• "Née de la honte"

     

     

     

    « Née de la honte »

    Enfant d'un Lebensborn et de la guerre froide, Katrine reflète une identité aussi complexe que les années d'après-guerre.

     

    Katrine a grandi en Allemagne de l'Est. En ce début des années 1970, elle vit en Norvège.

    Née d'une liaison entre un soldat allemand SS et une Norvégienne,

    " elle est ce qu'on nomma une « enfant de la honte ».

      

    Quand un avocat, après la chute du mur de Berlin, lui demande de témoigner dans un procès au nom de ces enfants maltraités, Katrine refuse.

    Mais les différentes strates de son passé refont peu à peu surface en elle, révélant une identité complexe, tel un feuilleté temporel : plus le personnage est creusé, que ce soit par sa fille, sa mère, l'avocat, elle-même, plus les secrets remontent et la figure se brouille, se fissure, se perd.

      

    Katrine devient un être palimpseste dont les récits des vies successives nous troublent. Elle est, pleinement, un personnage historique, du moins peuplé d'histoires multiples et contradictoires.

     

    La strate la plus ancienne de son identité prend racine en 1935, avant sa naissance, quand le Reichsführer SS Heinrich Himmler, obsédé par l'idée de pureté raciale, fonde les Lebensborn, ces centres où l'on fait naître et où l'on élève des enfants correspondant à l'idéal type nazi.

     

    A la fin de la guerre, dix ans plus tard,12 000 enfants de Lebensborn ont été procréés, pour la plupart par des SS, avec des femmes qui, y compris dans les pays occupés, correspondaient au type aryen. En Norvège, pays occupé de 1940 à 1945, la politique raciale, eugéniste et nataliste a été particulièrement active.

      

    Himmler considérait en effet le peuple norvégien, « issu des Vikings », comme bien adapté au plan de reproduction aryen. 250 enfants, triés sur le volet, furent directement placés par les nazis dans les Lebensborn allemands entre 1943 et 1945, en particulier à Sonnenwiese, un orphelinat du régime en Saxe, près d'Altenbourg.

      

    Katrine fait partie de ces centaines de bébés « d'élite » devenus, en quelques mois, de la « graine de SS », dont personne, en 1945, ne veut plus. Ayant perdu leur état civil, germanisés, la plupart s'égarent dans les tourments de l'après-guerre.

    Une deuxième strate affleure alors dans la vie de Katrine : celle de sa jeunesse est-allemande, entre guerre froide et éducation « progressiste ». Très tôt, elle a attiré l'attention du ministère de la Sécurité d'État, la Stasi. Comme elle bénéficie de la double nationalité on lui permet de retourner dans son pays d'origine pour retrouver sa mère, à condition de servir le régime en le renseignant.

    Le film de Georg Maas s'appuie sur des faits réels et une politique mise au point par la Stasi. Surveillés de près, ils infiltrent de nombreux pays d'Europe, notamment la Norvège, au cours des années 1970. Actifs quelque temps, ils cessent peu à peu leur mission de renseignement, puis s'évanouissent au moment de la chute du Mur, quand la Stasi détruit leurs dossiers d'archives.

    C'est à ce moment-là que commence D'une vie à l'autre, alors qu'il est impossible pour le spectateur de déterminer la véritable identité de Katrine. Est-elle une « bonne fille » et une « bonne mère » voulant à tout prix oublier un trauma lointain ? Une enfant de l'histoire manipulée contre son gré par une police politique cynique qui s'insinue partout ? Une espionne que rien n'arrête, formée à l'école de l'idéologie de la RDA ?

    La grande intelligence historique et dramatique du film consiste à ne pas choisir, oscillant entre les registres de l'espionnage, du drame familial, de l'enquête sur les secrets du passé et s'imposant in fine comme le dernier rejeton cinématographique - d'autant plus impressionnant - de la guerre froide.

    G. Maas, D'une vie à l'autre ,

    Par Antoine de Baecque
     
     
     
     http://www.histoire.presse.fr/agenda/cinema/vie-a-autre-allemagne-entre-deux-mondes-16-12-2013-80279
     
     
     
    « NE dans un LEBENSBORNNés de Pères Français, en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale »
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