étions au nombre de seize, portant des échelles,
    les armes, etc… L’échelle de corde ne s’accrocha pas immé-
    diatement sur le mur, mais, avec de la patience nous parvînmes
    à l’y fixer. Aussitôt après la relève des gendarmes, vers 1 heu-
    re du matin, je déclenchai l’attaque, et les enceintes franchies,
    les camarades encerclèrent le bâtiment central de la prison.
    - Les Gendarmes ne réagirent pas ?
    - Ils devaient dormir dans une guitoune prés de l’immeu-
    ble. Nous étions prêts à tout, et nous avions tout prévu : Si
    nous ne pouvions parvenir à nous faire ouvrir, Boursier, vêtu
    de la tenue du gendarme Saquet, du Grand-Fougeray, devait
    donner le change. Mais tout se passa très bien : l’un des nôtres La porte de la prison de Vitré
    sonna de l’extérieur et à l’instant où le gardien entrouvrait la porte du bâtiment central, nous nous sommes jetés sur lui et avons pénétré dans les salles. Surpris dans leur sommeil, effrayés par notre nombre et par nos armes, les gendarmes se rendirent sans résistance.
    - Les détenus ne devaient pas en croire leurs yeux ?
    - Ce fut un instant inoubliable, le plus émouvant qu’il m’ai été donné de vivre. Les camarades pleuraient de joie, nous embrassaient. Certains d’entre eux immobilisés, Ferrand, mutilé, et Geffroy, atteint d’une Phlébite, nous demandaient de ne pas nous encombrer d’eux. Mais il n’était pas question de les laisser en arrière.
    - N’y avait-il donc que des détenus politiques dans la prison ?
    - Nullement, une cinquantaine environ. Mais le gardien-chef m’avait remis la liste des détenus politiques, et malgré leurs supplications, les droits communs furent laissés dans leurs cellules.
    « Après les hommes, nous libérâmes les femmes : Mmes Lendormy, Genouël, Brionne.
    « Mais une besogne moins joyeuse nous attendait. Tout les prisonniers en effet, me désignèrent Messenich comme le principal responsable de leurs arrestations. Personnellement, j’avais déjà acquis la preuve de sa trahison et de sa lâcheté au cours de l’affaire Jean Turmeau à Romazy. Il était d’ailleurs au "mitard" pour 90 jours pour avoir voulu adresser à la Gestapo une lettre où il se plaignait de la bienveillance du gardien envers les prisonniers.
    « Les détenus sont sortis dans la cour, et par groupe de dix, commandé chacun par un F.T.P. partirent vers La Bouëxière. Mr et Mme Brionne s’éloignèrent en bicyclette vers Brie. En dehors de trois femmes, les détenues refusèrent de partir, soit par excés de fatigue, soit par peur des tortures en cas de reprise. Quelques jours plus tard elles partirent pour Angers et de là vers l’Allemagne..
    « A 500 mètres de la prison, dans un champ, j’accordai sa dernière cigarette à Messenich, qu’une rafale de mitraillette abattit.
    « Le gardien m’avait demandé de couper le fil du téléphone avant notre départ afin qu’on ne lui reproche pas d’avoir alerté. J’avais accédé à son désir, et la femme du gardien que je laissais libre m’avait promis de ne pas donner l’alarme avant sept heures. Il en était 5 quand nous quittâmes la prison, et je pensais n’avoir rien à craindre avant que tous les prisonniers ne fussent en sûreté. Deux faits insignifiants causèrent tous nos ennuis. Premièrement un de mes camarades oublia sa mitraillette dans le champ proche de la prison où nous nous étions arrêtés. Deuxièmement, Le Gac, qui devait avoir prévu les planques et nous attendre à La Bouëxière, n’était pas au rendez vous. Eugène Richomme, Boursier et moi, nous perdîmes du temps à essayer de le joindre, et ces recherches se prolongeant, commençâmes d’explorer les champs et les bois autour du village .
    « Entre 10 et 11 heures, les gendarmes Demeuré et Lepreux nous rencontrèrent et nous demandèrent nos papiers. Au cours d’un vif combat qui s’engagea, Demeuré tira plusieurs balles sur moi sans m’atteindre et finit par s’écrouler, matraqué par un de mes lieutenants. Lepreux tenta de fuir, mais rejoint et désarmé, fut fait prisonnier comme son collègue. Je leur laissai la vie, ne leur demandant que la promesse de ne pas alerter les Allemands.
    « Une heure plus tard, nous retrouvions les prisonniers de Vitré, cachés dans un bois et disposés déjà en postes de guetteur. Je remis à chacun des adresses de planques, des tickets d’alimentation, et cinq billets de mille francs. Et tout à la joie d’être rassemblés, nous échangions des souvenirs communs, lorsque à nouveau, des gendarmes nous attaquèrent. Il s’agissait cette fois du brigadier Bignand et d’Esnault, prévenus par Demeuré et Lepreux, et qui venaient d’arrêter Le Gac, Le Dal, Guillard, et Ponson. Le Gac , nous sachant en nombre, n’avait pas hésité à guider vers nous ses gardiens. Nos camarades libérés agirent avec Bignand et Esnault comme le matin avec Demeuré et Lepreux, leur laissant la vie et même leurs armes et ne leur demandant que de ne pas les dénoncer.
    « Mais il était trop tard, les dénonciations étaient faites, et les G/M.R. déjà en campagne. Les prisonniers s’étaient dispersés à l’arrivée de Bignand et je restais avec sept hommes seulement. Les G.M.R. au nombre de quatre-vingt tentèrent un encerclement du bois. Le casque de l’un d’eux repéré dans les hautes herbes, nous avertit du danger que nous courrions et nous prîmes la fuite à travers champs jusqu’à Saint-Sauveur –des-Landes où nous arrivâmes à minuit. C’était plus de 60 kilomètres franchis au pas de course malgré clôtures, haies, ruisseaux. Et nous étions sur pied depuis la veille au matin !
    « Les prisonniers surtout, étaient épouvantés à l’idée d’être repris. L’un d’eux n’ayant plus la force de nous suivre, s’est caché dans une ragole (arbre creux) et y est resté deux jours immobile, sans manger ni dormir.
    « Pour nous, accueillis par Mme Ollivry, nous pûmes regagner assez de forces, après une bonne nuit, pour rejoindre Fougères le lendemain, sans autre alerte que la rencontre de trois G.M.R. au coin d’un bosquet de la station de La Rivière »

    VIII

    Le mois de mai 1944

    « Deux actions parallèles marquent l’action de la Résistance en Ille-et-Vilaine, pendant le mois de mai 1944. La préparation du débarquement désormais tout proche et la continuation de sabotages contre l’ennemi.
    - C’est en mai, dit le commandant Pétri, que je repris liaison avec l’Etat-Major National, par l’intermédiaire du Commandant Patrick, délégué par le Comité Militaire National pour la région de l’Ouest. Le Commandant Jacques, subdivisionnaire et le commandant Maurice, inter aux opérations, composaient avec nous le Comité Directeur Régional. Le Quartier-Général des Maquis de l’Ouest devait être situé dans la région de Tour et rester en relations avec Paris. Tous les plans avaient été dressés pour que des ramifications de cette action de résistance s’étende à travers la Bretagne et la Normandie et permettent des mouvements de troupes et des parachutages.
    « Dans le cours du même mois, j’entrai en liaison avec l’A.S. de Morlaix, qui était en relation directe avec Eisenhower. Nos réunions avaient lieu à Rennes, chez Mr Milon, notre maire actuel. Les planques des agents français désignés pour les parachutages étaient à Goven, chez Mr Gernigon et à Langon, chez Melle Moquet. Boursier était à Langon prés d’un des agents. Je faisais alors partie du triangle de direction des opérations du Premier Régiment Breton, sous les ordres du Colonel Fabien (Patrick).
    - Que devenait pendant ce temps l’activité de vos groupes ?
    - Les sabotages et les attaques à mains armées devinrent alors si nombreux, qu’il ne m’est guère possible que de vous indiquer les plus importants. Le 1er mai sautaient sept pylônes sur la ligne Montbelleux-Fougères. Le 7, à Rennes, le service d’information. Le 8, alors que nous étions occupé à saboter la ligne de l’Hermitage, pour empêcher un train entier de G.M.R. de partir attaquer les maquis de Pontivy, mon lieutenant Jean Marguerite et le capitaine Julien Lamanilève sont surpris par deux Allemands qui les mettent en joue et leur ordonne de les suivre. Heureusement, dans le but de les fouiller, l’un d’eux remet son arme à la bretelle, et c’est la bagarre, dont mes hommes sortent vainqueurs, après avoir tué l’un des boches et mis l’autre en fuite.
    « Le train de G.M.R. ne partit pas ce jour là, et j’eus le temps de prévenir mes camarades du Morbihan. A Messac la destruction de 50 boyaux de freins immobilise toute une rame de wagons. A Dinan, une locomotive est rendue inutilisable.
    « Le 11 mai, sous les ordres du lieutenant Guy Bélis, les F.T.P. attaquent à Fougères, en 4 groupes, 4 garages remplis de camions allemands, en détruisent par l’incendie une trentaine et brûlent l’essence, l’huile et le matériel de réparation. Le lendemain alors qu’ils prenaient le T.I.V., nos camarades sont attaqués par des agents français et de la gestapo. La bataille fut sérieuse puisque deux inspecteurs furent blessés et un Allemand tué, tandis qu’un des nôtres, Emile Favennec, était blessé au bras. A La Rivière, un kilomètre plus loin, ils sont descendus du train et partis à travers champs où les attendaient de nombreuses échauffourées avec les Allemands. Ils sont arrivés à Rennes épuisés et en loques.
    « Enfin, la fin du lois de mai fut marquée par l’attaque du poste électrique de Saint-Brice-en-Cogles, au cours de laquelle le transformateur de secours fut détruit et le transformateur central endommagé.

    IX

    Le Débarquement

    « Fin Mai, alors que s’organise le Maquis de Broualan, sous les ordres de Pierre Jouan, Jacques Marguerite, Auguste Delaigue et Rolland, pour servir de place de transbordement vers la Mayenne, brusquement, des arrestations multiples viennent gêner et contrarier notre action. Les agents envoyés de Paris et munis des dernières instructions sont arrêtés à la gare de Rennes. Jacques et Maurice sont pris dans une râfle de la Gestapo, dans un hôtel derrière la gare, en même temps que divers responsables de Bretagne qui détenaient les plans des opérations. Rue de Saint-Malo, Jean Marguerite, grièvement blessé, et Bob sont capturés par la Gestapo et la Milice. Ils seront plus tard tous deux torturés. Mr Gernigon à Goven, reçoit une visite de la Gestapo qui découvre chez lui des armes automatiques, incendie sa ferme, le torture et le fusilleront le 30 juin. Moi-même, je manque d’être arrêté avec Thierry et n’échappe que de justesse aux miliciens, qui sortaient des abris souterrains du champ de Mars, à l’instant où nous nous séparions.
    « A la suite de toutes ces arrestations, je perdis le contact avec Fabien, alors que tous nos camarades de la Côte étaient déjà prévenus. A la veille du grand combat, tout semblait compromis.
    « Cependant les premiers messages passent à la radio de Londres, messages, dont le sens nous était dévoilé par le Quartier-Général de Morlaix. « J’ai une centaine de canards », nous annonça le parachutage de la nuit du 29 au 30 mai, à Louvigné-du-Désert. L’avion parachuta de beaucoup trop haut et les containers s’éparpillèrent dans les bois et les ravins, rendant la tâche difficile à nos camarades. Le tout fut néanmoins récupéré, camouflé dans une grange et recouvert de foin, en attendant d’être transporté à Fougères et ailleurs.
    « Puis ce furent les messages d’attente :
    « Le camion est en panne » ; « L’heure du combat est proche » ; 36 heures avant le débarquement : « Les sirènes auront des cheveux » ; « L’heure du combat viendra ».
    « Suivant les instructions reçues et en accord avec Thierry, je décide de diriger les éléments vers la Normandie et d’y établir mon Etat-Major. Depuis la mi-mai, un camarade du nord de la Mayenne préparait les lieux, préparait des armes et du ravitaillement ; plusieurs F.T.P. étaient déjà sur place.
    « Le 5 juin au soir, nous captons le message : « Il fait chaud à Suez », qui signifiait : Préparez vous, et en même temps, le message : « Les dés sont sur le tapis », qui voulait dire : Attaquez..
    « Le 5 juin, des récupérations de carburant et d’ex-
    plosifs étaient opérées à Loubigné du-Désert par un grou-
    pe de Fougères. Le 6 au soir, ce furent les 7 attentats prévus
    sur les voies de chemin de fer. Les explosifs avaient été re-
    pris chez Mr Milon par notre ami Guénot de Morlaix, qui les
    avaient transportés à Sainte-Anne-sur-Vilaine. Sur les sept
    attentats (Ploërmel - La-Gouesnière , Messac – Guer ,
    Messac – Rennes , Messac – Redon , Messac – Chateaubri-
    ant , Ploërmel – Guer , Ploërmel – Malestroit) ,un seul fut
    manqué au cours duquel nous avons perdu Louis Mazan. Le
    même jour des pylônes sautent à Avessac, La Chapelle-Sain-
    te-Melaine. Les groupes du sud de la Manche et de la Mayen-
    ne coupent les câbles souterrains des lignes téléphoniques ;
    Le Camp de Broualan récupère des armes.
    « Le 7 juin, après les dernières directives données
    aux groupes, nous organisons l’installation définitive de
    l’Etat-Major dans la forêt de la Monnaye. Les groupes F.T.P
    d’Ille-et-Vilaine arrivent les uns après les autres et la vérita-
    ble préparation militaire va commencer.
    « Dés le 9 juin, les bagarres recommençaient avec
    l’attaque d‘une voiture allemande dont l’un des occupants
    fut tué. Elles n’avaient pour ainsi dire jamais cessé, pas plus
    en Normandie que dans toute la Bretagne. La liste de nos Pierre Brageul . Jean Marguerite
    martyrs s’allongeait chaque jour : René Boursier, blessé, Roger Buard, Jean Guérillon
    était achevé par les miliciens au maquis de Larchamp au pied du pylône qu’ils viennent de faire sauter
    (à la suite d’une dénonciation par téléphone de Fleury au
    milicien Bellier)
    « Le même jour Guy Belis et quatre camarades étaient arrêtés lors de l’attaque du garage de la Feldgendarmerie de Fougères. Nous répondions coup pour coup : C’était le 7 l’exécution de Renard, le traître de Saint-Manvieux-Bocage (Calvados), accusé d’avoir livré un parachutiste Canadien ; c’était le 9 le déraillement d’une locomotive sur la ligne Rennes – Redon, après un déboulonnage de 44 mètres de voies, entraînant un arrêt du trafic de quinze jours. De fut le 13, sur la route de Renac, l’attaque d’un camion allemand.









    X

    Le maquis de Lignères

    - Que devenait votre maquis de Mayenne ?
    - Nous étions installé prés de Lignères-la-Doucelle, dans une ferme entre bois et champs, nommée la Gérarderie. Un énorme matériel, déjà, y était assemblé, et une quarantaine de gars réunis. Nous attendions de nouvelles arrivées qui en quinze jours, eussent porté notre nombre à 500 ou 600.
    « Le 13 juin, nos indicateurs nous annoncent la présence d’un camion en panne prés d’Orgères. Treize Allemands l’occupaient.
    - Diable !
    - Oui, on a beau n’être pas su-
    perstitieux… Nous attaquâmes en deux
    groupes de cinq, emportant une victoire
    à peu prés complète : 5 boches tués et 3
    prisonniers. Malheureusement un man-
    que de coordination des groupes causa
    les blessures graves de deux des nôtres.
    Paul Lasnier et René Pelé et, en somme
    tout ce qui s’ensuivit.
    « En effet, immédiatement
    alertés par les boches en fuite, d’impor-
    tants contingents allemands étaient sur
    les lieux une heure après notre coup de
    main. Chez Catois, le fils du maire de
    Lignières, où il s’était réfugié, ils arrê- Un vestige de la tragédie du Moulin d’Evert où tombèrent 4 F.T.P.
    taient Paul Lasnier et, à la Mairie, le res-
    ponsable de l’A.S. qui s’y trouvait par un mauvais hasard.
    « Vers 19 heures, Alain Le Gac, de garde, actionne sa mitrailleuse : le signal de l’alerte. Plus de 200 soldats entouraient le bois et le champ et disposaient sur les bords de la route des mortiers de campagne. Une partie de notre équipe gagne la forêt. Les autres dont j’étais, réfugiés dans le grenier de la ferme, tiennent en échec les Allemands et en tuent une vingtaine dont un officier S.S. Mais sous le feu de l’ennemi, notre situation devenait intenable. Je décide une sortie. Roland et le valet me précédaient. Derrière moi une grenade est jetée dans la salle que nous occupions, et de ceux qui occupaient la Gérarderie, nous fûmes les trois seuls survivants.
    « Vers trois heures, j’arrivais dans une ferme, et plus tard dans une autre prés de Ciral où je m’endormis épuisé. Le lendemain, j’atteignis Saint-Aubin-du-Désert.
    « Le Commandant Pétri se tait et dit lentement :
    « Parmi ceux qui sont morts, ce jour là, il y avait des amis que j’aimais. Delattre que j’avais sorti de la prison de Vitré et qui vint se faire tuer à côté de moi. Pierre Jouan, qui venait à peine de nous rejoindre… Richomme. Ceux qui ne furent pas tués dans la ferme, les Allemands les amenèrent au carrefour, à 11 heures du soir et les fusillèrent, là, après d’innombrables tortures. Seule, fut épargnée, la fille du Commandant Maxime, déportée en Allemagne. Gustave Bobo notre Hôte, Cotin, René Pelé, Robert Gougeon, Paul Lasnier, Alain Le Gac, Gilbert Zoccolini, François Cheminel et Auguste Leduc, tombèrent en cet endroit.
    « Le bilan de cette journée se soldait pour nous par la mort de onze camarades, la perte du matériel de guerre, de marchandises, de matériel d’imprimerie… et trois jours plus tard, par l’incendie de l’école et de la Mairie du bourg par les S.S.
    - Elle se soldait aussi, dis-je, par une page de gloire ajoutée à l’histoire du maquis !
    XI

    Parachutages

    « A la suite de l’attaque du maquis de Lignères, il nous fallut réviser nos plans. Les maquisards qui avaient échappé au carnage et 50 F.T.P. de la zone côtière qui avaient pu être avertis sur leur route, s’installent en de nouveaux lieux, dont le camp de Saint-Mars-du-Désert (Mayenne), sous les ordres du Capitaine Grégoire, les maquis de Chevaigné-du_Maine, La Baroche, les Chapelles. Pour ma part, je m’empresse dés le 14 juin de reprendre liaison avec la Commandant Anglais Michel (Claude de Baissac), originaire de l’Ile Maurice, afin de détourner les parachutages d’abord prévus sur la forêt de Lignières. Parallèlement je réorganise mon Etat-Major avec Julien, Roger, Ravet, Lepersonnic.
    - Où eurent lieu les parachutages ?
    - Les deux premiers à la Baroche, sous le signe « La cruche est cassée enfin » et à Fougerolles du Plessis sous l’appel « La banque est fermée ». Réussite magnifique : 7 avions, dans les 12 tonnes de matériel.
    - Comment s’effectuent ces parachutages ?
    - Imaginez d’abord une vaste étendue, 7 à 8 hommes sont sur le terrain attendant le premier avion ; 7 ou 8 en lisière attendant le second, etc… Une douzaine d’hommes armés assurent dans les champs le cordon de sécurité. Trois lampes dirigées dans le sens contraire du vent, obéissent au signal de ma lampe code qui sert aussi à guider l’avion… Lorsque le Libérator ou le Lancaster a compris mon message en morse lumineux, une lampe s’allume sous la carlingue : la réponse. L’avion alors passe au dessus du camp, vire et revient sur la première lampe.
    « Il lâche le tout avec une maîtrise admirable. C’est un spectacle impressionnant, je vous assure que ce grand oiseau noir qui vient pour nous de l’Outre-Manche et dont les ailes s’éclairent d’argent lors du virage. Ils parachutent généralement entre la deuxième et la troisième lampe, quelquefois à côté, jusqu’à 16 containers, 4 ou 5 paquets contenant des postes récepteurs ou émetteurs, des moteurs, des accus, de l’acide, des chaussures, du ravitaillement. Les grands containers mesuraient 1 m 80 et les petits 60 cm. Les grands étaient les plus attendus. Ils renfermaient des fusils-mitrailleurs, des mitraillettes, des fusils. Ils se dévissaient aisément, d’un seul coup. Il faut dire aussi que nous n’avions pas de temps à perdre ».
    - Je le crois sans peine. La préparation… ?
    - Elle résidait surtout dans la prévision des planques. Mais il y avait le problème du transport : des fermiers prêtaient leurs voitures. Il nous fallait emmener dans la nuit, sur 2 et 3 kilomètres, 10 tonnes de matériel avec 3 voitures à chevaux ».
    - Impossible !
    - Il faut croire que non puisque cela se réalisait. Encore ne faut-il pas oublier la présence constante des Allemands sur terre et… dans les airs. C’est ainsi que une fois à Pré-en-Pail, une équipe fut mitraillée par des chasseurs boches.
    - En dehors des parachutages, quelle était l’activité des groupes ?
    - Toujours la même, de jour en jour intensifiée.
    « Le Commandant Pétri feuillète les rapports entassés sur la table et cite des faits extraordinaires comme s’ils étaient la chose la plus aisée du monde. C’est dans le Calvados, 2 F.T.P. qui tuent un boche ; à Fougerolles, la construction d’un souterrain, des récupérations d’armes ; à Saint-Duval, la destruction de motos et d’autos ; l’explosion du Pont-Aufray ; l’attaque de l’Etat-Major Allemand au Châreau de la Croix-Guillaume en Lignières où 3 officiers furent tués ; les attaques à la grenade de deux camions ; un vol d’explosif à la mine de Brais en Vieux-Vy-sur-Couesnom avec la complicité des F.T.P. de la mine… »
    « Voici tout de même que Louis Pétri s’anime :
    « Le 23 juin, 3 F.T.P. incendient 2 avions allemands en panne. Un des pilotes est tué ; les mitrailleuses et le matériel sont récupérés. Cela se passe à la Celle-Craonnaise, dans le sud de la Mayenne.
    « En Ille et Vilaine, les hommes ne sont pas moins actifs. Ils inventent " La Tapette à rats " qui fait de si grands ravages sur les routes du nord de l’Ille et Vilaine, parmi les transports boches.
    - Qu'est-ce que c'était ?
    - Le nom vous l’indique : une simple tapette et un détonateur reliés à d’énormes quantités d’explosifs (cheddite de la mine de Brais bien utilisée) fourrées dans des bidons d’essence. Un chien courant suffit à déclencher le dispositif. A plus forte raison, des auto-citernes. Leurs cadavres témoignent encore, le long des routes de l’activité des groupes de Vieux-Vy-sur-Couësnom , Bazouges , Saint-Rémy-du-Plein et autres.


    XII

    Allo ! Allo ! Cody !

    « L’Euréka, et l’Exphone étaient vraiment de merveilleux appareils. Le premier pour les signaux-code, le second pour les entretiens avec le pilote de l’avion, rendirent de très grands services. Ce fut au début de juillet que je les vis employés pour la première fois par le Commandant Michel, au cours d’un parachutage d’hommes à la Baroche. Nous reçûmes ce jour là une mission de S.A.S. Anglais dont le travail devait consister à préparer le terrain et prévoir d’éventuelles liaisons. Par la suite, cette mission opéra sous les ordres du Capitaine Le Personnic, de nuit, car les Anglais refusaient de quitter leurs uniformes militaires. Dans les même temps, une autre mission descendait à Courcité pour être dirigée sur l’Ille-et-Vilaine. Celle ci se composait du Commandant Jean-Claude, des Capitaines Thomas, Frofrimer Anglais et W. Drux, Américain ; des Sous-Lieutenants Deschamps, Thomas et Masson. Je me chargeai de les conduire, voyageant de nuit à cause des uniformes anglais.
    - Le voyage s’accomplit-il sans incidents ?
    - Non ; à la suite d’une dénonciation, Joseph Hilliou
    était arrêté le 27 juillet à Champ-du-Boult et le 28 Fouge-
    rolles encerclé par les Allemands le jour même où nous nous
    y trouvions. Nous n’échappâmes que de justesse aux arres-
    tations qui eurent lieu dans le bourg : 18 patriotes dont 4 :
    Derennes, Fréard, Bostan, Genevé, furent conduits et fusillés
    à Saint-Jean-du-Corail (Manche, le 31 juillet ; 2 fusillés à La
    Flèche et 5 déportés.
    « Cependant d’autres parachutages étaient organisés :
    A Vieux-Vy-sur-Couësnon, sous la direction du Capitaine
    Pineau (de son nom de guerre Pierre). Le message avertis-
    seur était : « Il a gagné un million, trois fois ». Le chiffre
    qui intriguait si fort alors les auditeurs de la B.B.C. indi-
    quait simplement le nombre d’avions qui nous seraient en-
    voyés. Ce parachutage eut ceci de particulier et d’héroïque
    qu’il s’effectua sur un terrain distant de quelques cents mè-
    tres d’un maquis découvert par la milice et où Yvonnic
    Laurent avait été tué le 8 juillet .
    « Le 16, deux autres parachutages se produisaient. Josette, Agent de liaison du Commandant Pétri
    l’un à Pléchâtel, fut assuré par Josette, ma femme de liaison, avec les moyens rudimentaires du feu de joie et des quatre lampes-Code. Réussite parfaite, due en grande partie à l’aide apportée par les paysans du voisinage. Le message était : « Les enfants aux yeux bleus pleurent ». L’autre à la Guerche, devait être assuré par le lieutenant Bernard Salmon, qui se fit tuer le 14 juillet à Vern-sur-Seiche, avec ses compagnons Henri Guinchard, Alfred Lavanant et Rémy Lelard. Le Capitaine Pineau fut seul au Rendez-vous et fit marcher seul l’Euréka et l’Exphone qu’il avait apportés. Le message pour ce parachutage avait été : « Les enfants font des courses ».

    - Comment fonctionnait l’Exphone ?
    - Comme un petit téléphone portatif, avec une peti-
    te antenne et des piles autour de la ceinture. Les interlo-
    cuteurs s’appelaient par leur nom-Code. C’est ainsi que
    le Capitaine Pineau devait dire : « Allo ! Cody ! Allo !
    Cody ! ici Buffalo » jusqu’à ce que le pilote réponde :
    « Allo ! Buffalo ! Ici, Cody ».
    - Très romanesque !
    - N’est-ce pas ? …
    « Enfin sous le signe : « La banque est fermée »,
    nous recevions à Fougerolles-du-Plessis deux autres
    parachutages, et l’un de trois et l’autre qui devait
    être de quatre et ne fut que de trois. Quelques jours
    plus tard, le 16, l’avion manquant nous fut annoncé
    par le long message : « La quatrième voiture a été
    en panne : Si possible recevoir nos amis. Nous irons
    ce soir au rendez vous, si possible prévenir. La
    banque est fermée »
    « Et ce fut la Capitaine Eric, Anglais, envoyé par
    l’Etat-Major Allié, que je mis aussitôt en liaison avec le
    responsable des F.T.P. de la Manche. Le Capitaine ins-
    talla son Q.G. à la Mancellière, prés de Brécey. Les liai-
    sons entre lui et le Commandant Michel, le Calvados et
    moi furent assurées par le Père Charles, responsable Dé Le Capitaine Anglais Eric parachuté à
    partemental, secondé par Julien Lamanilève. Fougerolles-du-Plessis et le Capitaine Pineau
    - Quelles étaient alors les instructions reçues ?
    - Préparer le passage des guides informateurs et les placer à l’arrière des troupes Allemandes, pour diriger lors de leur avance, les blindés alliés.


    XIII

    La Libération

    Le Commandant Pétri achève ses confidences :
    « Plus approche la Libération, plus se fait intense notre
    activité. Nos groupes, sur l’ordre du Capitaine Eric, aident au
    passage des guides. 25 sur 33 franchissent entre Coutances et
    Saint-Lô. Par ailleurs, 5 guides dans la Manche et 25 dans le
    nord de la Mayenne faciliteront l’avance alliée vers Rennes et
    en direction de Paris.
    « Les renseignements que nous fournissons par radio
    par radio aux Alliés permettent des bombardements d’états- Françis Boursier (Jean Le Gall)
    majors et de dépôts d’armes allemands à Bagnole-de-l’Orne Tué par les Alemands le 4 aout 1944
    dans la forêt d’Andaine, et prés de Saint-Hilaire-du-Harcouët, à Villedieu,Vire, Coutances, Alençon. Les derniers parachutages nous sont annoncés. Celui du 31 juillet est réalisé à Saint-Christophe-du-Valins, sur un terrain que nous avait indiqué le curé de Saint-Christophe .
    « Enfin c’est l’attaque, sur l’indication : « Le Chapeau de Napoléon est-il à Perros-Guirec ? »
    « Le 1er août, les Américains enfoncent les lignes allemandes au sud de Coutances. Nos renseignements et les guides permettent le succès que l’on sait : Cinq heures de Coutances à Avranches.
    « Dans le Calvados, dans le nord de la Mayenne, dans l’Ille-et-Vilaine, nos groupes attaquent de partout. Le travail à faire, étant donné le désordre allemand, s’avère immense. Un fusil-mitrailleur sur le bord d’une route fauche des dizaines de camions.
    « Saint-Aubin-du-Cormier, Saint-James, Combourg, etc… sont



     

     

    Voir le Blog de LENEVETTE Roger : cliquez ici

     

    Partager via Gmail Delicious

    votre commentaire
  • Une réponse organisée au sujet suivant :

    « La Résistance pendant la guerre et sous

    le régime de Vichy 1940-1945 »

     

    La France est divisée en deux grandes zones: zone occupée au nord (contrôlée par les Allemands) et zone libre au sud (contrôlée par le régime de Vichy), séparées par la ligne de démarcation nécessitant un laissez-passer (ausweis).

     

    Après son entretien avec Hitler, Pétain décide d'engager la France dans une politique de collaboration.

     

    De 1940 à 1945, des hommes et des femmes de tous milieux refusent de se soumettre aux soldats allemands qui occupent la France, ainsi qu’au gouvernement de Vichy, qui collabore avec l’Allemagne nazie.

     

    Ils forment la Résistance dans le but établi de nuire, par des actions de formes diverses, à des ennemis clairement nommés. Résister est donc un acte qui a obéi à des motivations variées et a pris des formes multiples.

     

    D’où notre problématique :

    Pourquoi et comment des hommes et des femmes en France ont participé à la Résistance ?

     

     

    Nous y répondrons en trois paragraphes : dans un premier temps nous verrons qui sont les membres de la résistance ? Puis dans un deuxième temps les raisons de l’engagement et les effectifs pendant cette période 1940-1944 et dans un dernier temps les formes d’action prise par celle-ci. **

     

    Les résistants étaient des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes voire très jeunes.

     

     

    Ce sont des volontaires engagés dans l'action clandestine.

     

    Moins nombreuses que les hommes, les femmes y étaient souvent cantonnées dans des rôles subalternes. Ils étaient issus de toutes les couches sociales.

     

    Toutes les sensibilités politiques de gauche comme de droite, toutes les sensibilités philosophiques et religieuses étaient représentées au sein de la résistance.

     

    Ce sont principalement des hommes de gauche, chrétien démocrate, socialiste et communiste et des anticonformistes des autres courants politiques y compris monarchiques !

     

    Les résistants se caractérisent par un anti-conformisme qui souvent les pousse à rompre avec leur milieu pour devenir des clandestins et à revêtir une autre identité. Des étrangers ont combattu aux côtés des résistants français :

     

    antifascistes italiens, antinazis allemands et républicains espagnols réfugiés en France ; immigrés polonais et arméniens ; juifs apatrides.

     

    Les résistants constituaient donc une toute petite minorité courageuse, qui a suscité à la fin de l'Occupation un mouvement social beaucoup plus vaste, entraînant l'adhésion de la majorité des Français.

     

    Cette minorité est entraînée par le général de Gaulle et son appel du 18 juin 1940.

     

    En effet, alors que Pétain demande à l’Allemagne l’armistice, le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance un appel radiodiffusé depuis Londres. Il pense contrairement à Pétain que la France a perdu une bataille et non la guerre et qu’elle doit poursuivre le combat ayant à ses côtés les Anglais, un vaste empire colonial et l’éventuel soutien des EUA. Par conséquent, il lance un appel à la résistance en demandant aux soldats et officiers de le rejoindre à Londres. Il a une idée de la France et pense qu’elle doit continuer le combat mais en appelant à la résistance, il entre dans l’illégalité. C’est le début de la Force Française Libre ou FFL.

     

    La France Libre est d’abord composée de 7000 soldats en août 1940 et rejointe par une partie des colonies. En effet une partie de l’Empire va se rallier à lui : Les Nouvelles Hébrides, le Tchad, le Cameroun, le Congo, et le 27 octobre 1940, de Gaulle gagne Brazzaville où est mis en place le Conseil de l’Empire, chargé d’administrer l’ensemble des territoires et des forces françaises engagés derrière lui. Puis les FFL comprennent également une marine et une aviation.

     

    Renforcées par les troupes des territoires coloniaux qui se sont ralliés à la France libre, les FFL comptent plus de 50 000 combattants en 1944. En France, la résistance se met aussi en place.

     

    C’est la Résistance intérieure ou Force Française Intérieure.

     

    En France, ces groupes de résistants se forment parfois autour d’anciens militants politiques, syndicaux, ou des droits de l’homme.

     

    C´est la période des actes spontanés, le plus souvent individuels comme par exemple tracer à la craie, sur les murs, la croix de Lorraine (symbole gaulliste), le V de victoire ou "A bas les Boches".

     

    Ceux-ci deviennent plus collectifs comme la manifestation lycéenne et étudiante du 11 novembre 1940 à l´Arc de Triomphe.

     

    Ainsi naquît la Résistance intérieure.

     

    Les résistants de la 1ère heure ne sont qu’une poignée et répertorie en 5 mouvements de la zone occupée.

     

    D’abord Libération Nord qui regroupe des syndicalistes de la CGT non communiste, CFTC et des membres de la SFIO clandestine, autour de Christian Pineau. Les socialistes sont hégémoniques dans ce mouvement. L’OCM ou Organisation civile et Militaire du colonel Touny et Maxime Blocq Mascart, plutôt orientée à droite. CDLR, « Ceux de la Résistance », dirigé par Jacques Lecompte-Boinet, où l’on trouve Michel Debré, futur premier ministre du général de Gaulle sous la Vème République. Enfin le Front National, mouvement communiste, dirigé par Jacques Duclos, s’engage dans la lutte armée et se doter d’une branche militaire les FTP ou Francs-Tireurs et partisans dirigés par Charles Tillon.

     

    Donc la résistance est très diverse mais les raisons du combat de l’ombre sont souvent similaires comme refus de la défaite, le patriotisme ou la volonté de rétablir la démocratie. Les motivations des résistants étaient diverses : refus de la défaite et de l'occupation allemande, refus du régime de Vichy et de la collaboration, refus de la répression et des mesures antisémites, volonté de combattre pour libérer la France.

     

    Les Résistants souhaitent libérer leur pays et participer à la victoire au même titre que les Alliés.

     

    L’entrée en résistance dès juin 1940 se fait pour deux raisons.

     

    À l’image du général de Gaulle qui, le 18 juin, lance un appel à poursuivre le combat, quelques Français et Françaises refusent, au nom du patriotisme, la défaite acceptée par Vichy et l’occupation allemande.

     

    D’autres s’engagent pour lutter contre des ennemis de la démocratie et des Droits de l’homme. Certains, par exemple les républicains espagnols réfugiés en France, avaient déjà l’expérience de la lutte contre le fascisme.

     

    Les contextes de la guerre font augmenter les raisons de s’engager dans la résistance.

     

    L'engagement dans la résistance a été plus ou moins précoce, dès 1940-1941 ou au contraire plus tardif, en 1943-1944.

     

    Les rares Français qui se sont engagés dans la résistance dès 1940 l'ont fait à titre individuel ou au sein de petits groupes isolés, agissant de façon spontanée, sans mots d'ordre, sans liens entre eux.

     

    Les effectifs de la Résistance s’accroissent à partir de l’été 1941 quand les communistes s’engagent massivement après l’attaque de l’URSS par Hitler, puis à partir de février 1943 quand les réfractaires au STO ou Service du travail obligatoire préfèrent la clandestinité au travail en Allemagne.

     

    En novembre 1942, l’invasion de la zone Sud par la Wehrmacht a discrédité le régime de Vichy incapable de s'y opposer, anéanti le mythe d'un « Vichy-bouclier », État indépendant et souverain jouant le double-jeu pour le plus grand intérêt de tous les Français, et elle a uniformisé les conditions de la résistance dans les deux zones.

     

    En février 1943, la capitulation de la VIème Armée allemande à Stalingrad a fait s'effondrer le mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht et de la victoire définitive du Reich hitlérien auquel le régime de Vichy avait adhéré.

     

    Tout ceci fait augmenter les effectifs de la résistance et l’espoir de victoire. Mais la résistance c’est aussi un programme politique pour la libération. En effet, de Gaulle voulait que la France retrouve à la libération une place de 1er choix dans la gestion de l’après-guerre.

     

    C’est pour cela que le CNR (Conseil National de la Résistance) établit un programme qui prévoyait d’abord de punir les collaborateurs et les traitres et épurer l’Etat, le monde économique et le monde du spectacle. Il prévoyait aussi le rétablissement de la République et de la démocratie ainsi que toutes les libertés publiques.

     

    Dans le domaine économique des nationalisations et l’introduction de la planification étaient envisagés. Dans le domaine social, on veut créer une sécurité sociale pour tous et la reconnaissance des syndicats.

     

    On pense même à améliorer le sort des colonies. Ainsi les raisons et les motivations de la résistance expliquent son succès, ses effectifs et ses victoires. Encore faut-il en pratique savoir comment lutter pour sa liberté. Voyons les différentes formes d’actions menés par la résistance.

     

    La résistance a revêtu des formes multiples qui allaient de l'attentisme prudent ou l'écoute de la BBC, jusqu'à la l'action directe (attentats, sabotages) ou la lutte armée dans les maquis, en passant par les manifestations patriotiques, le renseignement, la diffusion de la presse clandestine, la participation à des réseaux d'évasion, le refus du Service du travail obligatoire (STO) mis en place à la fin de 1942 et au début de 1943. La distribution de tracts et de journaux clandestins visent à faire comprendre à l’opinion publique qui sont leurs ennemis et qui sont les responsables de leurs difficultés. L´une des plus grandes activités de la Résistance est l´essor de la presse clandestine: les journaux s´efforcent d´avoir une périodicité régulière.

     

    Leur tirage ne cesse d´augmenter (entre 20 et 50 000 en moyenne). Cette réussite tient du prodige, si l´on songe que le papier est introuvable sinon au marché noir. La fabrication de papiers devient aussi une de leur activité importante. Pour vivre, les Français ont besoin d´une multitude de cartes (laissez-passer, identité, etc) et pour ceux qui ne sont pas en règle, résistants clandestins, juifs, le seul moyen de survie est de se procurer de faux documents, fabriqués avec la complicité de la mairie. Dès 1941, sur le sol français se constituent des mouvements et des réseaux.

     

     

    En zone nord vont se former Défense de la France qu´anime Philippe Viannay, Libération-nord avec les syndicalistes Christian Pineau et Gaston Tessier.

     

    En zone sud, Combat, Franc-tireur et Libération avec Emmanuel d´Astier de la Vigerie, le plus important étant Combat fondé par Henry Frenay.

     

    Il faut distinguer entre réseau et mouvement qui sont souvent confondus. Un réseau est créé en vue d´un travail militaire précis: renseignement, évasion de prisonniers de guerre et de pilotes tombés chez l´ennemie, sabotage des moyens de transports et d´usines allemandes. Un mouvement entreprend ses tâches par rapport à la population. C´est elle qui est son objectif et sa préoccupation principale.

     

    Les étudiants rejoignent surtout les les mouvements et les militaires préfèrent les réseaux.

     

    Les résistants étaient isolés.

     

    Ils ne pouvaient guère compter sur la population accablée par la défaite, soucieuse d'assurer d'abord sa survie et terrorisée par les menaces de représailles, ni sur l'aide des Alliés qui a tardé à venir et est restée limitée.

     

    Il y avait des désaccord sur le plan stratégique entre ceux qui préconisaient le sabotage et la lutte armée immédiate, en particulier les communistes avec l'Organisation spéciale (OS), puis les Francs tireurs et partisans français (FTPF) et leurs groupes de la Main d'œuvre immigrée (MOI), et ceux qui privilégiaient le renseignement, la propagande, l'aide aux pilotes alliés abattus au-dessus du territoire français et aux prisonniers évadés, dans l'attente des troupes alliées.

     

    Certains maquis tentent de pratiquer la guérilla dès 1943, mais sont souvent anéantis. Certains groupes connurent un destin tragique comme aux Glières ou au Vercors. La Résistance se développa grâce à Jean Moulin qui l’unifia sous les ordres du général de Gaulle à partir du 1er janvier 1942.

     

    Jean Moulin est un ancien préfet d’Eure et Loire révoqué par Vichy parce qu’il avait refusé de signer un document mettant injustement les troupes sénégalaises. La création des maquis en 1942 accélère l’unification de la Résistance intérieure et extérieure.

     

    La France libre avait besoin de se faire reconnaître par la résistance intérieure et la résistance intérieure avait besoin de l'aide de la France libre.

     

    Le 27 mai 1943 se créé le Conseil National de la Résistance (CNR) qui coordonne l’ensemble des forces de l’intérieur regroupant les mouvements unis de la Résistance (MUR- c´est à dire Combat, Libération et FrancTireur).

     

    Le CNR est chargé d´assurer en France la coordination des mouvements de Résistance, des maquis, de la presse, des syndicats et des représentants. Présidé par Jean Moulin puis après son arrestation en juin 1943, par Georges Bidault, le CNR a élaboré un programme qui a été adopté en mars 1944.

     

    Ce programme fixait les conditions de la lutte immédiate pour la libération du territoire français et les mesures à appliquer après la Libération pour rétablir la légalité républicaine et promouvoir de profondes réformes sur le plan économique et social. Au début de 1944, a été créé le Mouvement de libération nationale (MLN) qui regroupait les MUR et plusieurs mouvements de la zone Nord.

     

    Dès septembre 1943, les résistants corses ont déclenché une insurrection qui a libéré leur île avec l'aide de commandos venus d'Afrique du Nord.

     

    Au début de 1944, les groupements armés issus des différents mouvements de résistance ont été unifiés au sein des Forces françaises de l'intérieur (FFI) placées sous le commandement du général Kœnig.

     

    Pour retarder l'arrivée des renforts allemands au lendemain du débarquement de Normandie, les forces armées de la résistance ont mis en œuvre les plans de sabotage des moyens de communication : Plan vert pour les voies ferrées, Plan violet pour les lignes téléphoniques et Plan bleu pour les installations électriques.

     

    En 1944, le débarquement en Normandie modifia totalement le rapport de forces: la majorité de la population française ne soutint plus Pétain et se rallia à la Résistance. À partir de juin 1944, FFI et FTP ont participé activement à la libération des autres départements français.

     

    Dans le même temps, elles ont été mobilisées dans l'application du Plan Paul, qui visait à détruire les dépôts allemands de munitions et de carburants, à harceler les renforts allemands et à préparer l'arrivée des troupes alliées.

     

    Elles ont subi l'assaut de la Wehrmacht appuyée par la Milice française au cours de batailles meurtrières livrées dans les Alpes sur le Vercors et le plateau des Glières, dans le Massif-Central au Mont Mouchet, et en Bretagne à Saint-Marcel. Elles ont déclenché l'insurrection parisienne qui a libéré Paris le 25 août 1944 avec l'appui de la 2ème Division blindée du général Leclerc

     

    Elles ont libéré la plus grande partie du sud-ouest et du centre de la France, et facilité dans le sud-est la progression de la 1ère Armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence en août 1944.

     

    La fabrication de papiers devient aussi une de leur activité importante.

     

    Pour vivre, les Français ont besoin d´une multitude de cartes (laissez-passer, identité, etc) et pour ceux qui ne sont pas en règle, résistants clandestins, juifs, le seul moyen de survie est de se procurer de faux documents, fabriqués avec la complicité de la mairie.

     

    A l´occasion de l´énorme défilé du 26 août 1944 sur les Champs-Elysées, de Gaulle reçoit l´investiture d´un peuple vainqueur.

     

    Le 2 septembre 1944, s´installe le GPRF dans " Paris libéré".

     

    ** La période de l’Occupation a vu les Français se partager entre « collabos » et résistants, la majorité de l’opinion rejoignant progressivement la Résistance. L’action des résistants permet aux Français de faire partie des vainqueurs de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945.

     

    La Résistance fut, jusqu´au mois d´août 1944, un choix risqué qui mettait en danger la vie de qui la faisait.

     

    On estime que la durée de vie d´un résistant à Paris en 1943-44 était de trois mois. La vie politique française allait être durablement marquée par l'héritage de la résistance, et dans l'immédiat, le programme du CNR s'est en partie concrétisé avec l'instauration du vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l'économie et la création de la Sécurité sociale.

     

    Le bilan est lourd :

     

    20 000 FFI ou FTP tués au combat,

    30 000 fusillés, plus de 60 000 déportés,

    dont près de la moitié sont morts dans les camps.

     

     

     

    Mais le sacrifice des résistants n'a pas été inutile et l'action de la résistance, même si elle n'a été qu'une force d'appoint, a bien servi la France.

     

     

    Cette action a été reconnue par le commandant en chef des armées alliées en Europe, le général Eisenhower, et a contribué ainsi à épargner à la France d'être soumise à l'administration militaire américaine.

     

     

    Sources :

    http://www.jm.u-psud.fr/_resources/pdf/formation_continue/REPONSE_juin_2011.pdf?download=true

     

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious

    votre commentaire
  •           Chronologie de 72 jours de bombardements

    LE 6 JUIN

                                                           Afficher l'image d'origine                                                 


    Des 14 674 sorties des appareils alliés le 6 juin 44, 2 613 sont dirigées sur Caen.

    Voir un témoignage

    SAINT LO 1944

    Afficher l'image d'origine

     

    00H30

    Bombardement par 110 bombardiers lourds du Bomber Command RAF des postes de Flak de Caen et Carpiquet.


    02h30
    1020ème alerte à Caen.

    05h45
    La gare est attaquée, plusieurs wagons flambent.
     

    Rive droite, place de la Gare et rue de la Gare

    Source. Rue de la gare et le pont ferroviaire.


    06h40
    Explosions vers la gare et le quartier Sainte-Thérèse.

    Un groupe d’avions attaque à la mitrailleuse et à la bombe la caserne du 43ème Régiment d’artillerie (Quartier Claude-Decaen). Un poste de Flak est nettoyé et l’église provisoire de Ste-Thérèse, sans doute prise pour un baraquement de la caserne, est mitraillée. 2 victimes dans les jardins voisins.

    Source. L'église provisoire  Sainte Thérèse, rue Sainte Thérèse.

     

     

    Afficher l'image d'origine

     

     


    Ces bombardements qui visaient les passages sur l’Orne à Caen sont tous effectués « trop longs » par 11 escadrilles de B-17 et B-24 de la 3rd Bombardment Division de
     l’Eighth Air Force (8 AF) . Les Caennais sortent dans la rue, on s'interpelle, quelques groupes se forment sous l'œil indifférent des Allemands qui ne sont pas plus de 300 hommes, en ville ce matin, s'agitant en tous sens. On fait des provisions.

    De 07h20 à 07h30
    36 Forteresses volantes bombardent les ponts sur l’Orne une fois encore à travers les nuages, au système H2X de visée-guidage, 55 tonnes de bombes s’abattent vers la zone industrielle du port et sur le triage de la gare, par 6/10° de nuages.

    De 08h06 à 08h30

    Ces mêmes ponts: C1 la passerelle au fond du grand Cours, C2 le pont de Vaucelles, C3 le pont de la Mutualité et C4 le pont ferroviaire du port sont attaqués par 47 B-17 qui lancent leurs bombes sur un total de 155 engagés dans cette mission sans visibilité, les 108 autres ramenant leur délicate cargaison en Angleterre. Les équipages ne parviennent pas à localiser les éclaireurs, qui lancent les indicateurs lumineux désignant les cibles.

     

    C1 la passerelle de l'Arquette au fond du Grand Cours entre le cours Sadi Carnot et la rue du Puits de Jacob

    C2 le pont de Vaucelles entre la place du 36ème R.I. et la rue de Vaucelles

     

    C3 le pont de La Gare ou des Abattoirs entre la rue de la Marine et la rue de la Gare.

    C4 le pont double (ferroviaire et routier) de La Mutualité ou le pont du Tortillard entre la place de La Mutualité et le quai Hamelin (la gare SNCF)

    Photo aérienne de la RAF prise le 6 juin 1944,

    Les deux autres ponts ne sont pas répertoriés: 

     

    Le viaduc ferroviaire en amont de La Prairie

    et le passage piéton en aval (le barrage) entre les cours Montalivet et Cafarelli, limite des communes de Caen et de Mondeville.

    Selon les ordres du 21st Army Group  lâchage de 20 000 tracts précédant de 10 minutes les bombardements.

    "Collection particulière" Source: page 93 de ce livre


    Les familles réfugiées dans la corseterie de la rue de Falaise n’en soupçonnent même pas l’existence. C’est à peine si elles savent que 3 ouvriers qui partaient travailler tout à l’heure, ont été déchiquetés par une bombe américaine, sur la route de Falaise.

    Source: à gauche photo parue dans ce livre, à droite.  Deux vues du bas de la rue de Falaise, à gauche le Pensionnat Saint Michel, de nos jours.


    09h30
    Une seule bombe de 1000 livres, sensée tomber sur le pont de Vaucelles, à 500 mètres de là, frappera un groupe de 45 personnes qui s’abritaient à la fabrique de corsets, dont 19 seront tuées sur le coup. Ce bombardement de la corseterie est relaté de la manière suivante dans un autre témoignage: "
    Vers 16 h 30, un nouveau bombardement écrase une tranchée abri rue de Falaise, à proximité de l'avenue Guynemer, tuant 24 personnes et un peu plus loin 5 personnes dans une cave abri."(Note de MLQ: Société Française de Corsets et de Ceintures élastiques au n° 138 de la rue de Falaise).

    Photo allemande, collection Heimdal. L'Hôtel de la Gare au 30, 32 et 34 rue de la Gare, le 6 juin: 3 soldats allemands casqués et armés et deux civils
     

    Une voiture à haut-parleurs allemande circule en ville: ordre est donné de rester dans les maisons. Les sentinelles allemandes ont revêtu des tenues de combat camouflées. La population reste calme. Des voitures de la Feldkommandantur 723 sillonnent les rues. Des Feldgendarmes en sortent, seau de colle à la main et des affiches sous le bras.Hâtivement, ils expédient leur ouvrage et disparaissent vers un autre quartier. La loi martiale est proclamée.

    13h30

    Le quartier Saint-Jean reçoit la plus grande partie des 156 tonnes de bombes (623 bombes de 225 kg) que déversent 56 B-24 Liberator de la 2nd Air Division de la 8th AF escortés par 7 escadrons de P-51 Mustang de protection.. D’énormes blocs et des cratères profonds obstruent les rues Saint Jean, duVaugueux, place de la Mare, le Gaillon, rue Saint Pierre, rue des Chanoines, rue Arcisse de Caumont.

    Photo Fonds François Robinard. Le quartier du Vaugueux en ruines et le Sépulcre à droite.

    Partant de la rue Saint-Jean, celle-ci débouche dans la rue Mélingue. Seule une arcade de l'ancien couvent des Carmélites établi au 17ème siècle demeure debout. A l'arrière-plan, on distingue l'église Saint-Jean. Cette rue subit le bombardement le 6 juin en début d'après-midi.

    Le bas du Gaillon, place de la Mare, à gauche immeubles de  la rue Haldot.

    Rue du Vaugueux, le château est derrière les maisons de gauche.

    Rue Saint Pierre, photo prise dans la tour de l'église Saint Pierre. De gauche à droite les clochers de: Notre Dame de la Gloriette, le vieux Saint Etienne, Saint Sauveur et Saint Etienne.

    Rue Saint Pierre, photo prise du château. De gauche à droite les clochers de: Saint Sauveur, du vieux Saint Etienne et de Saint Etienne.

    L’inspection académique est en feu, le dépôt des pompes funèbres rue du Blanc et sa réserve de 500 cercueils flambe. Flambent aussi le Monoprix

    "Photo Marie" présentée page 36 du livre: 1944, Le Calvados en images de Jeanne Grall, Sodim, 1977. Le 6 juin 13H45, les premières bombes Bd des Alliés, un pharmacien en blouse blanche, M. Husson, blessé à la tête, un membre de la D.P. casqué avec son vélo, à droite la façade du magasin Monoprix ouvert en 1936, sera rapidement la proie des flammes.

    et les Galeries, boulevard des Alliés:

     

     

     

     

    Des civils et des membres de la D.P. forment une chaîne humaine pour manipuler des seaux d’eau pour essayer d’éteindre les incendies

     

     

     

     

     

    Si l'immeuble des Galeries Lafayette est encore debout malgré ses profondes destructions, l'hôtel Moderne situé au numéro 116 est en ruine. Les traces de l'incendie sont encore visibles sur la façade. Quelques arbres ont survécu aux bombardements et au feu.

    Au carrefour de la rue des Jacobins avec le boulevard des Alliés, le haut de la façade des galeries Lafayette et la tour sans flèche de l'église Saint Pierre.

     

    Au premier plan à droite le N°3 de la rue des Jacobins, l'Oasis; devant le bâtiment du journal "Ouest-Eclair" Bd des Alliés et la flèche de l'église Saint Sauveur.

    Sur ce boulevard, près du cinéma Majestic, la brasserie Chandivert était un rendez-vous prisé des Caennais avant la guerre. Situées sur le boulevard des Alliés, les Galeries Lafayette sont détruites par les bombardements. L'ensemble du boulevard est rapidement la proie des flammes. Le théâtre, épargné par les bombes, sera incendié par les Allemands.

    C’est le début des incendies qui dureront jusqu’au 18 juin.

     

     

     

    « Archives départementales du Calvados » Les pompiers et les  habitants font la chaîne à partir d'un puits pour éteindre un incendie rue de Bayeux.

     

     

     

     

    « Archives départementales du Calvados » Des civils et des membres de la D.P. (au premier plan un ingénieur des Ponts et Chaussées) forment une chaîne humaine pour manipuler des seaux d’eau pour essayer d’éteindre les incendies rue de Bayeux.

    Les Nouvelles Galeries entrée du passage Démogé rue de Bernières

    Rue Sainte Anne à côté du Sépulcre des bombes tombent sur le 12 et en face le 13, le 11, le 9 et le 7, le feu se déclare aussitôt. 14 victimes dont les corps seront calcinés. Au 13, l'entrepôt du Secours National (20 à 25 t de vivres, vêtements et chaussures) est anéanti, des Equipiers d'Urgence y récupèrent le jour même et le lendemain 7 à 8 t de marchandises.

    Soure: Collection R. Tesnière. La rue Sainte Anne n'est pas encore déblayée, en arrière-plan le Sépulcre. De nos jours.

    « Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Le Sépulcre domine les ruines du Vaugueux.

    En arrière-plan à gauche le clocher du Sépulcre, photo non localisée.

    Les équipiers et ambulanciers de la Croix-Rouge, les hommes de la Défense Passive (DP) et des Scouts du Lycée Malherbe se précipitent, profitant du répit d’une accalmie.

     

     

     

     

     

    Un  membre de la D.P., avec son casque Adrian peint en blanc sur un tas de ruines

     

     

     

     

    18 cadavres sont alignés dans une galerie du cloître du Lycée, dont un chef de la résistance, le capitaine RobertLe Coutour . A l’asile du Bon-Sauveur, des folles meurent brûlées vives.

     

     

     

     

     

    Rue du Pont Saint-Jacques, devant la place du Théâtre, des bombes viennent de tomber. On aperçoit des soldats allemands au second plan, au niveau de l’immeuble du journal l’Ouest-Eclair.


     

     

     

     

    Puis un nouveau vrombissement fait redescendre les familles dans les caves et les abris. 24 B-24 du448th BG de la 2nd Air  Division américaine  lancent à travers les nuages 60 tonnes de bombes destinées aux 4 ponts sur l’Orne. L’Hôtel Malherbe, siège de la

    kommandantur 723 est détruit. Le Feldkommandant de Caen, von Heydebrand note dans son journal :"Subitement éclate une énorme attaque aérienne comme je n'en ai jamais vécue. C'est l'enfer 8 à 10 grosses bombes font mouche sur ma Kommandantur. On croit que cette construction en béton va s'écrouler. Quand le bombardement  a diminué, je donne à mes hommes la permission de quitter la cave en se frayant un chemin avec des pelles. Un par un, à quatre pattes, nous sortons de notre trou. Quelques-uns malheureusement trop tôt , comme mon second, le major Nerlich, et quatre autres tués par des masses de béton; Les gardes dehors sont morts."

    Témoignage de Mme Anne-Marie Legoux: " Face à l'hôtel Malherbe, des voitures ont été mitaillées. Dans l'une, je vois un officier allemand qui n'a plus de tête et une femme morte à côté. ". Source

    "Photos collection Musée Mémorial de Bayeux, présentées page 36 de Bataille de Caen, Editions Heimdal, 1988 avec l'aimable autorisation de Jean-Pierre Benamou". La place Foch, des réfugiés quittent la ville et croisent des soldats allemands qui nettoient les ruines, dans le fond l'hôtel Malherbe le siège de la Feldkommandantur 723.

    Les rues des Carmes (la clinique des Oblates est en feu) et Saint Jean sont à nouveau touchées. Nouvelles victimes, encore des emmurés, vivants mais blessés, qu’il faut secourir rapidement. La Providence intervient quand, rue Gaillarde, trois Equipiers d’Urgence enterrés vivants par l’explosion d’une bombe un quart d’heure plus tôt, se retrouvent à présent à l’air libre grâce à une autre bombe qui vient les dégager en explosant juste à côté !
    Une famille habitant le 4ème étage de la rue Saint-Jean se retrouve indemne 10 mètres plus bas dans les gravats après la chute de l’immeuble ! Mais la Providence est absente pour 119 enfants, 113 femmes et 103 hommes qui périront dans la ville de Caen ce 6 juin après-midi.

    p011905  Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA   Agrandissement
    Vue aérienne de la ville de CAEN. Le quartier Saint Jean est en feu probablement le premier bombardement le 6 juin à 13h30 car le reste de la ville /ne semble pas avoir encore souffert (l'Hôtel de Ville, bord gauche de la photo au milieu avec la place de la République et le kiosque de musique au milieu paraissent intacts (ça ne va pas durer longtemps encore).

    Une autre vue de ces incendies: le Bassin Saint Pierre et la place Courtonne, en bas à gauche rue Haute et rue des Chanoines-zone blanchâtre- des ruines du bombardement de 13H30; des fumées rue Neuve Saint Jean et rue Guilbert, en vue aérienne. Repérage.



    16H30
    Des bombardiers B-26 , la carlingue et les ailes cerclées de bandes blanches abordent Caen du Sud-est en formation par quatre.
    48 B-26 larguent encore 90 tonnes, cette fois en dessous des nuages, mais la 9th USAAF dont ils font partie ne se vantera pas d’avoir fait mieux que la 8 AF… cette fois, s’en est assez. Les Caennais sont brutalement plongés dans l’affolement, les crises de nerfs, la tragédie. Dès que les assauts du ciel le permettront, 10 000 d’entre eux, vont quitter la ville sur les chemins incertains de l’exode. Le quartier Saint-Julien, n’a pas été épargné,  avenue de Creully, rue Malfilâtre et la rue Haldot.

     

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Deux femmes sur un tas de ruines rue Haldot.

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Hospice Desaint-Jean rue Malfilâtre.


    D’autres quadrimoteurs américains B-17 et B-24, 72 en tout (dont 12 retiendront leurs bombes car ils ne distinguent pas les marqueurs des éclaireurs) visent encore les ponts C1, C2, C3 et C4. Une ambulance qui traverse le pont de Vaucelles à toute allure est touchée de plein fouet, la jeune conductrice Mlle Marie-Thérèse Hériller de la Croix-Rouge est tuée sur le coup et son corps projeté dans l'Orne. Bombes sur les pavillons: Sainte-Chantal, Notre-Dame des Anges, del'Immaculée Conception et Sainte-Amédée du Bon Sauveur: 8 religieuses, et 30 malades sont ensevelis sous les décombres, l'une des sœurs et 5 pensionnaires sont tués.

    Le pavillon de l'Immaculée Conception du Bon Sauveur avant et après le bombardement.

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée page 99 de ce livre; Ruines au Bon Sauveur.

    Ces raids durent 10 minutes mais leurs répétitions pendant plus de 2 heures, ébranlent les plus solides.
    Le dépôt des « Courriers Normands », place des Granges,  est partiellement détruit.

     

      

    Le dépôt des « Courriers Normands » se trouve sous les toits blancs au centre de la photo. Agrandissement. A droite, photo Fonds Robinard, l'intérieur du dépôt.

    NB Plan de l'ilot sanitaire mais avec une orientation différente.

    Comment l'îlot sanitaire fut-il  signalé aux Alliés ?

    Le collège Sainte Marie, rue de l'Oratoire et l’Institut Lemonnier (Orphelinat Leveneur sur le plan), rue de la Pigacière sont touchés, 6 jeunes élèves y sont tués. Le Châteausemble être une cible supplémentaire à bombarder, une compagnie allemande y était cantonnée la veille.

     

     

     

     

    Une bombe vient de tomber rue de l’Oratoire (quartier Saint-Jean) éventrant les toits, arrachant portes et volets. Encore sous le choc, les habitants commencent seulement à sortir dans la rue. Non loin dans la même rue, deux autres bombes ont touché le collège Sainte-Marie, tuant une religieuse et six élèves du Petit Séminaire arrivés le matin même de La Maladrerie. Peu de temps après, l’incendie des établissements proches de Monoprix et des Nouvelles Galeries gagne le collège Sainte-Marie et le ravage entièrement.

     

     

     

     

     

    18H30

    Bombardement aérien sur le quartier nord de Caen, 12 B-25 et 16 Boston , à travers les nuages, 8 appareils retournant avec leurs bombes.

    En fin d'après-midi, 10 Typhoon du Squadron 184 armés de roquettes attaquent Boulevard Lyautey une dizaine de blindés qui traversent la ville Est-ouest, puis de la Flak légère sur wagons plates-formes à la "Petite-Vitesse" (la gare SNCF de marchandises)


    21H00
    Le sifflement des bombes de 59 Maraudeur B-26 précède de peu le hurlement des 118 moteurs Pratt & Whitney de 2000 CV lancés à plein régime. 5 vagues en succession immédiate, attaquent en léger piqué sur les « Choke-Points » de l’Orne, d’Ouest en Est, à 1200 mètres d’altitude et 400 km/h. Furie des éclatements, explosions, murs de feu et de poussière sur les malheureux quartiers Saint -Louis et Saint -Jean.

    Rue Gabriel Dupont, à gauche la Banque de France, l'église Saint Jean, en arrière plan l'église de la Trinité de l'Abbaye aux Dames. En gros plan. Après déblaiement.

    La Banque de France et les ruines entre la rue Saint Louis et la rue Gabriel Dupont.

    Source. Montage de deux photos du quartier Saint Louis, repérage.

    C’était la deuxième mission tactique de la 9th USAAF sur Caen le 6 juin, qui, si elle n’atteint pas plus que la précédente les quatre ponts, provoque d’autres ruines donc obstructions, inflige quelques pertes à l’ennemi en mouvement, mais en cause 50 dans la population, et entretient la notion d’insécurité de la ville chez les uns, l’inquiétude chez les autres.

    Note: pour un rayon d'action opérationnel "Normandie"
    un B-17 Flying Fortress embarque moins de 2 tonnes de bombes
    un B-24 Liberator , 1.2 tonne
    un Lancaster , 6.8 tonnes
    un Halifax, 6 tonnes


    LE 7 JUIN
     

    02H40
    Des Mosquito rapides marquent à moyenne altitude le secteur des quais de l’Orne, suivis aussitôt par quelques quadrimoteurs à peine plus hauts (800 mètres) qui déversent leurs cargaisons de fusées éclairantes lancées sur les marqueurs et qui baignent d’une vive lumière blanc cru les cibles dévoilées. Les fusées sont encore accrochées dans les airs, que déjà les premières vagues de 12 quadrimoteurs vrombissent au dessus de la Prairie et du quartier Saint-Jean, venant de Louvigny (Sud-ouest) ils volent, trappes ouvertes sous la base des nuages pour respecter l’ordre de viser à vue les marqueurs. De la rue Grusse au cours Sadi-Carnot, des témoins fascinés distinguent les bombes qui se détachent des carlingues noires des bombardiers et foncent tout droit sur eux pour aller percuter à quelques dizaines de mètres plus loin le monastère de Notre Dame de la Charitéquai Vendeuvre  (16 Novices tuées).

    Le monastère des Sœurs de la Charité, 12 quai Vendeuvre et rue de l'Engannerie, à droite en arrière-plan l'église de la Trinité

    Partant de la rue Saint-Jean, ces deux rues débouchent sur le quai Vendeuvre et le bassin Saint-Pierre. Le monastère de la Charité est touché en plusieurs points le 7 juin dans la nuit. Le feu venant de l'hôtel d'Angleterre situé rue Saint-Jean atteint le monastère. Bientôt toute la rue est en flammes. La clinique Saint-Joseph (ou clinique des Oblates au 11 rue de l'Engannerie) n'échappe pas à l'incendie.

    Ruines de l'hôtel d'Angleterre rue Saint Jean, siège du Soldatenheim (foyer du soldat).

    "Photos collection Delassalle" L'hôtel d'Angleterre, rue Saint Jean avant et après la bataille de Caen. Les Caennais se rappellent que dans ce lieu se réunissaient les Allemands et les collaborateurs et collaboratrices.

    "Photo Letrou"  le 7 juin au matin.

    Vue des hauteurs de St Gilles. Probablement en haut de la rue Manissier vers la Miséricorde dont on voit encore le dôme de la chapelle. La cheminée d'usine en premier plan ne va pas non plus rester debout encore bien longtemps. On reconnaît le Marché de Gros ancien hangar Allainguillaume quai La Londe en bordure du Bassin St Pierre à droite du cliché et les installations de la Foire Exposition, place d'Armes, sur la gauche (mur en briques claires sur lequel on distingue des inscriptions. Au delà du hangar Allainguillaume, on distingue les installations portuaires le long du bassin Saint Pierre (quai Vendeuvre).

    La centrale électrique n'est plus en mesure de produire. Les dégâts sont importants :

    -          toit et murs soufflés

    -          fondations de la turbine n° 1 démolies

    -          convertisseurs 600 V continu inutilisables

    -          chaudières 3 et 4 irréparables

    -          portique d'approvisionnement en charbon effondré

    -           circuit d'eau de refroidissement et réserves à fuel détériorés

    -          conduits percés, panneau de contrôle détruit, moteurs touchés, ...

    La centrale électrique dans la zone portuaire

    Source. Les dégâts à la centrale électrique.

    Rue de Geôle le 7 juin au matin.

     

    Source. Façade arrière de la maison des Quatrans rue de Geôle. A droite, Collection R. Tesnière : la maison des Quatrans côté rue de Geôle.

    Montage, rue de Geôle. A gauche le début de la rue côté place Saint Pierre avec la façade du Crédit Industriel de Normandie, à droite la fin de la rue vers le Gaillon.

    A la Miséricorde, dont les bâtiments occupent un vaste terrain entre la rue des Carmes, la place Singer et la place d'Armes, la situation est plus tragique encore. Le dispensaire, place d'Armes, aménagé pour servir d'hôpital complémentaire, est rempli de blessés, amenés depuis le matin; Il y a là 76 à 80 victimes des précédents bombardements, 9 infirmières, 8 religieuses et un interne. Des bombes le frappent de plein fouet et il s'écroule ensevelissant les uns et les autres. La clinique principale, située place Singer, s'affaisse avec ses malades, mais la plupart d'entre eux sont dégagés vivants. L'autre clinique, rue des Carmes, s'effondre partiellement et prend feu aussitôt. De nombreux malades et 5 religieuses sont tués ou brûlés vifs ainsi que quelques infirmières qui se reposaient sous le porche, au rez-de-chaussée. Le bâtiment de la Communauté, atteint par des bombes incendiaires, flambe comme une torche; 121 victimes dont 72 morts (14 sœurs-infirmières, 7 infirmières, 1 interne et 50 hospitalisés)

    A gauche "Photo Archives Municipales de Caen. A droite "Archives départementales du Calvados" La rue des Carmes dans le fond l'église Saint Jean.

    Communauté de la Miséricorde. Source

    Source, cliché Gosset dans . Sur les ruines de la Miséricorde, trois croix blanches ont rappelé longtemps le sacrifice des équipiers d’Urgence (E.U.) et Nationaux (E.N.)

    Ces deux rues sont situées de part et d'autre de la rue Saint-Jean. La rue Gabriel Dupont débouche sur la place Foch tandis que la rue Singer permet, par la place Singer et la rue Nationale, de rejoindre la rue Neuve du Port et la place d'Armes. L'ensemble est ravagé par deux bombardements successifs dans l'après-midi du 6 juin. Le dispensaire de la Miséricorde n'échappe pas aux premières bombes le 6 juin. Des blessés qui y étaient entassés sont tués par le bombardement du 7 juin qui ruine le dispensaire.

    Source dans ce livre . La rue Saint Jean au carrefour des rues Gabriel-Dupont (à gauche) et Singer (à droite). Dans le lointain les clochers Saint-Jean et Saint-Pierre
     

    Montage. A gauche: le carrefour de la rue Gabriel Dupont avec la rue Saint Jean, l'immeuble est le magasin La Gavotte, en arrière plan  le Monument aux morts de la place Foch. A droite le même immeuble mais vu à 180°.

      La rue des Jacobins commence à flamber à hauteur de la Gestapo au N°44. Devant la Feldkommandantur, place Foch, des autos allemandes brûlent.

    Photo collection Georges Marie, page 98 de ce livre. La rue des Jacobins à l'angle de la rue Jean Romain.

    La seconde vague frappe les quais de l’Orne, qui s’affaissent dans la rivière, le pont de Vaucelles est coupé.

    Le quai des Casernes vu de la rive droite, à droite les pierres du pont de Vaucelles (voir les deux photos ci-dessous)

    Source dans ce livre . Le pont de pierres de Vaucelles  vu de la rive gauche, à droite la rue de Vaucelles.

    Photo collection Péan. Le pont de pierres de Vaucelles vu de la rive droite, voir le bâtiment à gauche.

     La caserne Hamelin s’effondre comme un château de cartes.

    Sur ce côté de la rivière Orne est construite sous Louis XIV une caserne qui est agrandie sous Louis XVI. Depuis 1901, elle accueille le 36ème régiment d'infanterie. La caserne est presque entièrement détruite.


    La Flak tonne sans arrêt depuis Carpiquet, Colombelles, Fleury et plusieurs parachutes blancs s’accrochent dans l’obscurité, teints en rouge par la lueur des incendies.
    36 Lancaster du No 5 Group du Bomber Command
    RAF  , tournent plusieurs fois au dessus de la ville jusqu’à ce que d’autres appareils-marqueurs reviennent indiquer les cibles. Le courage des équipages pris dans le barrage mobile de la Flak n’a d’égal que la misère des innocents Caennais pris au piège du bombardement de nuit.
    6 Lancaster sont abattus dans ces circonstances. 12 Lancaster du Squadron 57

    surviennent à 02H58 et bombardent sur les marqueurs moirés identifiant C2 (le pont de Vaucelles) avec 11 bombes de 500 kg et quatre de 250 kg chacune.
    La Banque de France, rue Saint-Louis est touchée, 4 morts dans l'abri sous l'hôtel de Fontenay, logement du directeur de la banque.
    Rue Saint-Louis également, le vieil hôtel qui abritait les services du Ravitaillement Général est anéanti.
    Une bombe sur l'aile principale de l'Hôtel de Ville en bordure de la place de la République écrase la salle des mariages, une autre juste devant, une autre dans la cour, une quatrième tranche l'aile en bordure de la rue Saint-Laurent devant la Préfecture.

    L'hôtel de ville à gauche la bibliothèque côté cour, à droite la façade.

     

     

     

     

     

    L'église Saint-Jean également est touchée, le transept côté Saint-Pierre bascule, le portail s'embrasse jusqu'au sommet de la tour principale, le toit et la charpente brûlent et les cloches tombent et s'écrasent en morceaux.

    Cette église du 15ème siècle, de style gothique flamboyant, était enserrée entre les maisons avant guerre. L'épaisseur de ses murs lui permet de résister au souffle des bombes, ce qui n'est pas le cas des maisons environnantes. L'église, cependant endommagée, demeure seule au milieu des gravats et des maisons éboulées. Ses vitraux sont brisés, des meneaux tombent tandis que le transept bascule.

     

     

     

     

     

     

    Photos ECPAD à gauche LFT3 F3412 L31, à droite LFT3 F3412 L30. La rue Guilbert, à gauche le garage Talbot.

    Montage: rue Guilbert, derrière le cinéma le Sélect à droite après déblaiement.

    Source: à gauche page 56 de ce livre, à droite. Montage: Rue Guilbert

    N°27 rue Guilbert, l'hôtel Le Manoir ou Hôtel de Charles de Bourgueville, sieur de Bras.

    03h00

    Tout est fini, la Flak se tait laissant place à la rumeur des quartiers qui disparaissent en grondant dans les flammes. La caserne des Pompiers, rue Daniel Huet,  est anéantie avec son commandant (Capitaine Jules Foucher ) et 17 Sapeurs-Pompiers. Le précieux matériel est perdu. Le lieutenant Gervaise fera face avec des moyens humains et matériels limités.

    "Photo Jean Lahousse". Source page 92 de ce livre, avec cette légende:" Un rare cliché pris le 7 juin. Les familles des pompiers se recueillent  sur les sépultures provisoires des leurs";  les croix ont été ajoutées sur le cliché. Au pied du magasin aux tuyaux, échafaudage où étaient pendus les tuyaux pour leur séchage après intervention (les tuyaux étaient confectionnés à cette époque en grosse toile de jute dont les mailles une fois mouillées avaient la particularité de gonfler et de devenir étanches,  cette tour était positionnée rue Daniel Huet à l'angle du boulevard circulaire en face les bâtiments de la caserne de l'autre côté de la rue. Derrière les ruines de la caserne (ex bains douches du temps du Maire Bertrand) et plus loin encore debout les murs de la caserne de Gendarmerie. Les murs  semblent bien noirs, conséquence des  incendies. Même si on peut douter de la date du 7 juin, cette photo a quand même était prise à une date très proche du 6 juin parce que rapidement les corps des pompiers ont été inhumés dans des cimetières provisoires.

    "Collection particulière, avec l'aimable autorisation de François Robinard" La caserne des pompiers.

    Source Archives municipales de Caen. Un immeuble de la rue Daniel Huet


    L’Hôtel de Ville, est coupée en deux

    Source dans ce livre . L’Hôtel de Ville après les bombardements des 6 et 7 juin

     et les tranchées-abris de la place de la République en face sont labourées par les cratères, refermées sur ceux qui s’y étaient réfugiés avec confiance. (50 civils tués, 15 policiers).

    L'Hôtel de Ville borde la place de la République, ancienne place des Petits Près au 18ème siècle, puis place Royale où dominait la statue de Louis XIV En 1883, y est édifié un kiosque à musique où sont donnés des concerts appréciés des Caennais. Les militaires allemands y proposent également des concerts sous l'Occupation. Une grande partie de la place et de l'Hôtel de Ville est anéantie sous les bombes sauf... le kiosque qui, finalement, est démoli en 1959.

    Collection R. Tesnière. Au premier plan, les ruines de l'Hôtel de Ville en arrière-plan le kiosque.

    La Maison des Etudiants, avenue Albert Sorel est en fen.

    Pour la nuit 301 victimes.

    Voir un témoignage


    Le 8 JUIN
     


    05h00
    Mauvais temps 7/10° de nuages, la sortie Est de Caen subit un bombardement par B-26 et A-20 , dans le quartier du Vaugueux, la rue des Teinturiers, la place Louis Guillouard, le rond-point de Vaucelles et vers la gare.

    Photo présentée dans ce livre. La gare.

    Source. Rue des Teinturiers.

    La ville subit la pression toujours plus forte des Alliés qui l’écrasent sous les bombes et s’acharnent toujours sur les mêmes cibles ; les ponts, la gare, les accès de la ville qui reçoivent 14 routes que les Allemands utilisent la nuit.
     Les obus de marine prennent le relais des avions, le quartier de la rue de Bayeux, rue Guillaume-le-Conquérant, place Fontette sont particulièrement atteints et détruits.

    09h00
    Des reconnaissances aériennes de chasseurs-bombardiers Typhoon annoncent par radio des mouvements continuels et bien protégés d’engins motorisés ennemis à Caen. Les 3 formations de 8 appareils disparaissent en prenant de l’altitude pour revenir. Les Rockphoon (Typhoon équipé de roquettes) attaquent un par un en piqué à 45° des véhicules qui s’abritent en toute hâte boulevard Leroy. Leurs roquettes font mouche sur les blindages et sur des pavillons vides d’habitants mais où des soldats cherchent refuge.

    13h45
    12 bimoteurs venant du Nord-ouest larguent leurs cargaisons, sous les nuages, du Couvent des Carmélites jusqu’au cimetière Nord-est en face.

    Plusieurs combats aériens au-dessus de Caen dans la journée, au- dessus des nuages.
    Deux grands immeubles de la place Saint-Sauveur sautent sous le coup d’un obus de marine. D’autres arrivent à intervalles réguliers, achevant de créer l’insécurité, rue de Bayeux, place Fontette, rue Guillaume-le-Conquérant sur les indications des avions de reconnaissance que l’on ne voit pas mais qui ne lâchent jamais le ciel de Caen.
     

     

    Le 9 JUIN
     

       Des batteries allemandes situées sur les hauteurs de la route de La Délivrande tirent des obus incendiaires sur le centre ville

    02h00
    Un obus de 406 mm (16 pouces)  du HMS Rodney  emporte la flèche du clocher de l’Eglise Saint-Pierre qui s’abat dans la nef.

    Source. Le 9 juin à 02H00, l'église Saint-Pierre n'a plus de flèche. Chez Allison collection.

    L'église Saint Pierre et le quartier du Marché au bois, le château est hors cadre à droite, en arrière plan à droite le clocher de Saint Sauveur.

    Collection R. Tournière. la place du Marché au Bois.

     Le photographe est probablement sur les remparts du château, voire au sommet d'un toit de la rue de Geôle : la rue de Geôle et la rue Calibourg au premier plan avec la rue des Croisiers au centre. Voir ici la version annotée, avec au centre l'hôtel Le Bourguignon-Duperré, à gauche l'église Notre Dame de la Gloriette et à droite l'église Saint Etienne le Vieux.

                      

                      L'intérieur de l'église Saint-Pierre après la chute du clocher.                    Rue et église Saint-Pierre

    Cette rue, traditionnellement commerçante, est partiellement détruite, préservant deux maisons à pans de bois sculptés du 16ème siècle et de nombreux immeubles du 18ème siècle. Ainsi quelques immeubles demeurent debout sur le côté droit de la rue. Le clocher de l'église dont la flèche culmine à 78 mètres est abattu dans la nuit du 8 au 9 juin par un obus de marine sans doute tiré par le cuirassé Britannique Rodney. La toiture commence à brûler, mais le dévouement du curé et des deux vicaires évite le pire.

    04h00

    Un obus de 380mm sur l'immeuble du Secours National au 7 place Saint-Sauveur.
    Il pleut doucement et le plafond n’est pas assez bas pour décourager les bimoteurs de la RAF qui visent le château où les Allemands transfèrent leur hôpital. La rue de la Délivrande et la rue du Vaugueux en font les frais (15 B-25 , 24 tonnes).

    La rue de la Délivrande (en haut le calvaire Saint Pierre à la cote 64)

    Des Allemands rue Saint-Pierre, date inconnue mais dans les tous premiers jours de la bataille vu l'état des maisons intactes; sur la photo de droite des réfugiés avec un homme de la Défense passive avec casque et brassard.

    Sur cette 3ème capture d'écran,  l'église Saint Pierre a perdu sa flèche soit à partir du 10 juin pas avant.

    Vues extraites de ce film à partir de 4: 16

     

    LE 10 JUIN
                                   

    07H00

    Des bombes tombent place Guilhouard ayant pour objectif  des chenillettes allemandes cachées sous les arbres.   

                                                     

     

    LE 11 JUIN
     


    La nuit a été mouvementée avec un bombardement aérien vers le haut de la rue de la Délivrande, Saint- Gilles, le Vaugueux faisant de nouvelles victimes.

    Située à quelques mètres de l'Abbaye aux Dames, cette église du 14ème siècle n'est plus, comme le quartier qui l'entoure, qu'un champ de ruines. L'institut Lemonnier disparaît sous les bombes.

     
    Dans la matinée, quelques rafales d'obus dans la périphérie Est de la ville.
    Dans la matinée des Typhoon attaquent à la roquette des canons repérés dans l’enceinte du château, et en début d’après-midi, sous la pluie, mitraillent une colonne de chenillettes dissimulée sous les arbres du boulevard Bertrand.

    Les Allemands installent un lance-grenades dans le stade Hélitas.

                                                                                              

    LE 12 JUIN
     
     

    Un obus de 380 s’abat place Saint-Sauveur, des obus de 406, rue Froide et Fossés-Saint-Julien.


    Photographie aérienne prise par la 8th US AF le 12 juin 44, en haut à droite l'Orne; en haut à gauche à 90° l'écluse de l'Orne et le bassin Saint-Pierre, entre les deux la rue Neuve du Port sous les nuages (ou les fumées) ; en bas à gauche dans le cercle rouge l'église Saint Jean devant dans la fumée la Banque de France. Voir en agrandissement.

    "Photos collections du Mémorial de Caen" présentée pages 41 et 79 de ce livre. Devant le portail de l'église Saint Jean, un tas de ruines, à gauche plusieurs hommes, à droite un homme de la Défense passive casque Adrian blanc et brassard

     « Archives départementales du Calvados » Abside de l'église Saint-Jean

    A minuit
    348 Halifax et 285 Lancaster guidés par 36 Mosquito des No 4, 5, 6 et 8 Group de la RAF sont en mission vers les ponts sur l’Orne à Caen. Une pluie de centaines de bombes incendiaires s’abat sur la ville y produisant parfaitement leurs effets.
    118 Lancaster lancent 401 tonnes de bombes « High Explosive (H.E.) » destinées à supprimer les ponts sur l’Orne, consciencieusement entretenus et réparés par les pionniers allemands entre les attaquent aériennes.
    Bilan du raid : pont de la Mutualité (C4) touché, par où passe la voie ferrée de desserte du port de commerce, 77 Caennais tués ou disparus, autant de blessés, 17 Halifax et 6 Lancaster abattus, soit 161 aviateurs perdus. A Caen, aucune victime allemande, trois pièces de Flak dans la Prairie sont endommagées. Des torpilles tombent sur les batteries allemandes du Stade Hélitas. Des bombes explosives frappent la rue Elie-de Beaumont, Ia rue de Geôle et la rue Saint-Pierre, Des bombes incendiaires créent, boulevard des Alliés et place de la République, quatre gros foyers d'incendie que le vent, assez violent, attise et développe.

    « Archives départementales du Calvados » La Prairie inondée devant la place Foch.


    Le ciel, une fois vide, dès 02H00 à 22 km, les croiseurs lourds HMS Nelson et  HMS Ramillies tirent chacun un obus de 380 ou de 406 mm toutes les 30 secondes sur la ville jusqu’à 09H00 le lendemain matin, la caserne du 129e (
    caserne Lefebvre) dans le château reçoit des obus. Des civils sont ensevelis dans les carrières des Fossés-Saint-Julien.

    La caserne Lefebvre dans le château. Après guerre.

    Quartier des Fossés-Saint-Julien.


    Des Equipiers d'Urgence découvrent, rue du Gaillon, trois cadavres, à moitié mangés par des poules et des chiens. Le soir quatre grands foyers d'incendie s'étendent car le vent souffle.

    Article du journal Paris-Soir du 12 juin sur Caen

    "Photo Life magazine" de l'humour noir américain!

                                                                                              

    LE 13 JUIN
     

    Document 39-45 Magazine  avec l’aimable autorisation des Editions Heimdal. Selon nos recherches la première photo n'est pas prise au Vaugueux mais à l'angle des rues Hamon et  Saint Pierre voir ici.

    Précisions au sujet de la 3ème photo ci-dessus. Photo allemande, photographe Arthur Grimm,  Bundesarchiv à l'angle des rues Saint-Pierre et Hamon à droite le porche de la pharmacie Mullois. La seconde même lieu, même moment. De nos jours.

    Photo prise dans l'autre sens, voir le repérage, maison en pans de bois en flammes rue Saint Pierre. Voir ici deux maisons sauvées.


    Les grands magasins des Galeries Lafayette sont en flammes de même que le Grand Hôtel de la place de la République, le café de l'Hôtel de Ville et les immeubles de la rue du Moulin. Devant l'ampleur des incendies le maire signe un arrêté autorisant le dynamitage pour combattre l'extension du feu dans le quartier Saint-Jean.  1 200 kg de dynamite provenant des carrières de May à Saint-Martin-de-Fontenay sont utilisés, la  mise en œuvre étant sous la responsabilité de M. Fredy, ingénieur du Service des Mines



    NB l'Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées est M. Jouveneaux qui assure la direction générale de la lutte contre le feu.

                               

    LE 14 JUIN
     


    A midi
    L’artillerie moyenne bombarde Venoix pendant 20mn. Le « Nice Caennais » où se dissimulaient la veille encore plusieurs lanceurs de fusées (Nebelwerfer) est touché.

                                  

    "Photo allemande prise par la 8. Panzerkompanie, coll. H. Höfler, présentation page 130 de )   Caen brule, vue depuis la gare, au centre les flèches de Saint Etienne.

                                  

                             

      LE 15 JUIN
     


    Des bimoteurs américains A-20 Boston bombardent en les manquant les ponts sur l’Orne. C2 et C3 avec 17 tonnes de bombes dont plusieurs à retardement.
    Les quartiers Saint-Jean et Saint-Gilles reçoivent des bombes. A 10h00, le théâtre est en feu, puis la Gendarmerie, la maison de l'Agriculture et tous les immeubles avoisinants. Les Equipiers d'Urgence récupèrent rue Saint Pierre des plaquettes incendiaires utilisées par les soldats allemands, ce sont des plaques translucides, imprégnées de phosphore et qui s'enflamment spontanément au soleil.

                      

                                                                                      Le théâtre. Voir avant guerre.                                    La Gendarmerie,  montage de deux photos, rue Sadi Carnot.

     

      LE 16 JUIN

    Les tirs de la Royal Artillery (RA) se sont prolongés toute la nuit et ne s’apaisent qu’en fin de matinée. Devant le théâtre, un entonnoir gigantesque s’est ouvert, qui met à jour la rivière Odon, canalisée sous la chaussée.

    La voûte du tunnel canalisant l’Odon mis à l’air libre boulevard des Alliés.


    Rue Bicoquet, deux obus de char traversent la façade d'une maison et éclatent à l'intérieur blessant assez sérieusement une femmeUn obus éclate sur les Pompes Funèbres Générales, rue du Carel, d’autres place Malherbe, sur la Poste, rue Vauquelin, rue Ecuyère et se rapprochent du « secteur sauvegardé »

                                                                                              

    "Collection François Robinard". La Poste, beaucoup de monde pense et dit qu'elle est sortie intacte des bombardements alors qu'elle a bien été écornée. On voit ici le côté bordant la place de la République et les ruines en premier plan sont celles de l'Hôtel de Ville (partie Commissariat de Police). La partie abîmée et qui a donc été reconstruite à l'identique est à l'angle de la rue Auber (place de la République) et de la rue Georges Lebret qui rejoint la rue Sadi Carnot. Photo intéressante et rare qui infirme une vérité reçue. Version annotée,    Aujourd'hui.

    Source. La place de la République sous les gravats, à droite le clocher de Saint Sauveur, à gauche la rue Saint Laurent, dans le fond la rue Jean Eudes.

    LE 17 JUIN


    Pilonnage d’artillerie sur le quartier Sainte-Thérèse. Un avion tombe, en flammes, vers Saint-Julien. Vers 11H00 un gros obus explose, place de l’Ancienne Boucherie, sur la file d’attente pour le lait.

    Dans la nuit, 6 Mosquito bombardent la caserne Lefebvre du château.


    La vue de l'église Saint-Pierre est aussi désolante du côté de la rue de Geôle. A son extrémité, coincée entre le château et l'église Saint-Pierre s'étendait la petite place du Marché aux Bois, mais elle n'est plus qu'un tas de ruines. Le bel immeuble du Crédit Industriel de Normandie est détruit. Le feu, qui sévit sans discontinuer du 14 au 17 juin, est si violent à certains endroits que des poutres en fer fondent. De la rue Saint-Pierre au château, ce n'est plus qu'une rue de feu longue de près de 200 mètres. Elle saute d'un seul bloc le 17 juin, évitant que le feu continue de s'étendre.

    Source. Cours de la Monnaie, à droite la rue de Strasbourg. Hôtel de la Monnaie
                                                                                              

     LE 18 JUIN


    08H00
    Pilonnage d’artillerie sur le quartier de La Maladrerie
    Arrêt des incendies qui embrasaient la ville depuis le 6 après-midi.

     

    Source dans ce livre . La rue Saint Jean

    Une vue agrandie de la précédente prise de la tour Saint-Jean au premier plan les ruines de l’hôtel d’Angleterre, dans le fond à droite la flèche tronquée de l’église Saint Pierre et au centre de la photo le magasin de vêtement pour hommes Henri Devred au 66  de la rue Saint Jean et au carrefour de la rue de Bernières.

    Photo LFT3 F3412 L36 de l'ECPAD. La rue Saint-Jean à droite le magasin PRIMINIME au N°50 et l'enseigne verticale DEVRED

                                                        AGRANDIR

    "Photo allemande Bundesarchiv à gauche". Montage de trois photos. Angle rue Saint-Jean et rue de Bernières, voir les fils au sol. Sur la photo du centre remarquez la tête du mannequin échappée de la vitrine du magasin de confection DEVRED, le soldat allemand appartiendrait à la Kriegsmarine mais incorporé dans la 12.SS-Panzer-Division"HJ" . A droite: photo Mémorial de Caen.


                                                                                                                

    LE 22 JUIN
     


    11H45
    Des obus tombent rue de Bayeux.
     

    18H30

    Un groupe de 6 bombardiers déverse des torpilles aux abords du pont de Calix.

    Lire un rapport d'ensemble émanant des Renseignements Généraux sur la situation de Caen et ses environs du 6 au 22 juin 1944.
                                                                                              

    LE 23 JUIN


    En ville les obus continuent à exploser sporadiquement.

    "Photo Archives du Calvados" photo de propagande             Deux Waffen SS de la HJ dans les ruines de Caen selon ce livre


                                                                                              

    LE 24 JUIN
     


    Un obus anglais isolé traverse sans exploser une salle d’opération au Bon Sauveur. !



    LE 25 JUIN


    Tirs d’obus perpétuels encore accrus ce jour. Des véhicules légers sont camouflés sous les arbres du « Quartier Claude-Decaen » et des postes d'observation sont installés sur les toits d’où les Allemands ont vue sur le plateau, au Nord de la ville. En fin de journée, une attaque aérienne tentera de les en déloger.

    Film tourné le dimanche 25 jui

    Dans une autre version le même film tourné par un opérateur de France Actualités à partir de 01:41


     

    LE 26 JUIN
     

    11H00

    Des obus tombent dans la cour du centre de triage du Bon Sauveur mettant le feu à une partie de la réserve de carburant du Service de Santé (3 000 litres d'essence ont brûlé) et sur plusieurs pavillons (un mort et plusieurs blessés), un obus rue Caponière.

    Nuit
    Un Messerschmitt 110 est abattu derrière le Séminaire en haut de la rue de Bayeux à gauche vers La Maladrerie.

    La place Courtonne en ruines.

    Source à gauche dans ce livre , la rue des Jacobins au carrefour avec la rue de l'Oratoire. Source à droite, Collection R. Tesnière: rue de l'Oratoire.

    Rue de l'Oratoire. Photo présentée dans ce livre.

     

     

    LE 27 JUIN

     

                                                                                                         
    01H30

    18 Boston et 12 Mitchell lancent 55 tonnes de bombes destinées aux ponts de Vaucelles et de la Mutualité, qui bien qu’endommagés, ne sont toujours pas coupés.
    Les bombes explosent dans le quartier du Bassin Saint-Pierre (ou Bassin à flot sur le plan) et de l’usine électrique (centrale thermique dans la zone portuaire), « trop long », en y ranimant les incendies du 6 juin.

    07H30 à 12H00

    Des obus tombent sur le Bon Sauveur: 5 morts, 15 blessés

    Bombardement de la base de Carpiquet par des Typhoon du 182 Squadron .

    Source ce livre. L'attaque du 182 Sqn le 27 juin vue de la cinémitrailleuse du Typhoon du Pilot-Officer Rutherford. On reconnaît la zone sous-officiers, avec en haut à gauche le Mess, derrière le champignon de fumée noire. Encore derrière, en diagonale, l'actuelle RD 220. (IWM.)

                           

    LE 28 JUIN
     

    Les obus poursuivent leur œuvre dévastatrice. Le fléau coûtera bientôt à la population autant de victimes que les bombardements.
    Le haut de la rue Damozanne, le Quartier Lorge (autre nom de la caserne de La Remonte) rue Caponière, le carrefour de Venoix sont touchés.

     

    « Archives départementales du Calvados » L'Equipe d'Urgence cherche des victimes sous les décombres (on entend des cris sous les pierres).
                                                                                      

    LE 1er JUILLET

     

    Des obus pleuvent sur le boulevard Lyautey où les bâtiments des Petites Sœurs des Pauvres, à nouveau touchés, flambent.

                                                                                              

    LE 2 JUILLET
     

    Peu avant minuit, obus sur la Communauté et Saint-Joseph au Bon Sauveur, un rue Caponière.

    Source. Pavillon Saint Joseph du Bon Sauveur.

                                                                                                       

    LE 4 JUILLET


    04H45
    Quelques gros obus tombent ça et là entretenant l’insécurité, tirs d’artillerie sur le quartier de la rue de Bayeux.

    05H00

    Début de Opération Windsor à Carpiquet. 428 pièces d'artillerie et depuis leur mouillage les canons des HMS Rodney et HMS Roberts ouvrent le feu.

    Aux abords des pistes de Carpiquet attaque des Typhoon du 121 Wing (174 , 175 et 245 Squadrons) basés à l'ALG B5 du Fresne Camilly.

         LE 5 JUILLET
     
     

    Des obus tombent sur le quartier Ouest de la ville vers Saint-Ouen, la rue d’Authie, entre la rue de Bayeux et la rue de Bretagne jusqu’à 11H00.
     


    09H00
    12 bimoteurs américains lancent leurs bombes sur le quartier Saint-Louis heureusement déserté.

    Quartier Saint Louis vu de la tour de l'église Saint Jean. L'immeuble de l'hôtel Malherbe, siège de la Feldkommandantur 723 et la Banque de France, en arrière plan La Prairie.

      

    Source à gauche. Seul au milieu des ruines émerge le Monument aux morts de la guerre 14-18, place du maréchal Foch, à gauche en arrière-plan les tribunes de l'hippodrome.


    La place Saint Martin a été encore bombardée après qu’une procession de 20 chars allemands l’ait traversée, venant du Nord et se dirigeant vers l’Ouest par la rue de Bayeux.

    Place Saint Martin, avec la statue équestre de Bertrand Du Guesclin, dans le fond Saint Etienne.
     

    09H30

    8 bimoteurs prennent encore pour cible la passerelle sur l’Orne, à 500m du pont du Tortillard. Quand la fumée s’est dissipée, elle émerge toujours intacte gracieuse arche revêtue de branchages pour la camoufler.

    Une bombe à l'entrée de la rue du Puits-de-Jacob, au bout de la passerelle rive droite, où un arbre magnifique est déraciné.

    Dans la journée bombardement par la Luftwaffe de l'aérodrome de Carpiquet.

     

     

    LE 6 JUILLET
     

    Des obus tombent près du Palais de Justice et au milieu de la cour d'honneur du Lycée Malherbe

    09H30
    Descendant le cours de l’Orne, à 400m d’altitude, 40 Mitchell et Boston surviennent trappes ouvertes, au dessus du fragile ouvrage d’art, qui enjambe la rivière. En quatre vagues, 80 tonnes de bombes explosent autour de la cible dans l’eau et finalement sur la passerelle qui « rend l’âme ».

    Source dans ce livre.  Cette passerelle sur l’Orne entre le cours Sadi Carnot et la rue du Puits de Jacob a été empruntée par les réfugiés de la rive gauche fuyant les bombardements pour aller se réfugier dans les carrières de Fleury ou prendre la route de l’exode. Elle fut surveillée par les allemands, à chacune de ses extrémités un factionnaire muni d’un disque de signalisation et d’un sifflet,  qui l’exploitèrent intensément y compris avec des camions et des chenillettes

    "Photo collections du Mémorial de Caen" présentée page 103 de ce livre. La passerelle dans l'Orne en arrière plan la propriété Legallais-Bouchard N°1 rue du Puits de Jacob.
     

    Dans l'après-midi bombardement du chateau, rue Calibourg.

    20H00
    24 bimoteurs B-25 bombardent le viaduc ferroviaire sur le coude de l’Orne, au-delà du Grand-Cours sans résultat. 6 autres appareils bombardent le Château, alors que les Typhoon sont en action contre les batteries de Flak au Quartier Claude-Decaen.

                                                                                              

             

    LE 7 JUILLET


    Dans la nuit, les batteries de Flak du quartier Sainte-Thérèse ont été bombardées, d’autres bombes sont tombées vers le haut de la rue d’Authie.
    Operation CHARNWOOD Objectif CAEN.

    Zone de bombardement

    Zone théorique comme nous allons le voir ci-dessous

    Engagement tactique du Bomber Command (bombardiers stratégiques de la RAF)
    Définition d’un quadrilatère recouvrant les faubourgs Nord–Nord-Ouest de Caen sur 4 km de long et profond de 1,5 km, à 6 km en avant des troupes Britanniques des 59th (Staffordshire) et 3rd British Infantry Division supportées par 300 chars des 33rd Tank Brigade et 27th Armoured Brigade .
    459 bombardiers (295 Lancaster et 164 Halifax )
    2360 tonnes de bombes hautement explosives (HE) de 500 et 1000 livres à larguer entre 21h50 et 22h30.
    Le Master-Bomber est le Wing Commander (Colonel) « Pat » DANIELS du Squadron 35 sur Mosquito VI.
    Le groupe d’éclaireurs : 20 Mosquito de reconnaissance du
    No 8 Pathfinder Group, dont 6 équipés du système de visée Oboe sans visibilité.

    21H50
    Les bombardiers arrivent pile à l’heure. Des dizaines de bombes explosent en même temps, en un monstrueux crépitement couvrant les rafales de Flak qui strient le ciel qui s’obscurcit.
    Le Château

     

     

     

     

     

    Les remparts du château écroulés sous les bombardements

     

     

     

     

    et ses alentours, le Vaugueux,

    Photo Life magazine La rue du Vaugueux, les maisons à gauche ont fait place à la pelouse du château.
     

    le Gaillon ne forment plus qu’un monceau de décombres.

     

     Photo parue dans un magazine britannique. Destruction dans la rue du Gaillon le 9 juillet 1944. 

    Le Palais de l’Université est en flammes, la Caisse d’Epargne, rue de Bras, s’est effondrée. L’église Saint Julien est anéantie; voir ici une plaque posée en 1994.

     

    « Archives départementales du Calvados » L'église Saint Julien avant et après les destructions de 1944. Après déblaiement des ruines, un baraquement métallique, que les Caennais appelaient le tonneau sert d'église jusqu'à la construction de la nouvelle église à un autre endroit.

     

    ainsi que le couvent des Bénédictines et sa chapelle Saint-Sauveur est touché.

    Collection R. Tesnière. Le couvent des Bénédictines était situé entre la promenade Saint-Julien et la rue de Geôle. Ces religieuses occupaient depuis 1816 l'ancien couvent des Cordeliers. La chapelle avait été rénovée en 1867, recevant de nouveaux vitraux. En juin 1944, l'ensemble est écrasé sous les bombes et seuls des vestiges de la chapelle demeurent aujourd'hui dans la cour de la clinique de la Miséricorde.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   .

    Le Temple protestant, rue du Tour de Terre,  est en ruine.

                                                                                                                                      

    Héritier d'une longue présence protestante à Caen, le temple est établi au début du 19ème siècle rue de Geôle, à l'angle de la rue du Tour de Terre dans les dépendances de l'ancien couvent des Bénédictines. Les bombardements ont éventré le petit temple.

     

    L’Hôtel de Ville et sa bibliothèque brûlent. Une bombe écrase le bâtiment situé à l'angle de la rue Jean-Eudes et de la place de la République.

    L'ancien couvent des Eudistes construit en 1663 abrite l'Hôtel de Ville de Caen depuis la fin du 18'°" siècle. L'ensemble est grandement détruit par les bombardements, d'abord par ceux des 6 et 7 juin, puis par celui du 7 juillet. Après qu'une bombe eut écrasé le bâtiment situé à l'angle de la rue Jean Eudes et de la place de la République, l'incendie embrase l'ensemble de l'Hôtel de Ville et achève de le ruiner. Quand les Canadiens investissent la rive gauche le 9 juillet, il découvre au cœur de Caen un champ de ruines.


    Une grosse bombe est tombée sur l’abri au 50 rue du Vaugueux (PC de la DP du quartier) ensevelissant 67 réfugiés (38 morts).
    Un chapelet de bombes est tombé sur l'Université, alors située dans le prolongement de la place Saint Sauveur, entre l'église et la rue aux Namps. Les pendules se sont arrêtées à 22h07 selon M. Rillard, secrétaire adjoint de l'Université. Quelques minutes plus tard, le feu prenait à l'Institut de Chimie et se propage à une vitesse stupéfiante à tout l'édifice qui s'enflamme comme une torche. Les toitures s'effondrent bientôt dans la cour intérieure, tandis que les concierges et quelques professeurs réfugiés dans les sous-sols ou sous les escaliers s'enfuient en toute hâte. Le brasier est impossible à maîtriser. Il est impossible de s'approcher à moins de cent mètres tant la chaleur est intense.

     

    A gauche, source dans ce livre.                                  A droite, source dans ce livre.

    L’Université avait échappé aux bombardements de juin, mais le 7 juillet, peu après 22H00, elle est atteinte par au moins cinq bombes et se transforme en brasier menaçant tout le quartier.

    A droite le rectorat

     Le portail de la rue Pasteur s'écroule. De l'autre côté de la rue, le rectorat, touché de plein fouet  par une bombe s'est effondré sur le Recteur Mercier, grièvement blessé à la jambe, et quelques uns de ses collaborateurs.

    A droite: la rue Pasteur, au premier plan les ruines de l'Université et en face le Rectorat.

    A 23h00 devant le brasier l'abri du Lycée de Jeunes Filles est évacué.

    La bibliothèque universitaire, inaugurée au début du siècle, n'échappe pas au désastre; Avec elle, partent en fumée ses riches collections et ses manuscrits précieux. Aspirées, par le tourbillon de feu, des pages calcinées s'envolent jusqu'à Fleury-sur-Orne, de même que les archives et les copies du bac entreposées dans une cave.
    Rue Saint Pierre 28 tués sont recensés dans un couloir à côté du magasin « Marylène »
    Rue de Geôle 25 morts à l’abri du temple protestant.
    Aux carrières Saint Julien 90 emmurés sont secourus par les Equipes d’Urgence (15 morts)

    Les alentours du château sont bombardés, écroulant les maisons qui entouraient cette forteresse. La rue des Carrières Saint-Julien est également ravagée. Quelques pavillons subsistent.

    Mais cela n’est pas fini. Les obus se remettent à tomber sur la ville, des 406 et 380 tombent dru. La ville est en feu, après l’écrasement obtenu par 2276 tonnes de bombes tombées pour 45 % à plusieurs centaines de mètres, au delà du quadrilatère de saturation délimité par les éclaireurs de la RAF. Un excès de prudence a fait lâcher trop long.

    "une attaque remarquable par sa précision" notera Montgomery dans ses souvenirs de guerre... sans ajouter le moindre mot de compassion pour les 300 malheureux civils tués lors de cet avant-dernier acte de la bataille de Caen.
    La commission d'enquête sur l'évaluation des résultats de ce bombardement se rend sur place le 12 juillet. Le professeur Britannique
    Solly Zuckermann , pour leSHAEF ,  le vice-maréchal de l'air Robert Dickinson Oxland pour le Bomber Command concluent à un effet d'émulation certain sur le moral des troupes du I Corps , inverse sur le moral ennemi chez lequel très peu de preuves de destruction par bombes sont mises en évidence. Les Français interrogés, tout comme les officiers de l'armée sur site le 7 juillet, ne font état d'aucune zone de défense ni de bastion particulier devant Caen, dans le quadrilatère de bombardement. Aucune épave de canon ou de chars enterrés marqués sur la carte par la 2nd Army en justification de la demande d'intervention des lourds, ne peut être retrouvée pour être photographiée. Le comité aboutit à cette conclusion que rien ne justifiait une telle opération, rien ne justifiait la perte de 300 vies civiles et la destruction d'une vaste zone de construction urbaine. Les cratères contigus varient de 10 à 15 mètres de diamètre par 3 mètres de profondeur. A une exception près (en secteur Canadien) toutes les routes menant vers le centre-ville sont infranchissables, y compris aux engins chenillés.

    Voir un film: le siège de Caen le 7 juillet.

     

    LE 8 JUILLET
     

    Terrible photo des quartiers nord de Caen après le bombardement du 7 juillet, au nord les impacts de bombes sont innombrables

    "Photo Archives Municipales de Caen". A plus faible altitude: en bas à droite le clocher de Saint-Jean, au centre l'église Saint-Pierre, au centre en haut le château avec les casernes, à droite le Sépulcre.

    Source. Photo aérienne vers le Sud (à l'envers de la précédente), à gauche la rue Saint Jean, à droite la pancarte des Galeries Lafayette, Bd des Alliés, le cinéma Majestic et la brasserie Chandivert au centre, en blanc derrière la toiture des Nouvelles Galeries, en haut à droite le Cours Sadi Carnot et la Prairie.

    Source. Vue aérienne: en bas à gauche le théâtre,  au centre à gauche Bd des Alliés le trou de bombe au-dessus de l'Odon, en haut à gauche l'église Saint Pierre et le Marché couvert, autres repérages.

    04H20
    Appui de l’artillerie de marine pour le début de Operation CHARNWOOD attaque Anglo-Canadienne


    Situées à proximité de la ligne de front que défendent avec acharnement les troupes allemandes, ces deux rues sont presque entièrement ravagées par les bombardements.


    06H30
    Violent bombardement aérien du quartier de La Maladrerie, vingt bombes rue Deslongchamps.

    Source. Selon la source canadienne le 10 juillet la rue Deslongchamps vue de la rue de Bayeux vers la rue des Mazurettes avec des obstacles antichars, noter les deux massifs en béton d'ancrage pour porte belge. Repérage.



     A la sortie de la ville, en direction de Bayeux, s'élève le quartier de la Maladrerie. Jusqu'en 1937, on le rejoint par le tramway tant pour se rendre à la caserne Moulin et à la prison de Beaulieu située juste en face. Le quartier subit les bombardements, surtout les 7 et 8 juillet, mais la caserne et la prison ne sont pas détruites. Dans ce quartier, des carrières abritèrent des milliers de réfugiés. Le photographe se tient rue de l'Eglise et regarde vers la prison Beaulieu il s'agit du Planitre.

    06h30

    Trois groupes de quatre B-26 attaquent une batterie de Nebelwerfer derrière la prison, sans résultat sur la cible visée.

    Source: Collection Mme Louisette Berlinguez-Gimonet. Incendie à la prison centrale de Caen, photos prises de la rue du Maréchal Galliéni.

    08H00
    Trois groupes de quatre B-26 américains lancent d’énormes bombes rue de Bayeux et rue de Bretagne en cherchant à ensevelir la place de l’Ancienne Boucherie carrefour important vers le centre ville.
    En moins de 2 mn tout est réglé et les sauveteurs rassemblent 50 victimes (morts et blessés). Les Equipiers d'Urgence participent au sauvetage de 18 personnes enterrées dans leur cave. Une femme qui descendait par l'escalier s'est retrouvée en bas sans aucun mal, "portée" par le soufle des bombes.

     

    "Photos collection Jean-Pierre Benamou, avec son aimable autorisation". Le 8 juillet,  un Panther de la 12.SS-Pz-Div. devant les ruines d'une maison bombardée et devant le "Garage Ravitaillement Auto". Il est à la hauteur de la venelle Saint Nicolas puis pivote sur sa gauche et s'éloigne des ruines fumantes vers la place de l'Ancienne Boucherie et le sud de l'Orne.

    "Photos Archives Municipales de Caen". Des membres de la DP, des EU et des EN dans des décombres de la rue de Bayeux. Photo de gauche, le second personnage à gauche est M. Jean-Marie Girault le futur maire de Caen (lire son témoignage à la date du 8 juillet). Les quatre photos ci-dessus sont prises au même endroit rue de Bayeux côté numéros pairs en amont de la venelle Saint Nicolas.                                      

    Version de ce bombardement donnée dans ce livre témoignage de l’Uscha. Helmut Schmieding, Stab Div. "HJ": entre 8 heures et 9 heures, Un groupe de 6 à 8 appareils vole directement vers le PC de la Division. Le Kommandeur (le SS-Standartenführer Kurt Meyer ) et le « Ia » (le SS-Sturmbannführer Hubert Meyer voient les bombes arriver. Ils bondissent dans la salle des cartes puis dans la cave qui se trouve derrière. Une explosion incroyable fait trembler tout le bâtiment (l'une des ailes du quartier Lorge). Dans la cave, les bougies s'éteignent et un épais nuage de poussière blanche pénètre partout et obscurcit tout rapidement.  Comme les bombes ont apparemment cessé de tomber, les « ensevelis» sortent et aperçoivent, au milieu de la fumée, que les bombes ont touché certaines parties sculptées de l'ancienne église abbatialeà moins 50 mètres du PC. Quelques pierres sont tombées sur le toit recouvrant des véhicules radio. Les liaisons téléphoniques vers l'avant et vers le corps sont coupées pour peu de temps. La section de reconnaissance radio intercepte alors message de l'adversaire annonçant la destruction du PC de la Division.

    Ce plan est coloré en fonction des destructions. Les ruines du bombardement du 8 juillet s'étendent du côté pair de la rue de Bayeux aux bâtiments à l'Est  du Quartier Lorge (ou Caserne de la Remonte).

    Source: Ruines du quartier Lorge

    Vers 21H00, la Cie B du 2nd Royal Ulster Rifles , qu'appuient 8 Sherman de la 33rd Armoured Brigade . tente prudemment  une exploration vers les premières maisons de Caen, rue de Lébisey. Ce qui déclenche un tir précis de mortiers lourds depuis Colombelles et des "88" détonnent détruisant sept des Sherman de soutien. "Nous n'avons pas fait 500 m dans le chaos de cratères de bombes et d'obus de marine que déjà il faut rebrousser chemin. Des réseaux de mines sont découverts et marqués. Nous avons subi 80 pertes en trente minutes. "

    Carte 7F/I 1943, Colombelles à l'est de l'Orne et la  rue de lébisey.

     

    LE 9 JUILLET
     

    03H00 la 12.SS Pz-Div. reçoit l’autorisation de retraiter en passant l’Orne, le PC qui était au couvent de la Visitation (Quartier Lorge) part pour le château de Garcelles.

    Le 9 juillet, dans le quartier du Moulin-au-Roy (au nord de Caen), un blindé léger (Morris Light Reconnaissance Car Mark II ) de l’armée Britannique se fraie difficilement un chemin à travers les ruines.

    Source: "Photo Mémorial de Caen" présentée dans ce livre. Les entonnoirs de bombes qui vont ralentir la 3rd ID.


    Le quartier St-Jean-Eudes où de nombreux chars et batteries d’artillerie sont rassemblés dans les jardins, reçoit continuellement des projectiles.

    Libération de la rive gauche de Caen

    Des soldats Britanniques dans les ruines, rue Saint-Pierre. De nos jours.

    D'autres soldats dans les ruines en haut de la rue du Vaugueux entre la rue des Cordes et la rue des Fossés du Château, voir ici.

    Photo collection Jean-Pierre Benamou avec son aimable autorisation.  Remarquez le drapeau à mi mât, cérémonie du 9 juillet vers 18H00 sur la place du Lycée, à gauche le portail d'entrée de Saint-Etienne

    Voir à la fin de ce film la cérémonie, Léonard Gille avec un casque blanc. Plus de détails sur cette cérémonie ici.

     

     

    LE 10 JUILLET
     

    Une batterie de « medium » de la Royal Artillery (RA) depuis Saint Gabriel pilonne la rive droite de l’Orne (rue de l’Arquette)

     

    Photos Credit: Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada. Devant les Tribunaux, place Fontette, le 10 juillet, des Caennais entourent  un camion canadien muni de haut-parleurs (une ambulance Austin K2 modifiée) d'une Canadian Amplifier Unit (un élément du Intelligence Corps). De nos jours.

           

     à droite p011896 Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA  Agrandissement Des sapeurs Canadiens du Royal Canadian Engineers bouchent un trou dans le bas de la rue de Bayeux. Certainement le résultat du bombardement du 8 juillet à 08H00 : 3 groupes de 4 B-26 Américains lancent leurs bombes rue de Bayeux et rue de Bretagne en cherchant à ensevelir la place de l'Ancienne Boucherie carrefour important vers le centre ville. En moins de 2 mn tout est réglé et les sauveteurs rassemblent 50 victimes (morts et blessés). En arrière-plan, les deux flèches de l'abbaye aux Hommes (Saint-Etienne) sont restées intactes. Ce secteur " îlot sanitaire " signalé aux Alliés comme étant centre de secours pour la population civile résiduelle (environ 8000 personnes) comprenait: le Lycée Malherbe, le Bon Sauveur, Saint Etienne et le Palais de Justice. Il a été sauvegardé des bombardements aériens alliés mais pas de l'artillerie allemande. A gauche p000006 Conseil Régional de Basse-Normandie / Archives Nationales du CANADA    Agrandissement Au même endroit, un couple de Caennais regarde un bulldozer Canadien déblayant les ruines de maisons détruites, rue de Bayeux.

    Source. Une vieille caennaise avec un soldat britannique dans les ruines de Caen, le 10 juillet 1944.

    Source. Le 10 juillet deux soldats britanniques, boulevard des Alliés, en arrière-plan, l'abside de l'église Saint Pierre.

    Source. Des Royal Engineers dans les ruines de Caen, localisation indéterminée.

    Des Canadiens ou des Britanniques rue d'Haleine près du château. De nos jours. Voir aussi le Lieutenant-General John Tredinnich Crocker commandant du I Corps


                                                                                    

    LE 12 JUILLET
     

    Des obus allemands font des victimes civils et militaires en explosant avenue Albert Sorel, place Guillouard (Le Parc sur le plan) et une dizaine atteignent le Lycée, le Bon Sauveur et les Tribunaux (Palais de Justice)

    Cette vue ne donne qu'une mesure partielle des destructions subies par la ville de Caen en juin et juillet 1944. Les bombardements commencent dès la fin de l'année 1940 et vont en augmentant au fil de l'Occupation. Les premiers morts datent du 25 juillet 1941. Le bombardement le plus meurtrier a lieu le 10 février 1943 vers 11 heures du matin, La 1 020ème alerte survient le mardi 6 juin 1944 : l'épreuve de l'Occupation se terminait, celle de la Libération commençait. Du 6 juin au 7 juillet, des milliers de bombes explosives et incendiaires sont déversées sur Caen, causant la mort de deux mille personnes, en blessant plusieurs milliers et faisant autant de sans abri.

     

    Source: la photo de gauche: page 332 de ce livre; les deux photos de droite pages 249 et 251 de ce livre, la vie dans les ruines

    Source: photo de gauche page 249 de ce livre, photo de droite page 306 de ce livre. Des Caennais avec des soldats alliés.

    Sourec pages 306 et 293 de ce livre, des caennais avec des soldats alliés, à droite la borne de l'octroi à La Maladrerie.

    Source: pages 248 et 249 de ce livre, des Caennais avec des soldats alliés. A droite dans le Vaugueux, de nos jours.


    La nuit la Luftwaffe a poursuivi ses raids irréguliers, engageant de 1 à 12 bombardiers légers en ordre dispersé.

                                  

    LE 13 JUILLET
     

    Source. Deux soldats alliés sur les remparts du château devant l'église Saint Pierre

    A gauche: Source page 301 de , place de l'Ancienne Boucherie des Caennais près d'un camion haut-parleur d'une Amplifier Unit. A droite: la même scène filmée, capture d'écran de ce film NARA 111-ADC-2546


    Des obus allemands, encore, ont pris pour cible le quartier Nord-ouest qui rassemble 90 % des Caennais de la rive gauche qui n’ont pas évacué. Puis une trentaine de bombardiers de la Luftwaffe ont lancé des centaines de petites bombes planantes sur la ville qui ont rallumé des incendies.

    08H30
    Les tirs se poursuivent, 200 obus à présent ont atteint le Bon Sauveur, 57 sur le Lycée Malherbe, faisant 21 tués, et 30 blessés.

     12H30

     La boulangerie de l'hôpital Clemenceau est détruite, plusieurs tirs d'obus.

    Dans la nuit du 13 au 14, un obus transperce le pavillon du Sacré-Cœur, plusieurs victimes parmi le corps médical dont le radiologue Marcel Charon: 42 minutes plus tard une salle d'opération provisoire est en service!

    Film tourné le 13 juil

    De gauche à droite: le film commence à l'angle de la rue Georges Lebret et de la place du Théâtre, puis Bd des Alliés (aujourd'hui Bd Maréchal Leclerc), l'angle de la rue du Pont Saint-Jacques et la pharmacie de l'Hôtel de Ville.

     

    LE 14 JUILLET


    06H00
    Dans un fracas épouvantable, un gros obus traverse la toiture et percute dans le sommet de la nef de Saint Etienne (3 morts). Il y a 15 points de chute sur l’Hôpital du Bon Sauveur et des dizaines rue Caponnière, rue de Bayeux, place de l’Ancienne Boucherie, rue Guillaume (82 personnes sont tuées ou blessées).

    Les obus allemands continuent de s’abattre, un toutes les 5 minutes, sur la rive gauche, apparemment sans véritable objectif d’intérêt militaire (plusieurs n’explosent pas)

    Partant de la rue de l'Ancienne Comédie, cette rue appartenant au quartier Saint-Louis rejoint la place Foch .La  maison de style néo-normand du Dr Morice célèbre chirurgien Caennais, rue du 11 novembre émerge au milieu des décombres. Seule sa façade demeure ; étant en grande partie détruite, elle est condamnée à une destruction prochaine.

    Source. En plan plu serré, à droite en arrière-plan un immeuble de la rue Saint Louis et l'église Saint Jean

    Source. La même maison vue de l'arrière par la rue du 11 Novembre après déblaiement, dans le fond le Monument aux morts de 14-18.


    18H00
    Place Foch, devant le Monument aux morts, le discours du Préfet est interrompu par une volée d’obus, puis le tir s’allonge vers l’îlot sanitaire. Plusieurs obus traversent les toits et les étages du Bon Sauveur, heureusement sans exploser ! D’autres 15 cm éclatent attirés par les immenses emblèmes de la Croix-Rouge
    et font des victimes supplémentaires. Dans la cour intérieure du Lycée un homme qui épluchait des choux est tué, M. Le Hir est blessé et un obus à l'intérieur de la cuisine blesse le chef M. Faucon.

    Dans la soirée et toute la nuit, nombreux tirs d’artillerie sur Venoix et le Bon Sauveur lire ce témoignage

    Un soldat allié sur les ruines de la rue Saint Jean

    Source page 274 et 275 de ce livre; à gauche des soldats Bd des Alliés dans le Marché couvert, à droite des soldats Bd des Alliés devant les ruines de l'hôtel Moderne.

    Rue Basse, à gauche le marché couvert, en arrière-plan le clocher de l'église Saint Pierre sans sa flèche.

    LE 15 JUILLET
     

    Cette nuit, les bombardiers allemands « de service » ont attaqué un convoi canadien Promenade Saint Julien et place Saint Martin. Des camions fument encore, il y a une douzaine de victimes. Une centaine d’obus allemands sont tombés sur la rive gauche, l’un d’eux, au phosphore, incendie le pavillon d’orthopédie du Bon Sauveur qui n’est plus utilisable(lire le témoignage d'un brancardier L. Gaudin). 82 impacts sont relevés sur les bâtiments de l’hôpital et dans les cours intérieures.

    Le dépôt du Ravitaillement Général (essence, bois pour gazogène, pneus), à 50 mètres du Lycée est en feu, l’Army Fire Service entre en action et protège le Lycée.

      

    Source page 309 de ce livre, devant le Café de la Pyramide rue Guillaume le Conquérant des membres de la DP et un camion de l'Army Fire Service.

                                                                                              

    LE 16 JUILLET
     

     Nuit du 15 au 16 terrible. Au moins 50 obus tombent sur l'hôpital Clemenceau.

     Au Bon Sauveur le 288ème impact d’obus allemand est compté, depuis le début de la semaine, 70 obus dans la nuit du 16 au 17. La Luftwaffe rôde toute la nuit, et semble bien renseignée sur les emplacements de concentrations de matériels et de troupes à bombarder.


    Devant l’église Saint Jean: les rues des Carmélites et Jean Romain. Voir après déblaiement.

    Ces deux rues voisines et parallèles partent de la rue Saint-Jean pour rejoindre la rue des Jacobins. Elles abritent nombre d'hôtels particuliers qui s'écroulent sous les bombes le 6 juin en début d'après-midi et dans la nuit du 7 juin. Voir après déblaiement.

    Rue Neuve Saint Jean en ruines.

    Source pages 270 et 326 de ce livre; à gauche des Caennaises dans les ruines de la rue Saint Jean, à gauche un Caennais dans les ruines vers le Vaugueux. le même homme avecle Lieutenant-General John Tredinnich Crocker commandant du I Corps

    Article du journal Paris-Soir du 17 juillet sur le préfet du Calvados Michel Cacaud "démissionné" le 10 juillet

                                                                         

         

    LE 18 JUILLET
     

    Operation ATLANTIC, libération de la rive droite

    Vers 05h45

    Premières salves du bombardement d'artillerie, les Canadiens alignent 720 canons


    15H00
    Un tir allemand de contre-batterie s’abat sur le cimetière Saint Gabriel (ou Nord-Ouest)

    17H00
    Déluge de bombes de mortiers et de tir d’artillerie sur le boulevard Leroy.

    19h00

    Arrêt du bombardement d'artillerie. Dans la journée 24 000 obus Canadiens ont été tirés sur Vaucelles.

    Source dans ce livre.  La rue de Vaucelles est impraticable, le photographe tourne le dos à l’Orne

    L'accès vers la rive gauche se fait par le pont de Vaucelles situé place Alexandre III, dans le fond le garage Citroën. Ce pont est mis hors service par les bombardements des 6 et 7 juin. La rive gauche est libérée le 19 juillet.



    Proche de la gare, ce quartier artisanal et commerçant est écrasé par les bombes dès le matin du 6 juin 1944. Le quartier est de nouveau très éprouvé dans l'après-midi. Seul subsiste le panneau directionnel indiquant les routes vers Falaise, Thury-Harcourt, Troarn  et Lisieux. Un panneau routier allié: ALL FORWARD TRAFFIC ( toutes directions). Bombardé à plusieurs reprises, le quartier de Vaucelles continue de recevoir des obus allemands jusqu'à sa libération le 19 juillet.


    23H00
    Bombardement aérien de Luftwaffe

    Le quartier Saint-Louis (du nom de l'ancien hôpital) commence à être restructuré dans les années 1920. Une place est aménagée lors de la restructuration de ce quartier et prend le nom du Maréchal de France, Foch. Un monument aux morts de la Première Guerre mondiale y est élevé. La plus grande partie de la place est écroulée sous les bombes le 6 juin en début d'après-midi, mais le Monument aux morts, bien que criblé d'éclats, demeure. Quelques immeubles, partiellement détruits, sont encore debout, à gauche le garage Peugeot.  Au fond, on distingue le Monument aux morts la colonne devant les arbres et tout au loin à droite les deux flèches de l'église Saint-Etienne.


    23H15
    Les bombes anti-personnelles SD2 (bombes papillons), dégringolent du ciel en tournoyant dans un bruissement métallique qui s’achève à la percussion par un éclatement sec et puissant. Ces « petites saletés » couvrent un rayon très important et mettent le feu à plusieurs camions qui flambent  (plus d'une dizaine de camions canadiens place Saint-Martin) et attirent de leurs lueurs les bimoteurs de la Luftwaffe. Des containers à bombes tombent sur les piles de gravats et dans la rivière, en même temps qu’arrive l’averse des SD1 « bombinettes » de 1 kg grosses comme une pomme de terre mais terriblement sensibles. Des flammes montent à 30 mètres, se reflétant sur la façade meurtrie des restes de la Caserne Hamelin (19 Sapeurs sont victimes de ce raid  sur Caen)

    Ce bombardement sur le franchissement de l'Orne à Caen est effectué par des bombardiers bimoteur Me 110  du IX. Fliergerkorps, venus de Hollande et de Belgique avec des réservoirs supplémentaires, le Kommandeur le Generalmajor Dietrich Peltz est au PC de la 12. SS Pz-Div. HJ à Airan pour suivre les opérations.

    Source. Le garage Citroën, l'église Saint Jean et un champ de ruines jusqu'à l'Orne.

     Cette vue,  prise de la rive droite, permet de constater que, depuis l'église Saint Jean jusqu'à la rivière Orne, cette partie de la ville n'est plus qu'un champ de ruines. Un déluge de bombes écrase le quartier Saint-Jean au début de l'après-midi du 6 juin 1944.  La place Alexandre III située à l'extrémité de la rue Saint-Jean et donnant sur le quai de Juillet n'existe plus. A gauche la carcasse en béton du garage Citroën. Avant les bombardements.

    Source. Le garage Citroën vu de la rive droite, juste en amont de la photo précédente. La rive du quai de Juillet est écroulée dans la rivière.

    Source.  Vers la rue Singer, gros plan de la partie gauche de la photo panoramique ci-dessous

    Source. vers la rue Nationale, gros plan de la partie gauche de la photo panoramique ci-dessous

    Toujours le quai de Juillet, vu de la rive droite, mais plus en aval à gauche la place de la Mutualité et l’entrée de la rue de la Marine. A gauche l’église Saint Jean, dans le fond à droite l’Abbaye aux Dames (église de la Sainte Trinité)

    Panoramique (le photographe est dans la tour de l'église Saint Jean) à droite le Monty's bridge, en arrière plan les casernes du quartier Claude Decaen, au centre le Winston bridge, entre les deux le garage Citroën, à gauche la gare de marchandise.

    AGRANDISSEMENT                                                     AGRANDISSEMENT

    LE 19 JUILLET
     

    Voir la gare filmée le 19 juillet

    Dans la nuit, une bombe tombe rue Caponière et détruit la porte d'entrée du Bon Sauveur

    Source: pages 274 et 331 de ce livre, à gauche deux femmes dans des ruines, l'une semble montrer le désastre à un soldat en imperméable; à droite un Caennais place Foch.

    Des civils dans les ruines et les trous de bombes

     

    LE 23 JUILLET
     


    17H30
    Un V1 s’abat dans le faubourg Nord-est, une équipe d’investigation est dépêchée sur place.

    Source.  Des démineurs du No 6237 Bomb Disposal Flight aident à nettoyer les rues et les maisons de Caen des pièges laissés par les Allemands. Le Sergent D. Simons de Didcot(à gauche) montre à un aviateur une Tellermine câblée à un manteau qui la recouvrait.

     

    Source: pages 80 et 81 de ce livre, la vie dans les ruines , photos non localisées.

     

    LE 24 JUILLET
     

    Dans la nuit des avions allemands bombardent la Maison d'Arrêt, une vingtaine de personnes sont emmurées, mais fort heureusement sont secourues, une seule blessée.

    En arrière-plan l'arrière du  théâtre

    Source: page 404 Bataille de Caen de Jean-Pierre Benamou, Editions Heimdal, 1988. Le 24 juillet, rue Mélingue, un début d'incendie dans un garage dévasté

                                                                

    LE 26 JUILLET
     


    La Luftwaffe a encore attaqué dans la nuit, des bombes ont atteint la place Fontette et la place Guillouard (place du Parc sur le plan) à proximité immédiate de l’îlot sanitaire
                                                                                 

     LE 30 JUILLET
     

    " Photos Archives Municipales de Caen" La Prairie, le 30 juillet, un char Sherman et un canon sur l'hippodrome, également visibles des asperges de Rommel et à gauche l'hôtel Malherbe siège de la Feldkommandantur 723.


    Des obus allemands tombent sur le quartier St-Gabriel.

    p012151 Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA  Voir en haute définition

    Maisons détruites rive gauche, en arrière plan à gauche de la photo l'Abbaye aux Dames (quartier Saint Gilles)

                                                                                    

        LE 31 JUILLET
     


    Pendant la nuit, des obus allemands assez nombreux sont tombés dans l'hôpital civil. Le pavillon 8, voisin du 9 où se trouvent 60 malades, a été atteint à 03H00 du matin.  A 12H30, deux obus tombent dans la cité Saint Jean-Eudes.

    15 obus allemands sont tombés sur la rive gauche, un civil et 2 soldats du Génie anglais (R.E.) sont blessés dans un camion Cours Sadi-Carnot.

    Credit: Donald I. Grant/Canada. Dept. of National Defence/Library and Archives Canada/PA- Photo aérienne de Caen prise le 31 juillet 44  Photo PA 137360. Avec l'aimable autorisation de Philippe Bauduin. En haut le canal de Caen à la mer, en dessous l’Orne à droite vers la mer, à gauche vers le Bassin Saint-Pierre. A droite de l’Orne, en haut à droite, la gare de marchandise. A droite de l'Orne la rive droite de Caen, quartier de Vaucelles libéré le 19 juillet. En premier plan, en bas, les arbres le long de la Prairie et le Cours Sadi Carnot, la passerelle détruite le 6 juillet au matin est cachée par les arbres en bas à droite  Au centre, en blanc, le pont de pierres de Vaucelles détruit dans la nuit du 6 au 7 juin, avec les rails du tramway qui pendent au dessus de la rivière. Des FFI franchissent l’Orne accrochés à ces rails, plusieurs fois, entre le 8 et le 19 juillet  En aval les  ponts Bailey et les passerelles construits par le génie Canadien pour et après Operation Atlantic. AGRANDISSEMENT

    Photo collection Jean-Pierre Benamou (avec son aimable autorisation) Photo aérienne prise en juillet, les bombardements ont rasé les bords de l’Orne en bas à droite, ne reste entre le Cours Sadi Carnot et le Bassin Saint-Pierre que l’immeuble en béton armé du garage Citroën, en haut au centre le château, en bas à gauche les impacts de bombes dans la Prairie.



        

     LE 4 AOUT
     


    Cette nuit la Luftwaffe refait son apparition et des conteneurs de petites bombes viennent s’ouvrir au dessus du lycée, éparpillant des dizaines de SD1 ou SD2 qui tuent 2 réfugiés et blessent 3 Equipières dont une gravement; bombardement sur la gare; au moins 50 obus sont tombés à 100 mètres de l'hôpital civil Clemenceau.

    Des prisonniers allemands déblaient des ruines à Caen

    LE 7 AOUT
     

    De Cabourg, quelques obus de 27 cm allemands s’abattent sur la Prairie

    « Archives départementales du Calvados » La Prairie inondée devant la place Foch. A droite les ruines de l'hôtel Malherbe siège de la Feldkommandantur 723.

    Source. Un canon 3.7 inch gun tracté par un camion AEC Matador le long de l'Orne quai de Juillet (en arrière-plan l'église Saint-Jean), escorté par deux motocyclistes. Le photographe a photographié le même camion quai Amiral Hamelin après qu'il ait traversé l'Orne.

     

    LE 8 AOUT
     

    Plusieurs obus d'artillerie allemande dans le parc Saint Louis et à l'hôpital civil, 3 victimes au pavillon N°8.


    12H30
    Des bombardiers américains B17 et B24 ne trouvant pas leurs objectifs: Cauvicourt et Gouvix dans le cadre de "Operation Totalize"  bombardent au jugé Vaucelles !

    p010032 Conseil Régional de Basse-Normandie / Archives Nationales du CANADA. Des membres de la DP (casque Adrian peint en blanc) et un civil sortent sur un brancard un cadavre des décombres d'un immeuble détruit après un bombardement, sous les yeux d'un soldat Canadien ou Britannique (insigne de manche illisible). Les immeubles aux alentours ont été fortement touchés, sous réserve quartier du Vaugueux. Voir ici un gros plan.
     

    LE 11 AOUT
     

    Dernières bombes et derniers obus sur le Bon Sauveur

    DU 9 AU 12 AOUT
     

    Les allemands ont pris racine de Cabourg jusqu'à Bures-sur-Dives et rappellent leur présence par des salves d'obus de gros calibre qui s'abattent aveuglément sur la ville : place de la Reine Mathilde, Hôpital Clemenceau, Boulevard Leroy, Rond-point de Vaucelles, et il y a des victimes et de nouvelles ruines.

       

    « Archives départementales du Calvados » A gauche: des tours de l'église de la Trinité la place de la reine Mathilde  et l'église du vieux Saint Gilles. A droite: ce qui reste de l'église du vieux Saint Gilles, en arrière plan l'Abbaye aux Dames.

    Dans le bas de la rue de Bayeux le 13 juillet.

     

    LE 14 AOUT
     


    Toute la nuit la Luftwaffe
    rôde au dessus de la ville.
    Des fusées éclairantes baignent le quartier du Bassin Saint-Pierre d’une lueur verdâtre. Des explosions sourdes se font entendre vers le canal et la gare.

    06H30
    Ils sont encore là et quelques grosses bombes, les premières lancées de jour, tombent sur le quartier Sainte Thérèse et le boulevard de Rethel.

    Les dernières bombes sur CAEN

    Source. La place du 36e RI et l'entrée de la rue Saint Jean. Avant.


     

    LE 17 AOUT
     


    Un obus allemand de 17 cm tiré d’une batterie derrière la Dives explose dans les jardins du Couvent des Carmélites, rue d’Hérouville. C’est le dernier.

     

    Le Carmel avenue Georges Clemenceau

    Dans ce livre page 517 l'auteur citant le témoignage de M. Lamer déposé au Mémorial de Caen, indique qu'un obus tiré depuis la ligne de la Touques serait tombé sur Caen le 20 août.

    Selon un article de Guy François paru dans la revue Batailles N°62 la ville de Caen aurait été bombardée en juillet et août par des obus de 24 cm de la Heeres-Küsten-Batterie E.722 sur voie ferrée à partir du Sud de Caen. Batterie équipée de 4 canons Theodor Bruno Kanone. Les dates des bombardements sont inconnues.

    Selon certains auteurs la ville aurait reçu 10 000 tonnes de bombes et 60 000 obus tirés par la Royal Navy et par les artilleurs des deux camps.

    Quartier Saint-Pierre L'entrée de la rue Saint-Pierre, du boulevard Saint-Pierre et de la place Saint-Pierre est grandement détruite par les bombardements. L'ensemble n'est plus qu'un champ de décombres. L'espace situé entre la rue Saint-Pierre, la rue de Geôle et la rue des Teinturiers est également ruiné.

    La place Saint Pierre vers la rue de Geôle à gauche et vers la rue Montoir-Poissonnerie à droite.

     

    La rue Montoir-Poissonnerie après déblaiement, deux angles de prise de vues différents, en arrière plan le clocher du Sépulcre.

    A gauche de la photo ci-dessus l'Hôtel d'Escoville, place Saint Pierre.

    La ville est sinistrée à 73%. En 1936, la ville comptait 15 000 immeubles, les bombardements en ont détruits 9 000 totalement , 5 000 partiellement et 1 000 sont intacts.

    Voir ici la liste des rues sinistrées en totalité.

    Selon le dernier recensement la bataille a fait 1967 morts parmi les civils Caennais. En  2016, Romain Stepkow, géographe, publie ses travaux: 31.3% des bâtiments de la ville ont péri sous les bombes.

      

    « Archives départementales du Calvados » La vie des réfugiés dans les ruines.

    Rue Basse. Ceux ayant survécu aux bombardements successifs des mois de juin et juillet 1944 et qui n'ont pu aller se réfugier hors de la ville utilisent le moindre abri pour continuer à survivre. Même partiellement détruite, une maison demeure habitable quand on ne sait plus où aller.

    Images de Caen sous les décombres filmées par un opérateur de France Actualités le 25 juin 1944. Le commentaire précise que la ville est bombardée depuis le 7 juin, que ces bombardements durent depuis vingt jours et ont fait de la ville un champ de ruines.

    Terminons cet article avec cette photo aérienne de fin 1944 qui montre l'étendue du désastre, noter un convoi routier venant du by-pass qui s'engage sur le Monty bridge.

    Source IGN AGRANDISSEMENT

    Visite de Vincent Auriol, président de la République, en 1948 pour le 4ème anniversaire du débarquement voir un film dont voici le script:

    • 0.10.92 = tas de pierres quartier St Jean
    •  0.18.34 = St Pierre vue du Château
    • 0.22.20 = garage Peugeot et Prairie dans le fond
    • 0.27.84 = St Pierre - ex quartier du Marché au bois et début rue St Pierre (Gerbe d'Or)
    • 0.55.84 = Hôtel d'Escoville et St Pierre à travers tas de pierres de Caen du quartier St Jean
    • 1.09.20 = Bassin St Pierre vu du clocher de St Jean
    • 1.16.72 = rue St Jean
    • 1.25.28 = Sépulcre dans le fond
    • 1.30.52 = Garage Citroën
    • 1.34.32 = église St Jean
    • 1.40.28 = dans le Château (chapelle St Georges à droite)
    • 1.45.60 = Premières maisons HLM refaites avec pierre de Caen quartier du Chemin vert ou de Calmette
    • 1.56.36 = Entrée prison rue Général Duparge
    • 2.48.20 = Arromanches-les-Bains
    • 2..50.04 = église St Jean
    • 2.54.68 = premiers stands commerciaux rue St Jean
    • 2.56.72 à 3.07.00 = Rond-point de la Demi-Lune
    • 3 :09 :10 à gauche Yves Guillou, maire de Caen
    • ensuite Omaha Beach et Port en Bessin


    -----------------------------------------------------------------------------------
    Ce recensement a été réalisé à l’aide des livres suivants :
    - Caen pendant la Bataille d’André Gosset et Paul Lecomte chez Ozanne et Cie-1946
    - La Libération du Calvados Conseil Général du Calvados Direction des Archives-1994

    - Bataille de Caen 6 juin au 15 août 1944 de Jean-Pierre Benamou Editions Heimdal-1988

    - Liberté Le Bonhomme Libre, hors-série, juin 2004.

    -Mourir à Caen d'Albert Pipet chez Presses de la Cité 1974

    -La Bataille de Caen de Joseph Poirier chez Caron, 1945

    -Caen 1940-1944 de Claude Quétel chez Editions Ouest-France Mémorial de Caen

    -La vie quotidienne des étudiants à Caen de 1939 à 1955 de Jean Collin et André Heintz, Presses Universitaires de Caen, 1994.

    -1944 le Calvados en images de Jeanne Grall, Sodim, 1977

    -12.SS-Panzer-Division "Hitlerjugend" de Georges Bernage et Hubert Meyer, Heimdal, 1991.

    -Le fana de l'aviation, hors série: Spécial Débarquement. 1994.

    - Images-souvenirs du Débarquement par Marc Elmer, Publications d'Arromanches, 1971.

    - Pendant le siège de Caen... ceux des Equipes d'Urgence de René Streiff, Imprimerie Caron, Caen, 1945.

    - Ne tremble pas d'Odette Chollet-Charon, Editions Charles Corlet, 1973.

    - Un destin tourmenté Histoire de l'aérodrome de Caen-Carpiquet de François Robinard et Thierry Quittard, Heimdal Editions, 2014

    - Les civils dans la bataille de Normandie de Françoise Passera et Jean Quellien, Orep Editions, 2014

     

    Remerciements 

    - A Jean Secardin pour la réalisation des cartes et plans.

    - Aux Archives Municipales de Caen pour la reproduction de photos.

    - Aux Editions Orep et à Yves Lecouturier pour l’utilisation des cartes postales  du livre: Ville de Caen Album Souvenir

    - Aux Editions du Petit Chemin pour l’utilisation des photos de: Caen pendant la bataille (réédition de 2004)

    - A Bernard Paich,  rédacteur-en-chef de 39-45 Magazine des Editions Heimdal, pour l’utilisation d’une page de son magazine.

    - A Jean-Pierre Benamou pour l'utilisation de photos de sa  collection.

    - A Philippe Bauduin pour l'utilisation de photos de sa  collection.

    - A François Robinard pour ses cartes postales des ponts et  ses conseils.

    - A Claude Demeester pour la relecture et ses conseils.

    - A Hélène du Musée de la Résistance et de la Déportation de Picardie pour la communication d'une photo.

    - A Michael Biabaud et Karl Dupart pour leurs recherches.

    - A Jean-Philippe Mathieu pour sa documentation.

    - A Gérard Pigache pour ses recherches.

    - A Aurélien du site Cadomus pour ses corrections.

    - Au site delcampe.fr pour l'utilisation de cartes postales.

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  •  

     

     

     photos couleur de Paris sous l'occupation


    51 superbes photos couleur de Paris sous l'occupation
     

    Ces 51 photos de Paris, prises durant l'occupation Allemande, sont l'oeuvre de André Zucca, photographe professionel. Passionné de photographie, il démarre dans les années 30' grâce à des voyages d'où il reviendra avec des images revendues à certains journaux, tels que Match, Life ou Picture Post.

    Au début de la guerre, il est affecté au 2e bureau du service de renseignement.

    Il est envoyé pour couvrir les combats en Carélie (entre l'armée Finlandaise et Soviétique), et en 1940 il revient en France pour travailler sur la drôle de guerre.

    Avec l'arrivée des Allemands dans Paris en 1940,

    la photographie extérieur est interdite.

     

    C'est en 1941 qu'il deviendra correspondant du magazine Allemand Signal.

     

    Il obtiendra ainsi un laissez-passer, une carte de presse, des films noir et blanc et couleurs.

    En octobre 1944, il sera arrêté pour atteinte à la sûreté extérieur, mais sera libéré suite à l'intervention du colonel Antoine Doyen, adjoint du Général Delattre De Tassigny.

    Les poursuites seront abandonnées en 1945...

     

     

    Vue depuis le pont du Carrousel en été 1943
     
    Vue depuis le pont du Carrousel en été 1943
     
     
     
     
     Une colonne de soldats Allemands marche dans Paris
     
     
    Une colonne de soldats Allemands marche dans Paris
     
     
     
      Vélo-taxi en route vers Longchamp, en août 1943
     
    Vélo-taxi en route vers Longchamp, en août 1943Etendards nazis le long de la rue de Rivoli. Au fond le Louvre, à droite le jardin des Tuileries.
     
    Etendards nazis le long de la rue de Rivoli. Au fond le Louvre, à droite le jardin des Tuileries.Un cinéma des armées Allemand
     
    Un cinéma des armées Allemandes
     
     
     
     
     Deux
     
    Deux "souris grises" (auxiliaires féminines Allemandes) en face d'une devantureLa station de métro de Marboeuf-champs-Elysées en 1943 (Aujourd'hui station Franklin Roosevelt)
     
     
    La station de métro de Marboeuf-champs-Elysées en 1943 (Aujourd'hui station Franklin Roosevelt)
     
     
     
     
     
      A l'hippodrome de Longchamp en août 1943
     
    A l'hippodrome de Longchamp en août 1943            Les Halles, en 1942
     
     
     
     
     1942  Passants avec l'étoile jaune (obligatoire depuis juin 1942), rue de Rivoli
     
    Passants avec l'étoile jaune (obligatoire depuis juin 1942), rue de Rivoli
     
     
     
    Rue des rosiers (quartier du marais), en août 1942 : A noter le port de l'étoile jaune sur la veste de l'homme au second plan
     
     
    Rue des rosiers (quartier du marais), en août 1942 :
    A noter le port de l'étoile jaune sur la veste de l'homme au second plan
     
     
     
             Le zoo de Vincennes
    Le zoo de Vincennes
     
    Le marché aux puces de Saint-Ouen et ses paneaux de signalisation en Allemand
     
     
    Le marché aux puces de Saint-Ouen et ses paneaux de signalisation en AllemandLes Halles, en juillet 1942
     
    Les Halles, en juillet 1942Un habitant sinistré de Noisy-le-Sec tire une charette sur le pont de la tournelle, suite au bombardement du 19 avril 1944
     
     
    Un habitant sinistré de Noisy-le-Sec tire une charette sur le pont de la tournelle, suite au bombardement du 19 avril 1944
     
     
     
     
    Jardin du Luxembourg, en mai 1942
     
     
    Jardin du Luxembourg, en mai 1942Le cinéma Lux, place de la Bastille. A l'affiche :
     
    Le cinéma Lux, place de la Bastille.
    A l'affiche : "Haut le vent", film de J. de Baroncelli
     
     
     
    L'esplanade du palais de Chaillot
     
     
    L'esplanade du palais de ChaillotRue de Belleville, en 1944
     
     
     
    Une voiture roule au gazogène  
     
     
    Les champs Elysées le 26 août 1944

    Les champs Elysées le 26 août 1944

     

     

     

     

     

     

     

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • La propagande américaine de la Seconde Guerre Mondiale en Kodachrome

     

     

     

     

    Pendant la seconde guerre mondiale les Etats-Unis ont lancé l’Office of War Information, son but était de promouvoir le patriotisme, d’inciter les femmes à rejoindre l’éffort de guerre et de manière générale de présenter la vie sur sol américain sous un jour favorable.


    C’est dans ce cadre que ces photographies ont été réalisées en 4×5″ avec les célèbres films Kodachromes qui leur donnent ces couleurs particulières.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    image: http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2012/06/propagande-usa-guerre-mondiale-kodachrome-38.jpg

     

     

    image: http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2012/06/propagande-usa-guerre-mondiale-kodachrome-39.jpg

     

     

    image: http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2012/06/propagande-usa-guerre-mondiale-kodachrome-40.jpg

     

     

    image: http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2012/06/propagande-usa-guerre-mondiale-kodachrome-41.jpg

     


    En savoir plus sur http://www.laboiteverte.fr/propagande-americaine-en-kodachrome/#zI8YsRgc6QL5fxl6.99

    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  • L'armée polonaise après la campagne de Pologne

     
     
    L'armée polonaise en France.

     
     
    L'armée polonaise , est anéantie, mais pas tout ta fait !
     
    Cinquante mille hommes ont réussie à s'échapper pour rejoindre la France et l'Angleterre pour poursuivre la lutte . Un gouvernement provisoire diriger par le général Władysław Sikorski les commandent. Que restent-ils à ces polonais exiler sinon le désire de mourir en combattant pour leur terre ?

    Armée polonaise reconstituer en France.

    L'armée polonaise après la campagne de Pologne

    L'armée polonaise reconstituée en URSS.


    Le gouvernement en exil, basé d'abord à Paris et ensuite à Londres, est reconnu par tous les gouvernements alliés et, après l'attaque de l'URSS par l'Allemagne, en juin 1941, il établit des relations diplomatiques avec l'URSS qui avait pourtant participé à la destruction de la Pologne aux côtés de l'Allemagne.
     
    Des centaines de milliers de prisonniers de guerre polonais et également d'autres prisonniers et déportés sont libérés et autorisés à quitter le pays par l'Iran.
     
    Ils forment la base de l'armée polonaise du général Władysław Anders que l'on verra combattre dans les rangs alliés à la Monte Cassino en mai 1944, à Arnhem en septembre 1944 et sur d'autres champs de bataille.
     
     
    En avril 1943, les Allemands annoncent qu'ils ont découvert des charniers contenant les corps de
    4 300 officiers polonais à Katyń,
    près de Smolensk.
     
    Les Allemands font appel à la Croix-Rouge internationale pour prouver que ce sont des prisonniers de guerre massacrés par les soviétiques.
     
    À l'inverse, des gouvernements alliés qui ont des raisons diplomatiques que l'on comprend bien, acceptent la version soviétique, ce que réfute le gouvernement polonais en exil.
     
    Cela va entrainer un durcissement dans ses relations avec Staline.
     

    Staline s'empresse alors de mettre sur pied le noyau d'un gouvernement polonais d'obédience communiste et de constituer une Armée polonaise communiste dirigée par le général Zygmunt Berling.
     
    En juillet 1943, cette armée compte 40 000 hommes. C'est à cette date que Sikorski meurt dans un accident d'avion11 près de Gibraltar alors qu'il revenait d'une inspection de ses troupes stationnées au Moyen-Orient. Stanisław Mikołajczyk succède à Sikorski à la tête du gouvernement en exil.
     

    Au cours des années 1943-1944, les dirigeants alliés et en particulier Churchill s'efforcent de réchauffer les relations entre Staline et les Polonais de Londres, mais ils échouent pour plusieurs raisons : le massacre de Katyn et la disparition, depuis l'invasion soviétique de 1939, d'un certain nombre de polonais dans les prisons soviétiques et dans les camps de travail, restent une source de défiance vis-à-vis des intentions soviétiques.
     
    La définition des frontières de l'après-guerre est également une autre divergence. Staline entend bien que les territoires annexés en 1939 restent soviétiques, les Polonais devant se contenter de compenser cette perte en gagnant vers l'ouest aux dépens de l'Allemagne. Malgré les pressions de Churchill, les Polonais de Londres refusent cette proposition. La constitution du futur gouvernement d'après-guerre est le troisième sujet de discorde : Mikołajczyk veut obtenir de Staline qu'il s'engage à ne pas mettre en place un gouvernement communiste.
     
    Or Staline est déterminé à contrôler la Pologne.
     
    En fin de compte, les Polonais restent convaincus que, sur chacun des trois points, les Britanniques et les Américains ont plutôt soutenu Staline.
     

    De 1939 à 1944, les armées polonaises s'illustrent sur différents théâtres d'opérations
     
    Bataille d'Angleterre, Bataille de l'Atlantique, Afrique du nord, Monte Cassino, bataille de Normandie, Falaise, Arnhem, apportant ainsi à l'effort de guerre allié une contribution essentielle dont le gouvernement en exil tente de tirer quelque bénéfice politique, mais l'Armée rouge marche sur la Pologne, ce qui permet à Staline de durcir sa position, en demandant, en plus de la reconnaissance de la Ligne Curzon le renvoi de tous les éléments du gouvernement de Londres hostiles à l'Union Soviétique, ce qui, dans la pratique, aurait inclus le président Raczkiewicz et la plupart des ministres.
     


    Armée polonaise reconstituer en URSS.

    L'armée polonaise après la campagne de Pologne

    Conclusion.

    La résistance polonaise lors de la seconde guerre mondiale a donc un double aspect. D'un part, nous avons une présence militaire au sein des armées alliées, sur plusieurs fronts, à l'Ouest et à l'Est. D'autre part, nous avons une résistance à l'interieur même de la Pologne qui a pris de l'ampleur au fil de la guerre. 

    Général Władysław Eugeniusz Sikorski (20 mai 1881 à Tuszów Narodowy - 4 juillet 1943 à Gibraltar), militaire et homme politique polonais, général et chef des forces armées polonaises, et premier ministre du Gouvernement polonais en exil de 1939 à 1943.
    Władysław Anders (11 août 1892 à Błonie, Pologne - 12 mai 1970 à Londres), général de l'armée polonaise, Chef suprême de l'armée polonaise 1942-1945.
    Tadeusz Bór-Komorowski est un officier général polonais né le 1er juin 1895 à Chorobrow. Le général Komorowski est surtout connu comme commandant en chef de l'armée de l'intérieur polonaise. Il dirigea l'insurrection de Varsovie à l'été 1944. Fait prisonnier le 5 octobre 1944 après la capitulation des insurgés (le 2 octobre). Il est interné dans un camp de prisonniers de guerre, l'oflag 73. Libéré par les alliés en 1945, il part s'installer à Londres ou il termina sa vie le 24 août 1966.

    Texte de : Laguerre-1939-1945
     1 | 
    0 | 
    Partager via Gmail Delicious Pin It

    votre commentaire
  •  

    rennes sous l'occupation

     

    VIE des Rennais durant les quatre années que furent l'Occupation. Il est un regard vivant sur la guerre vue d'une ville de province et sert de témoignage à tous ceux qui n'ont pas connu les souffrances d'une ville sous l'Occupation.

     

    Le 17 juin 1940, des éléments avancés de la Wehrmacht sont à Vitré où ils se heurtent à la foule compacte qui encombre la route nationale.

     

    plaine de baud 1940

     

    Une épidémie de dysentrie accumule les cadavres dans les fossés, et la proximité des premiers chars allemands déclenche des paniques indescriptibles.

     

     

    l

    Survolant ces colonnes lamentables qui fuient sans but, trois chasseurs bombardiers, frappés de la croix noire, passent en hurlant au-dessus de Rennes.


    Après un rapide survol de la ville, ils se jettent sur la gare de triage de la plaine de Baud.

     

    Par une négligence absurde, des trains de réfugiés du Nord voisinent avec des transports de troupes, eux-mêmes entourés par des convois de munitions.

     

    C'est l'un d'eux, chargé de plusieurs tonnes de mélinite, qu'une bombe larguée par l'un des bombardiers viendra frapper de plein fouet.

     

     

    http://www.les-annees-noires.fr/reportages/rennes-occupation/rennes-obseques-mars-1943.html

    En faisant explosion, le train pulvérise les convois placés sur les voies parallèles.


    C'est un spectacle atroce qui s'offre aux yeux des premiers sauveteurs, accourus en toute hâte des ateliers ferroviaires voisins.

     

    Des trois trains littéralement désintégrés par l'explosion, il ne reste plus que des carcasses embrasées et des centaines de corps jonchent le sol constamment secoué par les explosions.

     

     

    http://www.les-annees-noires.fr/reportages/rennes-occupation/rennes-mars-1943.html

     

     

    Malgré les avis, et même les interdictions, des sauveteurs s'emploient à extraire des carcasses déformées, les corps mutilés ou carbonisés de soldats et de civils.

    Bien que le nombre des victimes ne pût jamais être chiffré exactement, le bombardement du 17 juin aura fait plus de 2 000 victimes, pour la plupart non identifiables. Elles seront rapidement enterrées le long du ballast.

    Ces victimes sont des soldats anglais qui venaient de quitter leurs cantonnements de la route de Lorient et leurs dépôts de l'École Saint-Vincent, pour se replier vers l'ouest, dans l'éventualité d'un second Dunkerque, des soldats français du 212e régiment d'artillerie rapatrié de Narvick et des civils de Lisieux qui croyaient avoir trouvé à Rennes la sécurité.

     

    occupation de rennes en 1940

     

    C'est au milieu des explosions qui continuent d'embraser la Plaine de Baud que les Rennais entendent sur « Radio Paris » le maréchal Pétain demander l'Armistice à l'Allemagne.

     

    Les choses vont en se précipitant. Poussant devant eux la masse des réfugiés, les premiers détachements allemands entrent à Rennes dans la matinée du 18.

     

    Ayant pour objectif les bases navales de Lorient et surtout Brest, ils traversent, sans s'arrêter, une ville morte qu'un soleil printanier ne parvient pas à égayer. Quelques heures plus tard, succédant aux « forces d'Invasion », ce sont les troupes d'occupation proprement dites qui font leur entrée dans la ville.


    L'administration allemande, conduite par le major Kruger, installe sa « Platzkommandantur » dans l'aile sud de l'Hôtel de Ville après y avoir fait flotter le drapeau à croix gammée.

    La «Luftwaffe», outre l'aérodrome de Saint-Jacques, jette son dévolu sur le Lycée Chateaubriand, avenue Janvier, où elle y installe un important central de communications et d'écoute.

     affiche allemande en 1940

    La « Wehrmacht », après avoir reçu les armes des troupes françaises encore à Rennes, occupe les diverses casernes et places militaires de la ville, caserne du Colombier, de Guines, camp de la Marne, les arsenaux, Marguerite... etc. 

     


    Aux forces militaires vont s'ajouter la « Gestapo » et le « S.D.», chargés plus principalement du maintien de l'ordre et de la répression.

     

    La Gestapo transfère donc ses bureaux rue de Fougères, d'où elle sévira sur la Bretagne pendant quatre longues années. Les premiers « Feldgendarmes » font leur apparition aux carrefours, les premiers « Ausweiss » aussi. Les premières exécutions ont lieu à la caserne du Colombier pour répondre aux premiers actes d'une résistance sauvage et pas encore organisée.

     

    Des lignes téléphoniques sont détruites, des affiches déchirées, des soldats allemands injuriés et même attaqués ; autant de faits qui prouvent que des hommes refusent déjà l'Occupation comme un fait acquis. 

     

    http://www.les-annees-noires.fr/reportages/rennes-occupation/rennes-mai-1943.html

     


    Dès le début de l'Occupation, se crée « l'Armée de l'Ombre » regroupant ceux qui ont entendu l'appel du général De Gaulle.

     

    Des jeunes Rennais gagnent l'Angleterre pour s'engager dans les Forces Françaises Libres.

     

    De Londres, arrivent des émissaires et des agents de renseignement.

     

    rennes 1941-1942
     

    En janvier 1941, le capitaine de Corvette d'Estienne d'Orves organise un réseau de renseignements à Nantes et à Rennes.

    Sa dernière visite à Rennes sera celle du 20 janvier.

    Le lendemain, il sera arrêté à Chantenay puis fusillé au Mont Valérien.

     


    Plusieurs réseaux de résistance s'organisent alors ; renseignements par messages radio, récupération des aviateurs alliés tombés sur notre sol et leur retour en Angleterre, réalisation de sabotages.


    18 fusillés, 29 morts en déportation, tel est le lourd tribut que paieront les cheminots rennais de « Résistance Fer »

     

    mais c'est plus de 100 fusillés et 600 internés pour l'agglomération rennaise.

     


    La radio française de Londres est écoutée attentivement, malgré les brouillages continuels ; et de nombreux tracts et journaux clandestins sont diffusés pour contribuer à entretenir l'espoir et à fortifier la résolution de ceux qui ne veulent pas céder au découragement.

     

     

    Le couvre-feu, les restrictions, les files d'attente, les contrôles, les réquisitions, images d'une guerre que les Rennais vont supporter pendant quatre ans. Le Gouvernement français, replié en zone libre, installe ses ministères dans les hôtels pour curistes de Vichy. Début novembre 1940, il nommera Rippert, au poste de préfet régional succédant de la sorte à Jouanny.

    C'est dans cette atmosphère grise et froide que l'année 1940 s'achève. Les années qui vont suivre, ne semblent pas y devoir changer grand chose.

     

     

    Les années 1941 et 1942 vont surtout voir la prolifération des cartes et des tickets de rationnement. Il en faut, bien sûr, pour l'alimentation, mais aussi pour les textiles, les chaussures, le charbon, le caoutchouc, le fer, etc...

     

    Vichy met en place un service de « Répartition générale » qui doit apporter une meilleure distribution des denrées devenues rares.

     

    Accompagnant régulièrement les périodes de restrictions et de privations, le marché noir a fait son apparition (et sera responsable de l'enrichissement, pour le moins rapide, de certaines catégories de trafiquants). Pour 500 g d'huile, d'interminables files d'attentes s'allongent sur les trottoirs, les bicyclettes sont de nouveau les petites reines, et les amateurs de l'automobile se déplacent en masse au champ de Mars où la Foire-Exposition leur offrent les tout derniers modèles de gazogènes. 
     

     

    On apprend à se discipliner pour faire la queue aux portes des magasins ou pour s'inscrire dans l'espoir de 100 g de viande ou d'un litre de vin ; on parle coupons, rations, travailleur de force, on calcule, on troque, on revend. C'est l'ère des succédanés et des ersatz, le triomphe des B.O.F. et de la « débrouille ».
    Mais Rennes n'oublie pas.

     

    On n'oublie pas ceux qui croupissent dans les stalags et les offlags d'Allemagne, on n'oublie pas les patrouilles nocturnes et les affiches noires et jaunes qui annoncent les exécutions au Colombier ou à la butte de la Maltière, derrière la poudrière.

     

    On n'oublie pas les bombardements, et chaque fenêtre est soigneusement peinte en bleu ou occulté avec du papier spécial. On creuse des abris sur les principales places de la ville : place Sainte-Anne, Croix de la Mission, dans les jardins de la Préfecture et même dans les pelouses du Thabor.

     

    Recouverts de sacs de sable, de terre, de tôles, de madriers, ils rappellent constamment aux Rennais que, même dans la tranquillité relative dont jouit la ville durant ces deux années, la guerre n'est pas terminée. 


    Quelques alertes ont bien émaillé ces deux années, mais aucun bombardement n'est venu frapper la ville ; seule la base de Saint-Jacques a essuyé plusieurs attaques des bombardiers allié

     

    http://www.les-annees-noires.fr/reportages/rennes-occupation/rennes-1944-espoir.html

     

     rennes bombardee en 1943

     

     

    Il fait un temps printanier magnifique, et les rues de la ville présentent un aspect joyeux et inhabituel.

     

    C'est le Lundi Gras, beaucoup de magasins ont baissé leurs volets de fer, et tout le monde se retrouve sur le Champ-de-Mars où la fête foraine a planté ses stands et manèges.

     

     

    bombardement rennes en 1943 

    C'est au milieu des cris de joie et des flonflons, qu'à 14 h 30, les premières explosions creusent des fossés sanglants dans la foule massée sur l'esplanade.

     

    En moins d'une demi-heure, et sans que les sirènes aient eu le temps de lancer leurs sinistres cris, le Champ-de-Mars n'est plus qu'un champ de Morts. 


    C'est au milieu d'un chaos indescriptible que les premiers sauveteurs, accourus en hâte de tous les coins de la ville, s'acharnent sur les manèges déchiquetés, soulèvent les stands effondrés, dégageant avec beaucoup de précaution les rares survivants.

     

     

     rennes 1943

    Ce sont surtout des enfants en vacances, pour ce Lundi Gras, que les sauveteurs aligneront dans la chapelle ardente dressée dans une baraque en bordure du Champ-de-Mars. Le reste de la ville n'a malheureusement pas été épargné. 

     


    Le noeud ferroviaire de la gare de triage étant, semble-t-il, l'objectif attribué aux forteresses volantes de l'U.S. Bomber Command (commandement américain de l'aviation de bombardement), le quartier de la Gare et la rue Saint-Hélier ont été particulièrement éprouvés. Au bout de la rue Saint-Hélier encombrée de débris, la Société Économique dresse la silhouette carrée de ses entrepôts, rue Monseigneur-Duchesne.

     

    C'est dans les caves de ces entrepôts, qui jouxtent la voie ferrée, que les 71 employés périront, prisonniers dans leur abri incendié. Des centaines de corps meurtris, brûlés, déchiquetés, s'entassent à présent dans les principaux hôpitaux de la ville.

     

    L'Hôtel-Dieu est vite débordé par cet afflut continuel de blessés et bien que ce drame ait dépassé en horreur et soudaineté tout ce que les sauveteurs pouvaient imaginer, les secours s'organisent très rapidement.

     

     

    Les quartiers épargnés envoient leurs équipes de D.P. ; des bénévoles fouillent méthodiquement (au moyen de tiges de fer) les décombres des maisons effondrées, le personnel des hôpitaux, les sapeurs-pompiers, sous les ordres du commandant Dubois, la Croix-Rouge, organisent une évacuation rapide. La ville entière participe au sauvetage et à l'hébergement de ses victimes. 

     


    Outre le quartier de la gare, les quartiers du Cimetière de l'Est, rue de Châteaugiron, et boulevard Villebois-Mareuil d'une part et les rues Ange-Blaise, Ginguené, lb quartier de la T.S.F. établi rue de l'Alma d'autre part, sont le théâtre des mêmes scènes de désolation.

     

    Seuls dégâts aux installations militaires allemandes, le parc d'artillerie de la caserne de Guines et la caserne du Colombier ont été touchés. La propagande allemande et vichyste sauront exploiter au mieux ces fatales erreurs de l'aviation alliée.

     

     

    Obsèques le 11 mars 1943 à Rennes

    C'est dans une ville silencieuse et recueillie que le 11 mars se déroulent les obsèques des victimes de la tragédie du 8 mars.

     

    Le préfet de région M. Jean Quenette, le maire, F. Château, entourés d'une foule de personnalités, président à la cérémonie.

    Le maréchal Pétain et Pierre Laval sont représentés par le ministre d'État Cathala.

     

     

    La foule se réunit tout d'abord place de la Mairie, où les camions transportant les cercueils ont été rangés face au théâtre.

     

     rennes 1943

    Puis le cortège rejoint la place Saint-Pierre où Monseigneur Roques, successeur de Monseigneur Mignen décédé au début de la guerre, doit célébrer l'Office funèbre avant de gagner les cimetières du Nord et de l'Est.

     

     obseques rennes 1943

    C'est entre deux haies de Rennais recueillis et silencieux que le convoi, après avoir suivi les berges de la Vilaine, dépose en terre ses 173 cercueils.

     

    Durant tout le mois de mars les recherches vont se poursuivre dans les décombres, et il ne se passe pas de jour sans que de nouveaux corps soient découverts.

     

    1943 rennes 

     

    Ce sont les volontaires de la D.P. et les scouts qui sont chargés de la difficile tâche d'identification. Le nombre total des corps se monte à plus de 300 dont beaucoup ne seront jamais identifiés. Finalement, Rennes vient de subir son premier mais très dur bombardement.

     

     rennes 1943

    La soudaineté de l'attaque, la destruction d'objectifs sans intérêt stratégique, le massacre de centaines d'innocents laissent au coeur des Rennais un sentiment de colère indignée mélé à de l'inquiétude.

     

    Durant les deux mois qui vont suivre, les alertes vont être pratiquement quotidiennes et la descente à l'abri devient chose courante pour une population maintenant réaliste et disciplinée.

     

    Le 29 mai 1943 à Rennes

     

    Le 29 mai, en fin d'après-midi, les bombardiers de l'U.S. Air Force sillonnent de nouveau le ciel et écrasent le nord de la ville sous un tapis de bombes Le cimetière du Nord est dévasté, tout le quartier alentour bouleversé.

     

    La rue de Brest et les jardins du grand séminaire, le boulevard Marboeuf comptent de très nombreux cratères. Le centre de la ville : les rues Nantaise, le Mail, les rues entourant la place de Bretagne ont été aussi touchés par les bombes soufflantes.

    Comme les mêmes scènes tragiques se déroulent et il est clair que les bonnes volontés ne suppléent pas à un matériel défaillant, il devient urgent de créer une véritable protection de la population.

     

    Le bombardement du 29 mai comptera plus de 220 morts et 300 blessés qui rejoindront les victimes déjà trop nombreuses.
     

     

    La Municipalité va donc décider le déplacement des enfants de la ville vers des régions moins dangereuses.

     

    Le lycée de filles est reconstitué à la Guerche-de-Bretagne, celui de garçons trouva refuge dans le petit bourg de Louvigné-de-Bais. Le 10 juillet, Jean Quénette est remplacé par Philibert Dupart au poste de préfet régional.

     

    rennes mai 1943

     

    Dans le pays qui s'achemine vers sa quatrième année d'occupation, les attentats et les sabotages s'amplifient et touchent à présent tout le pays auxquels les Allemands répondent par des assassinats d'otages de plus en plus nombreux. 
     

     

    1944... Espoir et bombardements

    La fin de l'année 1943 confirme le redressement du bloc allié face à une Allemagne exsangue.

     

    En juillet, les Russes entament la reconquête de leurs sols, les Italiens capitulent le 3 septembre et la Corse est libérée au début du mois d'octobre.

     

    La nouvelle année débute par un remaniement régional. Philippe Dupart quitte son poste, remplacé par Robert Martin.

     

    Les quatre premiers mois de cette année 1944 sont relativement calmes pour la ville qui ne reçoit plus la visite des bombardiers depuis le 29 mai 1943, et la peur des deux précédents bombardements commencent à s'estomper.


    Seule la base aérienne de Saint-Jacques de la Lande, d'où partent les Messerschmidts qui bombardent l'Angleterre, subit les raids d'une aviation alliée, de plus en plus puissante et audacieuse.


    A plusieurs reprises, la population des environs est réquisitionnée afin de remblayer les pistes rendues impraticables par les bombes. Les habitants des communes environnantes : Saint-Jacques-de-la-Lande, Bruz, Chartres-de-Bretagne, Chavagne ont fini par s'habituer tant bien que mal à ces attaques répétées sur les terrains de la « Luftwaffe ».

     


    A Bruz, ce 7 mai est un grand jour. Le petit bourg de 800 habitants fête ses enfants. A la cérémonie religieuse et à la procession de la Communion, succède le traditionnel repas et c'est tard dans la soirée, que Bruz fatigué, s'endort.

     

     

    bruz 1944 

    A 23 h 45, succédant aux hurlements des sirènes, les premières bombes écrasent en moins de 25 minutes la petite localité endormie.

     

    Les explosions ayant cessé, les survivants qui ont tenté de fuir au milieu des gravats et des incendies reviennent sur les lieux. La deuxième vague des bombardiers lourds achèvera les destructions de la première vague.

     

    bruz
    Aussitôt, des communes avoisinantes, on se précipite sur les lieux de la tragédie, et c'est à la lumière des incendies et des projecteurs de pompiers de Rennes accourus en toute hâte, que les premiers blessés sont extraits des décombres.

     

    C'est avec le jour que les sauveteurs bénévoles comprennent l'étendue de la tragédie du petit bourg, il ne reste plus que quelques bâtisses éventrées, serrées contre l'église dont le squelette noirci se dresse dans un ciel merveilleusement bleu.

     

    Le député-maire, le docteur Joly et le docteur Belliard travailleront sans relâche à soulager les victimes dont le bilan s'alourdit d'heure en heure.

     

    Ces deux médecins, dont le courage et l'abnégation forceront l'admiration des témoins du 8 mai, ont perdu toute leur famille dans la tragédie. Des familles entières ont été anéanties.

     

    Au cours des heures qui suivent, près de 200 cercueils sont ainsi alignés dans le choeur de l'église de Chartres-de-Bretagne, où les obsèques seront célébrées par Monseigneur Roques quelques jours plus tard.

     


    La petite ville de Bruz vient de subir son unique bombardement. Unique bombardement, qui la raye de la carte. Les jours qui ont suivi l'anéantissement de Bruz, les alertes sur Rennes vont devenir pratiquement quotidiennes.

     

    http://www.les-annees-noires.fr/reportages/rennes-occupation/rennes-juin-juillet-1944.html

    Même les petites villes et les bourgs de la région ne sont plus à l'abri des raids aériens alliés : Janzé, Bain, Châteaugiron comptent de très nombreuses victimes. Rennes est constamment parcouru par des convois de matériels et d'hommes harassés qui fuient le gigantesque piège qu'est devenue la Normandie.

     


    Afin d'enrayer cette fuite, les chasseurs bombardiers attaquent régulièrement les colonnes qui s'étirent le long des routes.

     


    Le 17 juillet, en plein midi, les cinq coups longs de la sirène précipitent les Rennais dans les caves. Pendant près d'une demi-heure, les vagues se succèdent au-dessus de la ville. L'hôpital psychiatrique de Saint-Méen est sévèrement frappé, plus de 100 corps jonchent la cité, principalement les quartiers Nord-Est de la ville.

     

    Les deux cimetières ont leurs tombes de nouveau bouleversées.

     

     

    Dans la nuit du 5 au 6 juin, prévenus par un message spécial de la B.B.C., des groupes de résistants appartenant au F.T.P. et dirigés par L. Pétri, font sauter les voies ferrées autour de Rennes.

     

    Juin-Juillet 1944 à Rennes

    La nouvelle du Débarquement traverse Rennes comme une traînée de poudre. Dans les files d'attente, on la commente avec vigueur mais prudence et les « bobards » vont bon train.

     

     rennes juin 1944


    Le 7 juin, dès 7 heures du matin, vingt Rennais sont arrêtés à leur domicile et internés comme otages à la prison Jacques-Cartier.

     

    Le 12, ils seront transférés au camp Marguerite, baraque 14, où ils rejoignent d'autres otages.

     

    Le 14 juin, à la suite d'une intervention de Monseigneur Roques auprès du Major Kruger, 7 otages sont libérés.

     

    Les autres seront libérés le 1er août grâce au Professeur Morice.

     

     juin 1944 rennes

    Le 9 juin, entamant la destruction systématique des points stratégiques de Rennes, l'aviation alliée approche en vague serrée.

     

    Trois fois durant la nuit les « Lancaster » et les « Wellington » anglais largueront leurs bombes à la lueur des incendies allumés par la première vague.

     


    Le quartier de la gare et la rue Saint-Hélier ont été de nouveau touchés.

     

    L'église Saint-Germain n'a pas été épargnée et les petites maisons de bois qui garnissaient la place sont incendiées.

     

    Les quais, eux-mêmes, ont subi les déflagrations des bombes de 1 000 livres. Il faudra plusieurs jours aux sauveteurs et à la Défense passive pour retirer plus de 100 cadavres des ruines fumantes.
     

     

    Alors que les opérations de déblaiement se poursuivent, trois jours plus tard, le 12 juin, les B.17 américains reviennent pilonner la voie ferrée et les routes d'accès à la ville, de très nombreux convois allemands transitant par Rennes pour rejoindre la Normandie.

     

    juin 1944 rennes


    Ces jours de bombardements totaliseront près de 180 morts, les blessés engorgeant les hôpitaux qui, eux non plus, ne sont pas à l'abri des bombes.

     

    Le Centre de Pontchaillou a été particulièrement touché à plusieurs reprises.
     

     

    Pendant tout le mois de juin, les alertes succèdent aux alertes, la Plaine de Baud subit toujours aussi régulièrement les bombes américaines le jour, et anglaises la nuit.

     

    Les troupes d'occupation quittent peu à peu la ville, les alliés affermissant leur progression en Normandie.


    Le dimanche 18 juin, quatre ans jour pour jour après l'entrée des Allemands à Rennes, la ville subit un nouveau bombardement.

     

    Très destructeur, s'étalant en larges vagues espacées sur toute l'après-midi, il n'y aura heureusement que peu de victimes à déplorer ; l'alerte ayant été donnée avec suffisamment d'avance pour permettre aux Rennais de descendre aux abris. 

     


    Le mois de juillet qui voit le rapprochement inexorable des troupes anglo-américaines en Normandie, débute à Rennes dans le sang.

     

    En effet, pour assurer un maintien de l'ordre de plus en plus sévère, les 50 miliciens alors stationnés à Rennes sont rejoints par 250 francs-gardes sous les ordres du déjà fameux De Costanzo.


    Ceux-ci intervinrent brutalement à la suite de l'assassinat à Paris,

    de Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à la Propagande.

     

    Dans toute la France, 150 personnalités furent désignées par Vichy et ordre fut donné aux miliciens de les faire disparaître dans la nuit du 30 juin au 1er juillet à titre de représailles.

     

    La population rennaise fût indignée et consternée par ces attentats commis contre des personnes honorables de la ville.


    Pour les habitants, les difficultés augmentent de jour en jour ; aux alertes continuelles, s'ajoutent le manque d'eau, les coupures d'électricité, les communications interrompues et même la pénurie de blé qui oblige les autorités à lancer un appel à la solidarité des agriculteurs.

     

     

    La marche vers la liberté

     

     

    Le 31 juillet, à Pontaubault, se succédant sur le seul pont laissé intact par les Allemands, les chars et les soldats américains se ruent sur la Bretagne.