le rôle trouble d’Eva Peron
Dans la saga d'opérette du pouvoir péroniste, il y a une figure clé. Une véritable madone, érigée en tout cas en tant que telle par son époux, qui ira à sa mort- d'un cancer-jusqu'à faire embaumer son corps (par un médecin allemand !) pour perpétuer un mythe créé de toutes pièces. Le mythe d'une première dame soucieuse des pauvres, dont elle était issue, et qui en fait a été le plus beau "ticket" de contact entre les nazis et l'église catholique, qui avait pris en charge, on le sait, la fameuse "route des rats" pour les extrader d'Allemagne après la guerre. Son rôle exact, des années après, a été mis à jour. Place aux beaux voyages d'Evita, qui cachaient de bien sombres aspects.
Pendant qu'il rêve à ses exploits nucléaires ou aériens, Juan Peron, pour asseoir son pouvoir d'opérette, va en effet, mettre en place une communication visant le petit peuple, où sa seconde femme, midinette actrice de série B, va jouer un rôle prépondérant. Eva Peron, surnommée Evita, l'icône fabriquée pour le peuple mais aussi noyée jusqu'au cou dans les contacts avec les nazis, révèleront des documents cités ici par Georg Hodel, dans son article d'If Magazine, sorti en février 1999.
Un article qui jetait une lumière plutôt crue sur le régime de Peron, et le rôle qu'avait pu y jouer sa femme. "Avec l'Europe dans le chaos et les alliés près de la victoire, des dizaines de milliers de nazis haut placés perdus de vue, qui essayèrent de se mêler aux réfugiés en commençant à tracer ce qu'on a appelé les "rat lines", rappelle l'auteur, qui cite tout de suite l'homme important du régime, un nazi lui aussi : "à la fin de ce voyage en Argentine se retrouvait Rodolfo Freude. Il est également devenu le secrétaire privé de Juan Peron, l'un des principaux bienfaiteurs d'Evita et le chef de la sécurité intérieure argentine".
Bref, en Argentine, celui qui dirigea les services secrets était également un nazi expatrié ! Mieux ou pire encore : "Freude père, Ludwig, a joué un autre rôle clé. En tant que directeur de la Banco Aleman Transatlantico à Buenos Aires, il a dirigé la communauté pro-nazi allemande en Argentine et a agi à titre de gestionnaire de fortune pour des centaines de millions de marks allemands que les principaux collaborateurs du Führer envoyaient en Argentine vers la fin de la guerre". On l'a dit déjà dans cette série d'épisode, ce sont bien les nazis qui organisaient leur fuite, en payant très cher, avec l'argent volé un peu partout en Europe : l'or des nazis a essentiellement servi à acheter leur départ vers l'Argentine.
"En 1946, la première vague de fascistes vaincus était de s'installer dans de nouveaux foyers argentins. Le pays a également été alors en proie à des rumeurs selon lesquelles les sympathisants nazis avaient commencé à demander des comptes à Peron, pour les remercier d'avoir financé sa campagne pour la présidence, qu'il avait remporté avec sa magnifique femme à ses côtés". Peron avait été élu avec une campagne faite de tracts, de slogans publicitaires filmés et de meetings, une des premières du genre sur le continent, qui lui avaient coûté très cher en effet. "En 1947, Peron habitait dans le palais présidentiel argentin et il avait été entendu par des milliers d'autres nazis attendant désespérément de fuir l'Europe. La scène était prête pour l'un des plus troublants transferts par bateaux de l'histoire humaine. Les documents d'archives révèlent en effet qu'Eva Peron s'était portée volontaire pour servir comme émissaire personnelle du général Peron, auprès de ces nazis cachés. Evita était déjà devenue une légende argentine..." Evita Peron, devenue messagère pour les nazis, voilà qui ternit pas mal l'image à l'eau de rose que le pouvoir avait mise en place sur sa personne !
Pour aider son dictateur de mari à se rapprocher de ces chers nazis, Eva Peron va réaliser un tour d'Europe assez étonnant en 1947, appelé le "Rainbow Tour" chez les anglo-saxons. Elle y jouera un rôle d'ambassadrice d'un genre très particulier. L'un des premiers voyages d'Evita Peron à l'étranger est en effet pour aller saluer Franco, le dictateur resté en place après guerre. "En Espagne, Evita aurait rencontré en secret les nazis qui ont fait partie de l'entourage d'Otto Skorzeny, le chef de commando autrichien plutôt fringant, surnommé Scarface en raison d'une cicatrice de duel sur sa joue gauche. Bien que détenu par les alliés en 1947, Skorzeny était déjà le chef présumé de l'organisation clandestine, "Die Spinne" ("l'araignée"), qui a utilisé des millions de dollars pillés dans la Reichsbank pour évacuer clandestinement les nazis de l'Europe vers l'Argentine. Après s'être échappé en 1948, Skorzeny avait mis en place l'organisation légendaire Odessa, ayant misé sur d'autres fonds nazis cachés, pour aider les ex-SS à reconstruire leur vie - et le mouvement fasciste --- en Amérique du Sud."
Le second avait été pour rencontrer le Pape, et le saluer pour ses efforts... pendant la guerre, à réussir à ne pas se fâcher avec le nazisme sans trop perdre la face.
Or un rapport top-secret du département d'Etat rapport de mai 1947 - un mois avant le voyage d'Evita - avait appelé le Vatican "la plus grande organisation impliquée dans le mouvement illégal des émigrés,« y compris de nombreux nazis" .Les principaux ex-nazis tard ayant publiquement remercié plus tard le Vatican pour son aide indispensable".

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"Récemment publiées, des documents d'archives suisses expliquent ce qui se cachait derrière cet enthousiasme.
"Selon la Service de police de Berne, les fichiers sur ses rendez-vous secrets de ce bureau de l'émigration secrète nazie sortaient de la rue Marktgasse, au N°49 au centre-ville de Berne, la capitale suisse. L'organisation était dirigée par trois Argentins - Carlos Fuldner, Herbert Helfferich et le Dr Georg Weiss. Un rapport de police les a décrits comme "110 pour cent nazis". Le chef de l'équipe, Carlos Fuldner, était le fils d'immigrants allemands en Argentine, qui était retourné en Allemagne pour étudier. En 1931, Fuldner avait rejoint les SS, puis a avait été recruté en intelligence étrangère allemande. À la fin de la guerre, Fuldner avait fui à Madrid avec un avion rempli de documents d'art volés, selon un rapport du Département d'État des États-Unis. Il s'installa ensuite à Berne où il se présentait en tant que représentant des transports de l'aviation civile argentine. Fuldner était ur place pour aider la première vague d'émigrés nazie." Carlos Fuldner était en contact direct avec l’évêque argentin, Mgr Antonio Caggiano, qui deviendra cardinal sous Pie XII, l'un de ceux à la tête des "rat lines". Lors de sa première rencontre, Caggiano est accompagné de deux hommes qui disent appartenir une sorte de congrégation secrète appelée la Sainte Alliance, en réalité les services d'espionnages du Vatican. L’un d'entre eux n'est autre que Stefan Guisan, lui même arriva sur place grace à Krunoslav Draganovic, l'autre tête de pont de l'organisation pour faire fuir les rats...
Et on retombe ainsi sur notre visiteur d'hôtel : "L'un des premiers nazis premier à atteindre Buenos Aires par l'intermédiaire des "rat lines" avait été Erich Priebke, un officier SS accusé d'un massacre de civils italiens. Un autre a été croate le leader oustachi Ante Pavefic. Ils ont été suivis par le commandant du camp de concentration Joseph Schwamberger et le médecin sadique d'Auschwitz, Joseph Mengele. Plus tard, le 14 Juin 1951, le navire d'émigrants, "Giovanna C », a transporté l'architecte de l'holocauste Adolf Eichmann en Argentine où il s'est présentécomme un technicien sous un faux nom. Fuldner avait trouvé un emploi à Eichmann chez Mercedes-Benz-Argentine" (c'est là où le mossad l'arrêtera en 1959 !). Priebke, celui à qui notre U-Bootiste passionné avait serré la main à Bariloche ! Décédée d'un cancer à 33 ans, elle n'en n'avait pourtant pas fini avec... le Vatican, la légende argentine. "Son corps a été embaumé et exposé jusqu'à ce qu'un coup d'État militaire ne chasse son mari du pouvoir en 1955. Son corps a alors été secrètement transporté en Italie, à Milan, puis enterré au cimetière Maggior, avec l'assistance du Vatican, sous la fausse identité de Maria Maggi de Magestris.