• PAROLES de RESISTANTS NORMANDS, François GUERIN

     

     

    François Guérin

    Second d’une famille de quatre enfants, Monsieur François Guérin naît en 1926.

    Originaire d’Ile-et-Vilaine, la famille Guérin débarque à Bayeux et achète une pharmacie.

    Agé de dix ans, Monsieur Guérin rentre alors au collège.

    Quelques années plus tard, son père tombe gravement malade . Manquant d’argent, la famille est dans l’obligation de vendre la pharmacie en 1940, après l’arrivée des Allemands.
    Monsieur Guérin quitte pour la première fois le collège en juin 1940.

    C’est alors l’exode massif des populations du nord de la France qui fuyaient devant l’avancée allemande alors que l’armée française était dans une situation de débâcle complète. Un ami de ses parents décide de porter secours aux membres de sa famille établis à Rouen.

      

    La ville est bombardée, les dangers sont nombreux. Il faut fuir.

    Cet ami, ayant des amis dans les Landes, décide de les conduire à Castets. Désirant ne pas revenir en Basse-Normandie seul, il obtient des parents de François Guérin que le jeune homme l’accompagne.


    Le retour fut impossible et les deux jeunes gens se retrouvèrent bloqués trois mois durant dans les Landes. La ligne de démarcation établie, coupe alors la France en deux.

    « C’est à Castets, dans les Landes, que je vis l’arrivée des Allemands… »

    Quand il rentre à Bayeux, après trois mois d’exil, François est animé d’un profond sentiment de « rejet » envers les Allemands.

      

    Son état de collégien l’obligeait à vivre dans des conditions déplorables ; la ville ayant été bombardée, les cours avaient lieu dans l’ancienne prison de Bayeux. Le jeune François « entre » petit à petit dans le mouvement de résistance des collégiens…

     

    Dès le début de la guerre, des membres de la famille de Monsieur Guérin fuient Dunkerque, ville bombardée. Ils ont tout perdu et ont rejoint le flot des réfugiés du nord de la France et de la Belgique, qui partent par tous les moyens possibles.

      

    Arrivés en pleine nuit, en juin 1940, ces cousins durent loger plusieurs mois chez les Guérin, avant de pouvoir trouver un logement près de Bayeux. Ils resteront là toute la guerre… Ils ne sont pas les seuls à fuir en empruntant au péril de leur vie les routes de France : le mécontentement général est alors à son paroxysme.

    Pour Monsieur Guérin, la débâcle générale de mai 1940 fut la première vision de la guerre.

    L’occupation de Bayeux par les Allemands fut très mal perçue et vécue par tout le monde. Les autorités allemandes imposent le couvre-feu général et l’interdiction de se réunir, mesures très désagréables :

      

    Très vite, Monsieur Guérin enfreint ces interdictions : avec quelques-uns de ses camarades, ils se réunissent chez un libraire voisin (qui fut malheureusement déporté), et y écoutent les informations anglaises… Ils sont au courant de l’emplacement de bunkers, des canons, des troupes allemandes…

    Monsieur Guérin devient alors véritablement résistant.

    Parallèlement, son frère aîné opérait avec brio dans le « monde de l’ombre ». Même le jeune François n’était pas au courant des activités secrètes de son frère.

    Grand résistant, il fit des opérations extraordinaires et fabriqua de faux papiers pour les jeunes qui cherchaient à fuir le STO (service de travail obligatoire). A Bayeux, sous la vigilante surveillance allemande, le réseau de résistance Centuries s’étiolait. Son travail était surtout basé sur le renseignement.

    Il exerçait une grande activité en Normandie car il était indispensable pour les Alliés de connaître tous les mouvements des troupes allemandes à proximité du Mur de l’Atlantique…

      

    C’est ainsi que Monsieur Guérin et ses camarades du collège apprennent en Janvier 1943 qu’un avion anglais s’est écrasé sur la côte normande, près de Bayeux. Ils décident alors de rendre hommage au pilote mort en apportant des fleurs au cimetière de Saint Martin-des-Entrées.

      

    Cent quatre-vingts personnes étaient réunies autour de la tombe. Malheureusement, de « bonnes âmes » — ironise François Guérin —, préviennent les Allemands de leur visite et ils se font tous contrôler à la sortie du cimetière…

     

    Deux jours plus tard, Monsieur Guérin, qui a alors seize ans, et quelques uns de ses amis se retrouvent convoqués à la feldgendarmerie et ils passent une nuit à la Kommandantur. Le lendemain, lui et deux jeunes filles, dont Yvonne Lerouge (qui fut déportée le 23 Août 1943 avec Monsieur Guérin, puis incarcérée au camp de Ravensbruck) sont relâchés miraculeusement grâce à l’intervention d’une personne inconnue…

     

    « L’interprète de la feldgendarmerie qui était un client de la pharmacie de mes parents?

     

    Quoi qu’il en soit, je fus relâché après avoir cependant entendu de la Gestapo un sermon menaçant : maintenant, me dirent-ils, vous avez intérêt à vous tenir tranquille, car la prochaine fois, on ne vous relâchera pas… »

     

    A la suite de cette première arrestation et de peur qu’un événement de ce type ne se reproduise, les parents de Monsieur Guérin le retirèrent du collège et prièrent le directeur du Crédit Industriel de Normandie de l’embaucher dans sa société, ce qui se réalisa en mars 1943…

     

    Mais le 23 Août 1943, un lundi matin, au domicile de ses parents, la Gestapo arrêtait de nouveau Monsieur Guérin. « J’étais le premier de notre groupe à l’être. » Bientôt, son ami, Jacques Noé est lui aussi saisi par les Allemands.

      

    A la Kommandantur, ils retrouvent leur amie résistante Yvonne Lerouge.

     

    Que s’était-il donc passé ?…

     

    Jacques Noé avait présenté un jour à François Guérin un de ses anciens camarades qui avait été élevé avec lui au petit séminaire de Caen. L’homme était d’origine polonaise. Il manifesta le désir d’obtenir des faux papiers pour passer la frontière espagnole. Confiants, les résistants Noé et Guérin avaient accepté. Ils présentèrent pour leur plus grand malheur, le Polonais à des amis résistants à Port-en-Bessin qui avaient une filière de passage en Espagne.

    Le Polonais étant un indicateur de la Gestapo, ils se firent tous arrêter…

    A l’époque, chaque indicateur de la Gestapo recevait en moyenne cent francs de l’époque par personne arrêtée…

    Monsieur Guérin fut enfermé un mois dans la prison de Caen, puis il fut interrogé par la Gestapo à la Kommandantur et fut finalement transféré à Fresnes durant un mois encore… Il est ensuite incarcéré au camp de Natzweiler Strutthof en Alsace, le 11 Novembre 1943.

    Monsieur Guérin, fringant jeune homme, n’est plus alors qu’un numéro : 5957.

    L’homme n’existe plus sous l’oeil des tortionnaires, il n’est plus qu’un chiffre parmi tant d’autres.

    Puis, du fait de l’avance des troupes alliées, François fut finalement transféré à Dachau le 5 Septembre 1944, avec son ami aveugle, Arthur Poitevin, professeur de musique, qui avait été arrêté dans la même affaire que Monsieur Guérin… (la larme à l’œil, Monsieur Guérin exprime son émotion par une longue pause dans la narration de son récit et respire lentement..)

    Le 11 Novembre 1943 commença donc le calvaire de la déportation. Monsieur Guérin comprit que son sort prenait un tour plus grave lors de son transfert en Alsace :

    « Arrivés, nous fûmes descendus des wagons à coup de bâtons. C’était la première fois qu’on nous battait. Jamais, on nous avait frappé en prison. »

    L’horreur des camps apparaît dès l’accueil des déportés au Strutthof. Certains compagnons d’infortune de Monsieur Guérin arrivaient épuisés par ce voyage infernal. D’emblée, le chef du camp employait la formule glacée : « ici, si on entre par la porte, on en sort par la cheminée… »

    Monsieur Guérin se souviendra toujours de ce terrible hiver 1943, où au lendemain de leur arrivée au camp de Strutthof, il y avait plus d’un mètre de neige. Pour lui et ses amis, bien qu’ayant cru un instant que leur sort serait meilleur, n’étant pas partis dans un camp en Allemagne, l’enfer commençait.

    « On nous a immédiatement conduits aux douches, où l’on nous a dépouillés de tout ce que nous possédions.

      

    Rasés, tondus complètement, nous reçûmes en échange des guenilles : un pantalon et une veste coupée, qui n’étaient pas rayés dans ce camp-là, mais sur lesquels il y avait des croix pour que l’on ne puisse pas passer inaperçu en cas d’évasion, ainsi que la mention NN (Nacht und Nebel, (Nuit et Brouillard) , façon brutale de dire : destiné à disparaître sans laisser de trace…) peinte sur le dos et sur les manches, un triangle rouge et notre numéro…

    Arrivés à notre bloc, le chef du bloc, un Luxembourgeois, qui offrait pour nous l’avantage de parler français, nous intima de coudre notre triangle et notre numéro sur nos fripes.

      

    Nous devions apprendre par cœur ce chiffre en allemand… », ce qui représentait une tâche bien difficile pour les compagnons âgés de Monsieur Guérin, qui n’avaient jamais appris un traître mot en allemand!

      

    « Nous n’avions plus de noms, nous étions des numéros, des « stucks » comme disaient les Allemands… »

     

    Les conditions de vie au Strutthof, camp d’extermination, étaient terribles. « Un commando nous faisait horriblement souffrir. Nous devions notamment, à proximité des camps, élargir un tunnel, qui était avant-guerre une champignonnière, et qui devait accueillir une usine souterraine »

    Une route menant à ce tunnel devait être empierrée.

      

    Ils le firent, endurant les plus grandes souffrances :

    « les civils que nous rencontrions alors nous jetaient des cailloux. On leur avait dit que nous étions des terroristes…

    Au Strutthof, il n’y avait jamais de repos. Nous étions condamnés aux travaux les plus rudes, et le soir, au bloc, le chef du bloc qui était toujours un droit commun (un voleur, un criminel) continuait les supplices de la journée »

    Monsieur Guérin se souvient des Kapos terribles qui les surveillaient. L’un d’eux, avec lequel il ne fut heureusement jamais en contact, que l’on surnommait au camp le sanglier 1416, et qui était un droit commun, a tué à coups de manche de pioche de nombreuses personnes. Il a fait cela comme ça, sans raison.

      

    Ces gens-là avaient un droit de vie et de mort sur les déportés…

     

    Le Strutthof fut le comble de l’horreur pour Monsieur Guérin. Aujourd’hui, il est le Mémorial national de la Déportation que tout le monde peut visiter.

    Le Strutthof était avant-guerre une station de ski pour les Strasbourgeois qui recherchaient des cures d’air pur !

    .

    Le 5 Septembre 1944, en raison de la progression des Alliés, le camp de Strutthof est évacué. Après deux jours d’un voyage atroce, Monsieur Guérin arrivait à Dachau.

     

    Le voyage s’était déroulé dans des wagons à bestiaux, où cent-vingt déportés étaient entassés, tellement compressés qu’ils ne pouvaient ni s’asseoir, ni s’accroupir!

     

    Deux SS étaient au centre du wagon. Pour Monsieur Guérin, rien ne fut pire que la soif. Si une boule de pain leur avait été remise, aucune boisson ne leur fut accordée, si bien que personne ne put manger quoi que ce soit A l’arrivée, nombreux étaient les compagnons d’infortune de Monsieur Guérin à avoir sombré dans la folie ou à être morts.

     

    —« Si nous n’avions pas eu d’espérance, souligne Monsieur Guérin, nous ne serions pas là. Nous étions une équipe finalement de copains. Individuellement, il était impossible d’avoir l’espoir de sortir vivant du camp, nous vivions ainsi en partageant la minuscule tranche de pain avec les autres, plus démunis, plus faibles, plus malades.

      

    Nous savions pourquoi nous avions été arrêtés et cela nous motivait nous soutenait moralement. Continuer à lutter pour vivre était une façon de poursuivre te combat engagé. »

    Monsieur Guérin arrive au camp de Dachau où on lui retire les guenilles qu’on lui avait données au Strutthof. Au bloc 17, il retrouve par hasard le docteur Michel, médecin-résistant à Bayeux et ami de Monsieur Guérin.

      

    Le docteur Michel est le médecin responsable d’une chambre du bloc 17, une chance pour Monsieur Guérin! Il lui propose, ainsi qu’à son ami de les faire passer pour malades et décide de les faire transférer au bloc des invalides, le bloc 30…

    Mais le bloc 30 est un bloc où il y a surpopulation et donc régulièrement, les SS, les commandos du ciel font des ponctions. Ceux qui en partent ne reviennent jamais…

      

    (« Dans ce bloc, nous constations que régulièrement avait lieu des « transports », c’est-à-dire une sélection en présence d’un médecin SS qui éliminait les plus âgés, les infirmes, les malades qui partaient pour le « Himmel Kommando » »).

      

    Pris de peur, avec un troisième ami, ils décident de repartir de ce bloc en faisant passer leur ami aveugle Arthur pour voyant : « on le faisait marcher à côté de nous, comme s’il voyait ».

    Ils réussirent à être admis au bloc 27. Dans ce bloc 27, François Guérin partage la même chambre avec son ami Arthur Poitevin, Camille Blaisot, ancien ministre, député du Calvados, ainsi que le colonel De Job, interprète d’allemand à la mairie de Bayeux.

    En évoquant le chef de la chambrée, un Arménien, Monsieur Guérin ne peut cacher sa rancœur, son dégoût, sa colère. Le souvenir des injures, des brimades, des souffrances est trop fort Cet Arménien avait surtout pris pour victime Camille Blaisot, « un homme à la tenue exemplaire au camp », que le typhus a finit par emporter en Janvier 1945.

      

    Monsieur Guérin eut finalement beaucoup de chance. En effet, par l’intermédiaire d’un ami détenu qui réparait les postes de radio pour les Allemands, ce qui permettait d’écouter secrètement la BBC, Monsieur Guérin put obtenir son transfert au bloc 14, le bloc des cuisines le 23 Février 1945.

      

    C’était un bloc propre, sans puces, ni poux et surtout, on y donnait à deux par paillasse et non plus à cinq comme dans les autres baraquements !

     

    Ils sont « privilégiés », car outre un repos tranquille, ils peuvent y obtenir une ration de soupe suplémentaire.

    Les mots sont vains pour exprimer la joie profonde qui s’empara de Monsieur Guérin lorsqu’il sut que le 6 juin 1944, les Alliés avaient débarqué en Normandie, à Arromanches.

      

    Arromanches, il connaissait bien, il y avait été souvent car, habitant à Bayeux, il y livrait souvent pour ses parents des médicaments.

      

    Cela représentait alors un privilège exceptionnel car la côte normande était une zone interdite. Les conversations avec les sentinelles allemandes qui lui offraient de temps en temps quelques cigarettes, avaient permis à la Résistance de recueillir certaines informations qui se révélèrent très utiles.

    Pour Monsieur Guérin, c’était un endroit idéal pour le Débarquement car les défenses y étaient quasi inexistantes…

      

    Mais de là à penser que les Alliés y établiraient un port artificiel!…

     

    Le jour de la libération du camp de Dachau, le 29 avril 1945, Monsieur Guérin était toujours au bloc 17. Avec un ami, pour la première fois, ils reçurent un colis de la Croix-Rouge qui

    était en fait destiné à des prisonniers de guerre… En vérité, à cette époque, la Croix-Rouge avait fait pression sur les Allemands en exigeant une réciprocité : la Croix-Rouge s’occuperait des prisonniers de guerre allemands si on lui laissait la possibilité d’envoyer des colis dans les camps de concentration.

      

    Avec la pénurie des moyens de transport, une partie des colis destinés à d’autres camps arrivèrent finalement à Dachau…

      

    Dans ces colis, un trésor : des nouilles !… Monsieur Guérin et ses amis s’en régalèrent après avoir bricolé un réchaud de fortune, pendant que les Américains s’approchaient du camp.

    Monsieur Guérin se souvient très bien du premier soldat américain à être entré dans le camp en passant par-dessus la porte cadenassée : Ce fut une « magnifique jeune femme blonde », Margaret Higgins, reporter de l’armée américaine, accompagnée du soldat américain Kahn israélite et d’un aumônier.

      

    Certains S S dans les miradors résistèrent mais furent finalement tous abattus. Certains avaient eu l’idée de se déguiser en déporté. Monsieur Guérin témoigne : « Le SS Rapportfiihrer du camp a été retrouvé deux jours après aux environs à Dachau. Ramené, il fut ensuite installé sur la tribune au-dessus de la porte du camp. On lui demanda de raconter tout ce qu’il avait fait, ce qu’il fit sans aucun gêne apparente.

      

    Quand il eut tout raconté, il y avait dehors des milliers de cadavres qui n’avaient pu être brûlés parce qu’il n’y avait plus de charbon.

      

    On lui fit transporter les cadavres, sans masque et sans gant.. Au bout de deux jours, il y avait laissé sa peau. Il l’avait bien mérité. »

    A la libération du camp, il y avait un nombre incroyable de déportés malades du typhus, dont Monsieur Guérin. Ce dernier se souvient avoir accompagné certains officiers américains dans les blocs du camp, ils connurent l’horreur en découvrant l’état si squelettique des déportés, et ces soldats se mirent à pleurer comme des enfants…

      

    L’infection était partout.

      

    Progressivement, les Américains aménagèrent les baraquements qui servaient à loger les S S pour y transporter et y soigner les déportés.

      

    Les Américains ne voulaient pas encore les laisser partir en raison des maladies contagieuses. Un ami français du frère de Monsieur Guérin (encore un heureux hasard pour lui…) était chargé deconduire un camion américain de ravitaillement.

      

    Il décida de cacher Monsieur Guérin et quelques autres déportés dans son camion. Il les emmena à 25 Km du camp. De là, ils partirent à pied rejoindre l’armée du général Leclerc.

     

    Finalement, Monsieur Guérin rentra en camion jusqu’à Strasbourg, puis en train jusqu’à Paris.

      

    Enfin, il regagna Bayeux le 15 mai 1945 après 21 longs mois d’absence.

     

    À son arrivée, il tomba gravement malade et se retrouva dans le coma durant 2 mois à cause du surmenage physique et moral vécu pendant ces durs moments d’emprisonnement…

     

    Il eut beaucoup de mal à se réadapter à la vie quotidienne. Il était absolument incapable de reprendre ses études.

      

    Aussi, choisit-il de travailler chez un ami expert agricole, ancien résistant aussi. Il dut s’occuper au lendemain de la guerre de la réquisition des terrains d’aviation anglais de la côte normande. Aidé considérablement par ses proches, il réussit peu à peu à se réadapter à la vie de tous les jours.

    Un peu plus tard il participa aux opérations de déminage en ayant des S S sous ses ordres : « Je n’ai jamais touché un SS, commente-t-il, alors qu’ils ne nous firent pas de cadeaux, même à ce moment-là… Ils tentèrent de s’évader souvent… Si certains sont morts pendant le déminage, cela est dû à leur maladresse. »

      

    Lorsque nous lui avons demandé :

      

    »Que vous inspire le mot tolérance ? »

     

     

    Monsieur Guérin réfléchit un moment, puis répondit calmement qu’il avait toute sa vie durant essayé d’être tolérant.

    La tolérance pour lui, c’est en fait la prise de conscience des risques qu’il prenait en transgressant les interdits. Maintenant, s’il y a bien une chose qu’il ne peut supporter, c’est l’injustice et la privation de la liberté.

     

    Pour lui, deux choses sont très importantes :

      

    la liberté et la démocratie. Et il espère de tout son cœur que toutes les races puissent un jour s’entendre comme lui et ses compagnons s’entendaient dans les camps et se soutenaient mutuellement.

      

    Finalement, Dachau a fait d’eux les premiers européens, tant le cosmopolitisme était grand et l’entraide nécessaire.

      

    « Les Nazis voulurent nous avilir, faire de nous des bêtes…» et Monsieur Guérin de nous exhorter à croire en ce que l’on fait : « il faut s’accrocher, ne jamais se laisser aller dans la vie…

      

    Et avoir des amis » Avec tous ses anciens compagnons de Dachau et Strutthof, des liens indéfectibles se sont tissés, une fraternité sans faille que seule la mort peut interrompre.

      

    Lui même eut pour meilleur ami après la guerre, un soldat autrichien qui avait été enrôlé de force dans l’armée allemande. Il n’a que du mépris pour tous les « négationnistes » qui prétendent, que tout cela n’a jamais existé. « Ceci est inacceptable !…» Monsieur Guérin mise tous ses espoirs sur les ardents défenseurs de la paix mondiale ainsi que sur la nouvelle sagesse que cette guerre a pu engendrer…

      

    Plus jamais ça !…

      

    Ce qu’il a vécu, il ne veut plus jamais le revivre et ne souhaite à personne de connaître de telles souffrances. Il ne veut rien oublier. S’il a connu des moments atroces, il garde aussi en mémoire le souvenir d’heures magnifiques et émouvantes qui resteront à jamais gravées dans son esprit :

      

    Je ne veux rien oublier ; il faut dire ce qui s’est passé sans exagération, sans haine, sans passion, simplement ce que nous avons vécu…

    Propos recueillis et mis en forme par C F et O D, 15 ans

     

     

    https://sites.google.com/site/parolesderesistantsnormands/1-francois-guerin

     

     

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