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    On a beaucoup écrit sur la collaboration d'État par ce qu'elle est la plus sensible en premier militaire puis ensuite policière conduisant à une dictature révolutionnaire dont les précédents articles ont montré l'importance sur la vie des Français, mais la question des entreprises collaboratrices semble avoir été mise à l'écart à la libération, et pourtant de nombreuses ont collaborés comme ces grandes entreprises

     

    Renault, Worms, Berliet ou les patrons se sont retrouvés en prison après la libération. Il apparait en effet que le patronat

    a bénéficié d'une certaine indulgence.

     

    Dans les faits, les entreprises Françaises n'avaient probablement pas d'autres possibilités que de collaborer, comment faire autrement pour exister, et pour eux ce fut une source de profits, le Reich payait bien, notre dette de l'armistice revenait sous une autre forme.

     

     

    On peut considérer, en se fiant aux meilleures estimations, qu'un bon tiers de la production industrielle Française ­ et plus de la moitié après la mi-1942 ­ a franchi le Rhin à cette époque. A titre personnel, certains patrons ont été résistants, et la proportion de ceux qui ont rejoint «l'armée de l'ombre» est peu différente, à en croire les statistiques disponibles, de celle que l'on rencontre dans les autres catégories sociales.

     

     

     

    Le Paris des collaborations

    Les Allemands à la Chambre des Députés


    Photographie anonyme, juillet 1940
    © Lapi/Roger-Viollet

    Le Paris des collaborations

    Capitale de la France allemande, Paris a perdu les lieux symboliques de la légitimité nationale. Le Palais de l'Élysée est fermé, la Chambre des députés est occupée par l'administration militaire allemande (MBF) et par la Kommandantur du Gross-Paris, et le Sénat, au Palais du Luxembourg, sert de quartier général à la Luftwaffe.
    Autour du pouvoir national-socialiste gravite un nouveau « Tout-Paris », société composite formée de Français de conviction nazie, d'opportunistes et d'hommes de main parfois libérés des prisons de la République par l'occupant. Des groupes et des partis rémunérés par les Allemands ont pignon sur rue, comme le Parti populaire français de Doriot ou le Rassemblement national populaire de Déat. Ils s'appellent eux-mêmes les collaborationnistes.


    Le gouvernement siégeant à Vichy, il lui faut ouvrir une ambassade à Paris. C'est le rôle de la Délégation générale du Gouvernement français dans les Territoires occupés (DGTO), qui occupe le ministère de l'Intérieur, place Beauvau.

    Présence allemande

    Ceux des ministères qui n'ont pas été réquisitionnés par l'occupant conservent leurs locaux et les ministres font la navette entre Vichy et Paris.
     

    Le ministère de l'Information finance une partie de la propagande.

     

    À regarder ses affiches, la souveraineté du gouvernement de Vichy semble réduite à l'action familiale et sociale. Les moyens de la Propaganda Abteilung sont autrement plus amples. Ils assurent le financement de campagnes d'affiches mais aussi d'expositions imposantes, conçues dans l'esprit et le style nazis.

     

    SOURCES /http://quotidien-parisiens-sous-occupation.paris.fr/chapitre_le-paris-des-collaborations

     

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    En revanche, et c'est ce qui explique l'ampleur des livraisons au Reich, très rares ont été les cas d'entreprises résistantes, comme Hispano-Suiza, célèbre pour ses automobiles, mais surtout fabricant de matériels de guerre, dont les dirigeants, sollicités par les Allemands, ont refusé de travailler pour eux, mettant en péril l'existence même de la société et de son outil de production.

     

     

    L'atelier des usines Berliet à Vénissieux

    berliet.1296723287.jpg

    De la référence les patrons sous l'ocupation

    L'économie Française a donc travaillé presque pour l'Allemagne entre 1940 et 1944 devant s'acquitter d'abord de la dette de guerre fixée par l'armistice de juin 1940, mais pratiquement fixée au cours des ans de façon unilatérale par les Allemands qui établissaient arbitrairement le taux du franc par rapport au mark.

    Les maîtres de l’image

    Cette dette, censée correspondre à l'entretien des troupes d'occupation a été en moyenne de 400 millions de francs par jour, l'équivalent de quatre millions de salaires journaliers d'ouvriers.

     

    L'emploi du terme de «collaboration économique» signifie que la politique prédatrice de l'Allemagne s'est effectuée sous administration Française comme conséquence désastreuse de l'armistice de 1940.

    La collaboration économique pendant l'occupation.

     

    A cette ponction forcée on peut y ajouter le travail des prisonniers de guerre, qui sont 1,5 million à travailler pour l'Allemagne en Allemagne pendant presque toute la durée de la guerre.

     

    En octobre 1940, on comptait en France un million de chômeurs, conséquence de la désorganisation complète de l'économie due à la débâcle. Rapidement après l'armistice, le gouvernement de Pétain décida d'autoriser les entreprises Françaises à accepter des contrats avec les Allemands.

     

    Les commandes Allemandes seront le principal moteur du redémarrage de l'économie Française.

     

    4

    Il est évident que les condamner dans ce cas aurait été un non sens comment donner du salaire, donc de quoi vivre, si les entreprises ferment pour ne pas traiter des affaires avec les Allemands.

     

    Le nombre de chômeurs était descendu à 125 000 en 1942,

    et à la Libération, il était pratiquement nul.

     

     

    De façon générale, avec les indemnités d'occupation, l'Allemagne arrive à faire travailler l'agriculture et l'industrie Française en grande partie pour son compte, en 1943, d'après les statistiques de l'Office central de la production industrielle, 100 % de l'industrie aéronautique, 100 % de la grosse forge, 80 % des BTP, 60 % de l'industrie du caoutchouc travaille pour le compte de l'Allemagne.Henri Rousso note que les chiffres sont probablement surévalués, mais qu'ils donnent un ordre de grandeur correct.

     

     

    Brouillages du quotidien

     

    Brouillages du quotidien

    La réalité en clichés
    Depuis le XVIe siècle, les Cris de Paris et les petits métiers dont ils sont l'expression constituent un réservoir d'images convenues et rassurantes, propres à exprimer la permanence et l'enracinement social du peuple dans l'espace urbain.

     

    Ces stéréotypes contribuent à vider la réalité de toute force transgressive et présente du « petit peuple parisien » une version affadie et rassurante. Ils inspirent durablement la gravure ou la peinture avant de s'exprimer, selon
    des formes naturellement réinterprétées, par la photographie relevant de l'humanisme poétique.
     

     

    Les photographies réalisées à l'instigation des services de propagande de Vichy ou simplement marquées par les valeurs maréchalistes empruntent à ce répertoire convenu pour dire un Paris éternel que rien n'aurait affecté, Paris des humbles, ici figuré par des écoliers, éternels gavroches, sur les escaliers de Montmartre, des pêcheurs à la ligne
    ou la clientèle habituelle des bistrots.

     

    Ces clichés figurent un peuple de petites gens et offrent de la ville une image débonnaire, où le temps ne passe pas. Ils diffèrent de ceux qui donnent à voir ces « touristes pas comme les autres » que sont les soldats d'occupation. Ils participent d'une neutralisation de l'histoire et, par la même, d'une négation de la dureté des temps ainsi que des résistances qu'elle suscite.

     

    Sources - http://quotidien-parisiens-sous-occupation.paris.fr/chapitre_brouillages-du-quotidien

     

     

    Selon l'historien Allemand Eberhard Jäckel, « Au printemps de 1942, 170 000 Français travaillaient sur place dans les services de la Wehrmacht , 275 000 à la construction d'aérodromes et de fortifications comme le mur de l'Atlantique, 400 000 enfin à la fabrication d'armements», 

    Eberhard Jäckel ,

    «La France dans l'Europe de Hitler», Fayard, 1968, p. 320.

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    En outre, entre 1942 et 1944, le commissaire général du Reich pour l'emploi et la main d'œuvre, Fritz Sauckel 

    va exiger que la France envoie deux millions de travailleurs au titre du STO.

     

    Seuls 600 000 partent effectivement, qui s'ajoutent aux 700 000 travailleurs volontaires, volontaires et STO sont plus ou moins bien rémunérés.

     

     

    Selon le général von Senger und Utterlin de la Commission d'armistice Allemande,

    «l'industrie Française des armements de guerre fut remise sur pieds pour les armements Allemands.

     

    Sans le potentiel économique de la France, Hitler n'aurait pas pu faire durer la guerre aussi longtemps.

     

    C'est cela qui fut le grand profit qu'Hitler tira de la conquête de la France».

     

     

    Deux auteurs, Fabrizio Calvi et Marc Masurovsky ,

    montrent dans un ouvrage, Le Festin du Reich, 2006,

     

    que des banques Américaines à Paris «avaient continué à faire commerce avec les nazis pendant toute la guerre» malgré les «lois, ordonnances Américaines réprimant le commerce avec l’ennemi», et qu'elles ne furent guère inquiétées

    par la mission Matteoli.

     

     

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    Lire l'entretien avec Fabrizio Calvi sur Le Festin du Reich, mars 2007.

     

     

    * Louis Renault a été accusé à la Libération de collaboration avec l'armée Allemande. Les usines groupe Renault furent confisquées et nationalisées sous ce motif.
    * Gnome et Rhône fournissait des moteurs d'avions à l'Allemagne.

    Elle fut nationalisée à la Libération pour faits de collaboration et deviendra la Snecma, actuelle société Safran.

     

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    * Berliet
    * En mai 1941, après les premières arrestations de juifs, l'entreprise Photomaton propose ses services à l'occupant,

    «Nous pensons que le rassemblement de certaines catégories d'individus de race juive dans des camps de concentration aura pour conséquence administrative la constitution d'un dossier, d'une fiche ou carte, etc.

     

    Spécialistes des questions ayant trait à «l'identité», nous nous permettons d'attirer particulièrement votre attention sur l'intérêt que présentent nos machines automatiques Photomaton susceptibles de photographier un millier de personnes en six poses et ce en une journée ordinaire de travail», 

    Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera,

    Les Patrons sous l'occupation, Odila Jacob, 1995.


    * Des entreprises du BTP,

     

    comme Sainrapt et Brice, et des cimenteries ont participé à la construction du mur de l'Atlantique.
    * Banque Worms, bien introduite au sein du régime de Pétain, avec notamment Jacques Barnaud, 1893-1962, responsable des relations économiques Franco-allemandes et Pierre Pucheu, une présence qui a entraîné bien des fantasmes, voir la Synarchie.

     

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    La collaboration artistique

    Des hommes du monde du spectacle, par exemple Sacha Guitry, furent un moment taxés de collaboration parce qu'ils avaient, pendant l’occupation, continué à exercer leur métier et avaient entretenu des relations pour le moins cordiales avec l'occupant.

     

    De fait, si nombre d'autres artistes, comme Ray Ventura, avaient émigré à cette époque, un certain nombre d'autres ont, pour reprendre l'expression de Guitry, continué à exercer leur métier, comme tous les autres Français restés sur le territoire national, à la seule exception de ceux qui avaient pris le maquis.

     

    Il n'en reste pas moins que plus d'une personnalité des arts et des spectacles ne manifesta aucun état d'âme particulier à s'afficher régulièrement aux côtés des Allemands, et que ceux-ci furent largement mêlés pendant quatre ans à la vie d'un Tout-Paris pas toujours regardant.

     

     

    Quelques témoignages

    Panneau à l’exposition anti-juive de Paris, octobre 1941. © LAPI / Roger-Viollet 874-11, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

    Je n'ai pu publier cette image, mais vous pouvez la consulter en cliquant sur la référence citée

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    Artistes de music hall rentrant d’Allemagne, Gian Roberte, Ginette Werden-Nello, Rinatis, Suscitio.... Paris. Juillet 1943.

    © LAPI / Roger-Viollet 2152-13, référence, 

    La France pendant la seconde guerre mondiale.

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    Retour d’Allemagne des écrivains Français.

    De gauche à droite, lieutenant Gehrard Heller, Pierre Drieu La Rochelle,

    Georg Rabuse, Robert Brasillach, Abel Bonnard, André Fraigneau et Karl Heinz Bremer. Paris, novembre 1941. © LAPI / Roger-Viollet 533-1, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

    Charles Trenet sous l'occupation

     

     

    La presse collaborationniste

    Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le décret-loi du 26 juillet 1936, décret Daladier, institue un «Commissariat Général à l'Information» qui dépend directement de la Présidence du Conseil. Dirigé par le diplomate Jean Giraudoux

     

    , il est chargé de contrôler les médias et mobiliser l'opinion contre l'Allemagne nazie. Pendant la Drôle de guerre, le commissariat est transformé par le décret du 1er avril 1940 en «Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande » du Ministère de l'Information sur lequel va s'appuyer la collaboration pour faire accepter aux Français la défaite à travers trois médias, France-Actualité pour les actualités cinématographiques, Radiodiffusion nationale et la presse écrite.

     

     

    Les principaux journaux de presse existant alors adoptent trois attitudes, soit ils se sabordent comme

    Le Canard enchaîné, l'Intransigeant, le Populaire ou l'Humanité, soit ils se replient en zone libre dès le 10 juin 1940, essentiellement sur Lyon où existent de nombreuses imprimeries, comme Le Journal, Paris-Soir ou le Figaro, soit ils décident de reparaître en zone Nord, comme Je suis partout ou Le Matin.

     

     

     

    La majorité des titres de la presse collaborationniste en zone occupée étaient subventionnés ou détenus en sous-main par l'ambassade d'Allemagne d'

    Otto Abetz, qui a créé à cet effet les Éditions Le Pont.

     

     

    La presse parisienne est dominée par la personnalité du patron de presse Jean Luchaire .

     

     

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    L'ambassade d'Allemagne exerce principalement la propagande et la Propaganda Staffel se spécialise dans la censure, notamment grâce à ses bureaux en province.

     

    A part les ultra-collaborationnistes, les journalistes agissent plus par opportunisme, appât du gain, ou lâcheté que par idéologie alors que les salaires en France sont bloqués, leurs appointements sont doublés par l'entremise de la Propaganda Staffel.

     

    La presse pétainiste en zone libre soutient majoritairement la politique collaborationniste et antisémite de Pétain en pratiquant l'autocensure car elle est contrôlée par le «Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande» du Ministère de l'Information, dirigé par Paul Marion puis Philippe Henriot.

     

     

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    Des dizaines d'écrivains ou journalistes de renom furent des collaborateurs. Les articles spécialisés permettent de connaître plus en détail la nature des engagements de différents écrivains de renom en faveur de l'occupant ou de la Révolution nationale.

     

     

    * Jacques Benoist-Méchin, historien
    * Henri Béraud, journaliste, écrivain
    * Abel Bonnard, académicien
    * Georges Albertini, journaliste et secrétaire général du RNP
    * Robert de Beauplan, journaliste, écrivain
    * Robert Brasillach, journaliste, écrivain
    * Charles Spinasse, député socialiste et fondateur

    de l'hebdomadaire collaborationniste Le Rouge et le Bleu
    * Louis-Ferdinand Céline, écrivain
    * Paul Chack
    * Jacques Chardonne, romancier
    * Alphonse de Chateaubriant
    * Pierre Drieu La Rochelle
    * Abel Hermant, académicien
    * George Montandon, ethnologue
    * Lucien Rebatet, romancier
    * Camille Mauclair, écrivain
    * Charles Maurras, directeur du journal L'Action française.
    * Maurice Sachs, écrivain, juif, collaborateur.

     

     

    Quelques témoignages

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    «Je suis partout», hebdomadaire politique et littéraire dirigé

    par Robert Brasillach, juillet 1941. © Roger-Viollet 11136-11, référence, 

    La France pendant la seconde guerre mondiale. 

     

     

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    Kiosque à journaux, Paris. © André Zucca / BHVP / Roger- Viollet 37817-2, référence, 

    La France pendant la seconde guerre mondiale.

     

     

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    Vente dans la rue du journal de Jean Luchaire. © André Zucca / BHVP / Roger-Viollet 37809-12, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

     

     

    http://lhistgeobox.blogspot.fr/2011/06/238-pierre-dac-tout-ca-ca-fait-1944.html

     

    http://cinepsy.com/film/panique/#movie-review

     

     

     

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    14 JUIN 1940, l'ARMEE ALLEMANDE OCCUPE PARIS ! 

    Soldats allemands attablés à une terrasse de café à Paris en juin 1940.

    Article paru dans Le Figaro du 2 juillet 1940

    Quelqu'un venant de Paris m'a dit…

    La capitale reste digne et calme sous l'occupation

     

    Quittant Bordeaux, nous venions de sortir de la zone occupée.

    Nous ne croiserions plus sur les routes de colonnes allemandes et, aux carrefours, nous ne verrions plus de soldats feldgrau réglementer la circulation en agitant des petits disques rouges et blancs montés sur une tige comme des écrans japonais.

    Ouf! c'est fini. Nous poussions un profond soupir de soulagement. Le passager que nous avions dans notre voiture hocha la tête.

    -Je sais à quoi vous pensez nous dit-il, vous les avez vu à Bordeaux. Mais moi c'est pire, je les ai vus à Paris.

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    Une partie des troupes allemandes d'occupation stationnant près de l'Arc de Triomphe, le 14 juin 1940.© Ria Novosti




    Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population.

     

    La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France.

    Dès leur arrivée, les Allemands marquent de leur empreinte une ville déclarée ouverte. Pour faciliter la circulation des militaires allemands dans la ville occupée, des milliers de panneaux indicateurs furent installés un peu partout aux carrefours.

     

    Dans la vidéo suivante (muette), la succession d'images hétéroclites, filmées par les services cinématographiques de l'armée allemande, illustre les débuts de

    l'occupation allemande dans la capitale.
     
    Scènes de vie au premier jour de l’occupation (film muet)…

     

     
    Reportage Actualités françaises. Photo AFP / Berliner Verlag / Archiv / DPA-Zentralbild / DPA.

     

    -A Paris ?

     

    Oui, monsieur, à Paris.

    J'en arrive. Comment?

    Pourquoi? c'est une autre histoire.

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    J'étais en mission, et je les ai vus à Paris, oui monsieur, sur nos boulevards, dans nos cafés.

    Cela me paraissait inconcevable.

     

    Je voyais, j'écoutais un homme qui avait vu ce spectacle incroyable.

    -Alors, dites, comment est-ce Paris occupé par les Allemands?

     

    -Vide, triste, silencieux.

    Très peu de circulation dans les rues, mais le métro fonctionne.

    C'est à peu près le seul moyen de locomotion.

     

    Les seules voitures qui circulent sont les autos militaires ou officielles. Mais Paris n'est pas cependant une ville morte. Il vit.

     

    Les magasins sont ouverts ainsi que les cafés.

    Quelle est leur clientèle?

    -Avant tout les Allemands.

     

    Dans les grands magasins les Allemands achètent beaucoup, surtout des objets de luxe, de la lingerie féminine, des parfums.

     

    Des sucreries, de la confiserie, du chocolat aussi.

    Ils paient avec leurs marks estimés 20 francs.

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    Ils se régalent pour pas cher.

    -Et les cafés?

    -Les officiers allemands se sont emparés du Fouquet et de Maxim‘s. Ils y règnent en maîtres. [Ici du texte coupé par la censure].

    Ils se donnent ainsi l'illusion de mener la vie de Paris.

    -Les cinémas?

    -Un certain nombre de cinémas sont ouverts.

     

    Le Marignan est réquisitionné.

    On y projette des films pour les seuls soldats allemands.

    Nous aurions voulu lui demander tant de choses que nous ne savions plus par où commencer.

    -Le ravitaillement, la nourriture?

    -Paris est mal ravitaillé, mais il l'est.

    Le lait est réservé pour les enfants, pour les malades.

    -Ont-ils pénétré dans les maisons?

    -Nulle part, je crois.

    Les grands hôtels ont été réquisitionnés.

    La troupe cantonne dans les monuments publics, dans les casernes.

    -Y a-t-il eu des défilés, des parades?

    -On a raconté beaucoup de choses qui sont fausses.

    Il n'y a pas eu de défilé*.

     

    Seulement une cérémonie sur le tombeau du soldat inconnu et des hortensias bleus par centaines, par milliers, ont été déposés.

     

    Le drapeau à croix gammée a flotté pendant un jour sur l'Arc de Triomphe.

     

    Il flotte encore sur beaucoup de monuments, la Chambre, l'Elysée, etc.,etc.

     

    -Et le chancelier Hitler, s'est-il montré?

    -On m'a assuré que non.

    Hitler prend la pose devant la tour Eiffel le 23 juin 1940. 

    Il serait venu un matin vers 6 heures, à l'Eglise de la Madeleine, du moins c'est le sacristain qui l'affirme, et il ne faut pas croire tout ce qu'on dit**.

    Afficher l'image d'origine 

    Je ne suis resté qu'une demi-journée à Paris.

     

    Je n'ai point pu tout voir, et j'ai entendu raconter beaucoup de choses.

     

    D'une façon générale, j'ai eu l'impression que Paris vivait au ralenti. La nuit tout est éteint à 21 heures, tout s'arrête. J'ai eu l'impression aussi que la Gestapo travaillait activement et surveillait tout en détail.

     

    Prononcer dans un établissement public le mot boche est très dangereux, mais on peut parler des Fritz et des Fridolins.

    -Les civils allemands commencent-ils à arriver?

    -J'ai vu des cars qui amenaient des touristes.

     

    C'étaient les premiers.

    Voilà ce que m'a dit cet homme qui venait de Paris.

    Mon cher Paris, le reverrai-je un jour?...

    Et ce jour-là, quel sera son visage?

     

     

    Par André Warnod

    *Il y a bien eu des défilés et des parades sur les avenues autour de l'Etoile.

     

    **Hitler s'est rendu dans la capitale, discrètement il est vrai, probablement

    le 23 juin 1940 au petit matin.

    Il visite en deux heures non seulement la Madeleine mais également le Palais Garnier, les Invalides, le Panthéon, Notre-Dame, les Halles de Paris, et même le Sacré-Cœur.

     

    Sources

    http://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2015/06/12/26010-20150612ARTFIG00340-il-y-a-75-ans-paris-vivait-les-premiers-jours-de-l-occupation-allemande.php

    http://geopolis.francetvinfo.fr/14-juin-1940-larmee-allemande-occupe-paris-17595

     

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    Ils côtoient la mort pour renseigner Londres,

    pour faire évader des prisonniers,

    pour rapatrier des pilotes,

    pour organiser des sabotages... 

    Ils appartiennent à un réseau.

     

    Des réseaux qui émergent parfois de manière spontanée, par la seule volonté de quelques résistants.

     

    Mais ils dépendent le plus souvent de Londres.

     

    Car de cette capitale de la liberté proviennent les soutiens logistiques et financiers.

     

     

    Londres, où siègent la section française du Special Operation Executive, l'Intelligence Service, le Bureau central de renseignement et d'action.

     

     

    • Saboteur en action.

      Saboteur en action.©MINDEF/SGA/DMPA


     

     

    Les réseaux spécialisés dans le renseignement supposent des organisations de type militaire s'appuyant à la fois sur un quadrillage du territoire français et des liaisons permanentes - radio, aériennes, maritimes


    - avec l'étranger. Les autres réseaux présentent des profils difficilement classifiables.

     

    De la grande filière de passeurs internationaux au réseau local de sabotage. Mais, grands ou petits, les réseaux sont traqués par les Allemands et les Miliciens.

     

    L'automne 1943 est particulièrement tragique :
    16 000 agents tués ou déportés.

     

     

    Relais de la Mémoire :

    Le réseau Comète (Saint-Jean de Luz, Pyrénées Atlantiques)



    Deux jeunes Belges créent le réseau Comète en 1940 pour convoyer de la Belgique à l'Espagne des résistants et des soldats anglais.

     

    Le pays basque s'organise pour accueillir les clandestins.

     

    Et passer les Pyrénées.

     

    Pour en savoir plus : 

     

    Fondation de la résistance(link is external)

     

     

    Source MINDEF/SEDAC et BBDO Corporate
     
     
     
     
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    La COLLABORATION

     

     

     

    Le 30 octobre 1940, six jours après sa rencontre avec Hitler à Montoire,

     

     

    le maréchal Pétain s’adresse aux Français :

     

    « Français, j’ai rencontré jeudi dernier le chancelier du Reich.

     

    Cette rencontre a suscité des espoirs et provoqué des inquiétudes…

     

    Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays.J’en ai accepté le principe ». 

     

    Le maréchal Pétain croit, comme la majorité des Français à cette époque, que la victoire des Allemands est inéluctable et définitive.

     

    Il pense pouvoir améliorer le sort des Français et notamment celui des prisonniers de guerre en collaborant avec l’Allemagne.

     

     

    La Collaboration va prendre deux visages : idéologique et économique. 

      

     

    On a beaucoup écrit sur la collaboration d'État par ce qu'elle est la plus sensible en premier militaire puis ensuite policière conduisant à une dictature révolutionnaire dont les précédents articles ont montré l'importance sur la vie des Français,

     

    mais la question des entreprises collaboratrices semble

    avoir été mise à l'écart à la libération,

     

    et pourtant de nombreuses ont collaborés comme ces grandes entreprises Renault, Worms, Berliet ou les patrons se sont retrouvés en prison après la libération.

     

     

     

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    Il apparait en effet que le patronat a bénéficié d'une certaine indulgence.

     

    Dans les faits, les entreprises Françaises n'avaient probablement pas d'autres possibilités que de collaborer, comment faire autrement pour exister, et pour eux ce fut une source de profits, le Reich payait bien, notre dette de l'armistice revenait sous une autre forme.

     

     

     

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    On peut considérer, en se fiant aux meilleures estimations, qu'un bon tiers de la production industrielle Française ­ et plus de la moitié après la mi-1942 ­ a franchi le Rhin à cette époque.

     

    A titre personnel, certains patrons ont été résistants, et la proportion de ceux qui ont rejoint «l'armée de l'ombre» est peu différente, à en croire les statistiques disponibles, de celle que l'on rencontre dans les autres catégories sociales.

     

    En revanche, et c'est ce qui explique l'ampleur des livraisons au Reich, très rares ont été les cas d'entreprises résistantes, comme Hispano-Suiza, célèbre pour ses automobiles, mais surtout fabricant de matériels de guerre, dont les dirigeants, sollicités par les Allemands, ont refusé de travailler pour eux, mettant en péril l'existence même de la société et de son outil de production.

    L'atelier des usines Berliet à Vénissieux

     

     

    berliet.1296723287.jpg

    De la référenc 

     

    L'économie Française a donc travaillé presque pour l'Allemagne entre 1940 et 1944 devant s'acquitter d'abord de la dette de guerre fixée par l'armistice de juin 1940, mais pratiquement fixée au cours des ans de façon unilatérale par les Allemands qui établissaient arbitrairement le taux du franc par rapport au mark.

     

    Cette dette, censée correspondre à l'entretien des troupes d'occupation a été en moyenne de 400 millions de francs par jour,

     

    l'équivalent de quatre millions de salaires journaliers d'ouvriers.

     

    L'emploi du terme de «collaboration économique» signifie que la politique prédatrice de l'Allemagne s'est effectuée sous administration Française comme conséquence

    désastreuse de l'armistice de 1940.

     

     

    Photo couleur prise lors d'un meeting Nazi en 1930 par un photographe de Hitler 

    1930

     

    La collaboration économique pendant l'occupation.

     

    A cette ponction forcée on peut y ajouter le travail des prisonniers de guerre,

    qui sont 1,5 million à travailler pour l'Allemagne en Allemagne pendant presque toute la durée de la guerre.

     

    En octobre 1940, on comptait en France un million de chômeurs, conséquence de la désorganisation complète de l'économie due à la débâcle.

     

    Rapidement après l'armistice, le gouvernement de Pétain décida d'autoriser les entreprises Françaises à accepter des contrats avec les Allemands.

     

    Les commandes Allemandes seront le principal moteur du redémarrage de l'économie Française.

     

    Il est évident que les condamner dans ce cas aurait été un non sens comment donner du salaire, donc de quoi vivre, si les entreprises ferment pour ne pas traiter des affaires avec les Allemands.

     

    Le nombre de chômeurs était descendu à 125 000 en 1942, et à la Libération, il était pratiquement nul.

     

     

     

    De façon générale, avec les indemnités d'occupation, l'Allemagne arrive à faire travailler l'agriculture et l'industrie Française en grande partie pour son compte, en 1943, d'après les statistiques de l'Office central de la production industrielle, 100 % de l'industrie aéronautique, 100 % de la grosse forge, 80 % des BTP, 60 % de l'industrie du caoutchouc travaille pour le compte de l'Allemagne.Henri Rousso note que les chiffres sont probablement surévalués, mais qu'ils donnent un ordre de grandeur correct.

     

    Selon l'historien Allemand Eberhard Jäckel,

     

    « Au printemps de 1942, 170 000 Français travaillaient sur place dans les services de la Wehrmacht , 275 000 à la construction d'aérodromes et de fortifications comme le mur de l'Atlantique, 400 000 enfin à la fabrication d'armements», Eberhard Jäckel ,

     

    «La France dans l'Europe de Hitler», Fayard, 1968, p. 320.

     

    En outre, entre 1942 et 1944, le commissaire général du Reich pour l'emploi et la main d'œuvreFritz Sauckel va exiger que la France envoie deux millions de travailleurs au titre du STO.

     

    Seuls 600 000 partent effectivement, qui s'ajoutent aux 700 000 travailleurs volontaires, volontaires et STO sont plus ou moins bien rémunérés.

     

     

    Selon le général von Senger und Utterlin de la Commission d'armistice Allemande,

    «l'industrie Française des armements de guerre fut remise sur pieds pour les armements Allemands. Sans le potentiel économique de la France,

     

    Hitler n'aurait pas pu faire durer la guerre aussi longtemps.

     

    C'est cela qui fut le grand profit qu'Hitler tira de la conquête de la France».

    Deux auteurs, Fabrizio Calvi et Marc Masurovsky , montrent dans un ouvrage, Le Festin du Reich, 2006, que des banques Américaines à Paris «avaient continué à faire commerce avec les nazis pendant toute la guerre» malgré les «lois, ordonnances Américaines réprimant le commerce avec l’ennemi», et qu'elles ne furent guère inquiétées par la mission Matteoli.

     

    Lire l'entretien avec Fabrizio Calvi sur Le Festin du Reich, mars 2007.

     

     

    * Louis Renault a été accusé à la Libération de collaboration avec l'armée Allemande.

     

    Les usines groupe Renault furent confisquées et nationalisées sous ce motif.
    * Gnome et Rhône fournissait des moteurs d'avions à l'Allemagne.

     

    Elle fut nationalisée à la Libération pour faits de collaboration et deviendra la Snecma,

    actuelle société Safran.
    * Berliet

     


    * En mai 1941, après les premières arrestations de juifs, l'entreprise Photomaton propose ses services à l'occupant,

     

    «Nous pensons que le rassemblement de certaines catégories d'individus de race juive dans des camps de concentration aura pour conséquence administrative la constitution d'un dossier, d'une fiche ou carte, etc. Spécialistes des questions ayant trait à «l'identité», nous nous permettons d'attirer particulièrement votre attention sur l'intérêt que présentent nos machines automatiques Photomaton susceptibles de photographier un millier de personnes en six poses et ce en une journée ordinaire de travail», Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Les Patrons sous l'occupation, Odila Jacob, 1995.


    * Des entreprises du BTP, comme Sainrapt et Brice, et des cimenteries ont participé à la construction du mur de l'Atlantique.
    * Banque Worms, bien introduite au sein du régime de Pétain, avec notamment Jacques Barnaud, 1893-1962, responsable des relations économiques Franco-allemandes et Pierre Pucheu, une présence qui a entraîné bien des fantasmes, voir la Synarchie.

     

    La collaboration artistique

    Des hommes du monde du spectacle, par exemple Sacha Guitry, furent un moment taxés de collaboration parce qu'ils avaient, pendant l’occupation, continué à exercer leur métier et avaient entretenu des relations pour le moins cordiales avec l'occupant.

     

    De fait, si nombre d'autres artistes, comme Ray Ventura, avaient émigré à cette époque, un certain nombre d'autres ont, pour reprendre l'expression de Guitry, continué à exercer leur métier, comme tous les autres Français restés sur le territoire national, à la seule exception de ceux qui avaient pris le maquis.

     

    Il n'en reste pas moins que plus d'une personnalité des arts et des spectacles ne manifesta aucun état d'âme particulier à s'afficher régulièrement aux côtés des Allemands, et que ceux-ci furent largement mêlés pendant quatre ans à la vie d'un Tout-Paris pas toujours regardant.

    Quelques témoignages

    Panneau à l’exposition anti-juive de Paris, octobre 1941. © LAPI / Roger-Viollet 874-11, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

    Je n'ai pu publier cette image, mais vous pouvez la consulter en

    cliquant sur la référence citée

    img108.1297682354.jpg

    Artistes de music hall rentrant d’Allemagne, Gian Roberte, Ginette Werden-Nello, Rinatis, Suscitio.... Paris. Juillet 1943. © LAPI / Roger-Viollet 2152-13, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

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    Retour d’Allemagne des écrivains Français. De gauche à droite, lieutenant Gehrard Heller, Pierre Drieu La Rochelle, Georg Rabuse, Robert Brasillach, Abel Bonnard, André Fraigneau et Karl Heinz Bremer. Paris, novembre 1941. © LAPI / Roger-Viollet 533-1, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

     

    Charles Trenet sous l'occupation

     

    La presse collaborationniste

    Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le décret-loi du 26 juillet 1936, décret Daladier, institue un «Commissariat Général à l'Information» qui dépend directement de la Présidence du Conseil. Dirigé par le diplomate Jean Giraudoux, il est chargé de contrôler les médias et mobiliser l'opinion contre l'Allemagne nazie.

     

    Pendant la Drôle de guerre, le commissariat est transformé par le décret du 1er avril 1940 en «Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande » du Ministère de l'Information sur lequel va s'appuyer la collaboration pour faire accepter aux Français la défaite à travers trois médias, France-Actualité pour les actualités cinématographiques, Radiodiffusion nationale et la presse écrite.

    Les principaux journaux de presse existant alors adoptent trois attitudes, soit ils se sabordent

     

    comme

     

    Le Canard enchaîné, l'Intransigeant, le Populaire ou l'Humanité, soit ils se replient en zone libre dès le 10 juin 1940, essentiellement sur Lyon où

    existent de nombreuses imprimeries, comme

     

    Le Journal, Paris-Soir ou le Figaro, soit ils décident de reparaître en zone Nord, comme Je suis partout ou Le Matin.

     

    La majorité des titres de la presse collaborationniste en zone occupée étaient subventionnés ou détenus en sous-main par l'ambassade d'Allemagne d'Otto Abetz, qui a créé à cet effet les Éditions Le Pont.

    La presse parisienne est dominée par la personnalité du patron de presse Jean Luchaire . L'ambassade d'Allemagne exerce principalement la propagande et la Propaganda Staffel se spécialise dans la censure, notamment grâce à ses bureaux en province.

     

    A part les ultra-collaborationnistes, les journalistes agissent plus par opportunisme, appât du gain, ou lâcheté que par idéologie alors que les salaires en France sont bloqués, leurs appointements sont doublés par l'entremise de la Propaganda Staffel.

     

    La presse pétainiste en zone libre soutient majoritairement la politique collaborationniste et antisémite de Pétain en pratiquant l'autocensure car elle est contrôlée par le «Secrétariat d'État de l'Information et de la Propagande» du Ministère de l'Information, dirigé par Paul Marion puis Philippe Henriot.

     

    Des dizaines d'écrivains ou journalistes de renom

    furent des collaborateurs

     

    Les articles spécialisés permettent de connaître plus en détail la nature des engagements de différents écrivains de renom en faveur de l'occupant ou de la Révolution nationale.

     

     

    * Jacques Benoist-Méchin, historien
    * Henri Béraud, journaliste, écrivain
    * Abel Bonnard, académicien
    * Georges Albertini, journaliste et secrétaire général du RNP
    * Robert de Beauplan, journaliste, écrivain
    * Robert Brasillach, journaliste, écrivain
    * Charles Spinasse, député socialiste et fondateur de l'hebdomadaire collaborationniste Le Rouge et le Bleu
    * Louis-Ferdinand Céline, écrivain
    * Paul Chack
    * Jacques Chardonne, romancier
    * Alphonse de Chateaubriant
    * Pierre Drieu La Rochelle
    * Abel Hermant, académicien
    * George Montandon, ethnologue
    * Lucien Rebatet, romancier
    * Camille Mauclair, écrivain
    * Charles Maurras, directeur du journal L'Action française.
    * Maurice Sachs, écrivain, juif, collaborateur.

     

     

    Quelques témoignages

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    «Je suis partout», hebdomadaire politique et littéraire dirigé

    par Robert Brasillach, juillet 1941. © Roger-Viollet 11136-11, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale. 

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    Kiosque à journaux, Paris. © André Zucca / BHVP / Roger- Viollet 37817-2, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

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    Vente dans la rue du journal de Jean Luchaire. © André Zucca / BHVP / Roger-Viollet 37809-12, référence, La France pendant la seconde guerre mondiale.

    La suite 53 portera sur le Service du Travail Obligatoire.

     

     

     

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  • JACK GONET

    LE TEMPS DES DORYPHORES

    Souvenirs d'un enfant méruvien pendant

    la seconde guerre mondiale 1940-1945

    Chapitre premier

       J'avais à peine sept ans et pour moi la guerre n'était qu'un mot qui revenait souvent dans la conversation des mes parents, mon grand père était volubile sur ce sujet, il écoutait avec attention le " communiqué " sur une vieille T.S.F. qui datait de son fils Paul qui avait été

    établi radio-électricien dans la ville.

      Ce mot qui n'avait aucune signification pour moi, sonnait mal dans mes oreilles juvéniles, et ce n'est que ce jour de Mai de l'année 1940 alors que l'aviation allemande bombardait un train de munitions stationné en gare de Méru que je pris conscience de cette réalité.

    Les explosions résonnaient dans mes oreilles, les vitres des maisons de la rue d'Andeville

    tombaient avec fracas sur les trottoirs.

    Les déflagrations étaient puissantes et se succédaient à un rythme obsédant, je me mis à pleurer, à hurler de frayeur, je ne pensais qu'a sortir de la boutique de mon grand-père qui était quincaillier dans ce quartier, j'appelais mon oncle d'Argenteuil qui possédait une petite voiture,

    une Simca 5, pour qu'il m'emmène ailleurs au delà de cet enfer.

      Mon grand-père Paul, vêtu de son traditionnel bourgeron noir, binocles sur le nez, tenait avec sérieux, me semblait-il, son petit négoce de fil de fer, de clous, il appelait cela des " pointes " ou encore des semences, suivant la taille, il faisait aussi commerce de grillages, de bassines des toutes formes et aussi d'outils qu'il présentait dans deux petites vitrines.

      Quand le bombardement fut terminé, que les munitions du train furent épuisées, les hommes du quartier sortirent tous de leur précaire abri: la cave, et se dirigèrent vers les bistrots du quartier, il n'en manquait pas dans le coin:

    Dumont à l'angle de la rue Boudeville, qui faisait aussi épicerie, Hattin, un peu plus loin, et puis le café de la piscine, celui du parc et un autre un peu plus haut face à l'industrie.

     

    C'est chez la mère Dumont que j'accompagnais mon grand-père, autour des " canons " voire des " chopines ", les commentaires allaient bon train, il fut question de l'arrivée des troupes allemandes, les " boches ", des sévices qu'ils faisaient subir aux femmes et aux enfants, quand aux hommes ils étaient immédiatement fusillés.

      Pendant ce temps mon père qui avait été réformé pour maladie, avait été malgré cela mobilisé pour servir une pièce de D.C.A. prés de Chartres, à Morençay, j'étais seul avec mon grand-père et ma mère, qui occupait un petit emploi à la fabrication d'aiguilles à tricoter à l'industrie méruvienne.

      La décision fut vite prise: il fallait quitter le pays, cacher plus loin les femmes et les enfants, l'exode était à l'ordre du jour, les hommes surchauffés par les événements et par les consommations de demi-settiers élaboraient les départs, les destinations, et surtout les moyens de locomotion.

     

    Mon père avant de partir servir la patrie était employé dans l'usine Romec à Hénonville qui fabriquait des obus, fut rappelé par son patron qui voulait déménager son usine avant que n'arrivent les allemands, quand à moi il fut décidé que partirais avec ma grand-mère et ma cousine chez une tante qui habitait prés de Paris, j'y serai en sécurité près de mon oncle qui était ancien combattant de la grande guerre.

      Quand à mes parents, ils partiraient en Bretagne avec la voiture d'un boulanger méruvien, le " père Cocquillon " qui suivrait avec une deuxième voiture, et tous iraient se terrer dans la profonde campagne bretonne, à Liffré un petit village près de Rennes où sa soeur tenait une ferme.

     

    La gare de Méru en ruines était bien sur inutilisable, mon grand-père décida d'aller prendre le train pour Paris à Laville tertre où il y avait une gare. Nous voilà partis à pieds avec quelques bagages sur la bicyclette du grand-père avec ma grand-mère Berthe et ma cousine Paulette, la route me semblait longue et monotone, par bonheur un industriel de Méru, monsieur Angot au volant d'une petite camionnette Peugeot, s'arrêta à notre hauteur et proposa, la voiture étant petite, de m'emmener moi et ma grand-mère jusqu'à Laville tertre ou nous attendrons le reste de la troupe.

     

    La nuit était tombée à leur arrivée et le prochain train était pour le lendemain matin, mon grand-père décida de passer la nuit dans une maison de la famille, d'un cousin de son épouse, il fallut casser un carreau, n'ayant bien sûr pas de clé, ce qui me révolta et me mis en larmes, c'est la guerre grommela mon grand-père pour me rassurer.

      Je revis mon père le lendemain matin quand il vint rechercher Paul avec la voiture du père Cocquillon, il nous déposa à la gare qui était à l'écart du village, destination Paris puis Vincennes en banlieue. Pendant ce temps les hommes préparaient l'exode vers la Bretagne, puis au retour ils racontèrent: Le boulanger qui avait une bonne cave, après s'être constitué une provision pour le voyage, sortit ses bonnes bouteilles sur le trottoir et les offrit aux soldats de passage qui fuyaient vers le sud et aux passants, la gendarmerie et les services administratifs étaient déjà partis. Ce fut un cultivateur méruvien resté sur place pour sauvegarder son cheptel qui " accueillit " les troupes allemandes, le maire de l'époque, Marcel Coquet étant à l'armée.

     Je n'ai que peu de souvenirs de mon séjour chez ma tante à Vincennes. A l'arrivée des Allemands, les Boches, disait-elle, nous étions avenue de Paris, refusant de voir et d'entendre la parade des occupants en m'entraînant sous une porte cochère elle se mit à pleurer en tournant le tête, moi j'étais plutôt admiratif, devant ces uniformes impeccables, la musique ronflante, leur manière de marcher au pas de l'oie m'étonnât.

     

    Un autre souvenir me fut pénible, le jour de la déclaration de guerre des Italiens envers la France, une foule imbécile saccageât le magasin d'un petit épicier italien qui était là depuis vingt ans.

      Après un bon mois d'exil dans la banlieue de la capitale, il fallut bien revenir à Méru, à mon regret car je me trouvais bien dans cette grande ville, les commerces encore bien approvisionnés me changeaient de la boutique de la mère Dumont.

     

    René le fils de ma tante me fit découvrir Paris et me sortait au cinéma. Un beau matin mes parents vinrent me chercher, je quittais sans plaisir l'appartement de la rue des Meuniers et me voila de retour rue d'Andeville. Finalement notre petit logement n'avait pas été " visité ", j'y retrouvais mes jouets, mon cartable d'écolier toujours à la même place, pendu au portemanteau, j'oubliais vite Vincennes et ses beaux magasins.

     

    Le commerce de mon grand-père avait été pillé, il ne restait pas grand chose du contenu des vitrines, le matériel ménager était parti et avait fait les choux-gras ce ceux qui n'avaient pas fuient comme nous. Nous allions devoir nous habituer à la présence des allemands, nous nous installions dans l'occupation.

      Finalement la première impression que nous faisait les " boches " était assez bonne, vêtus d'uniformes bien coupés, surtout ceux des gradés, une politesse presque obséquieuse, la distribution quotidienne de nourriture, soupe et pain noir, faisait que pendant les premiers jours les adultes acceptaient cette contrainte, je ne le compris qu'un peu plus tard, des sous entendus prétendaient que certaines femmes aux moeurs dites légères succombaient facilement au prestige de l'uniforme.

     

    Chaque soir donc la soupe était distribuée à la porte des " cantonnements ", généralement des bâtiments réquisitionnés par l'organisation des troupes., les parents sûrement gênés d'aller mendier de la nourriture aux envahisseurs envoyaient leurs enfants, qui devaient avant de recevoir leur ration présenter des mains propres aux ongles récurés, sinon pas de soupe !

      Les officiers s'étaient installés dans les maisons bourgeoises vides, comme l'immeuble Fessart(*) et en avaient fait leur " kommandantur ".

    D'autres, les plus belles, faisaient office de cantonnement, rue Voltaire, rue de la République, Virhally, une ancienne brasserie rue Charles Boudeville et aussi le château de Sandricourt.

     

    Les soirées étaient occupées avec des voisins au récit de l'exode vers la Bretagne, les lapins dans une cage, les ponts que le génie des armées françaises dynamitait après leur passage pour retarder l'ennemi, les campements sur la route à la belle étoile avec les lapins qu'on sortait de la cage et qu'il fallait attacher par une patte, le voyage qui aurait du se faire en deux jours prit presque une semaine, les avions de l'armée allemande mitraillaient les colonnes de réfugiés, il y eu beaucoup de morts et de blessés sur les routes.

     

    Bref ce fut pour tous un soulagement que de retrouver le calme dans la campagne bretonne, où la nourriture était encore copieuse, le bon cidre servi à tout moment pour étancher les soifs dues aux travaux des champs auxquels ils participaient, la guerre était presque oubliée, ce fut un séjour mémorable duquel ils gardèrent de bons souvenirs.

    L'emplacement est maintenant occupé par la Poste, l'immeuble à été conservé tel quel.

     

    Chapitre deuxième

      Les réactions des méruviens commencèrent à être plus hostiles aux occupants quand ceux ci devinrent plus exigeants, ils réquisitionnaient davantage de locaux, de cantonnements, l'école Voltaire et en général toutes les maison vides de la localité. La nourriture allait être rationnée, de même que le carburant pour les automobiles était réservé aux services d'urgence.

     

    La résistance pointait le bout de son nez d'autant que ceux qui possédait la " T.S.F. " avaient entendu, malgré le brouillage, le message d'un certain général De Gaulle, depuis Londres qui incitait les citoyens à désobéir au chef de l'état, le maréchal Pétain, il incitait les volontaires à le rejoindre outre Manche, ou à mettre en place des réseaux de résistance.

      Il fallait reconnaître que tout était organisé de main de maître par l'état major allemand, l'organisation Todd responsable du génie et des travaux et dont les soldats étaient vêtus de kaki, était installée dans une usine désaffectée du centre ville, les "machines automatiques ",

    autrement dit la maison Leroy qui fabriquait des machines pour l'industrie du bouton.

    L'organisation Todd occupe l'usine abandonée "les machines automatiques de Méru"

      L'hôtel du centre avait été vendu par son propriétaire, Clotaire Carpentier, pour en faire une sorte de maison close, le "Pouf ", qui recevait les " vert de gris " en mal d'affection, avec la participation de dames méruviennes fort à l'aise dans cet emploi.

     

    La direction sanitaire militaire exigeait que ces dames soient en bonne santé, aussi chaque semaine un bon docteur de la ville auscultait celles-ci dans un local de la rue Pasteur, aux anciens hospices, où se tenait l'atelier municipal et où mon père venait d'être embauché,

     

    l'usine d'Hénonville ou il travaillait à fabriquer des obus étant fermée par la volonté de son patron Monsieur Romec qui ne voulait par fournir de munitions aux allemands.

      Il devenait de plus en plus difficile de se procurer de la nourriture convenable, les distributions de soupe par la troupe avaient cessé, ce n'était, disait ma mère, que de la propagande, aussi il fut décidé de louer un jardin, près du passage à niveau de la route de Beauvais, mon père citadin de la région parisienne, n'était pas expert dans ce genre d'exercice,

     

    c'est mon grand-père qui prit la direction de l'affaire, près de la cabane en tôle, il me réservât un petit coin pour y faire pousser des fleurs, ce coin de terre devint le lieu des occupations du Dimanche après-midi et de certaines soirées.

     

    A nous les semis, le désherbage, le sarclage, la chasse aux doryphores sur les plants de pommes de terre, un insecte destructeur, qui disait-on était venu dans les bagages des occupants, c'est ainsi que nous les surnommions entre nous.

      A l'école il était organisé des collectes de ces horribles bêtes puantes, nous en remplissions des bouteilles qui étaient ramassées en classe, puis celles-ci étaient brûlées pour éviter qu'elles ne prolifèrent. Il fallait aussi aller à la chasse aux engrais naturels, crottin de cheval que nous ramassions dans les rues, après le passage des voitures de livraison, bouses de vaches,

     

    l'idéal pour repiquer les poireaux, il fallait beaucoup d'effort pour enfin voir pousser nos légumes, mais quel bonheur de les trouver sur la table et quelle leçon de choses.

     

    Place du jeu de paume, classe de Georges Cresson .

      Mon père, qui donc travaillait comme employé municipal sous le mandat de Marcel Coquet, un dauphin de l'ancien maire Bebert Dégremont, était chargé entre autres taches, de mettre en place les cantonnements que la ville devait aux occupants.

     

    Pendant l'absence de ceux-ci, il m'était possible de l'accompagner, et de profiter, en cachette, des fruits des vergers de ces maisons bourgeoises abandonnées par leurs propriétaires partis en " zone libre " ou à l'étranger.

      Quoique difficile, avec le manque de matières premières, le commerce continuait à bien se porter, les habitudes du quartier étaient redevenues coutumières et je revois toujours mon grand-père, en soirée, sur le trottoir, assis à cheval sur une chaise, les avants bras sur le dossier, qui attendait le client, ou qui commentait les dernières nouvelles avec un voisin en quête d'informations, je l'aidais avec plaisir comme je pouvais, et quand il s'agissait de vendre du grillage,

     

    j'en commençai le cérémonial, d'abord dérouler celui-ci sur le trottoir, le maintenir en place avec les poids en fonte de la balance, les plus lourds, mesurer la longueur avec le mètre de bois, le couper bien droit avec des tenailles, bien affûtées, la fin de la vente se passait sur le zinc d'en face chez Dumont .

      Notre quartier, rue d'Andeville, rue Théodore Gérard, rue Charles Boudeville, était proche de la rue Pasteur qui s'appelait encore pour les anciens, rue de l'abreuvoir, parce que il n'y avait pas bien longtemps, le ru était à découvert et que les bêtes y venaient boire, cette rue avait mauvaise réputation, on l'appelait aussi rue des pouilleux, elle était fermée par deux passages étroits: près de la maison Bouteille et par la petite rue Berthelot prés de chez Legay, c'était un espace que nos parents nous interdisait de fréquenter, il est vrai que deux immeubles vétustes, abritaient des familles très pauvres et de ce fait mal vues.

     

    Bien que ma mère fut élevée avec des principes bourgeois, école privée catholique, cercle des enfants de Marie, fréquentations de bal de notables, le chômage subit par mon père aprés les gréves de 1936 et les faibles revenus du commerce de mon grand-père, tout cela faisait que nous n'étions pécuniairement pas très à l'aise, je devais me contenter comme les enfants du quartier des jouets que nous proposait le petit bazar: toupie à fouet, cerceaux de bois et un peu plus tard, jouets biscornus que nous fabriquions de bric et de broc, j'aimais beaucoup ma toupie, celle-ci faîte en bois tourné était mise rotation grâce à un fouet dont nous enroulions la ficelle autour du fût et qu'il fallait lancer avec vigueur, il fallait activer la toupie ensuite par des coups du même fouet, nous faisions des concours que suivaient avec intérêt les vieux du quartier, installés à califourchon sur leur chaise, sur le trottoir.

      La circulation des automobiles était quasiment inexistante, restriction de carburant oblige, les rares à circuler devaient posséder un " ausweiss " autorisation délivrée par la kommandantur, les voitures à chevaux avaient repris possession des rues, faisant concurrence à " Mimile " qui ramassait pour le compte de la maison Prévost, les ordures ménagères, peu volumineuses à l'époque, tout était récupéré par les usagés, pour la nourriture des lapins où pour le jardin, les emballages perdus n'avaient pas cour.

     

    La rue était notre terrain de jeu et nous en profitions, des camarades très bricoleurs et astucieux construisaient des planches à roulettes!

     

    Des roulements à billes de bonnes dimensions emmanchés sur des tasseaux de bois, calés avec des clous, le tout fixé sous une planche, " l' essieu " avant était articulé et commandé par une ficelle, et nous voila partis à descendre la cote d'Andeville depuis l'industrie, en roue libre pour s'arrêter devant le vétérinaire là ou la route remontait et nous permettait de finir la course en douceur.

     

    Un des gosses de la rue Charles Boudeville avait un père ébéniste, mais aussi un peu photographe, accordeur de piano et aussi chômeur. La pratique de la photographie étant interdite et les pianos très rares à Méru, le gosse avec l'aide de son père avait fabriqué une " moto " sur le même principe que nos planches à roulettes.

     

    L'engin avait de l'allure, le pilote était assis sur une selle en bois et un guidon permettait de diriger l'engin, les tiroirs de mon grand-père me fournissait la quincaillerie et pour tous c'était la chasse aux roulements à billes.

     

    Tous les soirs d'été et les jeudis, la rue d'Andeville retentissait du son criard des roulement sur le goudron de la chaussée et encore une fois nous faisions notre numéro devant un public attentionné.

      Nos occupations de pré-adolescents allaient faire place à d'autres plus vitales, la nécessité quotidienne d'améliorer la nourriture que nous octroyait l'occupant par le biais des tickets des cartes d'alimentation.

     

    J'allais passer mes jeudis après-midi de congé scolaire à l'abattoir municipal au bout de la rue Mimaut, le prétexte était de ramener le soir de quoi nourrir le chien de mon père, mais en fait je cherchai de quoi améliorer l'ordinaire.

     

    Responsable de l'établissement, le père David me fit connaître le monde des bouchers, des gens aux habitudes plutôt rudes, mais bourrés de bons sentiments, d'une grande sensibilité, je m'en fis des amis et malgré mon jeune âge je m'habituais à l'abattage des bêtes, à l'odeur du sang et de la viande fraîchement débitée, je devins insensible à la mort nécessaire des animaux, je repartais le soir avec mon chariot chargé de quelques boyaux de boeuf enrobés de leur graisse, quelques fois avec une mamelle de vache où des testicules de taureaux, morceaux de choix que se réservaient habituellement les bouchers.

      La graisse qui accompagnait les boyaux, une fois hachée menue puis fondue, remplaçait le beurre pour mijoter les ragoûts de rutabagas et autre plats de guerre, avec l'aide de mon père nous faisions une sorte de pâté avec les boyaux qui, avec une bonne adjonction d'épices étaient consommables, mais sans plus.

     

    Cette pénurie de tout permettait à certains bons français de faire de l'argent et même de très bonnes affaires, c'était le régime du marché noir, un marché parallèle du troc et des combines, des fortunes s'édifièrent en peu de temps, cette pratique, réprimée par l'occupant lui profitait bien aussi.

     

    Les moins nantis devaient faire appel au " système D ", pour avoir un peu plus de pain que ne le permettait la ration quotidienne, il fallait aller glaner le blé au moment de la moisson, la pratique pour nous, jeunes était d'aller " tirer " dans les meules ce qui nous valait quelques poursuites épiques à travers champs par un " gros " cultivateur qui de sa carriole distribuait généreusement des coups de fouet sur les cuisses des chapardeurs.

     

    Les grains de blé, séchés, puis débarrassés de la menue paille étaient, avec l'aide de ma cousine Paulette écrasés à l'aide d'un moulin à café, de cette farine grossière nous tirions, après l'avoir tamisée, de quoi fabriquer, c'était ma tache, un pain cuit dans la cocotte, quelque fois mal levé, pas assez ou trop cuit, mais il avait le goût du pain blanc, du pain de la liberté.

     

    Chapitre troisième

      Nous étions logés dans un petit trois pièces au dessus du magasin de mon grand- père, le confort était minimum, pas d'eau courante et je devais coucher dans la salle à manger, la cuisine était exigüe et faisait penser à un couloir, notre voisine que j'appelais grand-mère Marie n'avait pas l'électricité et s'éclairait avec une lampe à pétrole.

     

    Ainsi il nous fut possible d'emménager dans le local de gardien de l'usine Leroy qui était désaffectée depuis le début de la guerre, occupés un moment par l'organisation Todd, les bâtiments étaient à nouveau à l'abandon et pour moi allait commencer une grande aventure:

     

    la découverte de cet immense édifice, quoique nous n'occupions que quatre pièces, je pouvais me promener dans toute l'usine, je commençais par les toits, une échelle métallique en permettait l'accès très facilement, je me trouvais un circuit en marchant dans les chenaux, les terrasses et les faux toits, je découvrais tout le paysage des vieilles toitures du centre ville.

     

    Des magasins installés dans les greniers regorgeaient de pièces détachées pour les machines outils de boutonniers, c'était un paradis qui me faisait oublier ces temps pénibles.

      Je n'oubliais pas les copains de la rue d'Andeville, mais je me fit de bons amis dans le quartier, mon père m'avait récupéré un vélo que je bricolais avec l'aide de René, mon voisin d'en face qui s'y connaissait à merveille dans l'art de réparer les pneus usés, en y collant des bandes de chambre à air avec de la " dissolution " encore trouvable.

     

    Quand les pneus étaient usés à l'extrême nous avions d'autres solutions, il fallait bien pouvoir se déplacer, d'abord un truc facile: un morceau de tuyau d'arrosage agrafé avec une épingle en fil de fer faisait office de pneu plein, très peu confortable, à chaque tour de roue on ressentait dans les reins et les bras le clac du raccord sur le sol, ensuite, plus sophistiqué et plus délicat à réaliser, un empilage de rondelles de caoutchouc, des joints de canettes à bière enfilés sur un fil de fer, c'était bien confortable, mais quel travail!

      Sur ces montures, plus ou moins performantes, nous allions sur les routes du canton, à l'aventure, surtout à la recherche d'herbe pour les lapins, de blé pour le pain, de betteraves à sucre.

     

     

    Un soir un avion anglais fût descendu par la flag teutonne et s'écrasa dans la plaine entre Lormaison et Saint Crépin, le lendemain, un jeudi, jour de repos scolaire, nous voila partis avec mon copain, René, en vélo pour voir de près les restes de l'appareil, l'épave était sérieusement gardée par des sentinelles allemandes.

     

    Après avoir planqué nos vélos dans le fossé, nous avons pu, sans se faire voir, en rampant dans le blé haut, inconscients des risques, s'approcher des débris et ramasser quelques bouts de ferraille, à nos yeux des trésors de guerre que nous pourrions exhiber le lendemain à l'école. Plus tard nous avons appris que le pilote, qui avait sauté en parachute, était mort.

      Les restrictions de carburant avaient aussi donné des idées aux adultes, prêts à tout pour faire circuler les automobiles encore disponibles, là aussi le Système D était de rigueur, des étranges alambics naissaient comme des tumeurs sur les ailes des camions et même de certaines limousines: les " gazo ", une installation compliquée qui permettait de fabriquer du gaz à partir de petits rondins de bois, le gaz remplaçait la précieuse essence de pétrole.

     

    Il fallait là aussi être patient, le fourneau de cet engin devait être allumé plusieurs heures avant le départ et il fallait régulièrement nettoyer les tuyaux et le réservoir du goudron qui se formait pendant la distillation.

     

    Un électricien de Méru monsieur Bacué avait choisit l'électricité pour faire circuler son véhicule, une voiturette à trois roues de marque Morgan, l'astucieux artisan avait équipé l'engin d'un moteur basse tension et avec une bonne provision de batteries rechargées chaque nuit, il pouvait se rendre chez ses clients tout le temps que duraient les accus.

      Le temps passait, l'occupation durait et nous passions notre temps libre à la recherche de combines, tout devenait rare et donc précieux, le sucre faisait défaut, bien que la betterave sucrière soit largement cultivée dans la région, elle était réservée par l'occupant à la fabrication d'alcool, carburant de remplacement, " erzast " pour les déplacements des troupes allemandes.

     

    J'allais à la gare à betteraves ramasser les racines tombées des wagons, puis à la maison je les préparais pour en faire de la mélasse: épluchées, coupées en petits cubes, cuites longuement pour en faire évaporer l'eau, il en résultait une sorte de confiture , très sucrée qui dans le petit déjeuner, remplaçait avantageusement l'affreuse saccharine du pharmacien.

     

    Le café, objet d'importation était aussi absent de la cuisine, jadis présente sur le coin de la cuisinière prête à servir à chaque visite, la cafetière était rangée dans le placard en attendant des jours meilleurs, sauf pour les débrouillards qui avaient, moyennant finances, accès au marché noir.

     

    Pour mes parents il fallait avoir recours à l'erzast, de l'orge grillée, le céréale, se trouvait facilement mais il fallait le griller, c'était ma cousine Paulette qui " était chargée " de ce travail, dans notre logement de la rue du docteur Gey, nous avions une sorte d'arrière-cuisine très étroite avec une fenêtre qui donnait dans la cour du grand bazar, porte fermée, dans ce réduit, l'opération consistait à griller dans une poêle à frire l'orge juste ce qu'il fallait pour en faire du faux café, la manoeuvre était délicate et produisait une fumée épouvantable qui allait parfumer la cour du bon monsieur Mathivat

     

    La viande était toujours aussi rare chez le boucher et ne se vendait officiellement qu'en échange de tickets d'alimentation, hormis les abats que je rapportais de l'abattoir

    le Jeudi, les rations étaient maigres.

     

    Mon père s'était fait une relation avec Julot, un habitant du hameau de Lardières, un homme des bois, la chasse étant interdite, sauf pour certains, les armes à feu avaient été confisquées et de ce fait le gibier était abondant, les braconniers étaient à leur affaire et quoique traqués par les gardes, ils faisaient de bonnes prises.

     

    Julot était un as en la matière et parfois le Jeudi il m'emmenait volontiers dans les bois et les prés préparer ses pièges et ramasser le butin de la veille, il m'apprit tout, repérer les coulées des lièvres, des lapins, choisir le bon fil de fer que lui vendait mon grand-père, un matériau assez fin, recuit, facile à nouer, qu'il fallait placer à bonne hauteur, en prenant mesure avec la main, pouce tendu, et puis une fois le gibier pris au piège et mort,

     

    le cacher dans un fourré et uriner autour pour le soustraire au flair des chiens ou autres renards, Julot me fit découvrir les richesses de la nature, les champignons à la bonne saison, les prunelles délicieuses après les premières gelées, et d'autres fruits sauvages, les petites pommes, les poires à cochon, moins délicates, les châtaignes et les mûres à la fin de l'été. Je revenais souvent de Lardières avec dans mon sac à dos un beau lièvre, et dont le poids et la trouille des gendarmes, me coupaient les jambes.

      Le clocher de Méru abritait des escadrilles de pigeons qui venaient y nicher et se reproduire, de fin tireurs parmi les officiers allemands venaient les descendre à la carabine depuis la place de l'église, et faisaient l'admiration de nous autres gosses, d'autres visiteurs habilités à pénétrer dans le clocher se servaient à juste titre de cette bonne viande qui s'accommodait si bien avec les petits pois, le responsable de l'horloge et même le garde champêtre, ils n'avaient pas leur pareil pour étouffer vivement et sans douleur les volatils éblouis par une lampe électrique.

     

    Mon père en tant que responsable des ateliers municipaux possédait la clé du clocher et avec la complicité du curé de l'époque nous allions tous deux avec une vieille carabine à plombs qui avait échappée à la confiscation, descendre quelques volatils que nous partagions avec le curé.

     

    La carabine était démontée, j'en cachais la crosse dans ma veste tandis que mon père enfilait le canon dans son pantalon, la montée des marches était pénible jusqu'à la hauteur des cloches, la carabine remontée en bas des marches, nous attendions la sonnerie de l'heure ou de la demie, et à nous le gibier qu'ensuite nous allions ramasser dans les chenaux entre les toits, il arrivait même que le jeune vicaire nous fit une commande: ma soeur vient de récolter des petits pois disait-il astucieusement.

     En face de notre nouvelle résidence de la rue du docteur Gey, il y avait un établissement vide, l'ancien garage Tétard, juste habité par un couple de gardiens, les Barbier, ce beau bâtiment fut d'abord réquisitionné pour y stocker de la paille, celle-ci devant servir à fabriquer des sortes de grands paillassons pour couvrir les wagons de marchandises à destination du grand reich.

     

    Ces couvertures étaient fabriquées dans le grand atelier de l'usine Leroy, juste en face, des hommes mais surtout des femmes sans emploi y venaient travailler à la journée pour le compte de l'armée d'occupation, le contremaître était le " père Kulhen " avant guerre artisan forain, il animait les fêtes de village avec plusieurs manèges et une boutique de nougats et autres friandises, tout ce matériel était au repos en attendant des jours meilleurs. Il menait dare-dare son personnel, les femmes devaient lier des torons de paille sur des fils de fer tendus sur une sorte de métier fixé au ras du sol.

     

    Ce travail était le bienvenu pour beaucoup et quand les responsables de l'armée étaient absents il se passait du bon temps, et même des moments de franche rigolade, le contremaître, Gaston aimait bien plaisanter avec les femmes, les conversations étaient souvent paillardes, mais sans plus.

    Les employées de la paille

    Un jour deux chars d'assaut et leurs équipages des " S.S. ", jeunes, blonds et très beaux vinrent s'installer dans le garage Tétard, vraisemblablement pour s'y reposer. Avec René mon voisin d'en face et d'autres copains nous pouvions pénétrer facilement dans le garage et cachés dans les bottes de pailles nous passions des heures à les observer.

     

    Notre curiosité était éveillée à l'extrême par le matériel de guerre, nous fumes même invités à visiter l'intérieur des chars bourrés de munitions, l'espace était réduit, mais nous trouvions cela bien agencé, quel succès à l'école quand nous avons raconté notre visite. Tous les matins les beaux ariens faisaient leur toilette, au robinet d'eau du garage, nus comme des vers, la gardienne était choquée et gênée de traverser le bâtiment pendant leurs ablutions, à plus forte raison quand ceux-ci l'interpellaient dans leur langue gutturale.

     

    Nous autres jeunes adolescents restions ébahis à la vue de leur sexe qui nous paraissait énorme, même notre copine Josette qui nous suivait partout lorgnait avec curiosité cet appendice masculin qui pour elle devait être une spécificité de la race allemande.

      Notre piscine socialiste était réquisitionnée un jour par semaine pour la détente des soldats, fermée ce jour là aux méruviens, ce jour là aussi le naturisme était de rigueur, soldats et " souris grises ", auxiliaires féminines, s'adonnaient au plaisir de l'eau dans le plus simple appareil, c'est ainsi au cours d'une visite d'entretien avec mon père et Bebert Blanchet, que je découvris de visu les différences entre hommes et femmes, c'est aussi dans cette piscine que j'appris à nager avec l'aide de monsieur Talon, un maître nageur venu se planquer à Méru.

     

    Feu à la ferme Duchatel le 1er mai 1942, sous le commandement du capitaine Anthony BERNARD

     

    Chapitre quatrième

       Ecouter la radio anglaise était rigoureusement interdit par les autorités allemandes et pouvait être puni de la peine de mort, n'empêche que tous ceux qui possédaient la " T.S.F. " calaient leur radio sur les grandes ondes à l'heure des informations en langue française, précédé du fameux indicatif, les premières mesures de la cinquième symphonie de Beethoven, les trois points un trait de l'alphabet morse, le .V. de la victoire.

     

    C'était l'émission " les français parlent aux français ", le brouillage était intense et l'écoute difficile, des radios amateurs fabriquaient des " cadres " pour avoir une réception plus directive, il fallait enrouler du fil de cuivre émaillé sur une monture de bois, le nombre de spires était critique et les résultats pas toujours évidents, l'écoute terminée il fallait cacher cet accessoire encombrant et revenir à l'antenne classique pour écouter " radio- Paris ".

      Certains soldats hostiles au nazisme demandaient au méruviens partisans de De Gaulle d'écouter radio Londres, c'était le cas d'Oscar un mécanicien de l'armée et d'un autre officier, avocat dans le civil et qui pratiquait très bien notre langue, il fallut du temps pour que mon père accepte de les recevoir à l'heure de l'écoute, ils étaient encore plus prudents que nous, fermaient eux-mêmes les volets et tiraient les rideaux, la porte était fermée au verrou,

     

    ils prenaient les nouvelles réelles du front, l'avocat traduisait pour Oscar, ils repartaient après que la radio fut réglée sur radio Paris, leur commentaire était toujours le même: pas bon la guerre, Adolphe malade!

      L'avocat qui travaillait à la commandanture faisait son possible pour éviter les heurts entre les méruviens et la milice. Je m'étais fait un ami d'Oscar qui travaillait dans le garage d'en face après que les tankistes S.S. en soient partis. Sa spécialité était de repeindre en couleurs de camouflage les voitures particulières réquisitionnées. Il m'avait offert de repeindre mon vélo, c'était la première fois que je voyais utiliser un pistolet à peinture, je n'avais pas trop apprécié la couleur vert de gris de mon vélo, mais voyant qu'il voulait me faire plaisir je m'en contentais. Oscar était bon mécanicien, il n'avait pas son pareil pour faire démarrer un " gazo ", un dimanche, il nous proposa de nous emmener à Lavilletertre, avec une citroën traction avant équipée de cet engin, nous n'allèrent que jusqu'à Monts, le véhicule refusant d'aller plus loin, c'est à pieds que nous sommes revenus.

      Ayant de plus en plus d'exigences et de plus en plus besoins de locaux, l'armée décida de s'installer aux écoles Voltaire, nous autres écoliers nous retrouvèrent à la rue, les écoles maternelles furent fermées aux petits et réservées aux plus grands, j'échouais avec toute ma classe à l'école Jean Macé, les pupitres étaient trop petits, les tableaux trop bas et les toilettes inutilisables.

    l'année suivante je me retrouvais avec notre instituteur Georges Cresson dans un atelier désaffecté de la côte de Beaumont où il se fabriquait avant l'occupation des boutons de coquillages, cette matière première, un produit d'importation n'était plus livrée, certains boutonniers comme les Ets Mercier s'étaient reconvertis dans le transport. Nous n'avions pas de chauffage dans cette classe de fortune et notre instituteur proposait à la récréation des jeux réchauffants.

      L'aviation alliée surveillait les mouvements de troupes et les activités du camp du Coudray en Thelle, L'éclairage public dans les rues était interdit, les voitures allemandes qui circulaient la nuit éclairaient leur route avec des " yeux de chats ", une seule petite fente laissait passer la lumière des phares, en ville il fallait fermer les volets dès la tombée de la nuit ou coller de la cellophane bleue sur les vitres, pour guider leurs convois de nuit, l'armée avait exigé des municipalités que les panneaux routiers en ville soient éclairés de manière discrète.

    C'est mon père qui fût chargé par le maire de procéder à cette installation, la commune n'était pas riche et les matières premières manquaient, des boites de conserve vides servaient de réflecteurs et munies d'un interrupteur manoeuvrable avec une sorte de clé rustique, tous les soirs il était chargé, après que la ville lui ait obtenu un laissez passer, d'aller allumer cet éclairage et éventuellement d'en changer les ampoules défectueuses ou disparues, c'était pour moi un plaisir de l'accompagner quelques fois pour faire ce travail routinier pendant lequel nous nous faisions contrôler par les patrouilles à chaque coin de rue.

      La résistance commençait à faire parler d'elle, on commentait diverses nouvelles d'attentats, de lignes électriques détruites, de descentes dans les bureaux de tabac pour alimenter en cigarettes les maquisards, que certains pro-nazis qualifiaient de terroristes, de nombreux méruviens étaient persuadés que la victoire finale reviendrait à Hitler, et affichaient leur sympathie aux occupants, voir leur collaboration.

    Nous avions entre nos murs un certain Rudy, marié à la fille d'un notable méruvien et qui affichait très ostensiblement des opinions pro-nazi, il paradait en ville dans un pseudo uniforme allemand.

    La crainte de l'action de la résistance avait déterminé les autorités à instaurer des tours de garde le long de la voie ferrée pour tous les hommes adultes et au poste de contrôle de Nord-lumiére place du jeu de paume.

    Mon père, avec trois autres employés municipaux, était commis d'office pour monter la garde trois nuits par semaine auprès du transformateur principal.

    Aimant bien dormir la nuit, il s'était aménagé avec son coéquipier une couchette dans le sous-sol du bâtiment, pour ne pas être trouvés endormis lors du contrôle de la patrouille qui passait chaque nuit, ils empilaient derrière la grand'porte des bidons vides ayant contenu du carbure, servant à fabriquer l'acétylène pour les lampes de secours de Nord lumière, à chaque ouverture de la porte la pyramide de fûts s'écroulait avec fracas réveillant les soi-disant gardes, pas contents les allemands avaient flairé la combine et il fallut trouver autre chose de plus discret: une sonnerie alimentée par une vieille batterie d'automobile était commandée par un contact fait d'une pince à linge en bois coincée dans la feuillure de la porte.

    La combine dura longtemps jusqu'au jour ou deux autres gardiens utilisant le même artifice ne purent se réveiller, après avoir trop usé de la piquette que les épiciers vendaient en guise de vin.

      La garde des voies de chemin de fer se faisait par réquisition systématique de tous les hommes valides, par ordre alphabétique, le curé de Méru n'échappait pas à la règle,

    Les hommes, pour tenir toute la nuit, emmenaient quelques provisions et aussi un peu de boisson, notre bon curé qui devait dire sa messe le matin à jeun arrêtait son casse-croûte au milieu de la nuit pour être en règle avec la pratique sacerdotale.

      Les traditions ancestrales des agriculteurs et plus particulièrement les propriétaires de vergers n'avaient pas perdus leurs droits de " bouillir ", c'est à dire le droit de faire distiller une partie de leur récolte de cidre pour en tirer une sorte de " calva ", très raide et fort alcoolisé, les opérations très contrôlées par l'occupant se faisaient sur la place de la mairie en présence d'un officier et d'un soldat en armes, les badauds étaient nombreux pour regarder le travail du spécialiste, en espérant, pourquoi pas, un fond de verre du précieux liquide, la sentinelle allemande lorgnait elle aussi, avec envie, vers le mince filet d'alcool qui gouttait du récipient de cuivre, l'homme de l'art, flairant une bonne farce à faire à l'occupant proposa au teuton: schnaps?

    ya ya ! répondit ce dernier, il lui fût servit un plein verre de calva tiède et encore saturé des éthers malicieux de la distillation, privé peut-être d'alcool depuis un bon moment, le serviteur du grand reich fit " cul sec " puis titubant ,assommé par la boisson il s'allongea sur le trottoir devant les spectateurs ravis du bon tour, il fut vite évacué par la police militaire, après que le distillateur se soit fait vertement tancé par l'officier de service.

      Le Château de Sandricourt, propriété d'un richissime américain avait été occupé lui aussi, nous avons su plus tard que cette magnifique propriété était un centre de repos pour les officiers supérieurs de l'armée de l'air allemande, ces as des combats de la bataille d'Angleterre profitaient tout à leur aise des installations majestueuses réalisées jadis par le marquis de Beauvoir, les habitants de Sandricourt parlaient aussi de contingents de jolies filles qui tenaient compagnie à ces messieurs.

     

    Un autre site près de Méru faisait l'objet de grands travaux, dans le plus grand secret et sous une surveillance particulière c'était le tunnel ferroviaire du Coudray en Thelle qui en raison de sa grande résistance avait été choisi pour abriter le train blindé du " furher " lors de ses visites dans la capitale, près de l'entrée du tunnel un camp militaire avait été aménagé avec un confort particulier, tennis, piscine, cinéma, salles souterraines pour y abriter les installations radio, la bataille d'Angleterre aurait été dirigée depuis ce site par Goering qui chassait aussi dans la forêt de Sandricourt. Un large périmètre autour du Coudray était interdit, seuls les habitants avait un droit de passage, le train de Beauvais était dévié par Creil, des ouvriers et des artisans avaient été réquisitionnés pour travailler à l'aménagement des belles maisons du village occupées par l'état major, très surveillés, les travailleurs étaient parait-il bien payés. On à dit après la libération que les enfants des écoles avaient été requis avec leurs instituteurs pour accueillir le furher sur le quai de la gare de Parfondeval tandis que les photographes officiels tiraient de nombreux clichés, propagande ! Plusieurs fois des bombardements eurent lieu sur ce site mais sans succès.

      Le ras le bol des français se faisait sentir, les actes de résistance étaient plus fréquents, en plein jour ou plus discrets, comme ce marchand de chaussures de la place de l'hôtel de ville qui cachait dans son appartement, au dessus de son magasin des aviateurs alliés "récupérés " par les résistants du maquis de Ronquerolle. Moi qui avait l'oreille aux aguets, j'avais bien compris que dans l'entourage de mon père, parmi les employés municipaux, certaines nuits ils partaient en équipe réceptionner des parachutages d'armes prés d'Haillencourt, nous mêmes, écoliers naïfs, pensions faire de la résistance en chantant " les Allobroges " que nous trouvions très subversif.

     

    Chapitre cinquième

       L'année 1944 venait de débuter, nous ne savions pas encore que ce serait l'année de la libération, je devais faire ma première communion au printemps. Aussi j'allais régulièrement au catéchisme dans notre église froide et sombre, certains fidèles, fidèles aussi au maréchal Pétain et à ce qu'il représentait, étaient présents à la grand messe du dimanche et affichait avec ostentation des opinions pro allemande ce qui ne plaisait pas trop à mon père, encore moins à mon oncle Henri qui se prétendait marxiste.

      La cérémonie religieuse était une chose, il fallait aussi penser à recevoir la famille, et prévoir le repas comme il se doit, mes parents avait acheté un jeune agneau qui serait " sacrifié " pour ce jour. D'ici là il allait falloir l'engraisser sérieusement, en laisse comme un chien " Tonton " allait en ma compagnie brouter l'herbe tendre du talus de la route d'Andeville, il nous accompagnait aussi au jardin en se nourrissant de des déchets du désherbage des légumes, tout le monde était persuadé qu'il serait " à point " pour la cérémonie.

      Au début de l'année des résistants avaient été arrêtés à la suite d'une dénonciation après un parachutage d'armes à Haillencourt, Marcel Ponlevé, boucher, Lucas, appariteur, Monel, coiffeur, Lhomme, directeur de Nord Lumière qui était le radio de l'équipe, tous ces gens courageux avaient été conduits dans un camp à Compiègne, nous n'en avions pas de nouvelles.

      Le matin du 6 juin les renseignements donnés par la radio anglaise suscitent une grande animation et de l'enthousiasme pour les méruviens: Ils ont débarqué! enfin l'avenir se présentait mieux, toutefois les nouvelles étaient rares et assez floues, la B.B.C. était de plus en plus brouillée par l'occupant. Dans les jours qui suivirent une grande agitation régnait sur les routes, de nombreux convois traversaient la ville en direction de la Normandie. Quelques jours plus tard une patrouille aérienne mitrailla la gare de Méru, une locomotive est complètement détruite, il n'y eu aucun blessé, cependant des balles ont ricoché dans les jardins alentours, de nombreuses douilles de mitrailleuse jonchaient les rues près de la gare, nous allions les ramasser comme des trophées.

    31 Aout 1944. Gare de Méru, les réservoirs détruits.

      Quelques jours avant ma communion une plate forme vide de transport de V.1 heurta la barrière du passage à niveau de la route de Beauvais au moment ou passait le train venant de Laboissière, l'accident a fait de nombreux blessés, deux docteurs de Méru se rendirent sur les lieux pour les soigner, un véhicule militaire les emmena vers Beauvais.

      Le dix huit, c'est le jour de communion, pour la première fois je suis en costume, pantalon long, cela me gène au niveau des genoux, il faut s'y faire c'est un événement, mes parents sont allés trouver cet habit à Beauvais, chez Médieu, dans une ville en ruine où les commerces se tiennent dans des cabanes en bois, résultat du bombardement de la ville en juin 1940, c'est une ville triste. La cérémonie religieuse aussi est triste, les cierges sont interdits et remplacés par des fleurs de lys, ce qui ne plaît pas à mon oncle qui y voit un symbole royaliste. Pour la première fois je devais recevoir l'hostie que je trouvais fade, j'avais bien soin de ne pas la croquer, pour ne pas blesser le corps du christ, je faisais ce que les bonnes dames du cathé m'avais recommandé, sans convictions réelles. Après la sortie de la messe, mon oncle qui était amateur photographe voulut à toute fin faire des photos, il lui restait une pellicule datant de 1940, cet article étant quasiment introuvable depuis, et photographier dans la rue était interdit, pendant ce temps le repas fut préparé par les femmes, Il faut dire que toute la famille et même des amis étaient présents, venus en train, en bicyclette, parfois à pieds. Le repas fut copieux et apprécié de tous, Tonton avait été sacrifié par Marcel, un ami de mon père qui était boucher, le marché du Vendredi nous avait fourni un très beau turbot, poisson assez rare mais d'autant plus délicieux qu'il avait été accommodé par ma tante, la soeur aînée de ma mère, qui était fine cuisinière ,et puis nous avions les fruits, des fraises que nous allions cueillir dans les jardins des maisons abandonnées qui n'étaient pas occupées par les soldats allemands.

      Le ciel était de plus en plus envahi par les avions des alliés, et à chaque fois nous étions inquiets quant à leurs intentions, souvent ils ne faisaient que passer à basse altitude au dessus de la gare et des voies ferrées, une autre fois dans la soirée un bombardier arrosa la gare reconstruite en bois, sans la toucher, par contre les alentours subissent des dégâts, rue Baudier, la cité Brébant est touchée, la maison de monsieur Royer est détruite et lui même blessé, sans gravité, toutefois, monsieur Boitel aussi. Une évacuation du quartier est engagée, certains vont s'installer au centre ville, d'autres dans la campagne. Nous savions par la radio anglaise que les troupes alliées progressaient sur le front de Normandie, l'écoute toujours difficile donnait lieu à des " bidouilles " invraisemblables, les cadres efficaces souvent, mais aussi, les avions lâchaient des petite lanières de métal brillant, des blagueurs prétendaient qu'il suffisait de mettre ces objets dans le poste de T.S.F. pour avoir une écoute confortable de la B.B.C., j'appris plus tard de la part d'un pilote que ces lanières lâchées en grande quantité étaient des leurres pour les radars allemands. Dans le courant du mois de juillet, les mitraillages et les bombardements se succèdent souvent avec comme objectif, les voies ferrées et le tunnel du Coudray.

    Tunnel du  Coudray

      Le père d'un de nos camarades d'école fut tué lors d'un mitraillage du terrain d'aviation de Beauvais, avec Charles un copain de classe, nous décidons de faire une quête auprès des parents des élèves de notre classe. Un dimanche matin alors que nous étions rue Mimaut, devant le chantier d'Anthony Bernard, deux maraudeurs en rase motte mitraillent le quartier, les douilles encore fumantes tombaient sur la chaussée, monsieur Bernard qui avait été attiré dehors par le bruit des avions nous attrapa vite par le bras et nous mit dare-dare à l'abri dans sa cave, l'alerte passée, en sortant ce fut la récolte des douilles pour enrichir notre collection.

      Il y avait dans l'usine que nous occupions, une très belle cave voûtée que mon père commença à aménager à partir du début du mois d'Août, en prévision de ce qui pourrait arriver lors de l'avance des troupe alliées, notre cave devait être prête pour pouvoir y passer plusieurs jours: réserve d'eau, de nourriture, lits de camp et paillasses " empruntés " à l'occupant, il y avait même une trompette pour appeler du secours en cas de bombardement, avec deux de nos copains de quartier nous avions creusé une tranchée dans le jardin du garage Tétard déserté par la troupe. D'autres belles caves, notamment celle du garage Gueudet avaient été prévues comme abri par la défense passive.

      De nombreux convois circulent dans la ville, dans les deux sens, ceux qui vont vers l'est sont dans un état lamentable, j'ai souvenir d'une équipe de soldats harassés, entassés dans un corbillard traîné par une maigre cheval, un soldat en déroute à pieds prétendit même me voler mon petit vélo, je me débâtis comme un diable, il me traîna sans ménagement jusqu'à la Kommandantur où il se fit rabrouer par un officier, sitôt libéré avec mon vélo, je m'empressais de rentrer à la maison et de cacher ma monture après l'avoir démontée.

    C'est à ce moment qu' Oscar le mécanicien, s 'arrêtât devant notre porte, il fuyait le front de Normandie, avec un autre soldat, à bord d'une Peugeot au toit éventré, remplacé par un morceau de tôle ondulée, tous deux étaient dans un état lamentable, les traits tirés, avec une barbe de plusieurs jours, c'est foutu, nous dit-il en nous expliquant qu'ils essayaient de rejoindre l'Allemagne.

      Un jour de beau temps alors que nous étions au jardin avec Paulette ma cousine et mon grand-père et que ,je m'occupais des doryphores, un gros avion américain certainement en difficulté largua son chargement au dessus du bois de Boulaines, c'était la première fois que je voyais des bombes tomber d'un avion, il était très bas je distinguais très bien les étoiles sur son fuselage, au moment des déflagrations nous nous miment à l'abri dans la cabane, allongés sur le sol et les mains sur les oreilles, deux jours plus tard alors que j'étais près de la bijouterie Daval, nouveau lâcher de bombes, cette fois je me mis à l'abri dans l'entrée de la banque proche. Vers la mi août, deux hommes en moto, tirent au revolver, dans la rue Anatole France sur Rudy Mendza, collaborateur notoire, il était le fils du propriétaire du café " A tout va bien " au bout de la rue nationale, le père Mendza était aussi recruteur pour les candidats au S.T.O. des volontaires qui s'engageaient pour aller travailler outre Rhin.

      Le lendemain de cet attentat, le service sanitaire des armées d'occupation décide de réquisitionner l'hôpital de Méru, l'établissement devant être libre le soir même, les moins malades doivent rentrer chez eux, les pensionnaires de l'hospice seront déménagés dans la maison du peuple, rue Pasteur, et dans les écoles, des volontaires, pompiers, scouts et membres de la croix rouge effectuent ce transport avec les moyens du bord, dont un brancard tiré par une bicyclette, dotation de la croix rouge aux pompiers de Méru.

    Le transfert terminé, un officier annonce au maire Marcel Coquet, que le front étant trop près, l'hôpital ne sera pas réquisitionné, re transport dans l'autre sens, par les mêmes.

    FFI devant l'Oasis : Matiasco Fourdraine Duchatel  Chavatte Lebrun...

      Le 23 Août on annonce la libération de Paris et l'on entend le canon gronder toute la journée, les convois allemands roulent la nuit alors qu'un couvre-feu est instauré, l'électricité est souvent coupée, le courrier de Paris n'arrive plus, pour Beauvais les facteurs vont à pieds jusqu'au bois de Mole ou les attendent ceux de Beauvais, chez Deruelle et Duchatel le lait est distribué gratuitement, aucun moyen de transport ne permet de le faire parvenir dans la région parisienne. Notre cave-abri est bien prête et nous attendons tous les libérateurs, les résistants de la région font distribuer une feuille mal imprimée, sur la quelle on peut lire des extraits du journal clandestin " défense de la France ". Les Allemands font sauter les voies de chemin de fer, depuis Agnicourt jusqu'au passage à niveau, les bacs à eau et les signaux de la gare, on peut voir une épaisse fumée vers le nord, c'est le camp du Coudray qui est incendié avant d'être abandonné.

     

    Chapitre sixième

       Fin Août, il fait très beau et très chaud, on entend toujours le bruit du canon, les allemands dynamitent le transformateur de la fonderie avant de quitter la ville, mes parents m'obligent à rester dans la cave, il y fait frais mais je m'y ennuie. Dans l'après-midi mon père passe à la maison en brandissant un tract imprimé par les résistants de la Seine et Oise et signé d'un certain Philippe, commandant, et qui met en garde, sous peine de mort, toute personne qui aurait dénoncé ou fait arrêter des résistants. Je ressort de mon abri en fin de soirée pour retrouver mes parents à la cuisine, tout le monde est dans la rue et d'un seul coup, de la place de la mairie toute proche on entend des hurlements: " les américains, les américains ", ruée vers la place, venant du coin à Moulin deux motards chevauchants de puissants engins s'arrêtent devant la mairie, ils sont aussitôt acclamés par la foule, certains même apportent des fleurs, les F.F.I. brassard au bras sont là, l'un d'eux, Coatannay monte sur le tand-sad d'une moto et part faire le tour de la ville en tirant des coups de pistolet, tout à la joie de voir les premiers libérateurs, nous ne pensions pas que la ville abritait encore des allemands, nos motards repartent, et voilà que les allemands reviennent, dit-on, je cours vite à la maison, mon père revient quelques instants plus tard en expliquant que les rues sont vides, les volets sont tous tirés, deux motocyclistes " vert de gris " ont traversé la ville et ont pris la direction d'Andeville, nous passerons la nuit tous ensemble dans l'abri, mon père ne rentrera que fort tard, un des motards est couché chez Musat à l'hôtel du Lion d'or et comme il à été très bien fêté par le patron qui est F.F.I, un tour de garde est établi pour le veiller tandis qu'il dort.

    Char américain le 31 Aout 1944

     Mon père, qui est toujours employé municipal se rend à son travail ou plutôt prendre des ordres auprès du maire, je vais avec ma cousine près du bistrot Mension en haut de la rue du Dr Gey, des soldats en rang avancent en ordre vers la route de Beauvais, ils ont l'air très fatigués mais répondent avec plaisir à nos applaudissements, nous retournons à la maison pour chercher des fruits à offrir aux fantassins, l'un d'eux prend les poires que je lui tend et me donne en échange... une bouteille de cidre bouchée, nous passons une partie de la matinée à les regarder passer tandis qu'une fusillade éclate sur la route d'Amblainville, on entend parler de l'attaque du pavillon de la fonderie où se sont barricadés une quinzaine de soldats allemands, les F.F.I. méruviens participent au combat et reviennent rapidement avec des armes qu'ils montrent aux américains, prises de guerre!, peu avant midi sous la conduite de Musat, les résistants vont arrêter le " traître " Mendza et le conduisent vers la place de l'église au milieu des huées de la foule, on dit qu'ils veulent le fusiller, C'est Marcel Coquet le maire qui s'interpose et lui sauve la vie, il sera enfermé avant d'être livré à la gendarmerie, pendant ce temps les cloches sonnent à la volée, le soleil est de la partie, déjà certaines femmes sont arrêtées et passent à la tonsure, je rencontre Marcel Doyelle qui court à sa boutique pour y chercher une tondeuse, cela ira plus vite dit-il, les femmes tondues sont promenées dans Méru et injuriées par la foule qui a envahit la rue.

      Dans l'après midi la Ronflante méruvienne est reconstituée derrière " Bichette ", méruvien célébre, poissonnier de son état, et qui assurait l'organisation des fêtes de Pâques et qui agite, devant la formation un drapeau tricolore, les musiciens jouent des airs populaires à chaque coin de rue. Une délégation de résistants et de méruviens monte à Andeville déposer une gerbe et se recueillir au cimetière sur les tombes des victimes de la sanglante répression de ces derniers jours, un cinéaste de l'armée americaine filme la céremonie. Les résistants qui ont agit dans l'ombre sont au plein jour, j'en reconnais comme des voisins ou des amis de mon père: le voisin Houdayer, ti-Georges Lebrun, les Morel, Vignaud, Delbreghe, Coatanay, Musat, patron de l'hôtel du lion d'or, frère de la célèbre Mathilde qui prendra la succession de l'établissement, et bien d'autres dont les noms m'ont échappé.

      Les troupes américaines en ce jour ne sont pas avares de cadeaux, cigarettes, bonbons, chewing-gum et boites de conserves pleuvent, toutes et nous tous essayons de récolter ces cigarettes aux noms nouveaux, Camel, Chesterfield, Lucky Strike, c'est ce jour avec des copains que j'ai fumé ma première cigarette, et j'ai trouvé cela mauvais! Des avions d'observation passent au dessus de la ville très bas, on peut voir le pilote par la porte ouverte de la carlingue, d'ailleurs un terrain est installé route d'Esches, plus tard j'y allais, avec mon vélo ressorti sans crainte qu'il soit réquisitionné , j'y ai appris que ces avions en bois et toile étaient des Piper-cub.

      La musique aussi est à nouveau présente, après la reconstitution de la " Ronflante " un bal est improvisé dans le garage en face notre habitation, c'est Pierre Morel qui est à l'accordéon, il y a aussi une batterie et un saxophone, les vieux succès d'avant guerre sont à nouveau en liberté. Pendant plusieurs jours le défilé des troupes est incessant, le matériel est gigantesque, canons, chars, et ces fameuses petites "Jeep " qui font notre admiration de gamins et que les G.I. pilotent comme des cow-boys en mâchant du chewing-gum, que, avant nous appelions " sam sam gomme ". J'avais fait un bon copain qui était un réfugié du Havre. Ils étaient plusieurs à être arrivés à Méru fuyant la ville détruite, ce copain parlait couramment Anglais, je ne sais pourquoi, toujours est-il que je l'avais embauché pour aller à la rencontre des américains, ils avaient établi un camp au " S " de la Villeneuve et nous y étions fourrés tous les jours, les soldats prenaient plaisir à nous faire visiter leurs tentes et à nous expliquer le fonctionnement de leurs armes, ils nous donnaient aussi des rations de nourriture.

      Les arrestations des traîtres et des collaborateurs allaient bon train, c'étaient les F.F.I. qui intervenaient, ils étaient armés avec des fusils de toutes sortes qui s'enrayaient souvent, mon père qui était un peu mécanicien, et qui réparait dans sa jeunesse des machines à écrire, avait installé un atelier de réparation dans une dépendance de l'usine que nous habitions, les résistants, surtout les derniers apparus, étaient peu habitués au maniement et même, dangereux, l'un d'eux pour essayer son arme la fit partir dans l'atelier, la balle traversa le mur et vint se ficher dans le buffet de notre cuisine, il se vit confisquer son fusil par le chef Musat., le travail de ces groupes était de débusquer les allemands qui s'étaient cachés un peu partout dans le campagne. Le F.F.I. Farque fut blessé de deux balles tirées par un allemand isolé dans la côte de Beaumont.

      Les troupes s'installèrent dans la ville, les anciens cantonnements des occupants furent à nouveau investis par les libérateurs et la commandanture devint un lieu de commandement tandis que les F.F.I. avaient installé leur " P.C. " à l'Oasis, une belle maison bourgeoise près de la poste. Les soldats américains n'avaient pas la possibilité d'acheter quoique ce soit en France, il ne disposaient pas de monnaie française et pourtant étaient demandeurs de ce qui pouvait encore se trouver dans les boutiques méruviennes, les parfums qui étaient vendus en pharmacie et surprise, des sabots fantaisie, qu'un artisan, qui avait son atelier rue Mimaut, fabriquait à partir de semelles en bois et recouverts de peau de lapin, matériaux de pénurie, les soldats trouvaient cela super chic et voulaient en expédier à leur compagne outre atlantique, pas d'argent français, le marché " noir " revenait, en échange de cigarettes, d'essence, ou de nourriture il leur était possible de se procurer des francs. Il y avait parmi les occupants des écoles Voltaire, pas encore remises à l'enseignement, un noir du sud " t'Charlie " qui avait toujours un bidon d'essence à vendre, un " jerrican " d'une vingtaine de litres que nous allions troquer avec mon père le soir avant le couvre feu, pour cela nous nous faisions accompagner de Bobette notre chienne qui flairait la military police à cent mètres, il est vrai que ce commerce était illicite mais il rendait service à tous et ne grugeait que la toute puissante armée yankee.

     L'organisation des troupes américaines avait tout apporté en même temps que ses vaillants soldats, t'Charlie était pianiste et sur un piano d'aluminium donnait des récital le soir, à l'immeuble Fessart, pour ses camarades de combat, ils avait le blues dans la peau, cette musique me surprenait et ne m'était pas indifférente.

    Mon père préférait le musette, l'accordéon c'était la musique de sa jeunesse et au début de l'occupation il était un fervent admirateur du jeune Aimable qui animait les soirées du bar l'Exelcior, il lui avait réparé son instrument auquel il manquait un bouton, avec un morceau de buis, Aimable joua ensuite au café français et revint bien plus tard à Méru animer un bal du Lundi de Pâques, alors qu'il était devenu une vedette du piano à bretelles.

                                                                                              —

    Dernier chapitre

       Après la libération de la ville, nous nous installons dans une nouvelle époque, la liberté retrouvée et des occupants beaucoup plus agréables de compagnie, toutefois les restrictions étaient toujours de rigueur et nous avions toujours les mêmes difficultés pour se procurer une nourriture correcte, les troupes américaines qui lors de leur arrivée distribuaient allègrement bonbons, chocolats cigarettes et même rations de nourriture, étaient devenues plus avares, mon père qui s'occupait en tant qu'employé municipal de l'hébergement des soldats, voyait beaucoup de victuailles défiler à l'immeuble Fessart.

     

    Un jour, voyant que les cuisiniers ne servaient que les cuisses et les ailes des poulets, les restes étant brûlés, demanda l'autorisation de ramener chez lui quelques carcasses pour, disait-il nourrir sa famille, l'autorisation ne fut pas accordée, mais nous fûmes invités tous deux à partager les repas des hommes de troupe, avec chaque plat étaient distribués quelques légumes crus, carottes ou navets, pour les vitamines, que d'ailleurs les soldats ne mangeaient jamais.

      Après avoir quitté les écoles Voltaire, les allemands, que l'on disait si corrects, avaient cassé à coup de fusil presque tous les carreaux de l'établissement, ce fût un gros travail pour l'équipe des ouvriers de la ville de remettre en état les bâtiments et c'est dans une école qui nous semblait très grande que nous fîmes la rentrée du mois d'Octobre, j'avais l'âge de rentrer au cours complémentaire au premier étage, sur les murs de la cour des silhouettes de soldats avaient été peintes pour servir de cibles au tireurs.

    Je n'avais pas " passé " mon certificat d'étude primaire, ce diplôme institutionnel avait été supprimé par le gouvernement Pétain et remplacé par le D.E.P.P., c'est à l'école d'Andeville que nous dûmes aller plancher pour cet examen , faute de salle libre à Méru.

     

    L'épreuve terminée, le père de notre instituteur, Georges Cresson, nous offrit le cidre du pays, dans la belle maison qu'il habitait prés de l'église.

    C'est à ce cours complémentaire que j'eus pour la première fois Anatole Devarenne comme professeur de dessin, aquarelliste et écrivain de talent, il venait d'Andeville à bicyclette, coiffé d'un drôle de chapeau, pour donner ses cours.

      Nous avions deux professeurs principaux, monsieur Blondel qui faisait les mathématiques et les sciences et monsieur Lemaire qui enseignait le français et l'anglais, j'avais trouvé un ami soldat prés de chez nous, un texan qui me faisait répéter mes leçons avec l'accent particulier des U.S.A., si bien que mon professeur ne reconnaissait rien de son enseignement lorsqu'il m'interrogeait, ce même soldat avait voulut m'initier à l'art du lasso mais sans succès, un autre, officier, celui là, venait à la maison pour manger du pain de blé, celui que nous vendait le boulanger, contre des tickets, qui était gris et de mauvaise qualité, mais parait-il délicieux à coté du pain blanc distribué à la cantine et qui devait être fait avec de la farine de riz, de temps en temps il mangeait avec nous et se régalait de la soupe faite aux légumes du jardin, il venait toujours avec un petit cadeau, des cigarettes, du chocolat ou des tablettes de chewing-gum, pendant très longtemps après son départ j'ai entretenu une correspondance avec lui, il me retournait mes lettres avec la correction, son prénom était Edward.

      La présence de la troupe ne dura pas très longtemps, la guerre continuait dans l'Est et outre-Rhin, seuls restaient quelques éléments au château de Sandricourt, environ 10% des contingents de passage s'arrêtaient quelques jours à Méru.

    Je ne sais lequel d'entre nous découvrit un dépôt de poudre à canon que les allemands avaient abandonné au bois Lapin, cela ressemblait à des macaronis, de couleur noir et plus longs, il y en avait de différentes tailles, emballés dans sacs de toile, notre jeu était d'en allumer une tige et de pincer l'extrémité avec le pied, le combustible partait alors comme une fusée ce qui faisait notre joie, ou alors plusieurs morceaux enfilés dans une douille de mitrailleuse désamorcée que l'on tenait par l'étrier qui servait à les maintenir en ruban, cela une fois allumé faisait un lance-flammes qui projetait son feu à quelques mètres.

    Ces jeux dangereux, nous n'en avions pas trop conscience, ne durèrent qu'un temps, les gendarmes mis au courant organisèrent une perquisition à l'école, le résultat : un tombereau de l'entreprise Prevost plein à ras bord, nous fumes punis après une mise en garde du maire.

      Les américains aussi avaient laissé face à la fonderie un important dépôt de munitions, sur le terrain de la Gaillardiére, et qui fut aussitôt investit par les garnements que nous étions, là se trouvaient des détonateurs de bombes, qu'il suffisait de frapper pour les faire exploser, un camarade, Emile, fut blessé en mettant sa main devant pour protéger un autre, il y avait aussi des boites de fusées que nous démontions pour en faire des feux de Bengale, aussi des boites complètes de cartouches de mitrailleuses et des supports de bombes qui retournés faisait de solides petits bancs que l'on retrouvât partout dans les habitations de la ville.

    Sans soucis du danger que représentait cette " décharge " nous évoluions sans complexes dans ces engins de mort, le stock fut évacué pour ce qui était dangereux et racheté par un ferrailleur méruvien pour le reste . Nous faisions nos propres feux d'artifice avec les éléments des fusées et de la poudre à canon comme mèche de mise à feu, ce qui nous fait maintenant sourire quand on voit le cérémonial de mise en place des spectacles pyrotechniques actuels.

      Avant 1940, il y avait un journal local, " le journal de Méru " que mon père achetait toutes les semaines et que mon grand père Paul lisait d'un bout à l'autre en attendant le client, ensuite il coupait soigneusement chaque feuille en deux pour en faire de quoi envelopper les clous qui se vendaient au poids, la parution fut arrêtée en 1940.

     

    Après la libération, le 9 Septembre parait " l'Echo méruvien " imprimé chez Brard et dont la direction était confiée à Léon Oguez, le premier numéro relatait dans le détail le drame d'Andeville, c'était une feuille provisoire mais que mon grand père dévorait à chaque parution.

    L'année se passa encore, à part l'école, à se procurer de la nourriture les jeudis et les dimanches avec le jardin toujours apprécié.

      Un jeune instituteur était arrivé à Méru, Roland Dordhain qui plus tard sera directeur de Radio France, il fonda une troupe d'éclaireurs de France, genre de scoutS laïqueS, alors qu'il existait à Méru depuis avant guerre une compagnie de des Scouts de France dirigée par Lucien Dégremont, Roland Dordhain participa beaucoup à la vie méruvienne, au renouveau des fêtes de Pâques et à la célébration de la victoire, il épousa une méruvienne, mademoiselle Bazin.

    Quant à moi je préparais au cours complémentaire, sous la direction de monsieur Coeffet, le concours d'entrée au lycée technique de Creil dans lequel je devais rester comme interne pendant cinq ans, je me coupais ainsi de la vie quotidienne à Méru, pendant ce temps mon père déménagea avec toute la famille rue Pasteur il devint aussi correspondant d'un grand journal de Reims issu de la résistance, c'est comme cela qu'il commença une longue carrière de journaliste localier.

     

     http://jack.gonet.pagesperso-orange.fr/dory.htm

    ©  Jack GONET  1998

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