• Le MARCHE NOIR

      

    français sous l'occupation de 1940 à 1945

      

    Providence pour de nombreux Français, le marché noir permettant de vivre comme avant reste le privilège de quelques-uns et toute la masse des ouvriers et petits bourgeois vit de plus en plus mal.

     

    Consacrant près de 70 % de leur budget à l'alimentation, n'achetant que rarement au marché noir, ils économisent principalement sur les vêtements, l'éclairage et le chauffage.

     

     

    première année de l'occupation

     

     

    Pendant la première année de l'Occupation, la société de marché noir se met en place, dans une immense combinaison clandestine qui n'a rien de politique.

    A côté des boutiques qui ont pignon sur rue, s'installe le troc ;

    quiconque a une monnaie d'échange finit toujours par dénicher l'objet ou la nourriture qu'il désire.


    Dans les villes, chaque immeuble a son petit dépôt, chez le concierge, ou chez n'importe qui.

      

    Les commerçants eux-mêmes, s'ils vendent les produits pour lesquels ils paient patente, disposent des marchandises les plus diverses.

      

     

    D'une zone à l'autre, il y a un appel constant :

     

    dans la zone nord, pas de vin, ni d'huile, ni de savon ; dans la zone sud, pas de farine, ni de sucre, ni de pommes de terre, ni de graines four­ragères,

    ni de charbon, etc.

     

    Quand la marchandise manque, apparaît l'ersatz ;

    c'est un mot allemand, car l'Allemagne a été obligée de fournir à ses citoyens des produits de remplacement.

     

    Chez nous, l'Occupation en impose la nécessité :

      

    la saccharine va nous donner l'illusion du sucre et des fabricants plus ou moins véreux vont, à coup de publicité éhontée, se gorger de profits avec des produits qu'ils vendront en réalisant d'énormes bénéfices, car les fonctionnaires du service des prix

    — recrutés au petit bonheur la malchance.

      

    — se laissent duper quant aux coûts de fabrication...

      ou bien se laissent acheter.

      

      

     

    premiere annee de l'occupation

    Les protestations contre I’insuffisance des rations se multiplièrent.

      

    Ainsi, en mars 1941, on lança des tracts dans les quartiers de Ménilmontant et de Belleville, qui mêlaient les premières accusations politiques à la disette: A manger aux Français... A bas le fascisme

    L'organisation du marché noir est la parade indispensable aux ponctions exorbitantes des occupants, masse improductive, jouisseuse, insolente, volontiers abusive. Ainsi comprend-on mieux l'absolution préalable et générale que le cardinal Suhard donne aux pratiquants de ce système individuel :
    «Ces modestes opérations extra-légales, par lesquelles on se procure quelques suppléments jugés nécessaires, se justifient tout à la fois par leur peu d'importance et par la nécessité de la vie. » L'Etat lui-même ferme les yeux : la loi du 15 mars 1942 sur le marché noir précisera : Les infractions qui ont été uniquement commises en vue de la satisfaction directe de besoins personnels ou familiaux sont exemptes de poursuite.

     

    Ils se découvrent des « cousins » qui habitent à la campagne et qui leur envoient des « colis familiaux ». Ces colis sont d'abord admis par le gouvernement sous certaines conditions :

    pas plus de 50 kilos, et ils ne doivent contenir ni farine, ni légumes, ni pommes de terre, ni matières grasses. Ils sont à la base d'un « marché gris », toléré et tolérable !

    le marché noir


    Puis, rapidement, ce « marché gris » vire au « noir » parce que les produits concernés changent... de direction et voisinent dans les paquets avec des produits... défendus.


    Ils ne sont plus réservés à la seule table familiale, ils servent aussi de monnaie d'échange.
    On troque de la matière grasse contre du tabac; du porc contre un cos­tume; on paie le menuisier et le plombier avec du lait, du beurre, des oeufs ou des lapins. Les « colis familiaux » sont l'avant-garde du marché noir.

     

    Paradoxalement en ce temps de pénurie, des épiceries s'ajoutent à celles qui existent et deviennent très importantes. La famille des « Beurre, Œufs, Fromages », des B.O.F. , naît, fait souche; son cercle s'agrandit.
    Elle a un grand appétit. d'argent vite gagné, elle exhibe un luxe tout neuf.

      

    Elle ne discute pas « affaires » dans l'arrière-boutique mais dans les bars des Champs-Elysées.

      


    Un de ses représentants vend, notamment en 1941, 980 kilos de gruyère à 50 francs l'un au lieu de 21 ; 66 kilos de parmesan à 70 francs au lieu de 40... entre autres denrées. Tarifs qui trois ans plus tard paraîtront d'ailleurs bien faibles. Des produits seront vendus jusqu'à trente fois plus cher que leur valeur.
    Les trafiquants cherchent aussi dans le Nord des articles de ménage et des textiles car on ne vend, avec tickets, que du tissu... sans textile, qui a une fâcheuse tendance : celle de se ratatiner à l'humidité.

     

     

     

     

    marche noir

     

     

    La vente des savonnettes, 8 francs l'une, est pratiquée dans la rue... à la sauvette par des vendeurs qui ne se sauvent même plus, par les garçons de café, par les dames des vestiaires... également pourvoyeuses de bas de soie.
    On trouve chez les concierges tout ce qui peut être stocké vingt-quatre à quarante-huit heures : des légumes, des fruits, de la viande, et l'on peut chanter, comme sous le Directoire :

      

    « Le cordonnier vend des rubans et le coiffeur du fromage. »

      


    Le marché clandestin de l'ail se tient au métro Saint-Augustin et celui du tabac à la station Strasbourg-Saint-Denis; on se heurte un peu partout dans les couloirs aux vendeurs d'éponges métalliques, de sucres d'orge, de produits d'entretien, d'enveloppes.


    Les commerçants du marché noir, dit-on, peuvent, dans la rue Robert-Houdin, à Belleville, fournir en un clin d'oeil un repas de noce et habiller le cortège.

     

     

    Pauvres ou riches, tout le monde essaye de se débrouiller et le système D est à l'honneur.
    Les produits de remplacement, les ersatz, tiennent une grande place dans la vie quotidienne.

     

    Le docteur de Pomiane publie un livre de recettes où l'on apprend à faire de la bonne cuisine avec ces fameux ersatz.

     

    On rit beaucoup en lisant dans un journal cette légende dans laquelle une femme répond à son mari qui lui reproche le goût de rose de ses frites :

     

    - Que veux-tu, j'ai eu la chance de trouver un peu de brillantine dans un tiroir...

     

    Marché noir pendant l'occupation

     

     

    On apprend à faire une mayonnaise sans oeufs, avec de la moutarde, de la farine, de l'huile et beaucoup d'eau froide; et du café sans café, avec des graines de lupin, des châtaignes, des glands, des peaux de pommes séchées;

    on sucre le café... sans sucre, avec de la saccharine qui n'est pas toujours de la saccharine, mais une décoction de bois de réglisse;

    on mange du pâté de foie sans foie, qui n'est autre que de la mie de pain étroitement mêlée à de l'oignon et à de la levure;

    on découvre dans le Midi, le millas, sorte de pâte de maïs.

     


    Pendant que les ménagères et leurs familles expérimen-tent ces mélanges inat­tendus d'ingrédients, un diététicien, qui fait autorité, affirme dans un quotidien que la viande n'est pas nécessaire à l'organisme, tandis que sur la page même où il explique ce point de vue, une publicité pleine d'humour involontaire recommande un produit qui permet de maigrir...

      

    tout en mangeant à sa faim ce que l'on veut.


    On fait cuire le ragoût de rutabagas dans la marmite norvégienne qui triomphe depuis que l'usage du gaz et de l'électricité est réglementé; on fume des feuilles d'ortie et de marronnier séchées qui font illusion, et de l'eucalyptus, mais certains, les connaisseurs, préfèrent s'en tenir à la récupération des mégots.

     

     

    Parce que la Wehrmacht ne laisse aux Français que 12 % d'une production de cuir déjà réduite, les énormes semelles de bois des chaussures de femmes ou des galoches des enfants claquent sur l'asphalte.

     

    Les Français ont vécu tant bien que mal pendant l'occupation.

     

    Certains, en exploitant les besoins des autres, se sont enrichis.

      

    On dit que les fortunes prodigieuses, acquises au cours de cette période, n'ont pas toutes tenu après la guerre, et que, leurs bénéficiaires y étant mal préparés, elles ont été dilapidées aussi vite qu'elles se sont faites.

      

    En tait, la majorité a duré et a été socialement consacrée.

     


    Quoi qu'il en soit, le marché noir ayant plus de consommateurs que de producteurs n'a pu qu'appauvrir la grande masse.

      

      

    Il a faussé non seulement les valeurs économiques, mais les valeurs morales.

     

    On se vantait à la maison des « combines » apprises dans la journée et on se promettait d'en profiter.

     

    Des jeunes gens faisaient parfois des « coups » dont ils tiraient argument pour battre en brèche l'autorité des parents honnêtes ou non informés, qui s'escrimaient à des besognes peu rémunératives.

     

    On « considérait », et on était flatté de connaître les nouveaux messieurs issus de tous les milieux, qui régnaient sur le marché noir...

      

    Ce marché qui regorgeait de clientèle, qui pourtant se dérobait à toute publicité, qui était partout et nulle part.

     

     

     

     

     

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