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    RESISTANCE

     

     

     

     

     

    Témoignage de René Streiff, maître d'internat au lycée Malherbe de Caen

     

     

     

     

    La façade du Lycée Malherbe, à droite l'église Saint Etienne

     

     

     

     

     

    Du 5 mai au 8 juin 1940, j'ai participé comme chef scout à l'organisation du centre d'accueil de la gare du Mans.

     

     

     

    Nommé instituteur à Deauville-sur-Mer le 13/11/1940, j'organise un service de renseignements dans la région de Trouville­Deauville-Honfleur. Ces renseignements sont fournis au Dr Marcel Leboucher , 83 bis rue de Geôle, en liaison avec Paul Zaessinger , opticien rue Saint-Jean; André Michel (depuis fusillé); Guy Desmonts, 7 rue de l'Union à Caen; et Franck Duncombe, 3 rue Haute à Caen (Note de MLQ: étudiant en médecine); les renseignements étaient fournis à un certain M. Guy, demeurant à la Maladrerie.

     

     

     

     

    Source Google Maps. A gauche le 7, rue de l'Union. A droite la rue Haute

     

     

     

    En octobre, suis nommé à Caen, travail plus suivi avec le Dr Leboucher qui, malheureusement, sera arrêté en janvier 1943(Note de MLQ: non, le 4 novembre 1942). Avec un collègue Daniel Anne, constituons avec quelques grands élèves (Deperrois - Pascal - Bouriez - Herout ­Lafontaine - Lechevallier) un petit groupe de résistance, sabotons la propagande de Vichy dans l'enseignement et entrons en guerre ouverte contre les Jeunes du Maréchal.(Note de MLQ: mouvement lancé à Paris en juin 1941 par un professeur du lycée Voltaire, Jacques Bousquet, il est dissout le 23 juin 1943)

     

    J'exalte l'esprit patriotique chez mes petits scouts, qui hissent le drapeau à croix de Lorraine au camp d'Amblie.

     

     

     

     

    Le château d'Amblie  à 22 km au Nord de Caen vers CREULLY. En couleur

     

     

     

    Continuons à faire des tours aux Boches - faux renseignements dans la rue, vol d'armes à Chandivert, de pancartes, etc.

     

     

     

     

    Brasserie Chandivert, Bd des Alliés

     

     

     

    Distribution de tracts et journaux gaullistes, propagande contre le départ en Allemagne et le STO exhortant les grands à se planquer et à se procurer des cachettes - Service de fausses cartes et faux papiers (voir D. Anne).

     

     

     

    Lors de l'arrestation du Dr Leboucher et de sa femme, j'ai fait disparaître de chez lui tout ce qui aurait pu être compromettant. La Gestapo ne trouve rien et emporte simplement sa machine à écrire. (Note de MLQ: il doit s'agir de l'ancienne adresse 83 bis rue de Geôle puisque le Dr Leboucher a été arrêté au 1 rue de l'Eglise Saint-Julien)

     

     

     

    Lors des vacances, je reprends contact avec Daniel Desmeulles à Alençon. Mon frère, réfractaire au STO sur mes conseils et ceux de Desmeulles, se planque chez M. René Formier à Saint-Loyer-des-Champs, où il rentre en contact avec le groupe de résistance de Mortrée. Des camarades en font autant - on vient perquisitionner chez mon père qui éconduit l'envoyé et déclare qu'il ne sait pas où se trouve mon frère. Renseigne Desmeulles sur l'activité des agents de Vichy et de la Gestapo.

     

     

     

    Au moment de l'affaire des fausses cartes d'identité à Alençon! (septembre 43)(Il s'agit probablement de « l'officine de faux papiers de Notre-Dame d'Alençon» fondée par l'abbé Marcel Poulain et développée par l'imprimeur Bernard Grisard. Ils seront arrêtés en janvier 1944), renseignements d'ordre militaire sur le parc d'artillerie de Saint-Paterne et les locaux allemands occupés dans la ville. En septembre, nous constituons, avec Anne Daniel, un groupe destiné à descendre dans la rue en vue d'un débarquement éventuel. Anne en liaison avec le PC de la résistance au sujet du dépôt d'armes (probablement par M. de Boüard ). Au cours de mes voyages à Alençon, je transmets des renseignements à Desmeulles. Je me dispose à faire la liaison entre Desmeulles et Kaskoreff quand celui-ci est obligé de prendre le large. Au lycée, nous constituons un groupe d'amis des Maquis (cotisations de 50 F par mois qui sont remises par l'intermédiaire de Lafontaine au maquis d'Authie (Note de MLQ: ?)).

     

     

     

    Anne me présente Archambault, chef de la Résistance à Paris, nom de guerre « Serge ». Nous lui fournissons une liste des types de la Gestapo de Caen et des renseignements sur les défenses de la côte entre Trouville et Deauville, défense intérieure entre cette côte et Caen, plans de Caen avec emplacements des défenses militaires de la ville. Pendant notre absence, à mardi gras, une perquisition de la Gestapo chez Anne et chez moi.

     

     

     

    Lors des rafles massives de mars-avril pour les départs en Allemagne, nous avons organisé au lycée, avec le concours de la police (qui prévenait le concierge M. Lefèvre chaque fois que la Gestapo convoquait les agents au lycée pour garder les raflés), un service qui renseignait les grands élèves sur les heures de rafles et les endroits dangereux. Très souvent, je suis sorti en ville, passant à travers les rafles, prévenir des camarades d'avoir à se garer. Un soir, deux de mes élèves, Herout et Bretagne, furent raflés au Normandie(Note de MLQ: un cinéma rue Saint Pierre) ; nous les avons fait échapper. Un dimanche soir, nous avons forcé la porte du dortoir des requis donnant sur l'escalier d'honneur du lycée et favorisé l'évasion de sept d'entre d'eux.

     

     

     

    En mai 1944, je suis sollicité par Mme Vieil-Castel (Note de MLQ: adjointe au Délégué départemental de la CRF M. de Clermont-Tonnerre),  pour constituer au lycée des équipes d'urgence de la Croix-Rouge française, après accord avec Anne et Archambault, je constitue un groupe de cinquante hommes.

     

     

     

    Prends sur mon travail, deux heures tous les jours, pour instruire ces équipes (secourisme, brancardage, port du masque, etc.).

     

     

     

    6 juin 1944 - Anne ne recevant aucune instruction au point de vue résistance, nous décidons de consacrer toute notre activité aux équipes d'urgence du lycée, dont je prends le commandement. Travail de force: aménagement de. tous les abris du lycée encombrés par des matériaux divers, transport de la paille dans les salles des fêtes pour accueillir les commotionnés. Dans la matinée, accueil des premiers réfugiés de la côte et ravitaillement.

     

     

     

    Dans l'après-midi, malgré le bombardement intense nous allons chercher morts et blessés, que nous ramenons au lycée et au Bon-Sauveur. Sauvons au moins dix personnes enfouies place de la République. Durant toute la nuit, travail pour aménager des abris nouveaux au lycée (abris n° 3-4-5-6) ; le lendemain, nous déblayons, avec une équipe de jeunes scouts, la rue Haute et transportons morts et blessés. Au cours des jours suivants, nous faisons les pompiers, rue Docteur Pierre, Bd des Alliés, et au théâtre, l'incendie est maîtrisé.

     

     

     

    Au cours d'une mission, un de mes jeunes scouts de 14 ans, Pierre Favier, est mortellement blessé par un obus 

     

     

     

     

     

    "Photo Streiff" Le cercueil de Pierre Favier

     

     

     

    Un équipier de la faculté, Bernard Auvray, tombe dans le brasier en essayant d'enrayer un incendie rue du Pont-Saint-Jacques . Avec Gilles Rivière, chef des équipes d'urgence de Caen, nous montons dans la maison en feu essayer de le sauver, en vain. Suis très fatigué (tension 9) : on me propose d'évacuer ou tout au moins de partir pour Vimer près de Vimoutiers. Je refuse, voulant rester auprès de mes garçons jusqu'au bout.

     

     

     

    Les officiers du lycée veulent évacuer le centre d'accueil. Prévoyant ce que serait un exode, nous torpillons la tentative de départ (en refusant de travailler). Le départ n'a pas lieu.

     

     

     

    J'entre en contact avec le commandant Gille par l'intermédiaire de Gohin (futur agent de liaison de Parléani )  qui me présente à lui. Celui-ci me demande de constituer un groupe de résistance parmi les éléments sûrs de mes équipiers d'urgence. Daniel Anne ayant été obligé d'évacuer sa mère et son frère blessés, je prends le commandement du groupe et mets ce groupe en rapport avec le commandant Gille. J'ai dans ma chambre un poste TSF et nous diffusons aux patriotes des abris les communiqués. Nous repérons les types de la Gestapo qui circulent dans le centre et les signalons à Gohin.

     

     

     

    7 juillet: bombardement intense; malgré son épuisement, mon groupe travaille toute la nuit; je sauve une femme du premier étage de la faculté en flammes.

     

     

     

    Le lendemain, travail de brancardage; suis complètement épuisé, ma tension tombe à 8. Enfin, délivrance le 9 à 15 heures; mon groupe guide dans la ville les chars et automitrailleuses alliés. Aidés des Canadiens, nous capturons trois SS rue du Carel. Avec le lieutenant Georges , nous allons rue d'Hastings faire prisonnier un groupe de SS (Note de MLQ: à la future résidences des officiers des Civil Affairs). Le soir nous arrêtons Sultan et Houssenotte (Note de MLQ: ? certainement des collaborateurs) et nous assurons sur les ordres de M. Almeras la garde du lycée pour empêcher les suspects d'en sortir. Patrouilles toute la nuit. Le lendemain, nous participons à la cérémonie de la libération de la ville. Mon groupe, allant poser un drapeau à croix de Lorraine sur Saint-Gilles, essuie le feu des SS.

     

     

     

     

    A gauche l'entrée de l'hospice Saint Louis, à droite l'église de la Trinité ce que les Caennais appellent Saint Gilles.

     

     

     

    L'après-midi, le lieutenant Georges organise une expédition contre ces SS. Je n'y participe pas, étant trop fatigué, et je donne le commandement de mon groupe à Henryon, et pars me reposer à Douvres.

     

     

     

    Retour à Caen le 15 juillet. Le commandant Gille m'affecte à l'état-major du 1er Bureau. Le soir, patrouille avec groupe Michaut, nous nous emparons du matériel suivant: 15 caisses de bandes de mitrailleuses, une caisse de grenades françaises, 8 chargeurs de FM trouvés rues du Gaillon et Moulin-au-Roy, 3 caisses de grenades allemandes, 8 tubes de mitrailleuses. Avons failli sauter sur des mines que nous signalons aux Canadiens.

     

     

     

    Le lendemain, guide une section anglaise de chars vers les lignes dans le secteur de Colombelles. Puis reprends ma place au 1er Bureau avec le capitaine Dumis . Le 23 juillet, nommé sergent FFI. le 27, mission à la Kommandantur (Malherbe) avec le sergent Le Lohe - nous découvrons des documents importants qui sont remis au 2e Bureau de l'état-major des FFI. Lettre de félicitations du commandant Gille. Depuis, renseignements fournis sur les défenses militaires de Falaise, les mines de Potigny, Soumont, May, Saint-Rémy, des défenses allemandes de la forêt d'Écouves, les rampes de lancement de V1 dans la Seine Inférieure, aux capitaines Hugues et Kay, de la sécurité militaire.

     

     

     

    Le 7 août, je suis incorporé dans la compagnie Scamaroni à la caserne de Lorge et versé, sur avis du lieutenant Rosse, au BCRA.

     

    Caen 15/9/44

     

    Source: pages 146 à 152 de ce livre .

      

    http://sgmcaen.free.fr/resistance/streiff.htm

     

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    RESISTANCE

     

    LA COMPAGNIE FRED SCAMARONI

     

     

     

    "Photo Collection Résistance et Mémoire"

     

     

     

     

     

     

    "Source: photo Serge Goguel" De gauche à droite: Serge Goguel

    (futur directeur de

    "Liberté de Normandie" , Léon Dumis, Léonard Gille et René Duchez.

     

     

     

     

    A gauche: "Photo Keystone". Le 18 juillet, des hommes de la Compagnie Scamaroni en tête Léonard Gille, avec les drapeaux français et anglais René Duchez. A droite: une patrouille de la Compagnie Scamaroni devant le bâtiment administratif de la gare.

     

     

    "Photo Mémorial de Caen " Source: page 105 de ce livre. La compagnie Fred Scamaroni défile rue Guillaume le Conquérant, au centre Léonard Gille, à droite casqué, vareuse claire, René Duchez. 

      

     

     

     

    "Photos OFIC" page 80 de ce livre. La compagnie Scamaroni rue Saint-Laurent.

      

     

     

     

    Source, cérémonie place Gambetta, derrière le poteau Léonard Gille, puis René Duchez, ?, ?, ?, Léon Dumis, voir la seconde photo de cet artcicle ci-dessus. Localisation de la photo. A cet endoit sera planté le 28 novembre 1944 l'arbre de la libération.

     

     

    Des résistants du Calvados, appartenant à différents mouvements et réseaux, coupés de leurs responsables par les bombardements et les premiers combats de la bataille de Normandie, se regroupent sous la responsabilité de Léonard Gille à Caen, pour assumer des missions de renseignement, de liaison et d'action de guérilla. Le PC des FFI est caché au fond de la Vinaigrerie, rue de la Haie-Vigné.

     

     

    Caen est libérée partiellement le 9 juillet 1944. Partant de ce groupe, se constitue un état-major FFI sous la responsabilité du capitaine Gille, et une compagnie de FFI sous les ordres du capitaine Georges Poinlane , tué le 25 août 1944 lors de la libération de Lisieux. Cette compagnie, incorporée à la Mission de liaison opérationnelle près de la 2nd Army , assume des missions aux côtés des troupes britanniques, canadiennes et du BCRA : reconnaissances, combats, sécurité, protection des biens et des personnes, actions de commando. Elle a pris le nom de compagnie Scamaroni en hommage à Fred Scamaroui , chef de cabinet du préfet du Calvados en 1939. Il rejoint le général de Gaulle à Londres en 1940. Il assume alors de nombreuses missions. Envoyé en Corse en 1943, pour unifier la Résistance, il est arrêté par l'OVRA italienne. Torturé, il se suicide pour ne pas parler. Il a été fait Compagnon de la Libération.

      

    Le 8 août 1944, une trentaine de membres de la Compagnie rejoint dans la Manche le bataillon de renfort de la division Leclerc intégrée à la 3e Armée américaine. Ces hommes, déjà formés militairement avec l'expérience de la guerre, partent d'Avranches le 9 août 1944, avec Maurice Schumann , pour rejoindre le Régiment de Marche du Tchad et le 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains de la 2e DB devant Alençon. En forêt d'Écouves et devant Argentan, ces volontaires participent à la campagne de Normandie, à la fermeture de la poche de Falaise, à la libération de Paris, à la campagne des Vosges et d'Alsace, à l'élimination de la poche de Royan, à la campagne d'Allemagne jusq

    u'à la capitulation le 8 mai 1945. Quelques autres restent dans l'armée canadienne (comme Jean Métier) ou l'armée britannique.

      

    La compagnie est dissoute fin septembre 1944.

      

    Dans les rangs de la 2e DB :

      

    André Courban affecté au Régiment de Marche du Tchad, est tué le 17 août à Mauvaisville devant Argentan. . Il a été longtemps inhumé au cimetière de Mauvaisville, puis rassemblé avec d'autres soldats de la 2ème D.B. au cimetière des Gateys, à la sortie sud de la Forêt d'Ecouves.

     

     

    Marcel Letellier affecté au Régiment de Marche du Tchad, est grièvement blessé devant Strasbourg le 13 novembre 1944. Il séjournera dans divers hôpitaux et décède à l'hôpital de Caen le 10 mai 1945.

      

    Guy Dedouvre affecté au 12e Régiment de Cuirassiers est tué près de Boofzheim en Alsace, le 30 novembre 1944.

      

     

    Dans les rangs de la compagnie « Scamaroni »:

     

     

    Robert Castel est tué le 10 juillet 1944 sur la rive droite de l'Orne..

      

    Camille Bunel est tué le 13 juillet .

      

    Raymond Chatelain est tué le 18 juillet 1944 au pont de Vaucelles à Caen. (

    Note de MLQ: lire ce témoignage)

     

     

    Roger Dechambre est gravement blessé le 17 août 1944 à Crozy et meurt à l'hôpital de Bayeux le 25

     

     

     

    Georges Poinlane est tué le 23 août à Lisieux .

     

     

    Maurice Loridant (ancien du maquis PTT de Beaucoudray (Manche) est blessé à Lisieux le 25 août 1944.

      

    Parmi ceux qui rejoignirent la Compagnie on peut citer en plus: Almire, Bossé, Gil Delamare, Groult, Hardy, Henryon, Thierry Hollier-Larousse, Charles Huard, Jamet, Leroy, René Lesec'h, sergent Le Lohe, Merle, Michaut, Mousset, René Streiff, Henri Tribouillard,Véron, Jacques et Jean-Marie Vico. (liste non exhaustive)

      

    Dans ce livre, Gérard Fournier affirme "Abusivement dénommée "compagnie" après la guerre cette formation FFI, crée par Léonard Gille, n'a guère rassemblé plus de trois dizaines d'hommes"

     

    Sources:

       

    Archives de Jacques Vico

      

      

    Merci à Michel Corvé pour la photo.

      

    SOURCES - BLOG SENSATIONNEL

    http://sgmcaen.free.fr/resistance/compagnie-fred-scamaroni.htm

      

     

     

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    CES VIDEOS sont RARES - TROUPES AMERICAINES FILMEES par l'ARMEE AMERICAINE lors du DEBARQUEMENT EN NORMANDIE

     

    Pour apprecier ces vidéos - cliquer sur le logo central de RADIONOMY

    ( colonne de gauche, en bas) le fond musical sera supprimé )

      

      

      

      

     

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    RESISTANCE

     

     

     

    L'ARMEE DES VOLONTAIRES

     

     

    A l'automne 1940, vraisemblablement en liaison avec l'Intelligence Service, un groupe de Résistance se forme à Caen sous l'impulsion de l'artisan couvreur René Vauclin, de sa femme Olvie, et du masseur-kinésithérapeute Jean Duthil qui en sera le véritable animateur. 

     

    Le recrutement se fait par le biais de plusieurs réseaux de sociabilité. Madame Vauclin fait appel à des hommes, comme Robert Thomas , qui lui avaient déjà apporté leur concours lorsqu'elle s'était occupée d'aider des soldats britanniques ou des prisonniers de guerre français à échapper aux Allemands au cours de l'été 1940. Son époux enrôle des collègues, qu'il connaît particulièrement bien pour les côtoyer sur des chantiers de construction, tels le plombier Fernand Amène ou l'artisan peintre René Duchez . Ce dernier contacte d'anciens officiers ou sous-officiers du 3è régiment du train, l'unité à laquelle il avait appartenu pendant la campagne de 1940, notamment Léon Dumis , le charcutier André Masseron de Bretteville-sur-Laize, ou encore le capitaine de réserve Léonard Gille . Avocat membre influent du Parti radical dans le Calvados, celui-ci sait attirer certains de ses amis politiques, tels que Marcel Girard , William Faure et d'autres, dont quelques uns sont des francs-maçons également poussés à agir en raison de la politique répressive de Vichy à leur encontre.

     

    A la fin de l'année 1940, le groupe se rattache, par l'intermédiaire de Jean Château , contrôleur des contributions à Caen, à l'Armée des Volontaires, un mouvement fondé à Paris au cours de l'été par le commandant René Lhopital, ingénieur civil des Mines et ancien aide de camp du maréchal Foch.


     

    S'implantant progressivement dans le Calvados, l'Armée des Volontaires se livre à des activités de propagande et distribue le journal Pantagruel, imprimé à Paris par l'éditeur de musique Raymond Deiss. Quelques uns de ses membres appartiendront au groupe de John Hopper , un agent britannique. Cependant, l'activité principale de l'organisation est la collecte de renseignements concernant les troupes allemandes ou les usines travaillant pour le

     

    Reich. Mais il semble que les liaisons avec Paris, assurées d'abord par André Donnay puis, après l'arrestation de celui-ci, par le docteur Channel, de Nevers, aient quelque peu laissé à désirer; ce qui en définitive ne pouvait que nuire à l'efficacité du travail fourni.

     

    Par ailleurs, des dissensions politiques paraissent s'être fait jour assez tôt. Léonard Gille et ses amis radicaux, anticipant très largement sur les événements, font la part belle aux discussions sur le devenir de la France libérée; ce qui a pour effet d'indisposer ceux qui pensent qu'il faut, avant tout, lutter contre l'occupant comme le sculpteur Robert Douin .

     

    Fin 1941, le départ précipité du Calvados de Duthil, recherché par la police allemande, ajoute encore aux difficultés que connaît localement l'Armée des Volontaires, sans parler des contacts de plus en plus difficiles avec Paris à la suite de la cascade d'arrestations qui décapite en grande partie le mouvement au début de l'année 1942.

     

    Il faudra attendre le printemps suivant pour que le groupe trouve un second souffle. Marcel Girard parvenant alors à l'intégrer à une formation plus dynamique, l'Organisation Civile et Militaire.


     

     

    Archives de Jean Quellien

     

     

     

    http://sgmcaen.free.fr/resistance/armee-des-volontaires.htm 

     

     

     

     

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    RESISTANCE

     

     

    SOURCES: Collection Résistance et Mémoire.

     

    Léonard GILLE (1904-1971) alias MARIE

     


    Avocat à Caen, Léonard Gille se fait connaître avant la guerre dans les rangs du Parti radical où il incarne la jeune génération, soucieuse de changement.
    Capitaine de réserve, il est mobilisé en 1939 dans le 3e régiment du Train. Rentré à Caen après la défaite, il ne tarde pas à intégrer les rangs de la Résistance au sein d'un petit groupe, où figurent notamment d'anciens compagnons de combat comme René Duchez , Léon Dumis , André Masseron et quelques autres.
    D'abord rattachée fin 1940 à l'Armée des Volontaires, cette formation s'agrège au printemps 1942 à l’OCM et au réseau Centurie. Désormais connu sous le pseudonyme de "Marie", Léonard Gille s'occupe également, avec sa compagne et future épouse, Louise Boitard dite "Janine" , du réseau Marie-Odile, spécialisé dans l'aide aux aviateurs alliés.
    A l'automne 1943, il représente le Parti radical au sein du Comité départemental de libération clandestin, dont il est élu président. A la suite d'une vague d'arrestations à la fin de l'année 1943, il doit s'éloigner du Calvados et entrer dans une clandestinité complète.
    Le Débarquement le surprend alors qu'il est à Paris. Rentré d'urgence dans le Calvados, Léonard Gille reçoit d'Eugène Meslin , rendu momentanément indisponible, la mission d'assurer à sa place le commandement de la subdivision M1 des FFI (Calvados, Manche, Eure). Il installe alors son état-major au hameau du Poirier, à Frénouville, avant de rentrer à Caen où il met en place la compagnie Scamaroni, à la tête de laquelle il combat aux côtés des Alliés lors de la libération de la ville.

     

    Voir à la fin de ce film Léonard Gille avec un casque blanc.

     

     

    En tête Léonard Gille avec le drapeau René Duchez.

     

    Une fois celle-ci totalement accomplie, dès le 20 juillet, Gille réunit- ouvertement cette fois- le Comité de libération du Calvados, qu'il présidera jusqu'à sa dissolution fin 1945. Parallèlement, il s'occupe de faire paraître le journal Liberté de Normandie dont le premier numéro porte la date du 13 juillet 1944.

     

    Ne renonçant pas, tout au contraire, à la politique, il est élu conseiller général du canton de Bourguébus en septembre 1945 et sera vice-président de l'Assemblée départementale jusqu'à sa mort survenue en 1971. Léonard Gille a été inhumé au hameau du Poirier, à Frénouville.

     

    La stèle du Colonel Léonard Gille

     

    http://www.sculpteur-petrus.com/oeuvre-premices9.php

     



    Sources :
    Archives de Jean Quellien

     

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    SOURCES :

    http://sgmcaen.free.fr/resistance/leonard-gille.htm

      

     

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    Madame Paulette Héron nous est apparue comme une petite femme vive et énergique : ses lunettes sombres qu’elle enleva souvent révélaient un visage expressif.

    Elle nous raconta son expérience avec passion, agitant souvent ses mains avec vigueur. L’atmosphère, un peu tendue du début de l’entretien, se détendit pour devenir finalement très amicale.

    La période de l’installation des Allemands en Normandie fut celle aussi d’une grave pollution des eaux de la ville de Caen. Elle eut pour conséquence une terrible épidémie de typhus, qui entraîna la mort de près de trois-cents personnes dont la sœur aînée de Madame Héron, âgée de dix-sept ans.

    Comme au Moyen-Age pour les pestiférés, les Allemands avaient fait placarder des affiches avec une tête de mort et une croix sur les maisons des malades où il était écrit : danger typhus. « A ce moment-là, j’ai décidé que je ne pouvais plus les laisser faire, je devais agir pour libérer notre pays. Et puis, vous savez, nous n’étions déjà pas très heureux d’être envahis quand les Allemands sont arrivés. Nous sommes avant tout Français ; notre devoir était de défendre notre pays, de le libérer de la domination allemande. Aussi, dès 1941, je me suis engagée dans la Résistance . »

    Travaillant alors à la préfecture du Calvados, Madame Héron a pu accumuler de nombreux documents et renseignements précieux pour la Résistance.

    Malgré les arrestations, elle poursuivit avec la même ardeur son action en faisant preuve cependant de plus en plus de prudence.

    Madame Héron nous expliqua comment était née la Résistance et comment fonctionnaient les réseaux. Le Général De Gaulle sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940, lança l’appel connu maintenant de tous. De cet acte, le Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F) naquit. Avec d’éminents Français venus le rejoindre, le BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action) fut crée. Jean Moulin, ancien préfet, fut nommé par De Gaulle premier délégué général et parachuté en France avec pour mission d’établir des contacts pour former des réseaux de renseignements et d’action.

    Ces réseaux devaient fonctionner avec des agents : Les agents P2, qui avaient signé un engagement pour toute la durée de la guerre plus six mois et qui étaient considérés comme des officiers ou sous-officiers.

    Les agents PI, qui étaient des agents permanents sans grade d’assimilation…

    Enfin et surtout, il y avait des agents occasionnels qui se chargeaient de petites informations. Ils pouvaient par exemple voler quelques tampons à la mairie ou à la feldkommandantur allemande, ce qui était fort utile à la réalisation de faux papiers.

    Le but des réseaux qui se constituèrent était d’avoir des liaisons rapides et fréquentes pour acheminer rapidement vers Londres tous renseignements recueillis sur l’implantation et l’action de l’armée d’occupation. Ils étaient en quelque sorte, le deuxième bureau traditionnel de l’armée française, qui avait des missions plus étendues.

    Ces réseaux se partageaient pour organiser trois actions essentielles : le renseignement, l’évasion et l’action.

    Ils disposaient de moyens importants : émetteurs-radios, liaisons par avions, par navires ou sous-marins. Par ailleurs, la presse clandestine fit son apparition dès 1940.

    La Gestapo et la Milice étaient des polices, respectivement allemande et française, qui fonctionnaient en raison des nombreuses lettres anonymes que certains Français leur envoyaient. Leur tâche principale fut de lutter contre les résistants.

    Ceux-ci, arrêtés, étaient torturés, envoyés en prison, ou même, déportés à partir de 1942. Madame Héron évoqua auprès de nous les atroces supplices qu’ils subirent.

    Sa mémoire garde le vif souvenir d’un homme : son propre beau-frère. Chirurgien, il avait une clinique, rue des Jacobins à Caen. Arrêté, il fut déporté à Auschwitz. Sa clinique fut réquisitionnée par la Gestapo qui y établit ses bureaux et le lieu de ses supplices : « On utilisait là, par exemple le supplice de la baignoire : on plongeait la personne sous l’eau jusqu’à ce qu’elle manque d’air, puis on lui demandait des renseignements sur son réseau. Certains sont morts noyés car ils n’ont pas voulu dénoncer leurs camarades. D’autres tortures, encore plus humiliantes, étaient aussi pratiquées. Il n’y avait en définitive que deux conclusions possibles : soit la personne arrêtée parlait, soit elle était tuée ou envoyée en camp de concentration.

    Bien sûr, nous étions considérés par les Allemands comme des espions, je reconnais que nous étions des hors-la-loi.

    Mais, c’était inadmissible d’utiliser la torture, la torture la plus avilissante pour nous faire parler. La devise du nazisme était l’esclavage de l’ennemi et la disparition de celui-ci. Il ne faut pas retirer aujourd’hui un sentiment de vengeance de ces actions, mais il faut s’en souvenir tout comme des horreurs des camps de concentration.

    « Mon beau-frère est mon à Auschwitz. Médecin au camp, il s’insurgea contre le traitement de ses malades : ils étaient en effet régulièrement battus… Les nazis le punirent d’atroce façon : il dut monter et descendre un escalier en portant une lourde pierre jusqu’à épuisement. Mon beau-frère tomba, l’Allemand qui le surveillait prit alors sa charge et lui fracassa la tête avec la pierre. Comme il n’était pas encore mort, on l’enterra debout et l’on fit passer un rouleau sur sa tête ! ».. Hitler, ajouta-t-elle, était l’incarnation totale du mal. La réalité de cette époque dépasse tout ce que l’on peut dire aujourd’hui. »

    Après la guerre, Madame Héron a exercé la fonction de Consul de France notamment en Pologne. Dans ce pays se trouvaient la plupart des camps de concentration. Dans ces camps, les juifs étaient entassés la nuit sur des planches, ils étaient habillés de loques, leurs cheveux étaient rasés. Le matin, les gardiens les réveillaient en les arrosant d’eau froide même lorsqu’il faisait moins quarante degrés, en hiver. L’appel se faisait à cinq ou six heures du matin, les prisonniers se tenaient en ligne près des barbelés électrifiés. Parfois certaines personnes tombaient d’épuisement, d’autres préféraient se suicider en se jetant sur les barbelés. Mais souvent, il arrivait que les autres prisonniers gardent ces morts debout pour recevoir leurs portions de nourriture…

    Nommée officier de rapatriement à la fin de la guerre, Mme Héron se souvient de sa rencontre avec un jeune juif auquel on avait remonté les bras à l’envers…

    Les fours crématoires pourtant nombreux et qui fonctionnaient sans arrêt, étaient insuffisants. Aussi les morts s’entassaient sur plusieurs mètres de hauteur devant les baraquements. Mais, il y avait pire : à Meizenek, la chaleur dégagée par les fours crématoires servait à chauffer la salle de bain du chef de camp !…

    Madame Héron était à la fin de la guerre à la Sécurité Militaire au rapatriement des déportés féminines de Ravensbruck à Annemasse. Elle accueillit ces femmes qui étaient encore habillées de robes à rayures, avec aux pieds des morceaux de bois tenus par des ficelles… Sur leur tête complètement rasée apparaissait une double raie qui avait été établie pour mieux les repérer en cas de fuite… « Elles sentaient le cadavre » ajouta Madame Héron… « Plus on est cruel, plus on cherche à être cruel ; c’était la cruauté la plus infernale, c’était terrible. Si vous trouvez que ce n’est pas un acte de sadisme… Ces tortures pour extirper les dénonciations atteignaient à la dignité de l’Homme. C’était une course infernale vers l’extermination, juifs et aryens confondus.

    « Mais le pire c’est que tout était programmé. Les Nazis savaient que s’ils vous donnaient tant et tant de nourriture à manger, vous alliez mettre tant et tant de jours à mourir. Ce n’était pas une guerre loyale, c’était une infernale saleté, quelque chose d’immonde ! Tout semblait normal, on pouvait tout se permettre. Celui qui tuait le plus, c’était le vainqueur. C’est l’homme qui a fait tout cela ! On n’a pas le droit de massacrer les hommes, on n’a pas le droit à une cruauté aussi sauvage. C’était le mal pour le mal… Je ne veux plus trop y penser, mais de toutes ces atrocités il faut tirer une philosophie :

    Si les hommes pouvaient comprendre que le bonheur est simple, proche et facile et que seule la tolérance et la compréhension en sont les principaux éléments» !

    Après la guerre, Madame Héron a connu des gens qui ont été torturés par la Gestapo. Mais ces personnes ont une certaine pudeur à révéler ce qu’elles ont subi. Leurs supplices étaient tellement avilissants qu’elles ne diront pas certaines choses…

    Chanceuse, Madame Héron n’a jamais été arrêtée. Mais alors que, jeune comédienne, elle participait à une représentation du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, elle apprit qu’elle allait être incarcérée. Elle dut s’enfuir et ce fut pour elle le début d’une longue pérégrination. Désormais, elle ne resta jamais pendant plus de vingt-quatre heures au même endroit, et dut même une fois adopter pour cachette un asile de fous… Malgré cela, elle put et voulut poursuivre l’accomplissement des missions qu’on lui confiait.

    Avez-vous déjà pensé que la Résistance serait vaincue par la Milice et la Gestapo ?

    « Il était temps que les Américains débarquent. Nous étions de plus en plus attaqués, les réseaux étaient infiltrés par des Allemands aidés de collaborateurs français.

    La milice de Pétain était constituée en général déjeunes gens volontaires, souvent « anarchistes ». Ils étaient attirés à cause de la politique ou par l’appât du gain.

    Brière, chef français de la Gestapo pour la région de Caen, aurait, selon Madame Héron, abattu froidement dans la rue et sans motif véritable, une cinquantaine de personnes. Il causa de nombreuses difficultés au réseau, à tel point qu’on jugea indispensable de l’exécuter.

    Le réseau Arc en ciel de Madame Héron a d’abord demandé l’autorisation à Londres de l’éliminer. Puis Jean Héron, son mari et deux autres camarades sont passés à l’action le 15 mai 1944.— « Malheureusement, cet attentat ne passa pas inaperçu, et il y eut de graves répercussions sur notre réseau ». En effet, le jour du Débarquement allié, le 6 juin 1944, à la prison de Caen, près de quatre-vingt-dix-sept personnes furent tuées, dix-huit résistants sur les quarante que comportait le réseau furent fusillés les uns après les autres. Parmi eux, le propre père de Madame Héron. Deux résistants de ce groupe eurent miraculeusement la vie sauve :

    le nom du premier fut mal prononcé par les Allemands et il ne sortit pas de sa cellule, le deuxième qui était un enfant de treize ans fut épargné.

     

    La propre mère de Madame Héron fut emprisonnée elle aussi.

     

    Dans la grande confusion qui régnait lors du Débarquement, par manque de temps peut-être, elle fut relâchée comme la plupart de ses camarades. Fuyant les bombardements et les Allemands, elles se réfugièrent quarante jours dans les champignonnières de Fleury-sur-Ome. Sur les quatre-vingt-dix-sept personnes tuées à la prison de Caen, aucun corps n’a jamais été retrouvé à ce jour.

    Ce n’est qu’après le Débarquement, et avec les Américains, que Madame Héron regagna Caen. A la prison, seul et ultime souvenir de son père, un pardessus taché de sang…

    Pensez-vous qu’une situation semblable à celle que vous avez connue pourrait se reproduire à l’avenir ?

    « Aujourd’hui, je pense que l’Eurone unifiée est une garantie pour la démocratie. Mais le danger vient de la dissolution de l’URSS et de la perspective persistante d’un gouvernement islamiste en Algérie.

    Croyez-vous que les jeunes, aujourd’hui, résisteraient comme vous l’avez fait ?

    —Oui, je crois à la jeunesse. Elle a besoin de faire quelque chose, de défendre des idées. »

    Cette expérience vous a-t-elle rendue plus tolérante ?

    « Cette expérience m’a donné le sens des vraies valeurs. J’ai connu de vrais patriotes : j’ai vu que l’homme était capable de donner sa vie contre la liberté de son pays. C’était un choix de devenir’ résistant, chacun savait ce qui 1′ attendait. Il n’y avait alors plus de différence de classe sociale entre les résistants… La tolérance, c’est que chacun a le droit d’être ce qu’il est, pourvu qu’il ne nuise pas à son prochain »

    Madame Héron a reçu comme récompenses pour son courage : la croix de guerre avec citation, la médaille de la Résistance, la croix nationale du mérite, la croix de guerre polonaise.

    Nous nous sommes séparées de Madame Héron après un repas pris en commun. Nous étions tous à la fois émus et enthousiasmés par ces rencontres. Nous avions pu discuter avec des gens exceptionnels qui avaient affronté des situations difficiles avec un courage remarquable. Ces personnes avaient une expérience de la vie qu’elles ont su faire partager. J’ai entendu plusieurs élèves s’exclamer que ces entrevues resteraient à jamais gravées dans leur mémoire.

    Ce séjour à Caen m’a donné un nouvel intérêt pour cette période de l’Histoire,

    une meilleure compréhension de 1a guerre, et un regard neuf sur le monde actuel.

    L’humanité en a-t-elle tiré des leçons ?

    Combien de temps l’Europe se rappellera-t-elle de ces horreurs, et dira-t-elle : Plus jamais ça ! Dans le monde, des guerres persistent toujours : Non loin de nous enYougoslavie ; en Azerbaïdjan… E ceci depuis le commencement de l’humanité…

    Y aura-t-il un jour un espoir de paix durable et de tolérance sincère entre le hommes ?…

    Propos recueillis et mis en forme par A B, 14 ans

     

     

    sources : https://sites.google.com/site/parolesderesistantsnormands/6-paulette-heron

     

     

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    RESEAU ALLIANCE

    Marie Madeleine Fourcade, Remy Douin

      

    M. Rémy Douin, né en 1927 dans une famille de petite bourgeoisie aux modestes ressources , est le fils de Robert Douin, sculpteur et directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Caen , ancien combattant de 14/18.

    L’ancienne Ecole des Beaux Arts :

     

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caen_beauxarts.jpg

     

     Son enfance est heureuse auprès de ses parents, d’une sœur trisomique et d’un demi-frère. 

    La famille réside à Saint-Aubin-sur-Mer, sur la Côte de Nacre, près de Courseulles. M. Douin père est en effet en charge de l’entretien ou de la restauration du clocher de l’église.

     

    Mme Douin est une mère au foyer, effacée peut-être , et toute dévouée à ses enfants et à son époux.

     

    Rémy suit les cours de l’Institut Saint-Joseph de Caen.

     

    A la maison, les conversations sont libres, et Rémy échange sur tous les sujets avec un père qu’il aime et qu’il admire.

     

    L’avant-guerre a été marqué pour lui comme pour ses parents, par un net sentiment patriotique et anti-allemand, fondé sur les réminiscences de la première guerre, pendant laquelle son père a été blessé par deux fois, ce dont il garde des séquelles importantes à un bras. On raconte beaucoup la Grande Guerre à la maison.

     

    Il a été marqué par l’angoisse de l’imminence d’une seconde guerre et frappé par un antisémitisme ambiant que nourrissait « la peur du juif ». A ses yeux, celle-ci découle d’une perversion de la culture chrétienne. Rémy Douin insiste sur le fait que lui-même n’a jamais été antisémite.

     

    La mise en place de la Collaboration en 1940 met en rage Robert Douin. Il tient Pétain d’emblée pour un traître.

     

    Il cherche alors comment lutter contre l’occupant et prend des contacts avec des résistants, sur les indications de collègues des Beaux-Arts . En novembre 1940, il entre dans la résistance à Caen et est contacté, fin 1941, par le chef du réseau Alliance

     

    ( 1 ). Il signe son engagement. Il deviendra le chef du réseau du Calvados. Son pseudonyme : Civette.

     

    A la maison, on écoute Radio-Londres et on parle du Général de Gaulle, même si on n’a pas entendu son Appel. On écoute Maurice Schuman et on reprend courage.

     

    Robert Douin cache des juifs. Car on a connaissance d’ arrestations, de déportations. On a entendu parler de fours crématoires…

     

    Au début 1941, Robert informe son fils, qui a alors 14 ans, de son entrée dans la Résistance. Mme Douin ne sera informée que bien plus tard.

     

    Rémy Douin présente ainsi sa vision du réseau Alliance et de la figure de son fondateur :

     

    Le réseau Alliance fut créé par le commandant Loustaunau – Lacau (1894 – 1955), commandant de carrière,

    (2) qui fut mis en disponibilité pour avoir voulu protéger l’Armée d’une décadence certaine et l’avoir trop crié.

     

    De plus, celui – ci créa et dirigea sous le pseudonyme « Navarre » un petit groupe de presse dénonçant la montée du nazisme, le manque de jugement des dirigeants, la publication de l’Ordre de Bataille Terre – Air – Mer de Hitler … La secrétaire de ce groupe était Marie – Madeleine Fourcade qui deviendra chef du réseau Alliance à la fin de 1940 ( 2 ).

     

    archivesdefrance.culture.gouv.fr :

     

    http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/5/6/9782262023652.jpg

     

     

    Elle avait 30 ans en 1939.

     

    En 1939, le commandant Loustaunau – Lacau est réintégré dans l’armée, il part au front. Mais il fait part à l’État – Major du fait qu’il existerait des relations suivies à Amsterdam entre un Ministre et un sénateur français et un agent allemand de l’espionnage économique, que le 2ème Bureau avait chassé de France en juillet 1939… En haut lieu, on étouffe l’affaire, et le commandant Loustaunau – Lacau est incarcéré dans la Forteresse de Mützig. Il est relâché grâce à un juge et à des accusations vérifiées. Mais il est , plus tard, grièvement blessé et constitué prisonnier à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne. Evadé, il se rend à Vichy, pensant que c’était le lieu et le meilleur moyen d’avoir des contacts et des renseignements. C’est à partir de Vichy qu’il dirige ses contacts vers Marie – Madeleine Fourcade à qui il confie la direction du Réseau Alliance.

     

    Le Réseau Alliance a compris 3000 membres dont 700 femmes. Parmi ces 3000 membres, 432 personnes ont été assassinées, dont Robert Douin ; 237 furent internés et 423 qui ont été déportés, dont 206 seulement sont revenus.

     

    Pour Rémy Douin, Alliance n’était pas un mouvement politique, puisqu’ il a rassemblé des membres appartenant à des partis ou à des sensibilités très divers.

     

    Rémy décide donc de suivre les traces de son père et de participer concrètelent à

     

    l’ action de celui-ci. Ses motivations : le patriotisme, la lutte contre le nazisme, la haine de l’occupant, l’admiration pour les réfractaires du S.T.O.. Rémy , comme son père, observe aussi avec honte et mépris les engagés de la Légion des Volontaires contre le Bolchévisme ( L.V.F. ) de Darnand.

     

    En prenant des notes mentalement, il aide son père à cartographier les défenses allemandes, pour transmission aux Anglais ( Intelligence Service). Robert se rend sur la plage à bicyclette avec son fils, présenté comme son apprenti, prétextant un besoin de peindre, afin de repérer les défenses allemandes et la construction du mur de l’ Atlantique et d’ élaborer une carte de 17 m de long .Rémy, qui connaît bien la côte en indique à son père tous les sentiers d’accès . Il ajoute lui-même à la carte un sentier. Il observe les travaux de l’organisation Todt, il relève l’emplacement de fosses anti-chars. Lors d’un repérage, ils manquent d’être arrêtés par une patrouille allemande. Les retours à la maison, après le couvre-feu de 22h , sont toujours périlleux.

     

    Rémy Douin ne connaissait que trois personnes du réseau : ANIME Albert, surnommé Pieuvre ( un Charron), CABY Jean, surnommé Emouchet (un Radio Electricien) et THOMINE Georges, surnommé Cachalot ( un Marin Pêcheur ). D’autres personnes , plus importantes, venaient parfois à la maison , mais leur identité lui était cachée, d’autant qu’ il n’était pas membre officiel du réseau . Il a cependant connu un officier, M. Gouliboeuf.

     

    Il ne quitte sa maison qu’en février 1944 pour raisons de santé et se soigner à 30 km de Caen chez son demi-frère.

     

    Il a alors 17 ans.

     

    Son père est surveillé pendant six mois par une française, maîtresse du chef de la Gestapo locale. Il refuse la proposition du réseau de partir avec sa famille en Angleterre, arguant du fait que sa carte est inachevée. Ce document parviendra cependant à destination. Finalement, M. Douin père est arrêté , le 17 mars 1944, sur son lieu de travail, suivi par Jean Caby et Georges Thomine . Emprisonnés à Caen,ils y sont torturés puis fusillés le 6 juin 1944 . ( 4 )

     

    Rémy retourna alors chez lui et fut obligé de travailler dur pour nourrir sa mère et sa sœur.

     

    Ses sentiments furent partagés à l’annonce du débarquement : bonheur de voir son père vengé, de voir justifiée l’œuvre de celui-ci , mais aussi immense tristesse devant toutes les pertes civiles et l’anéantissement des villes . Il se souvient traumatiquement du vacarme des avions et de la lueur des flammes rouges. Mais l’un des chemins inscrit par Rémy sur la carte sera utilisé par les anglais lors du Débarquement, entre le 6 et le 8 juin 1944 ( 5 ) .

     

    Rémy Douin a su délivrer aux jeunes gens une leçon de sagesse, directement inspirée par la mémoire héroïque de son père :

     

    Il faut tout faire pour que de tels événements ne se reproduisent pas, il faut s’ouvrir à des idéaux, il faut respecter la vie ; mais il faut aussi dire non à certains moments, et , dans l’avenir, , rester vigilant ; enfin, miser sur l’éducation, pour soi-même comme pour autrui.

     

     

    Notes :

    1 Alliance est un réseau de la Résistance intérieure française pendant la deuxième guerre mondiale. Alliance était l’un des plus actifs réseaux de renseignements de la Résistance, avec la Confrérie Notre-Dame et, comptant jusqu’à 3.000 membres, le plus important des réseaux dépendants de l’Intelligence Service britannique (IS) sur le territoire français. Le réseau dénombre au total 438 morts[1] sur 1 000 arrestations. Chaque membre, pour préserver son identité, se vit désigner un matricule par l’IS. Puis, pour rendre plus pratique la communication entre les différentes parties, ils adoptèrent des surnoms ou pseudonymes. Les fondateurs du réseau Alliance et la plupart des autres membres choisirent de porter comme pseudonymes des noms d’animaux. C’est pourquoi la police allemande lui a attribué le nom original d’Arche de Noé. Toutefois, certains groupes à l’intérieur du réseau reçurent des pseudonymes de métier, ou de tribus indiennes… ( source : Wikipedia ) 

    2 Loustanau-Lacau :nommé par Xavier Vallat, en septembre 1940, délégué général de la Légion française des combattants, dont le siège est à l’Hôtel des sports à Vichy, il entreprend d’y recruter des agents qui établiront des liaisons avec les services anglais. Il recrute d’abord parmi les anciens de Corvignolles et de la Spirale, c’est-à-dire au sein de la droite nationaliste et de l’armée. ( source : Wikipedia )

    Marie-Madeleine Fourcade : appartenant à la haute bourgeoisie, élevée au Couvent des Oiseaux, pianiste, elle prend la tête du réseau en 1941. Arrêtée avec son état-major le 10 novembre 1942, elle s’évade et peut rejoindre Londres d’où elle dirige le réseau, qui finit par se rattacher au BCRA.

    Elle a publié chez Fayard l’Arche de Noé en 1968. gaulliste, jusqu’à la capitulation allemande. Elle revient en France en 1943 et est capturée en juillet 1944. Son pseudonyme : Hérisson.

     

    4 Dans le réseau Alliance du Calvados, la période sombre a commencé le 14 mars 1944 avec l’arrestation à Paris d’un agent de liaison de Robert Douin

     

    (Jean Truffaut dit Tadorne, qui possédait sur lui des documents importants sur le réseau et qui avait rencontré Robert Douin le 9 mars).
    A sa suite, le 17 mars, Robert Douin a été arrêté à Caen, Georges Thomine a été arrêté à Port-en-Bessin, Jean Caby a été arrêté à Villers-Bocage.
    Le 4 mai, la quasi totalité du groupe de Villers-Bocage a été arrêtée.
    Le 5 mai, c’est le tour du groupe de Vierville-Saint-Laurent-Trévières qui, lui aussi, est arrêté en totalité: Désiré Lemière, Albert Anne, Robert Boulard et Charles Olard.

    Ces arrestations étaient en général faites par des Français travaillant pour la Gestapo.

    Tous ont été interrogés sous la torture à Caen, 4 ont été libérés, 1 déporté et 16 fusillés le 6 juin 1944 à la prison de Caen, dans la panique qui semble avoir saisi les Allemands le matin du débarquement. Leurs dépouilles n’ont jamais été retrouvées.

     

    ( source : vierville.free.fr/811-ResistanceVierville.htm )

     

     

     

    5 Opération Sword Beach . Cette plage était attribuée à la Seconde armée britannique.

    Elle s’étend sur 8 km de Ouistreham à Saint-Aubin-sur-Mer.

     

     

     

    INTERVIEW :

     

    1°) Comment était votre enfance ?

     

    En 1938, je sentais venir la guerre et la montée du nazisme. Pendant la guerre, j’écoutais la radio de Londres et j’ai entendu parler du Général De Gaulle. J’allai à l’école. Le jour de repos était le jeudi mais le samedi je travaillais.

     

    2°) De quoi parlaient les gens avant la guerre ?

     

    Il fut torturé par la Gestapo. Les Allemands avaient constaté que tous les membres du réseau avaient des pseudonymes d’animaux. Le 16 mars 1944, mon père devait rencontrer, durant la guerre de Caen, Jean Truffaut, âgé de 20 ans, qui avait pour pseudonyme «tadorne » ; mais celui – ci fut arrêté le 11 mars 1944 et mourut au Struthof. Il y avait beaucoup de perte pour le réseau car durant septembre 1943 et début 1944 il y avait encore des arrestations.

     

    3°) L’avez – vous ressenti avant la guerre ?

     

    . Cependant, les déportations marquaient les gens.

     

    4°) Comment était la résistance ?

    Il connut plus tard, Duchèze, Margerie, « Dragon ». Il cherchait un point de chute en Normandie. Mon père ne cachait pas ses opinions. Je n’avais que 14 ans quand j’ai su que mon père faisait de la résistance. Les gens ne devaient pas connaître beaucoup de personnes. J’ai vu un officier qui se nommait Gouliboeuf. Il y avait beaucoup de réseaux dans la région mais à l’époque je l’ignorais. Les gens ne se connaissaient pratiquement pas. Mon père était le chef du réseau du Calvados.

     

    5°) Pourquoi votre père vous a t – il informé de son entrée dans la résistance ?

     

    Parce qu’il avait confiance en moi et qu’on était patriote de père en fils. Il a du sentir le patriotisme en moi.

     

    6°) Mais il prenait des risques ?

     

    Oui, mais je l’aidais. J’ai ajouté un chemin que je connaissais sur la carte que faisait mon père. Le plan de mon père est arrivé en Angleterre. Le jour du débarquement, j’ai vu sur une carte d’un anglais le chemin que j’avais ajouté. Un jour, mon père a dit à ma mère qu’il faisait de la résistance.

     

    7°) Comment a t – elle réagi ?

     

    Avec appréhension mais elle ne le montrait pas du moins elle essayait de le cacher. Quand mon père fut arrêté, elle a dû mal à s’en remettre. Ma sœur étant mongolienne et ma mère sans travail, à 17 ans j’ai du assuré la fonction à la maison.

     

    8°) Comment votre père a t – il réagi quand vous lui avez demandé d’entrer dans la résistance ?

     

    Ca coulé de source. Mon père trouvait ça normal. J’inspectais des endroits. Dans la région d’Arromanche où les alliés ont débarqué, un port artificiel a été crée afin de permettre la circulation des chars, des caissons… Les Allemands, quant à eux, creusèrent des fosses anti – chars. Un jour, alors que mon père et moi étions allés inspecter des nouveaux endroits à bicyclette, nous avons rencontré un officier allemand. Il nous demanda ce qu’on faisait et mon père répondit qu’il cherchait un endroit pour la carte de ses Beaux Arts.

    Heureusement pour nous, la baigneuse, qui accompagnait l’officier, avait froid donc ce dernier partit plus occuper par la baigneuse que par nous. Mon père était inquiet pour moi que pour lui – même. La carte d’état major faisait 17m quand elle arriva en Angleterre. Mon père était surveillé par la Gestapo, c’est pourquoi, le réseau lui propose de partir avec sa famille en Angleterre mais il refusa à cause de la carte qu’il n’avait pas finit.

     

    9°) Avez – vous eu des faux papiers ?

     

    Non. Mon père travaillait avec son nom bien qu’il savait qu’il était surveillé par la Gestapo.

     

    10°) Avez – vous souffert de la guerre ?

     

    En 1941 – 1942, mon année scolaire se passa à Saint Aubin où j’habitais car mon père était chargé du clocher donc c’était plus commode d’aller vivre là – bas. Mon père partait de la maison à 7h du matin et rentrait le soir à 20H. On mangeait de la viande rarement. J’étais beaucoup plus mince qu’aujourd’hui. Je souffrais de la faim, et de plus, il y avait le rationnement, mais avec le marché noir cela allait. Des biscuits vitaminés étaient distribués en classe. On buvait du lait écrémé et le pain était rationné. Il y avait une carte de rationnement et chaque catégorie était classée, exemple, travailleur de force G1, enfant E … On avait 1 kilo de sucre par mois. On ne connaissait pas l’orange.

     

    11°) Etes – vous toujours resté en France ?

     

    Oui, je suis plutôt F.F.I (Force française de l’Intérieur).

     

    12°) Avez – vous des amis déportés ?

     

    Avant non et après oui. Je ne connaissais pas beaucoup d’amis pendant la guerre mais après j’en ai connu.

     

    13°) Qu’est ce qui a changé dans votre ville ?

     

    Le climat moral. Il y avait moins de voitures qui circulaient car l’essence était rare. Seul le médecin avait le droit de disposer de l’essence pour ses visites. Quand les pneus pneumatiques étaient endommagés, on les recousait pour les réparer. J’ai même vu une voiture descendre une rue de pavé sur la jante. Les gens sortaient moins et le couvre – feu était à 22h. La ville n’était pas animée, les activités de jeunes avaient disparu. Les femmes se peignaient les jambes car il n’y avait plus de bas. Il n’y avait pas beaucoup de tissu, de plus, il n’y avait plus de charbon. Du point de vue moral, il y avait peu de gens gai. Il suivait tous l’évolution des fronts alliés et écoutait la radio de Londres et la propagande impériale. Maurice Schuman arrivait à remonter le moral. C’était un climat triste bien que les gens vivaient à peu près normalement.

     

    14°) Connaissiez – vous des juifs ?

     

    Oui. Il y avait une famille juive à Saint Aubin dont la femme avait une prothèse poliomyélite. Un jour, ils ont disparus. Ils ont sans doute du être arrêté. Mon père cachait des juifs. ( Juste )

     

    15°) De quel parti politique faisiez – vous parti ?

     

    Je ne faisais parti d’aucun parti politique. La politique n’est jamais entré durant cette événement. Je peux dire que mon père était un profond républicain. On parlait de politique seulement après la guerre. Les partis structurés comme les communistes résistants étaient plus efficaces et plus forts. Pour moi, le Réseau Alliance n’est pas politique puisque les origines des gens appartenant à ce réseau sont différentes.

     

    16°) Dans la vie de tous les jours, y avait – il des sujets tabous ?

     

    . Bien sûr, mon père ne me disait pas les dates des réunions du réseau. A l’époque, il n’y avait aucune éducation sexuelle. J’ai toujours été libre avec mon père. On parlait de tout, des allemands qui étaient l’ennemi, des SS, de la Gestapo française. A l’intérieur de la maison, on écoutait la radio de Londres.

     

    17°) Que pensiez – vous des actions menées par Pétain et Laval ?

     

    Indigne ! Je n’ai pas entendu l’appel de De Gaulle mais j’ai pleuré de rage en entendant le discours de Pétain. J’ai eu honte. Je trouve que Pétain a réduit les Français. Sous prétexte qu’il était officiellement le vainqueur, les gens avaient confiance dans l’honneur d’un maréchal. Mon père n’a jamais cru en Pétain en 1940. Il n’a pas admis la défaite.

     

    18°) Pensiez – vous que Pétain était contre sa patrie ?

     

    Oui. Il a composé avec les ennemis. C’était illogique car la France était en guerre contre l’Allemagne puis tout d’un coup s’allie avec l’Allemagne. L’influence de Pétain n’a pas toujours duré. Au début, les gens étaient plus pétinistes mais peu à peu le nombre de pétinistes décroît.

     

    19°) Quels ont été vos sentiments lorsque vous voyez un allemand ?

     

    On aimait pas les Allemands car c’était l’occupant et l’ennemi. Les souris grises, c’est – à – dire les infirmières, les auxiliaires de l’armée allemande, et les Allemands étaient fiers d’avoir gagné. Il y avait un brin de haine contre les LVF et les Allemands qui réquisitionnés pour la STO. Un jour, j’ai accompagné des camarades à Caen qui devaient partir en Allemagne et ils chantaient la Marseillaise. Les réfractaires cachaient les employés agricoles. La réquisition allemande était de 2500 hommes. Certains ont lutté contre ça.

     

    20°) Aviez – vous honte des français LVF ?

     

    Si. Ils étaient aussi mal vu que les Allemands. On avait honte pour eux. Ils étaient pires que la Gestapo allemande. La milice de Darnand combattait contre le maquis. Il chassait les résistants.

     

    21°) Aviez – vous des prisonniers allemands dans votre réseau ?

     

    Le réseau était essentiellement des renseignements. Il ne faisait pas parti du maquis. Il y avait des ramifications qui faisaient espionner des ports militaires. Les espions signalaient les bateaux allemands en partance et le Réseau Alliance par relation prévient les Anglais qui ont pu en détruire.

     

    22°) Aviez – vous des armes ?

     

    Mon père possédait un pistolet qu’il cachait à l’Eglise Saint Nicolas.

     

    23°) Avez – vous déjà tué un Allemand ?

     

    Non.

     

    24°) Et votre père ?

     

    Si, pendant la guerre de 14 – 18.  

      

    25°) Comment s’est passé la reconstruction des industries ?

     

    70% de Caen a été écrasé par les bombardements. A Caen, il ne restait pas grand chose. La reconstruction de Caen a commencé en 1951. Une grande industrie métallurgique s’est restauré. Les industries se sont remis en route petit à petit.

     

    26°) Où étiez – vous lors du débarquement ?

     

    J’étais à 30 km de Caen. J’ai entendu les bombardements et j’ai vu les avions des alliés. Au début, ça a été la joie. Il y avait beaucoup de morts dont des personnes de la ville. On comptait 5000 habitants à Caen. Beaucoup ont quitté la ville. Ma mère est restée à Caen qui était une ville libérée. Elle a failli être tué car elle habitait pas loin du temple des protestants. Il y avait une ruée de moustique, de plus, le choléra sévissait. Ma mère l’a attrapé. La ville sentait la charogne.

     

    27°) Que s’est – il passé pour les collaborateurs ?

     

    Les collaborateurs fut éliminé. Les femmes étaient rasées. Certains étaient accusés à tort.

     

    28°) Quel était votre état de santé ?

     

    J’ai survécu. Je suis parti car j’étais affaiblie. J’étais fatigué et assez amoindri. Certaines personnes pensaient que mon père m’avait envoyé à la campagne pour me protéger.

     

    29°) Quel était le mot de passe de la BBC pour annoncer le débarquement ?

     

    Je ne sais pas. Il y en avait sûrement, des codes, peut – être. Je sais que 60 à 80 personnes ont été fusillés au 6 juin jusqu’à la fin de l’après – midi.

     

    30°) Etes vous fier que votre père soit mort le jour du débarquement ?

     

    Non. J’étais plutôt fier du rôle qu’il a joué. Théoriquement, il a été évacué et a été emmené loin.

     

    31°) Dans quelles circonstances, a t- il été arrêté ?

     

    Des agents de la Gestapo, habillé en civil, sont arrivé à la maison et ont demandé où était mon père. Ma mère répondit qu’il était sur son lieu de travail. Puis, ils sont allés le chercher à l’entreprise le vendredi 17 mars à 9h00. 

     

    32°) Avez – vous essayé de faire évader votre père ?

     

    Non. J’étais chez mon demi – frère et il était interdit pour moi de rejoindre Caen. Mon père correspondait avec ma mère, il épinglait dans le linge salle des bouts de papier où il disait qu’aujourd’hui c’était l’anniversaire de ma grand – mère, ou bien qu’il avait faim, ou bien il demandait à ma mère de préparer ses grosses chaussures. Il n’y avait pas de parloirs.

     

    33°) Depuis combien de temps votre père était – il suivi par la Gestapo ?

     

    Depuis longtemps. C’était une française, la maîtresse du chef de la Gestapo, qui filait mon père depuis 6 mois peut – être.

     

    34°) Gardez – vous une haine envers les Allemands ?

     

    Non… à la limite une certaine défiance. Je suis européen et rester désuni ne même à rien. IL faut savoir enterrer la hache de guerre.

     

    35°) Pendant la guerre, les gens pensaient – ils que les juifs étaient des êtres inférieurs ?

     

    Non, ils ne pensaient pas que les juifs étaient inférieurs. Je pense qu’ils étaient plutôt jaloux car les juifs avaient la réputation de réussir tout ce qu’ils entreprenaient. C’est à cause du jugement nazi.

     

    36°) Aviez – vous-même peur des juifs ?

     

    Non. Je ne crois pas à la race aryenne.

     

    37°) Avez – vous retrouver votre famille ?

     

    Oui, ma mère et ma sœur. J’ai dû attendre le mois d’août quand les alliés sont partis pour rejoindre Caen. Il n’y avait plus personnes. J’ai dû aller m’adresser au chef local de la résistance pour savoir où elles étaient parties. A la fin du mois d’août, je les rejoins à Bayeux, puis, nous sommes retournés à Caen.

     

    38°) Avez – vous souffert ou eu des séquelles ?

     

    Non. J’ai seulement souffert de la malnutrition comme toutes les autres personnes.

     

    39°) Devez – vous une reconnaissance aux soldats allemands ?

     

    Je leur devais reconnaissance que s’ils libéraient un résistant. Sinon à part cela, il n’y avait aucune raison de leur devoir une reconnaissance. Je ne vois pas pourquoi car c’était l’occupant.

     

    40°) Connaissiez – vous des Allemands ?

     

    Non, je n’ai jamais connu d’allemand, à part, qu’un jour, j’ai rencontré un aumônier allemand.

     

    41°) Comment est – ce que L’État a pu se laisser faire ?

     

    Hitler a manœuvrer en Allemagne. Il a réussi à remettre sur pied une armée et une idéologie.

     

    42°) Quand les Allemands ont commencé à annexé la France, y avait – il des révoltes ?

     

    Non, pas tellement. Il y avait plus d’appréhension. Les gens n’étaient pas apathique mais ils voulaient la paix à n’importe quel prix.

     

    43°) Pouvez – vous nous parler d’Hitler ?

     

    Qu’est ce que je peux vous apprendre de plus que ce que vous avez appris sur lui ? … C’était une bête à tuer, un despote. Il a crée un parti pour diriger sur l’Europe néfaste.

     

    44°) Comment arriviez – vous à savoir que des résistants ont été arrêtés ?

     

    De bouche à oreille. Quand Duchèze vit des agents, il sut que c’était lui qu’on venait arrêter ; il dit alors au revoir à sa femme qui elle – même fut déportée. Les gens qui étaient arrêtés ont été déportés. Il y a eu des rafles.

     

    45°) Comment ça se passait dans les camps de concentration ?

     

    Je savais juste que les juifs étaient arrêtés. J’ai entendu parler des fours crématoires.

     

    46°) Et si des Allemands prenait des otages, que se passait – il ?

     

    Un jour, il y avait eu un sabotage sur le chemin de fer près de Caen. 42 personnes n’étaient pas encore mortes. Il n’est souvent pas possible de libérer les gens qui sont arrêtés.

     

    47°) Connaissiez – vous beaucoup de personne ayant été tué ?

     

    Non, je sais juste qu’il y a eu 300 morts le dernier dimanche d’avril.

     

    48°) Quand vous faisiez de la résistance, ressentiez – vous un sentiment de réussite ?

     

    Oui, sans ça je n’avais rien fait. Une bonne partie de la population attendait que ça se passe. Ceux qui ont résisté avaient de l’espoir en eux. 

     

    49°) Après la guerre, est ce que l’État avait de la reconnaissance pour les résistants ?

     

    Oui, mais c’était plutôt une reconnaissance moral. On avait fait un silence pour les déportés, les résistants étant la minorité de personnes. Certaines personnes considéraient qu’ils n’étaient pas écoutés et pas cru. Moi, je croyais contrairement aux non – résistants qui eux n’y croyaient pas. La population, ayant plus participer, se sentait moins concerné. D’autres souffraient en silence.

     

    50°) Combien de temps a t – il fallu pour reprendre une vie normale après la guerre ?

     

    Cela dépendait des personnes qui ont été plus ou moins touchés. Mais de façon générale, du point de vue morale et matérielle, il a fallu tout une génération pour masquer les blessures.

     

    51°) Etes vous déjà allé à Vichy ?

     

    Non. Je suis juste passé à Vichy mais je ne l’ai pas visité.

     

    52°) Quels sont vos sentiments concernant la guerre ?

     

    Je souhaite que ça ne se repasse jamais. La jeunesse doit prendre conscience que la guerre ne doit pas exister. Il faut avoir l’esprit large pour éviter des conflits car il faut savoir qu’il y a eu 60 millions de morts. Il faut éviter la guerre à n’importe quel prix. Il est souhaitable que vous ne le viviez pas.

     

    53°) Etant l’une des dernières personnes à avoir vécu pendant la résistance, quel est votre message que vous souhaiteriez faire passer ?

     

    Il faut tout faire dans les limites raisonnables pour que ça ne se reproduise pas. Il faut être ouvert à un idéal de l’homme, et, avoir beaucoup de respect, envers la vie surtout. Il ne faut pas admettre n’importe quoi. Il faut s’éduquer, éduquer les autres et être vigilant.

     

     
     
      SOURCES : https://sites.google.com/site/parolesderesistantsnormands/8-remi-douin

     

     

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    La résistance locale

    La résistance dans le Calvados est représentée par divers groupes actifs bien implantés en particulier:
    - l'OCM (Organisation Civile Militaire) efficace et très structurée avec un responsable par canton (Jouin à Trévières), dirigée localement par R Delente et G Mercader de Bayeux, qui ont constitué un réseau de renseignements "Centurie" qui fournira de précieuses indications sur la pointe du Hoc grâce au groupe de Grandcamp de Jean Marion et A Farine. C'est également ce réseau qui a permis d'aider le rescapé du commando anglais "Aquatint" par l'intermédiaire de Madame de Brunville d'Asnières.
    - le réseau Mithridate travaillant pour le renseignement anglais,
    - le mouvement de Libération-Nord dirigé par M Fouque, dont les seuls représentant du Bessin furent les cousins Poitevin (dont Arthur, professeur de musique aveugle ! qui se promène sur le littoral accompagné d'un jeune garçon qui lui décrit ce qu'il voit.. Arthur mémorise tout...)
    - enfin par le réseau Alliance qui était le seul implanté sur le secteur d'Omaha.

    Le groupe Alliance

    Le réseau "Alliance" a été créé en 1940 par Georges Loustaunau Lacau dit "Navarre", arrêté en 1941, puis repris par Marie Madeleine Fourcade dit "Hérisson" et par Léon Faye.

    Ce réseau s'étend à toute la France, aussi est-il diviséen 1942 en zones :Sud Ouest, Sud Est, et Ouest, commandé par Jean Roger Sainteny dit "Dragon". Ce secteur Ouest était lui même divisé, et, la Normandie était appelée "Ferme".

    La partie ouest du Calvados, dirigée par Robert Douin dit "Civette", était elle même divisée en 4 autres secteurs dont le "Bessin" créé par Jean Sainteny,qui réside parfois à Aignerville (près de Trévières). Sainteny fédère son équipe avec d'autres résistants locaux : Bernier de Port, et surtout avec l'instituteur de Formigny, M Couliboeuf dit "Bison noir" qui devint le chef et la boîte aux lettres du groupe "Bessin" aidé par Rodriguez dit "Pie",le radio.

    Cette zone "Bessin" est elle même divisée en 3 secteurs : Bayeux, Port en Besssin (Paul Bernier,avec des pêcheurs: Payen, les Cardron, et surtout G Thomine dit "Cachalot"...)et, enfin, Saint Laurent-Trévières qui est représenté par : Désiré Lemière dit "Chordeille" facteur à St Laurent; Albert Anne, forgeron-charron, d'Asnières ; Robert Boulard facteur à Trévières; Charles Olard, le receveur du bureau de poste de St Laurent.
    Ces équipes observent et transmettent des renseignements d'une grande précision, en effet quoi de plus naturel qu'un facteur en tournée qui n'hésite pas à discuter [se renseigner discrètement]avec les habitants ? De même qui se méfierait de ces braves pêcheurs qui jettent leurs filets face aux bunkers en construction? Enfin, qui se méfierait d'un aveugle qui se promène sur le littoral avec sa canne blanche ?

    L'équipe de Villers Bocage dirigée par J Caby dit "Emouchet" est également fort active car elle dresse des cartes d'etat major très précises localisant toutes les activités et constructions allemandes de la région.

    Le groupe Alliance dont l'activité est le "renseignement" fonctionne par un système organisé de "boites aux lettres" dont celle de Bayeux est centrale ; de là, des contacts émis par un poste emetteur radio vers Londres. L'épicentre de ce réseau est donc la "maison des gouverneurs" à Bayeux, résidence de deux institutrices Julia Picot et Germaine Limeul, qui centralisent toutes les informations.

    A partir de l'été 1943 les alliés sollicitent davantage de renseignements : la décision de débarquer en Normandie a été prise... Robert Douin s'active et peaufine ses cartes qu'il agrandit au 1/10.000 puis les fait parvenir à Paris par l'intermédiaire d'un agent de liaison, Jean Truffaut, dit "Tadorne". En mars 1944,toutes ses cartes sont finies.

     

     

    Désiré Lemière, paysan, facteur et résistant, membre du réseau "alliance"
    fusillé le 6 juin 1944 à la prison de Caen

     

    Désiré Lemière dit "Chordeille"

    D Lemière, né le 9 novembre 1887 à Louvières, est marié et a trois enfants. Il est agriculteur dans la commune de St Laurent/Mer mais son travail est réduit en raison de l'impossibilité d'exploiter une partie de ses terres en raison de la présence mines, aussi devient-il le "facteur" que l'on voyait chaque jour sur son vélo de Saint Laurent à Colleville.Le responsable du renseignement du secteur, Georges Thomine, pêcheur de Port en Bessin âgé de 38 ans, le contacte et Désiré Lemière rentre dans les rangs de la résistance le 1° janvier 1943. Ainsi pouvait-il observer à son aise les réalisations allemandes de dispositifs de défense du fameux "mur de l'atlantique" : construction de casemates et canons, emplacement des champs de mines, position des troupes.... Il transmettait ses observations à G Thomines qui lui même les rapportaient à Londres.

     


     

    Le groupe Alliance
    A Port en Bessin, le "groupe Alliance" de Georges Thomine (photo) et Paul Bernier centralise les renseignements des communes voisines. Le réseau "Alliance" a été créé en 1940 par Georges Loustaunau Lacau "Navarre" (arrêté en 1941) aidé de Marie Madeleine Fourcade "hérisson". En 1942 "Alliance" fut scindé en 3 zones : Sud Ouest, Sud Est, et Ouest, commandé par Jean Roger "Sainteny". Ce secteur Ouest était lui même divisé, et, la Basse Normandie était appelée "ferme". La partie ouest du Calvados, dirigée par Robert Douin "civette", était elle même divisée en 4 autres secteurs dont le "Bessin" créé par Sainteny, Berbier de Port, et par l'instituteur de Formigny, M Coliboeuf "Bison noir" qui était la boîte aux lettres du groupe. Cette zone "Bessin" est elle même divisée en 3 secteurs : Bayeux, Port en Besssin et Saint Laurent-Trévières qui est représenté par : Désiré Lemière "Chordeille" ; Albert Anne, charron, d'Asnières ; Robert Boulard ; Charles Olard.

    Le groupe Alliance dont l'activité est le "renseignement" fonctionne par un système organisé de "boites aux lettres" dont celle de Bayeux est centrale et par des contacts radios émis depuis Bayeux.
    Georges Thomine

     

    Les arrestations de 1944
    L'ensemble du groupe Alliance a connu en automne 1973 une vague d'arrestations au niveau national , la Normandie ne fut pas touchée. Mais le 14 mars 1944 la Gestapo organise un coup de filet important probablement suite à l'arrestation à Paris d'un agent de liaison "tadorne" (Jean Truffaut de Rennes)qui était en possession de documents importants. Ainsi le 17 mars, R Douin , le chef départemental (chez qui était passé tadorne) est arrêté ainsi que G Thomine de Port et trois autres résistants. A chaque fois ce sont des français, membres de la gestapo qui font le travail des nazis en arrêtant les résistants.
    Puis, progressivement, trois résistants sont arrêtés les 20 et 28 avril avril, ensuite neuf résistants le 4 mai essentiellement à Villers Bocage. Enfin le 5 mai, c'est Désiré Lemière qui est arrêté ainsi que plusieurs autres camarades : Albert Anne, 36 ans, charpentier à Asnières ;Robert Boulard, facteur à Trévières et le receveur de la poste de St Laurent.
    Le réseau alliance du calvados est décapité, sur les 21 arrestations, 4 seront libérés, un sera envoyé en camp de travail et 16 seront fusillés le 6 juin à la prison de Caen, dont Désiré Lemière de Saint Laurent, Robert Boulard facteur à Trévières, Albert Anne d'Asnières et G Thomine de Port en Bessin.

     


    Simone Lemière témoigne de l'arrestation de son père.

     

    le 5 mai 1994, Simone Lemière, agée de 17 ans, trayait le vaches avec sa mère lorsque :

     

    "De ma fenêtre, j'ai vu la traction s'arrêter devant notre ferme. Papa en est descendu, accompagné par les deux types de la "Gestapo". Il a appelé maman. Ils sont entrés dans la maison. On tremblait de peur. Le poste de TSF était simplement caché dans une armoire, recouvert d'une couverture. Papa était toujours à l'écoute de la BBC. Souvent, il revenait chez nous, aux environs de minuit. Sans cesse, il nous répétait la même excuse: j'ai bu un coup chez un tel. Bien plus tard, nous avons compris que Papa ne voulait pas nous mêler à ses activités, pour nous protéger en cas de coup dur.
    Papa s'est débarbouillé sous le regard indifférent d'un des types de la " Gestapo ". L'autre surveillait les alentours, debout devant l'entrée. Maman était figée, ne comprenant rien à cette arrestation. Papa était très calme. Il l'a rassurée, lui disant qu'il serait très vite de retour. La gestapo ne lui a pas permis de dire au revoir à ma sœur et mon frère, ils avaient 14 ans et 3 ans, et ils étaient à la fenêtre quand Papa est reparti, ils pleuraient. Puis, ils sont tous remontés dans la traction et sont partis en direction de Caen.
    On ne savait rien des activités de notre père. Il s'en allait souvent à vélo, le soir, c'est tout. Dans la journée, il était facteur, en plus de son travail à la ferme, un complément indispensable, on ne pouvait plus mettre les vaches dans les champs à cause des mines.

     

    Les semaines qui suivirent furent affreuses. Aucune visite n'était autorisée, mais, Monsieur Etasse, de Saint-Laurent, chaque semaine, allait en vélo à la prison y déposer du linge propre et maman y glissait des galettes.Je ne sais pas très bien comment, mais maman a reçu des lettres de mon père, griffonnées sur des bouts de papier. Il conseillait à ma mère de les brûler après les avoir lus. Sur l'une, il expliquait que des plans de champs minés étaient encore dans notre maison (plans que l'on a jamais retrouvés)

     

    Périodiquement, on le transférait rue des Jacobins( siège de la gestapo). Là, il était torturé. On raconte qu'à chaque sortie de cette odieuse maison, "le sang lui pissait au bout des doigts ! ". Le 7 juin, les américains sont arrivés. Nous attendions toujours le retour de papa, mais n'avions plus aucune nouvelle.Puis Caen fut libéré, mais papa ne revenait toujours pas... On y croyait tous les jours, avec la Libération, il pouvait revenir d'un moment à l'autre.

    Ce n'est qu'au mois de septembre que maman, mon petit frère, ma soeur et moi, avons reçu la visite d"un officiel" nous annonçant son exécution, survenue le matin du 6 juin 1944. Il mourut dignement pour la France, ainsi que Georges Thomine, Albert Anne et Robert Boulard. Même après l'annonce officielle de sa disparition, par écrit, nous avons continué à y croire, il pouvait être parti à l'étranger...
    Un service religieux a été célébré en la mémoire de papa le 24 septembre 1946 à Louvières, sa commune de naissance. Son nom sera gravé sur le monument aux morts de St-Laurent et de Vierville, une rue de St-Laurent lui sera dédiée. Mais jamais son corps ne sera retrouvé, ni ceux des autres fusillés de la prison, pourtant des prisonniers de Caen ayant témoigné au procès des responsables de la fusillade ont indiqué que la rotation des camions emmenant les corps avait été courte, ils ont peut-être été enterré pas très loin de la prison…"

     

     

    sources : http://6juin.omaha.free.fr/resistance/lemiere.htm

     

     

     

     

     

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    Biographie d’André Zucca

     

    André Zucca est né à Paris en 1897. Il est le fils unique d’une couturière piémontaise, Erminia Zucca et d’un père brodeur qui ne l’a pas reconnu. Entre 14 et 17 ans, il vit à New-York en compagnie de sa mère.

    Il commence sa carrière de photographe dans les années 20 au journal de théâtre et cinéma Comoedia. Il épouse en 1933 la jeune comédienne Irène Dié (1909-1963). Le couple vit à Montmartre, au Bateau-Lavoir, puis rue Saint-Vincent.

    Épris d’aventure, il réalise son premier grand reportage en 1935-36 à travers l’Italie, la Yougoslavie et la Grèce. En 1937, il part six mois sur le vieux cargo Min de la Compagnie des Messageries Maritimes, pour un voyage du Havre au Japon, via le canal de Suez. Il revient via la Chine, l’Inde, puis se rend au Sahara marocain. Il vend ses photos à différents journaux comme Paris-Soir, Match, Life, Picture Post.

    En 1939, il devient attaché au 2e Bureau (services de renseignement). L’hiver 1939-1940, il est envoyé comme correspondant de guerre sur le front de Carélie, pour couvrir les combats de l’armée finlandaise contre l’armée soviétique. Début 1940, il travaille en France avec Joseph Kessel sur la drôle de guerre, pour le quotidien Paris-Soir.

    En juin 1940, les Allemands occupent Paris. En septembre 1940, les autorités d’occupation décrètent l’interdiction de photographier à l’extérieur.

    En août 1941, il devient correspondant du journal allemand Signal. Il obtient ainsi une carte de presse, un laissez-passer, des rouleaux de pellicules noir et blanc et couleurs.

    Après la Libération, il est arrêté en octobre 1944 pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Il est relâché sur intervention du colonel Antoine Moyen, adjoint du général Lattre de Tassigny. André Zucca quitte alors Paris en mai 1945 pour vivre à Garnay, près de Dreux. Les éléments à charge étant jugés insuffisants, les poursuites sont abandonnées en octobre 1945.

    Sous le pseudonyme de “Piernic”, il ouvre une boutique de photographie à Dreux en 1952. Il fait des photographies de mariage, des portraits, etc. en Eure-et-Loir. Après la faillite de son commerce en 1965, il retourne à Paris, à Montmartre, où il meurt en 1973

     

    Bien à vous

    Saint-Sulpice

    sources - photos et article -

    http://saintsulpice.unblog.fr/2008/05/23/andre-zucca-les-parisiens-sous-loccupation/

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW232

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW231

    Les halles 1942 - crédit photo Zucca

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW233

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW226

    Les Halles. Paris, juillet 1942 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW249

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW230

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW234

     

     

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

    Rue de Belleville – 1944 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

     

     «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW228

     

      

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW213

    La station Marbeuf-Champs-Elysées, en 1943, aujourd’hui Franklin-Roosevelt. Les Champs-Elysées sont alors le principal lieu de divertissement de Paris – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW223

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW224

     

     

     

     

     | André Zucca/Le Monde 2

    Des enfants s’amusent au bassin du Luxembourg – Crédit photo: © André Zucca

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW229

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW238

     

     

     

     

     

     

    André Zucca - Les Parisiens sous l'occupation... dans Photographie: Grands Photographes 2384033258_70f3bc3c25_o 

     

     

     

     

     

     

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

    Esplanade du Palais de Chaillot – Trocadéro – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

     

      

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW235

     

    Le 28 mai 1942, une ordonnance astreint les juifs à porter l’étoile jaune – ici, rue de Rivoli – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW236

    Dans le Marais, rue des Rosiers – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

     | André Zucca/Le Monde 2

    Une jeune cycliste cours de Vincennes, en 1941 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW246

    Lieu de sortie, le zoo de Vincennes reste ouvert sous l’Occupation – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW247

     

     

     

     

     | André Zucca/Le Monde 2

    Le rationnement atteint la mode : les chaussures se parent de semelles de bois - Crédit photo: © André Zucca

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW241

     

    Place de la Concorde – Juillet 1943 – Crédit photo: © André Zucca

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW227

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW215

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW216

     

     

     

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW251

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW217

    Les chapeaux foisonnent sur l’hippodrome de Longchamp, en août 1943 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW218

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW242

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW245

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW220

     

     

     

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

    Signalisation allemande au marché aux puces de St-Ouen –

    Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

    Place de la Concorde – Juillet 1943 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

     

     | André Zucca/Le Monde 2

    Devant les guichets du Louvre, en 1942 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW250

     

    Pont de la Tournelle. Habitant de Noisy-le-Sec sinistré à la suite du bombardement du 19 avril 1944 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     

    Place Pigalle – 16 Mai 1944 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW23

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW26

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW27

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW239

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW240

     

     

     

     

     

     Andre Zucca: Nazi Propaganda Photos - Paris during WW212

     

     

     

     

     

    «Les Parisiens sous l'Occupation»: l'exposition polémique

    Cinéma «Lux Bastille» et gare de la Bastille. «Haut le vent», film de J. de Baroncelli – Crédit photo: © André Zucca

     

     

    Guerre 1939-1945. Champs-Elysées. Paris, 26 août 1944. Photographie d’André Zucca (1897-1973). Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
    © André Zucca / BHVP / Roger-Viollet

     

     

      

     

     

     

     

    ARTICLE " HISTORIQUE" qui malheureusement fait partie aussi de l'Histoire de la France, sous l'occupation.

     

    André Zucca, reporter photographe

    Son parcours

    André Zucca est né à Paris en 1897. Il est le fils unique d’une couturière piémontaise, Erminia Zucca et d’un père brodeur qui ne l’a pas reconnu. Entre 14 et 17 ans, il vit à New-York en compagnie de sa mère.

    Il commence sa carrière de photographe dans les années 20 au journal de théâtre et cinéma Comoedia. Il épouse en 1933 la jeune comédienne Irène Dié (1909-1963). Le couple vit à Montmartre, au Bateau-Lavoir, puis rue Saint-Vincent.

    Épris d’aventure, il réalise son premier grand reportage en 1935-36 à travers l’Italie, la Yougoslavie et la Grèce [1]. En 1937, il part six mois sur le vieux cargo Min [2] de la Compagnie des Messageries Maritimes, pour un voyage du Havre au Japon, via le canal de Suez. Il revient via la Chine, l’Inde, puis se rend au Sahara marocain. Il vend ses photos à différents journaux comme Paris-Soir, Match, Life, Picture Post.

    En 1939, il devient attaché au 2e Bureau (services de renseignement). L’hiver 1939-1940, il est envoyé comme correspondant de guerre sur le front de Carélie, pour couvrir les combats de l’armée finlandaise contre l’armée soviétique [3]. Début 1940, il travaille en France avec Joseph Kessel sur la drôle de guerre, pour le quotidien Paris-Soir.

    En juin 1940, les Allemands occupent Paris. En septembre 1940, les autorités d’occupation décrètent l’interdiction de photographier à l’extérieur. [4]

    En août 1941, il devient correspondant du journal allemand Signal. Il obtient ainsi une carte de presse, un laissez-passer, des rouleaux de pellicules noir et blanc et couleurs.

    Après la Libération, il est arrêté en octobre 1944 pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Il est relâché sur intervention du colonel Antoine Moyen, adjoint du général Lattre de Tassigny. André Zucca quitte alors Paris en mai 1945 pour vivre à Garnay, près de Dreux. Les éléments à charge étant jugés insuffisants, les poursuites sont abandonnées en octobre 1945.

    Sous le pseudonyme de “Piernic”, il ouvre une boutique de photographie à Dreux en 1952. Il fait des photographies de mariage, des portraits, etc. en Eure-et-Loir. Après la faillite de son commerce en 1965, il retourne à Paris, à Montmartre, où il meurt en 1973.

    En 1986, la Bibliothèque historique de la Ville de Paris achète aux enfants du photographe, Pierre (photographe de plateau et réalisateur) et Nicole, l’ensemble du fonds photographique.

    Son travail sous l’Occupation

    Photo André Zucca.

    Jardins du Luxembourg – Mai 1942 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

    Pour Signal, André Zucca fait un travail de reporter photographe tout à fait classique, plus de dix mille clichés noir et blanc en témoignent. Il couvre ainsi les grandes manifestations à Paris : les visites officielles, les grandes messes des partis collaborationnistes (meeting du Parti Populaire Français au Vél’d’Hiv, 8 août 1943), les discours publics (Jean Hérold-Paquis, 6 septembre 1943), les commémorations (obsèques nationales de Philippe Henriot, 1er juillet 1944), les bombardements (Boulogne-Billancourt, 3 mars 1942, Montmartre, 20 avril 1944), la mode et la vie parisienne (courses à Longchamp), les faits de guerre (débarquement de Dieppe, août 1942).

    Fin novembre 1942, il part pour un reportage sur le sabordage de la Flotte à Toulon. En chemin, il s’arrête à Manosque pour rencontrer et photographier Jean Giono.

     

    Le cuirassé Strasbourg, fleuron de la Flotte de haute mer française, sabordé et coulé droit à l’appontement n°6 de Milhaud, le 27 novembre 1942, fait la couverture du “Signal” n°1943-3.

    Il utilise aussi ses pellicules noir et blanc (du moyen format 6x6 pour son Rolleiflex) pour des travaux plus personnels, que ce soit des recherches esthétiques ou des souvenirs.

    André Zucca reçoit également en dotation des autorités allemandes le rare film inversible Agfacolor 16 ASA, en rouleaux de 36 vues. L’Agfacolor-neu a été inventé en 1936 (le Kodachrome date de 1935), sa première utilisation remonte aux compétitions de natation des Jeux olympiques de Berlin.

     

     

     

    Photo André Zucca.

    Rue de Belleville – 1944 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

     

    Bien que Signal soit un des rares journaux au monde à publier des photographies en couleurs dans un encart central de 4 pages, André Zucca fait un usage en grande partie personnel de ces films, l’essentiel de sa production n’ayant aucun intérêt pour un magazine comme Signal. Effectivement, le journal n’a jamais publié une seule photo en couleurs de Zucca. Le photographe semble considérer son Agfacolor comme une plaisante expérimentation et un apprentissage, plus que comme un outil de travail.

    De plus, l’Agfacolor était d’un usage difficile. Sa sensibilité extrêmement faible le condamnait à des prises de vue exclusivement en extérieur avec un soleil radieux et des vitesses lentes (1/100e dans le meilleur des cas). Pour ce film, Zucca utilise un Leica équipé d’un objectif Zeiss Tessar 50 mm ouvrant à 3,5.

    The Interchangeable Leica Lenses.

    “The Interchangeable Leica Lenses” - Brochure d’octobre 1937, imprimée en Allemagne.

    Ces photos couleur sont exceptionnelles à plus d’un titre. Elles sont le seul témoignage en couleurs de Paris sous l’Occupation, conjointement aux photos du soldat allemand Walter Dreizner (mais ce dernier se concentrait plus sur les beautés féminines, “ah, les petites de femmes de Parissss…”, qu’autre chose).

    Du fait de l’usage de la couleur, elles rendent ce passé plus proche du spectateur, plus prégnant que n’importe quelle photo en noir et blanc. La couleur a tendance à abolir la distanciation naturelle que nous avons par rapport aux autres visuels de cette époque ; en cela, elles sont troublantes.

    Photo André Zucca.

      Rue de Rivoli – Mai 1942 – Crédit photo: © André Zucca

     

     

    Le magazine Signal

     

    Signal est le plus célèbre magazine de la Seconde Guerre mondiale. Fleuron de la propagande allemande, cette vitrine de prestige se veut le “magazine de l’Europe nouvelle”.

    Destiné à l’étranger (il n’est pas diffusé en Allemagne), le magazine a pour mission de glorifier la puissance de la Wehrmacht et de justifier les choix politiques de l’Allemagne. Principalement axé sur les nouvelles militaires, politiques et économiques, on y trouve également des pages sur la mode, l’histoire, les arts ou le cinéma.

    La maquette moderne, qui laisse une large place à la photographie, la bichromie noir-rouge, le format 27 x 36,5 cm, sont très largement inspirées du Life américain et du Match français (ancêtre du Paris-Match de 1949).

    D’un point de vue historique et documentaire, Signal est un important fonds de photographies uniques sur les puissances de l’Axe, dont certaines sont parmi les plus célèbres de la période. Une très grande partie de ces photographies étaient produites par l’armée elle-même, grâce à de nombreux correspondants de guerre au cœur des différents théâtres d’actions (Propagandatruppe). Ces militaires dédiés à la “guerre de l’information” étaient équipés de boîtiers Leica IIIc.

    Magazine Signal.

    Signal est édité par l’entreprise de presse Deutscher Verlag. Il s’agit en fait de la Ullstein-Verlag, fondée en 1877 par Leopold Ullstein, saisie en 1934 dans le cadre de l’aryanisation économique, et rebaptisée Deutscher Verlag en 1937. Cet éditeur était célèbre entre les deux guerres pour ses nombreux titres, dont le Berliner Illustrirte Zeitung, un quotidien illustré. La Deutscher Verlag publiera également l’hebdomadaire du NSDAP, Das Reich, et l’éphémère Panzerbär. Après-guerre, la famille Ullstein récupérera son bien.

    Publié sous le contrôle du commandement des forces armées allemandes (Oberkommando der Wehrmacht), il est relativement indépendant du ministère de la propagande de Joseph Goebbels (Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda).

    Pour son premier numéro, le 15 avril 1940, Signal est imprimé à Berlin en quatre versions : allemande, française, italienne et anglaise. Par la suite, de nombreuses autres langues seront ajoutées, et plus de 100 traducteurs sont employés à Berlin à cet effet (toutes les versions sont quasiment identiques, étant des traductions de la version allemande). Le magazine est diffusé dans les pays de l’Axe (à l’exception de l’Allemagne), les pays occupés et les pays neutres, comme la Suisse, la Finlande, l’Espagne, le Portugal, les États-Unis (en 1940-41).

     

    L’impression sera ensuite délocalisée de Berlin, c’est ainsi l’imprimerie Curial-Archereau à Paris qui assurera à partir de 1941 la fabrication des éditions pour la France, la Belgique et la Suisse. La distribution en zone libre et Afrique du Nord est assurée par Hachette.

    Au plus fort de son tirage, en juin 1943, c’est 2 426 000 exemplaires, toutes langues confondues, qui seront imprimés, dont 800 000 pour la version française. Le magazine ne subit que rarement les restrictions de papier et le meilleur lui est toujours réservé.

    Le magazine a une pagination de 40 à 48 pages et une périodicité plus ou moins bimensuelle (17 numéros en 1940, 23 en 1941 et 1942, 24 en 1943, 19 en 1944, 5 en 1945).

    Pour le message politique, le magazine s’inscrit dans la propagande officielle : l’Allemagne n’a pas voulu la guerre, c’est la responsabilité de l’Angleterre qui a poussé les nations dans le chaos. Après la rupture du pacte germano-soviétique, ce sera le tour de la “Russie bolchévique”, naguère encensée, d’être dénoncée comme un artisan de la guerre, coupable de crimes odieux.

     

    Jusqu’à l’année 1942 incluse, le journal est constitué de deux parties, séparées par une double page centrale de photos en couleurs. La première partie est consacrée à l’actualité et aux succès de l’armée allemande, la seconde, à la mode, l’art, l’histoire, le cinéma, montrant souvent une Allemagne moderniste à la pointe du progrès. On y trouve des publicités pour des produits et entreprises comme l’eau de Cologne 4711, Agfa, Audi, BMW, Commerzbank, Continental, Deutsche Bank, Dresdner Bank, Faber Castell, Henkel, Mauser, Mercedes-Benz, Merck, Olympia, Pelikan, Rolleiflex, Siemens, Telefunken, Zeiss, etc.

    Jusqu’en 1943, contrairement aux autres titres de propagande, les allusions à la suprématie de la “race aryenne” et à la politique raciale allemande sont inexistantes. La vocation de vitrine à l’international incite à l’adoption d’un ton modéré. Dans l’iconographie, on ne verra jamais le moindre Untermensch.

    Après la défaite de Stalingrad, le contenu politique est renforcé (il y a moins de victoires militaires à mettre en avant…). Part belle est faite à la “croisade de l’Europe contre le bolchévisme”, au recrutement de volontaires étrangers (LVF et Kriegsmarine en France). C’est après le débarquement allié en Italie (juillet 1943) que le ton se radicalise et qu’on peut y voir percer des attaques contre la “juiverie” internationale. L’Allemagne n’est plus en posture de vainqueur et le beau vernis craque…

    Magazine Signal.

    Polémiques autour de l’exposition de la BHVP

      

      

    L’exposition “Les Parisiens sous l’Occupation”, organisée par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, a été l’objet de polémiques qui sont l’évident symptôme que nous n’avons pas encore réglé de façon bien claire notre héritage historique de cette période. Nous touchons un certain tabou, comme j’ai pu le lire dans L’Express du 16 avril :

    Mais surtout parce qu’ils nous confrontent à une capitale ensoleillée, aux terrasses bondées, où les bourreaux vert-de-gris semblent faire partie d’un paysage à la Prévert. Que ce « gai Paris » ait coexisté avec les rafles et les fusillés du mont Valérien est l’un des derniers tabous de notre mémoire collective.

      

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    Le malaise ne réside ni dans les photographies, ni dans les intentions de leur auteur, mais dans le regard de certains spectateurs, confrontés à une réalité qui n’est pas des plus réconfortantes au regard des “clichés”

     

    simplificateurs qui encombrent souvent la tête.

     

     

     

    Ne pas vouloir regarder franchement les faits, cela s’apparente à du déni. Oui, la collaboration a existé, oui, il y avait un semblant de vie normale à Paris, oui, les cinémas et théâtres étaient ouverts, oui, les enfants allaient jouer au parc, non, personne n’est mort de faim…

     

    La vie continuait tant bien que mal. Malgré le désagrément du ravitaillement, les nombreux tracas que j’ai exposés dans ce précédent billet, l’incertitude de l’avenir… et, pour le Juif, l’humiliation et la terreur, pour le Résistant, la rage intérieure au péril de sa vie, une grande partie des Parisiens vivaient au quotidien leur vie d’avant-guerre, métro-boulot-dodo, avec de temps en temps un divertissement comme le cinéma qui était alors très couru.

      

      

      

      

    La liberté, ou plutôt son manque, cela n’impressionne pas les émulsions photographiques. Il serait sans doute temps d’avoir collectivement une approche un peu plus décoincée de cette époque. Cette exposition a peut-être un mérite, celui de nous faire approcher le vécu d’une France avec 5 % de résistants, 5 % de collabos, 5 % de persécutés et 85 % de gens qui tentaient de faire avec. Cela doit-il gêner ?

    Je ne pense pas qu’André Zucca fabriquait un travail de propagande en prenant ces photos-là, il ne faisait qu’être le touriste d’une ville qu’il aimait avec passion. Il n’omettait non plus pas des réalités moins reluisantes comme les Juifs étoilés, les miséreux en guenilles, la queue à la marchande de primeurs, ceux qui faisaient les poubelles des Halles.

      

      

    Il n’avait pas le projet de rendre compte d’une réalité globale à multiples facettes, de circonscrire une période, ce n’est pas un travail de reporter. C’est son Paris à lui. Un parmi d’autres.

    Je vois une certaine hypocrisie et un aveuglement déplaisant à lire certaines réactions trop excessives (“L’exposition d’André Zucca perpétue la propagande nazie”…), quand il ne s’agit pas de tartufferie mensongère. J’ai souvent l’impression qu’il est des gens qui veulent à tout prix être scandalisés, qui réagissent toujours aux mêmes réactifs biens identifiés, comme le chiffon rouge excite le taureau. Prévisible et un peu dérisoire. Je retiens les mots de Pierre Marcelle chez Libération, en date du 10 avril, que je reprends à mon compte :

    À la Mairie de Paris, le politiquement correct se découvre furieusement tendance, quoi qu’un petit peu à géométrie variable. On parle ici de l’exposition, à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, des photos d’André Zucca, intitulée « Les Parisiens sous l’Occupation ». Le Journal du Dimanche du 30 mars en rendit compte en termes fantaisistes, mais sur un ton de procureur qui suffit, semble-t-il, à déclencher une de ces polémiques dont l’histoire de la collaboration est gourmande.

     

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    […] Ces vérités d’évidence devaient ne l’être pas assez pour l’adjoint à la Culture de la mairie de Paris, Christophe Girard, qui s’en émut. Est-ce le retour de la doxa gaullo-mitterrandienne d’une France quasi unanimement résistante, à laquelle le discours du Vel’d’Hiv’de Jacques Chirac, en 1995, avait mis, crut-on, un terme salubre,

     

    qui pointe à travers l’indignation de l’édile ?

      

    Malaise pour malaise, c’en fut un autre que de découvrir, distribué depuis dimanche dernier à l’entrée de l’exposition, cet « avertissement » louvoyant qui, tout en rendant hommage à « un témoignage précieux », jette un doute bien peu historique sur le caractère inédit des images exposées et un implicite opprobre sur l’exposition, son commissaire Jean Baronnet, et le conservateur de la BHVP Jean Dérens. Songez !

     

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    « Dans ces images, nulle trace de la Résistance, pourtant présente à Paris dès 1940 », proclame, avec ses lunettes roses, l’avis au visiteur…

     

     

    On peut certes déplorer, c’est affaire de point de vue, que mille photos « résistantes » n’aient été simultanément accrochées en regard de celles de Zucca, ou que le Nuit et Brouillard de Resnais ne soit projeté en boucle dans ces lieux. Reste que ce vertueux et municipal souci de « pédagogie » ne nous était pas apparu l’hiver dernier à l’Hôtel de Ville de Paris, où l’exposition « Paris en couleurs » présentait, sans aucun complément d’information, un diaporama de 45 photos de la même série du même André Zucca.

    Last, but not least, afin que son propos aille au bout de sa fonction d’éducation civique, ou « citoyenne », on eût apprécié que cet « avertissement », non signé, ne restât pas anonyme comme une lettre de dénonciation.

    Le seul reproche important qui peut être fait à cette exposition est le légendage des photos que j’ai trouvé un peu indigent, sans être plus lourd de conséquences que ça. [Voir en post-scriptum les critiques fondées que l’on peut aussi faire au titre donné à l’exposition.]

      

    André Zucca est un témoin de son temps, un reporter photographe de talent, j’espère qu’au-delà de certaines déclarations trop enflammées, vertueuses à peu de frais, nous retiendrons qu’il était un artiste de valeur qui nous a légué une œuvre importante.

      

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    Et que certaines dissertations facilement indignées rejoindont la poussière qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

     

    André Zucca nous offre une vision en couleurs partielle, mais non moins réelle, de la période de l’Occupation, celle de son bon vouloir et de la poésie de son regard, pas celle d’un propagandiste.

     

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    Penser autrement me paraît être une pénible erreur de jugement.

     

     

     

    Pour les atrabilaires sur commande, je ne peux dire que tout ce qui est excessif et éloigné de la réalité des faits, est futile et vain. Et, si cela était de l’ordre du possible, j’aimerais bien voir certains héros en chambre plongés au cœur des mêmes événements. J’ai pour ma part assez de doute pour ne pas présupposer de mes choix dans ces circonstances et j’éprouve un peu de condescendance pour ceux pour qui tout est blanc ou noir et sans nulle obligation d’assumer leurs conceptions simplistes jusqu’aux dernières extrémités vitales.

    Post-scriptum. Des compléments par rapport à l’exposition :

    - Je l’ai visité avant que la polémique démarre. Et, à aucun moment, je ne me suis senti pris “otage” d’une quelconque manipulation. Des panneaux, très riches en textes, expliquent tout de façon convenable dès le début de l’exposition. Il suffit de les lire. Ce que je trouve dommage, c’est certaines légendes de photos, très spartiates, du style “Rue de Rivoli.”, sans rien plus. J’aime bien l’idée du JDD d’avoir confié le commentaire de quelques photos à un historien comme Marc Ferro, cela aurait pu être fait dans le cadre de l’exposition.

    Les Allemands avaient installé leurs centres de commandement dans différents hôtels comme le Meurice, qu’on voit ici. Regardez la rue. Elle est vide. Non seulement il n’y avait plus d’essence, mais les occupants avaient réquisitionné beaucoup de voitures. Des vélos-taxis ont remplacé les taxis. Et on a commencé à voir apparaître des voitures à gazogène vers 1942. Si le Meurice est ici pavoisé de drapeaux, les Allemands n’en avaient pas pour autant mis à tous les coins de rue.

     

    Dans certains quartiers, on les voyait d’ailleurs assez peu.

    Ça a quand même plus de gueule qu’un “Rue de Rivoli” tout nu…

    - Le titre de l’exposition prête le flanc à la critique. J’aurai préféré un “Photographies en couleurs d’André Zucca - Paris sous l’Occupation”.

     

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    Il est quand même étrange de ne pas mettre le nom de l’artiste en grand dans le titre d’une exposition qui lui est exclusivement consacrée… Si l’on veut faire une exposition intitulée “Les Parisiens sous l’Occupation”, c’est un tout autre programme, il faut donner à voir des photographes différents, des clandestins comme des Allemands, et même aller au-delà du témoignage photographique seul. (Cette histoire de titre révèle peut être le pire, que les organisateurs de l’exposition n’assument pas tout à fait leurs choix…)

    - Il est dommage que l’exposition fasse peu cas de l’œuvre en noir et blanc de Zucca à la même époque, bien plus conséquente, cela aurait donné un contrepoint intéressant — et plus noir —, avec, notamment, ces photos absolument effrayantes de meetings collabos.

    J’ai montré le catalogue de l’exposition à ma mère qui était adolescente à Paris pendant l’Occupation. Outre les résurgences de souvenirs amusés (“ah, les socquettes blanches”, “ah, les gazogènes, ça puait”, “ah, oui, cet hiver, qu’est-ce qu’on a eu froid”, “ah, les vélos taxis”, “ah, le Pam-Pam”, “Je me souviens…”), la photo qui a causé sa réaction la plus vive ne fut pas une en couleurs, mais celle en noir et blanc de la page 9 :

    “Ce salopard d’Henriot, on en a pas tué assez de ces salopards ! Regarde-moi ces salauds qui allaient à son enterrement !” Puis, regardant la page en regard : “Et ce Hérold-Paquis, ce pourri, il a eu que ce qu’il méritait !”

    (Jean Hérold-Paquis a été fusillé le 11 octobre 1945.)

    De son côté, la presse étrangère observe que les Français ont bien des difficultés avec leur mauvaise conscience, et délivre une analyse proche de la mienne, comme dans The Independent à Londres :

     

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    […] Is the exhibition so misleading? Is it so shocking that most Parisians, with relatively few Jews and few active members of the Resistance, simply kept on being Parisians between June 1940 and August 1944? The notion that the French capital suffered terribly under the Nazi yoke was first fostered by General Charles de Gaulle on 25 August 1944, the day the city was liberated by French and American tanks. In an impromptu speech in front of the city hall, with German and collaborationist snipers still active on the rooftops, he paid tribute to “Paris outragée! Paris brisée! Paris martyrisée!” (Paris ravished! Paris smashed! Paris martyrised!) In truth, as the historian Jean-Pierre Azéema points out in the book which goes with the exhibition, Paris was deliberately treated with kid gloves by the Nazi propaganda machine.

     

    Ingenious contraption: Two fashionably dressed young men stand by a tandem bicycle towing a carriage of sorts

     

     

    In 1940, Adolf Hitler had intended to flatten the city but he changed his mind. His propaganda chief, Joseph Goebbels, ordered as early as July of that year that the conquered French capital should be encouraged to be “animated and gay” so that life under the Nazis would appear attractive to Americans and other neutrals.

    The philosopher, Jean-Paul Sartre, in an essay in 1945, took issue with his fellow Parisians who were already portraying the Nazi occupation as a prolonged misery. “Let’s get rid of the simplistic images,” he wrote. “No, of course, the Germans weren’t running up and down the streets all the time with guns in their hands …” The most troubling thing for most wartime Parisians, Sartre said, was a sense of “bad conscience” that they were not doing more to resist the occupiers.

    […] General de Gaulle fomented the myth after the war that all French people were either collaborators or résistants. In truth, of course, 90 per cent were neither.

    Zucca was able to get hold of German Agfa colour film, and take pictures freely in the streets, because he was a collaborator. He was not necessarily a Nazi sympathiser. He is described by his family as a right-wing libertarian. He had been a globe-trotting photographer for Paris Match before the war.

    After the liberation, an attempt was made to prosecute him but the charges were dropped. He sank into anonymity as a camera shop owner in the provinces.

    His colour negatives, faded and scratched over the years, have been wonderfully restored and cleaned for the exhibition. They have been converted into digital form, at 5,000 by 3,300 pixels, using a technique developed (irony of sorts) by a German company. The colours have been sharpened and adjusted to what is believed to be close to their original values. Zucca seems to have taken the pictures for his own interest and amusement. They were not commissioned, or published, by his Nazi employers.

    The leaflet handed out by the city hall suggests that Zucca, as a collaborator, deliberately set out to ignore the harsher side of wartime life in Paris. It is more likely that he just photographed what he saw.

    French myths, and “bad conscience”, about the war die hard. Hence the edginess about an exhibition which suggests that ordinary Parisians led relatively ordinary lives under Nazi rule.

    If anything, the exhibition should be praised for portraying an awkward, but important, historical truth. There is a kind of courage in even the most banal and contented photographs in the exhibition. The determination of Parisians to be themselves, to get on with their lives, was, itself, a kind of resistance to Nazism.

    [The Independent, John Lichfield : “Paris, 1942: La vie en rose”.]

    The series is filled with fashionable women wearing stylish outfits and applying make-up

     

    Notes

    [#1] Son reportage en Yougoslavie a fait l’objet d’une exposition au Musée de Normandie à Caen “Carnets de route d’un grand hibou : la Yougoslavie en 1935-1936”, du 24 mars 2007 au 13 mai 2007.

    [#2] Java, construit en 1912 pour la Deutsche-Australische Dampfschiffs Gesellschaft à Hambourg. Récupéré par la Compagnie des Messageries Maritimes en 1919, au titre des réparations de dommages de guerre, rebaptisé Min en 1920. 7 729 tonneaux. Saisi en 1942 à Bizerte par les Allemands et passé en 1943 sous pavillon italien. Rebaptisé Conegliano. Coulé par une attaque aérienne alliée à Gênes.

    [#3] Voir l’article “Guerre d’hiver” de Wikipedia.

    [#4] 16 septembre 1940. Ordonnance :

    Le Commandant en chef des Armées allemandes décrète :

     

     

    Carefree: The series of images is filled with fashionable women wearing stylish outfits

     

    Interdiction de photographier :

    Est interdit dans la zone occupée de la France de photographier en plein air, ou du fond d’une enceinte et de l’intérieur d’une maison. Sont exemptées de cette interdiction les personnes militaires allemandes.

    En outre, le Feld-Kommandant compétent pourra dispenser de cette interdiction, quand il y aura une garantie que les intérêts du Reich, en particulier à la sécurité des forces allemandes ne pourront être compromises ou lésées.

    Tel permis sera accordé par écrit et à court terme, devant contenir une énumération des objets à photographier. La personne autorisée sera tenue de le porter sur elle. Au bout du terme accordé, les clichés (plaques et pellicules pour les épreuves devront être soumis au contrôle de la Kommandantur locale, à laquelle sera remis en même temps le permis.

     

    SOURCES : article - http://embruns.net/carnet/autres-sujets/andre-zucca-reporter-photographe.html

    http://kinoute.org/log/les-parisiens-sous-loccupation.html

      

      

     

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